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Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeux

MBRAIRI, Di;S SOCIÉTKS SAVANTES mÈS LE MINISTÈRK DE L'INSTRUCTION PllBLlQtlIJ Place de l'Flcolc-dc-mcdrciiie.

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POLR L'ÉTIBE ET LE TRAITEMENT

Attanien cnjusdam organorum dif ci'iminis nientio erit injicienda , qnœ et giavcni constitiiit ipsius intlammationis differentiam et in cura hujus niali quam maxime est respicienda , si felicioii successu hujus mali curam agere velis.

Tratjgott, g. g. Benedict , De morhis oculi humant inflammatoriis , p. 7.

DIVISION DES OFHTHAI<nSIES.

Après avoir éniiméré les symptômes généraux propres à toutes les ophthalmies , ainsi que les trois degrés ditlérens dans lesquels elles peuvent se montrer, quelle que soit leur nature : nous devons maintenant les classer sous ua point de vue nosologique qui en facilite Tétude.

En prenant pour base de la classification des maladies de l'œil , Tordre anatomique que nous avons suivi jusqu'à présent , nous ne nous sommes pas dissimulé la difficulté de rappliquer à la division des ophlhalmies , puisque ce mot est devenu aujourd'hui si singulièrement vague. Aussi M. Yelpeaufl] a-t-il judicieusement observé qu'il ne peut

(4) Velpeau, Bulletin ikhopeutique , t II, p. 250. IL i

pîus maintenant être employé qu'à titre'^de terme générique. Pour s'entendre sur la gravité et le traitement des înilammations de i œil , il importe de les distinguer dorénavant par leur siège et par la nature de leurs causes.

Benedict(l), un des plus savans ophthalmologistes de FAllemagne , avait tellement senti la difficulté d'une classification, qu'il renferma dans un seul groupe toutes les maladies inflammatoires de l'œil.

Quant à nous , à i exemple de Béer et de ses successeurs, nous admettons trois ordres d'ophthalmies bien distincts : ce sont les ophth;ilmies idiopathiques simples ou phlegmoneuses, les ophihalmies spécifiques, enfin les ophthalmies sympathiques ou composées ; mais pour rendre leur étude plus facile, nous reprendrons Tordre anatomique pour chacune d'elles en particulier.

1>£S OFHTHAIiBSIES IDXOPATHXQUES.

L'ophtbalmie idiopathique , ophthaîmia vera^ phlegmo-' nosa deBeer. Wultber, Benedict, Fabini, etc., est dépouillée , de toute complication, ou de toute maladie constitutionnelle. Elle n'a pas de caractère fixe et invariable, puisque tous les tissus peuvent être atteints séparément ou simultanément. Les caractères anatomiques des inflammations idiopathiques varient selon la structure des tissus enflammés, leurs fonctions, et surtout selon les systèmes auxquels ils appartiennent. La constitution du malade , la couleur de îa peau influent aussi singulièrement sur eux, car ils ne se manifestent point de la même manière sur un individu cachectique que sur les sujets bien portans .

Les causes de l'ophthalmie idiopathique sont en général les mêmes que celles que nous avons indiquées dans -les généralités coacernant la production des ophthalmies.

(i) Benedict, De morUs ocuU humani inflammatoriis,.'j^* 425.

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PROVO, UTAH ^ ^ ^*

Cependant elles sont plus directes et elles ont ithe action plus précise sur l'œil lui-même. Ce sont les causes traumatiques, telles que les blessures , les brûlures, les a{]ens chimiques, les corps vulnérans mis en mouvement par la poudre à canon , les vents ou les puissances rotatoires, les émanations animales ou végétales en putréfaction , les travaux prolongés au microscope ou à une lumière trop vive. Ainsi que nous l'avons dit pour les généralités, l'ophthalmie simple ou idiopathique peut avoir diverses périodes , le début y l^ accroissement y la stase ^ Fètat de décroissement et la chronicité'^ le traitement est basé sur la division; il doit être énergique en raison du développement des symptômes, continué selon la ténacité de la maladie, et modifié selon la forme qu'elle prend. Dépourvue de toute complication , Tophtlialmie phlegmoneuse réclame surtout un traitement antiphlogistique proportionné à sa gravité. Les réfrigerans sont indiqués dans le début;, après eux viennent les saignées à doses proportionnées, les boissons rafraîchissantes, les purgatifs salins : puis, quand Tinflammation est abattue, les topiques et les révulsifs dont nous signalons les avantages et le point d'application en parlant de chaque affection idiopathique en particulier.

