XXXVII
La myopie se reconnaît à des caractères généraux que nous ferons connaître en parlant de cette maladie : cependant si l'œil est un peu saillant , si la cornée est convexe , si l'individu quand on l'interpelle cligne en regardant , si lorsqu'on lui dit de chercher à lire des caractères un peu fins , il arrive brusquement à une distance toujours fixe , si enfin il marche avec la tête un peu inclinée, phénomène propre aux hommes de grande taille : s'il est fils de myope , l'on a de fortes présomptions en faveur de la myopie. Pour
(1) Plusieurs malades se sont suicidés en apprenant qu'il n'y avait aucun espoir de guérison. Pendant six mois , j'ai résisté aux supplications d'un malade amaurotique. Lassé de ses protestations de résignation , je lui dis un jour la vérité : vingt-quatre heures après , il s'était coupé le cou, après avoir réglé ses affaires, prétexte de ses instances.
la constater, il faut, 1° lui donner des verres non concaves les lui placer sur le nez en lui disant qu'ils sont concaves , et lui dire que, s'il ne lit pas avec ces lunettes , il n'est pas myope : pour mieux le tromper, il faut leur donner au con* traire une certaine convexité.
§ XXXVIIH
On passe ensuite aux lunettes myopes , en se rappelant toutefois que l'œil peut facilement s'accommoder à différens foyers et lire avec des numéros 2, 3 ou 4 , qui sont des verres de myopes très-forts ; mais en général un myope réel peut lire des caractères assez fins à 48 et 20 pouces de distance , tandis que celui qui a fait des exercices , ne peut lire que de près.
Enfin , en lui enlevant les lunettes , on lui fait lire des caractères très-fins à deux pouces et demi de distance de l'œil. Malgré toutes ces précautions un homme très-rusé peut bien, grâce à ses exercices, embarrasser le médecin ; c'est à celui-ci à redoubler de soins , et à renvoyer le réclamant à une autre session , puis à demander qu'il soit visité au moment où il y pense le moins. Il peut arriver quelquefois qu'un individu sollicite sa réforme parce qu'il a été atteint de cataracte congéniale ou autre , et qu'il a subi une opération. Quelqu'heureuse qu'en ait été l'issue , l'individu est inhabile au service militaire, parce que l'absence du cristallin le met dans des conditions telles que, pour voir de loin , il a besoin de lunettes particulières et pour voir de près , il doit employer des verres d'une nature différente que ceux qui lui servent pour les objets éloignes.
Chez les individus privés de cristallin, la chambre antérieure est plus vaste , parce que l'iris offre une concavité qui diminue en même temps la chambre postérieure. Cette
cloison mobile est légèrement tremblotante , et quand on examine l'œil de biais , on y voit des mouvemens analogues à ceux que fait une voile qui fosséie.
Les moyens diagnostics recommandés par M. Sanson peuvent être ici d'un grand secours.