C. Ceisus , De medicina } lib. YIII , De LagopJithalmo
Pendant dix-sept siècles , nul ne s'est élevé contre cet aphorisme de Gelse qui déclarait que, toutes les fois que la paupière manquait en entier, il ne fallait compter sur aucune guérison.
L'on doit donc considérer la restauration des paupières comme une des plus belles conquêtes de la chirurgie moderne. On lui a donné le nom de blépharoplastie , opération qui consiste non seulement à restaurer une partie de la paupière endommagée , mais encore à en former une de toutes pièces avec la peau , prise dans différens points de la face , transportée et greffée dans le lieu à restaurer.
Quoique le docteur Fricke de Hambourg (1) ait le premier publié un travail sur cette opération en 1S29, il faut reconnaître que le professeur Graefe de Berlin est le véritable inventeur de cette découverte. En citant ici les propres expressions de son livre imprimé en 1818, il ne res ; tera plus aucun doute à ce sujet,
[è) Fricke, Journal des progrès, t, IIÏ, p. 56. -
« Très-souvent la restauration des paupières est neces- » saire par le moyen de la transplantation , comme on le » fait pour les lèvres avec la peau des joues. Il y a plu- » sieurs années que j'eus l'occasion de faire une semblable » expérience , pour une paupière détruite à la suite d'une » blépharite ulcéreuse. Le globe de l'œil était dans un » grand danger. Lorsque la maladie fut arrêtée , j'enlre- » pris la restitution de la paupière manquante , en y ap- » pliquant la peau de la partie la plus voisine. Privé de «tout antécédent à cet égard, je n'étais pas sans de vives » appréhensions , qui furent dissipées par un succès com- » plet (1). »
Nous avons parlé à l'article ectropium des diverses méthodes de corriger les divers renversemens de la paupière ; nous ne conserverons donc le mot de blépharoplastie que pour signifier la restauration d'une paupière qui aura subi un degré de mutilation ou de déperdition de substance , telle que l'on ne puisse espérer de la conserver qu'en y ajoutant un morceau, ou bien pour défendre l'œil du contact des agens irritans externes et en en faisant une de toutes pièces. Les travaux de Fricke et de Graefe ont subi de notables perfectionnemens par les recherches et expériences faites par Jùngken (2), Langenbeck (3), Blasius (4), Drehyer (5) , Staub (6) et Dieffenbach (7).
La blépharoplastie doit être employée non seulementjdans
(1) Graefe , Mnoplastic , etc. Berlin, 1S18.
(2) Jiïngken , Ammon journal , t. I, p. 262.
(3) Langenbeck, Nosoloyie und thérapie , etc. Gœtting., tom. IV, p. 188.
(4) Blasius , HandLucli der aliiurgie. Hallœ , 1831 , t. II, p. 14.
(5) Drehyer, De Blepharoplastice , dissert. 'inaugural. Vienne, 1832, pag. 40.
(6) Staub , ilid. Berlin, 1830» p. 10. v
(7) Dieffenbach, JSeue heilmethode des çctropxw, in jtiustmogc* W; XXX, p. 483. J
les cas de déperdition' accidentelle de la paupière "mai* encore dans ceux que fait le chirurgien pour détruire des cicatrices adhérentes , des tumeurs de mauvaise nature ; des cancers ou des fongosités. Il y a pour remplir ce but quatre indications principales.
La première consiste à enlever la cicatrice vicieuse ou la tumeur qui nécessite Pabblation de la paupière.
La seconde a trait à la formation de la nouvelle paupière. !
La troisième a pour but d'arrêter rhémorrhagie.
La quatrième enfin a rapport aux moyens de fixer la nouvelle paupière.
On remplit la première indication en cernant la cicatrice ou l'a tumeur par des incisions convenables avec des scalpels excessivement fins; autantque possible, il faut que les incisions soient très-régulières ; de même il faut, autant qu'on le peut , faire les incisions paralèlles au cartilage tarse que Ton doit conserver, toutes les fois qu'il est possible. Il faut user des mêmes précautions pour la conservation de la conjonctive, qui joue un grand rôle dans la restauration.
Une fois que la cicatrice ou la tumeur sont complètement enlevées , il faut prendre ses mesures pour chercher dans la peau du front, de la tempe ou de la joue, dans l'endroit, le plus rapproché et le plus convenable, un lambeau de peau qui servira d'obturateur sur la partie que l'on a dénudée.
La troisième indication consiste à arrêter le sang par des moyens convenables. Autrefois la ligatura des artères était un inconvénient très-grave, en ce qu'il paralysait les tentatives de réunion par première attention. Grâce aux travaux de M. Amussat, la torsion des artères a fait disparaître les inconvéniens de la ligature. Par ce moyen, non seulement l'on arrête complètement tout écoulement sanguin, ce qui est un des points les plus importai $$ l'opération, mais
encore Ton peut affronter les bords de la plaie dans toute la circonférence et obtenir de cette manière une greffe