DES OFHT!3AZ.MXS:S SFIÉCIFÎQUSS.

Toutes les fois qu'une ophthalmie se déclare chez un individu atteint d'une affection générale, les symptômes qui caractérisent l'ophthalmie ne sont pas aussi tranchés , ni aussi distincts que chez un individu jouissant d'une bonne santé, et surtout chez lequel il n'existe aucun symptôme d'affection virulente, spécifique ou constitutionnelle. La présence de ces complications peut tellement changer les caractères de l'ophthalmie, qu'une aflection , dont la marche et les symptômes eussent été simples et naturels, revêt un caractère de gravité d'autant plus prononcé que

la maladie aura été plus lard reconnue. Cette manière d'être de roplithaîmie est surtout évidente chez les individus prédisposés ou affectés de maladies ayant trait au système de la végétation , et qui affectent les systèmes lymphatiques et ceux riches en vaisseaux capillaires tels que la peau et les membranes muqueuses. C'est en raison de ces complications que l'on a donné aux maladies le nom d'ophthalmies spécifiques. Les principales sont : les oph~ thalmies catarrhales , exanthématlques , rhumalisjnales , ar^ thritiquesj syphilitiques et cachectiques. Quoique certaines maladies générales communiquent leur caractère propre aux inflammations des yeux , elles ne suffisent jamais à elles seules pour donner lieu à des ophthalmies : elles se bornent seulement à prédisposer à ces ophtlialniies. Il est bon de faire remarquer que la prédisposition étant très-exaltée , les causes productrices les plus légères suffisent pour développer la maladie oculaire. Ainsi, par exemple, un individu dont l'œil est prédisposé aux inflammations catarrhales en sera à coup sûr atteint , si une inflammation exanthém.atique de la peau vient modifier, suspendre ou arrêter les fonctions de celle-ci.

C'est pour cette raison qu'une ophthalmie idiopathique peut se changer en spécifique, lorsque pendant son cours il se développe une maladie constitutionnelle, et que, lorsque le principe inflammatoire commun à toutes les ophthalmies est détruit ou abattu , la forme spécifique persiste , et à elle seule peut déterminer dans l'œil des symptômes d'autant plus graves qu'ils auront été moins prévus. Par contre , lorsque pendant le cours d'une maladie générale constitutionnelle, il se manifeste une ophthalmie, il arrive quelquefois que celle-ci ne revêt aucun des symptômes propres aux affections spécifiques dont il s'agit.

Enfin, la spécificité des ophthalmies se montre quelquefois seule et isolée au début comme seul symptôme de l'affeclion constitutionnelle, et c'est à la présence des sympt6«

mes oculaires que l'on doit de l'avoir reconnue. C'est surtout en parlant de Tiritis syphilitique que l'on pourra apprécier toute la valeur de ce que nous venons de dire.

Les oplithalmies spécifiques diffèrent surtout dès idiopathiques,ence qu'elles n'ont point des stades aussi déterminées comme dans les ophthalrnies idiopathiques et phlegmoneuses. C'est surtout dans la période inflammatoire que celte diversité est plus appréciable ; tantôt il est si brusque que Ton peut l'observera peine; tantôt, au contraire, il persiste malgré l'énergie du traitement antiphlogistique , et 1 on ne peut espérer de le combattre convenablement que lorsque l'on a attaqué la cause spécifique.

Le pronostic de ces affections est toujours grave , parce que rarement elles sont susceptibles de résolution. Dans le plus grand nombre de cas, elles sont suivies ou accompagnées de transformations organiques (métamorphoses).

Leur thérapeutique doit donc aussi se ressentir de la variété de leur marche , et lorsqu'elles débutent par un caractère inflammatoire très-tranché , il faut toujours les attaquer vigoureusement au début , parce que l'on ne peut savoir quelle sera la durée du mouvement inflammatoire , et que les transformations organiques peuvent se former au moment où on y pense le moins. Aussitôt que cet état est calmé , il ne faut pas perdre de temps pour attaquer les causes constitutionnelles, sans la disparition desquelles Ton ne peut espérer une guérison. Il est des cas où la combinaison des deux méthodes est indispensable; car, en se bornant à attaquer l'inflammation, ou bien la spécificité isolément , l'on courrait la chance de voir la maladie faire des ravages ; d'autant plus graves qu'ils sont presque toujours irrémédiables.

En parlant de chaque ophthalmie en particulier, nous aurons soin de lui assigner le traitement qui lui est propre.

DES OFHTHAZiMISS aSEXTES OU COMPOSÉES.

On donne le nom d'ophthalmies composées {compound ophthalmia Mackensi^), à celles qui revêtent simultanément diverses formes qui se combinent entre elles , c'est ainsi que l'ophtlialmie catarrhale peut se combiner avec raffection rhumatismale , et forment ainsi des ophthalmies catarrho-rhumatismales, ou catarrho-scrofuleuses, nous en parlerons en traitant de chacune d'elles en particulier»

Fidèle au plan que nous avons embrassé dans ce traité , nous allons étudier l'inflammation idiopathique des différentes parties qui constituent le globe, en commençant par l'inflammation générale de tous les tissus qui entrent dans sa composition , vulgairement connue sous le nom de phlegmon oculaire ; puis nous étudierons l'inflammation de la conjonctive, celle des corps fibreux, séreux et fibroséreux, enfin les tissus séreux isolés , ou dans leurs rapports avec le système vascnlaire , qui joue un si grand rôle dans les inflammations de l'œil.

Après cela nous passerons à l'étude des modifications que l'inflammation a fait subir à chacun de ses tissus.

DE Xi'OFHTHAIiMITi: , PHIaECMON OCUI.AIRE OU INFLAMMATION DE I.A TOTAI.ITÉ DU GlaOBE.

L'inflammation qui attaque une ou plusieurs membranes de l'œil reste bien difficilement circonscrite dans les parties où elle siège. Cette transmission d'un tissu à Tautre est d'autant plus facile que dans tout l'organe il y a continuité et contiguité de vaisseaux, de nerfs, de membranes, ayant entre eux des relations physiques et sympathiques. Aussi est-il bien rare de voir une inflammation d'une partie de l'œir marcher isolée, rester dans sa sphère et ne point se transmettre dans les tissus environnans. Lorsque la nécropsie a permis de jérifîer quelques cas où Fou avait

seulement reconnu des symptômes externes, Ton a été fort étonné de rencontrer des ravages internes dont on n'avait pas soupçonné l'existence pendant la vie. C'est ce que rencontra M. Rognetta dans l'observation salivante : « Un homme âgé , dit-il , qui mourut en 1829 dans le ser- » vice de M. Lisfranc , d'une fluxion de poitrine , et qui » était entré pour un ulcère chronique à la jambe, avait » été atteint, avant sa mort, d'une légère conjonctivite uni- « latérale , accompagnée de photophobie. J'ai disséqué » cet œil, et j'ai trouvé, à mon grand étonnement, tous » les tissus intérieurs enflammés indistinctement -, la hya- » loide elle-même et la rétine étaient fort rouges , ce qui w explique déjà la véritable source de la photophobie f » ainsi que nous le verrons plus loin (1) . »

J'ai eu aussi plus d'une occasion de vérifier que les désordres internes n'étaient pas toujours en raison des symptômes externes et surtout des sensations du malade. Je me bornerai à rapporter le cas suivant ; Une petite fille de six ans , atteinte d'ophthalmie simple se bornant aune conjonctivite presque sans douleur et ayant huit ou dix jours à peine d'existence , succomba aux suites d'une erreur pharmaceutique, malheureusement si fréquentes de nos jours. J'examinai l'œil avec soin vingt-quatre heures après la mort, et je trouvai, à mon grand étonnement, des désordres oculaires internes, tels qu'en peu de jours, sans contredit l'œil aurait été la proie d'une désorganisation. L'on comprend maintenant comment une inflammation peut envahir brusquement tous les tissus de l'œil et se transformer en un véritable phlegmon oculaire, maladie plus connue sous le nom d'ophlhalmite. Le mot de phlegmon lui convient mieux cependant; car il envahit non seulement tous les tissus propres de Tœil , mais encore ceux de ses annexes , de ses enveloppes et de ses parois osseuses. 3^ L'ophihalmite peut aussi passer des tissus des annexes

(1) Rognella, Leçons sur les maladies des yeux, p. 65 {Lancette, 1838),

«t se transmettre au globe lui-même , ainsi que cela arrive souvent dans un grand nombre d'orbitocèles inflammatoires et purulentes.

Le phlegmon oculaire débute graduellement ou sponîanément ; il peut être monocle ou double ; il est accompagné de tous les symptômes propres aux ophthalmies en (général : puis ceux-ci augmentent ; ils se transforment rapidement en phénomènes intenses. Le phlegmon oculaire a presque toujours son siège à la circonférence de Toeil , dans Tépaisseur des paupières ou dans Tintérieur de l'orbite. Il donne lieu à des symptômes d'autant plus intenses que les corps fibreux de Tœil et de ses annexes ne tardent pas à être envahis , et que leur inflammation est toujours suivie de douleurs plus ou moins vives. La rougeur est d'une intensité extrême , accompagnée d'une tuméfaction étendue, et rendue luisante par la distension des tissus. Ces phénomènes sont surtout appréciables chez les hommes prédisposés aux inflammations de la peau. Celle-ci devient œdémateuse, accompagnée d'une rougeur vineuse, semblable à celles des érysipèles. La douleur est intense, profonde , puisante , comme dans les phlegmons cutanés , les panaris (Rognetta). Ces douleurs s'irradient au front, aux tempes ; l'œil semble prêt à sortir de l'orbite , à éclater; il ne peut supporter la lumière; les plus faibles rayons lumineux arrachent des cris au malade. L'œil devient le siège d'un gonflement phlegmoneux,il est impossible de le toucher ou de le presser; la fièvre s'allume, la tête se prend, le délire est violent ou triste, la suppuration devient imminente, l'œil gonfle, se distend et finit par éclater, si on n'évacue le pus. Rien n'est effrayant comme tout l'ensemble des symptômes que présente le phlegmon oculaire ; j'ai vu des hommes pousser des cris affreux , se Lattre la tête contre les murs , chercher à se suicider , et n'éprouver du soulagement qu'au moment où le pus se faisait jour.

Quand le phlegmon passe en suppuration, le pus est de bonne nature , chaud et bien lié. Dans quelques cas cependant, il charrie des flocons de tissu cellulaire ou des lambeaux de membrane fibreuse. Si l'abcès s'ouvre de lui-même, il est presque toujours accompagné de décollemens plus ou moins considérables, qui revêtent une forme sinueuse. La suppuration peut déterminer dans l'œil ou dans ses annexes des dommages graves , tels que l'atrophie de l'œil, la dénudation des os et la carie. La suppuration laisse quelquefois après elle des endurcissemens qui sont presque toujours l'origine de tumeurs de mauvaise nature. De toutes les inflammations de l'œil, c'est sans contredit la plus dangereuse, non seulement parce qu'elle est rapidement désorganisatrice, mais encore parce qu'elle, entraîne promptement au tombeau l'individu qui en est atteint. La maladie sera d'autant plus dangereuse qu'elle se sera manifestée pendant le cours d'une autre affection, ainsi que cela s'observe fréquemment dans les maladies typhoïdes et exanthématiques.

Rarement l'on peut obtenir la résolution de la maladie. Le plus souvent la suppuration a lieu , et après elle l'atrophie du globe de l'œil correspondant : l'évacuation [de. l'humeur produit presque toujours du soulagement.

Le phlegmon oculaire se produit sous Tinfluence des^ mêmes causes qui déterminent en général les ophthalmies. Il en est quelques unes , cependant , qui sont plus directes , et qui jouent un grand rôle dans sa genèse ; ce sont les contusions du globe de l'œil, l'exposition au soleil et surtout à celui qui est réfracté par les sables brûlans. M. Milloz , chirurgien divisionnaire de l'armée d'Egypte ^ m'a assuré avoir rencontré un grand nombre de soldats atteints de cette affection, pendant leur séjour dans ce pays. Le phlegmon oculaire se développe aussi spontané-ment chez les hommes qui se sont livrés avec excès aux travaux de l'esprit. «,,.,., . . ... ■: , .^^ ,

D'après ce qui précède , il est facile d'apprécier que le j[>lilegmon oculaire réclame un traitement excessivement énergique. Les évacuations sanguines à outrance en font les premiers frais; après elles, le médicament qui offre le plus de chances de guérison, c'est le tartre stibié employé à doses élevées. Dans le début , Ton peut compter sur les irrigations continuelles d'eau froide ; mais il faut les suspendre dès l'instant qu'elles ne produisent pas un soulagement marqué : on doit alors les remplacer par des frictions d'onguent mercuriel, en assez grande quantité. Ceux qui se considèrent comme les inventeurs de la médication abortive de l'inflammation par le mercure , ne liront pas sans désappointement les paroles suivantes, dues au professeur Béer (1) : Je m'estime bien heureux , dit-il , d^apoir pu sanctionner par mon expérience tout ce qu^acait dit Jf^erner, sur Remploi du mercure pour combattre les inflam^ mations, surtout celles de Cœil et de ses annexes. Depuis que J'emploie le calomel à haute dose , et que je fais étaler largement de V onguent napolitain tout autour des yeux , je ne ren* contre que très-rarement des suppurations de l'œil ^ aussi je tC hésite pas à considérer le mercure comme un des meilleurs moyens pour empêcher la suppuration.

Lorsque la suppuration est évidente , il faut se hâter de l'évacuer, c'est le seul moyen d'empêcher les ravages ultérieurs : l'ouverture doit être large, pour que la sortie soit prompte , rapide , entière ; par ce procédé on évitera les décollemens et les caries.

Quand le globe de l'œil est malade , il faut l'ouvrir largement , l'expérience ayant prouvé que l'ophthalmo-centlîèse pratiquée par ponction ne remplissait pas complètement son but et exposait à des accidens consécutifs.

Après l'évacuation du pus , par les efforts de la nature ou par les ressources de l'art , le malade éprouve immé-

<1) Béer, Bibliotheca ophthalmica. Vienne, 1799,.pag. 85.

iîîalement un soulagement marqué. Il ne reste plus rien à faire au chirurgien , si ce n'est de surveiller et diriger la suppuration , afin d'obtenir une cicatrice sans difformité , et un moignon convenable, exempt de toute adhérence avec les paupières , pour que le malade puisse un jour jouir de tous les bénéfices de la prothèse.

Nous avons exposé , à Tarticle orbite , la conduite , que Ton doit tenir, lorsque les os sont malades. , ^, V

Phlegmon oculaire à la suite du typhus ; suppuration de l'œil;

gué vison.

Hanz Bozany , soldat hongrois au 1" régiment de hussard de Frimont, fut reçu, à Thôpital militaire de Pavie, dans les premiers jours de mai 1818, pour une affection typhoïde assez grave dont il guérit rapidement sous Tiafluence d'un traitement antiphlogistique énergique , pn;îi que par le docteur Bongiovani : pendant toute la durée de la maladie, il avait accusé une douleur assez vive mais profonde dans l'orbite droit : depuis cinq ou six jours il était en convalescence , lorsqu'il fut tout à coup pris de douleurs excessivement vives dans l'orbite , accom pagoées de frissons, de fièvre, de vomissemens, qui laissèrent croire que le convalescent avait fait des écarts de régime, et qu'il allait faire une rechute. En moins de vin^tqualre heures, les paupières, le globe et l'orbite fureuî le siège d'une inflammation phlegmoneuse de l'œil et de ses annexes, qui fut accompagnée de douleurs teilement atroces, que le malade poussait des cris peiçans. Comme le malade était affaibli par une maladie assez Prave , l'on ne put pas msister sur les moyens anliphlo(^isiiques assez énergiques, et la maladie ayant marché, ii se manifesta «ne fluctuation très-évidente , surtout du côté fie l'angle

externe. Le chirurgien de>ervîce ouvrit Tabcès avec les précautions convenables. L'évacuation fut irès-abondante, mais elle fit cesser tous les accidens, et fut suivie d'une guérison rapide et sans aucun dommage dans Torgane.

Des signes analomiques considérés comme moyen de dia* gnostic différentiel des ophlhalmies. L'idée de différentier les ophthalmies par les formes analomiques qu'elles présentent , appartient tout entière à l'école de Vienne. Il est probable que c'est Barth lui-même qui en fut le premier auteur; mais, comme l'observe très-bien Benedict(4), ce célèbre ophthalmologiste n'écrivit que fort peu de chose, et ses doctrines se renfermèrent dans un cercle étroit , d'élèves de choix, dont Béer et Schmit furent les plus célèbres et recueillirent l'héritage scientifique de leur maître.

Les formes anatomiqnes jouent sans contredit un grand rôle dans le diagnostic différentiel des ophthalmies ; mais c'est tomber dans une erreur étrange que de croire qu'il indique sûrement et irrévocablement la nature de la maladie : c'est surtout sur la forme des injections que l'on a beaucoup insisté comme caractère différentiel des ophthalmies; mais, en voulant lui donner une forme typique, on s'est écarté de la vérité , et la preuve la plus claire que je puisse en donner , c'est que ces caractères anatomiques ne sont point les mêmes pour tous les individus affectés d'ophthalmies, et qu'ils ne sont pas même montrés avec les mêmes caractères sous la plume de ceux qui les ont observés. Ainsi Béer (2) dit que les vaisseaux sanguins , dans Tophthalmie rhumatismale^ ne sont pas également nombreux sur tout le blanc de l'œil , mais qu'ils se trouvent ramassés çà et là , tandis que M. Wardrop (3), au contraire, affirme

(1) Benedict, ouv. cité, introduct., p. VL '

(2) Béer , ouv. cité , t. I , p. 397 et 398. ^. (3; Wardrop, Transact,, X, X.

que, dans celte espèce d'ophthalmie , les vaisseaux sanguins sont également répartis sur tout le blanc de Tœil, sur lequel ils s'avancent de la circonférence de cet organe jus^ qu'à la cornée; mais ils ne la franchissent pas et ne laissent point autour d'elle ce cercle pâle si remarquable, lorsque la choroïde ou F iris sont enflammés. D'un autre côte M. Velch (1) fait observer que la zone vasculaire , qui apparaît autour de la cornée, indique tout aussi bien l'inflammation de l'iris que celle de la sclérotique : plus loin M. Vetch s'exprime ainsi , en parlant des troncs de vaisseaux épars : <' ils n'affectent pas la forme vasculaire; mais ordinairement ils produisent une zone plus ou moins complète de petits vaisseaux capillaires que l'on distingue par leur direction reciiligne et leur concentration uniforme vers les bords de la cornée. » D'un autre côté, M. Travers (2) explique la zone vasculaire que Ton rencontre sur le bord de la cornée par la distribution particulière des vaisseaux. Il serait inutile de pousser plus loin les citations; j'engagerai seulement ceux qui voudront de plus amples renseignemens , à consulteV un mémoire fort remarquable de M. Wardrop , qu'il a fait insérer dans les Transactions, tome X^

M. Tyrell , un des chirurgiens anglais qui voient un si grand nombre de maladies des yeux , considère les signes anatomiques comme d'une très-haute importance, non pour indiquer la cause de la maladie , mais bien son siège ; c'est aussi notre opinion tout entière. Si ceux qui ont considéré les signes anatomiques comme indication certaine et invariable de la nature et des causes des ophthalmies se sont jetés dans une voie peu sûre et pleine de contradictions : ceux , au contraire , qui rejettent absolument les signes^ anatomiques sont tombés sur un écueil tout aussi grave.

(1) Ourr. cité , p. 27, 28 et 29.

<2) Twirers , Synopsis , tic, p. 126.

Pourquoi refuser absolument pour l'œil la valeur de formes, de S'Qnes, de coloralion, de sécrétion que l'on ad- Hïet dans un grand nombre de maladies telles que les exanthèmes, certaines dartres, parmi lesquelles il faut mettre au premier rang celles qui sont modifiées par la syphilis , la gale , le pyan et les scrofules. Nous examinerons , du reste , chacune de ces questions en particulier^ pour chaque maladie , où les caractères anatomiques ont été surtout indiqués.

COÎffJONCTIVITE , INFI.AMMATIOK i:SSEKTΣI.I>E OU XDIOFATHÎQUB I>£ IiA COIfJONCTIVE.

Le siège principal de cette maladie est dans la conjonctive oculo-palpébrale; celle-ci est partiellement ou généralement affectée : c'est ce qui lui a fait donner le nom de laraxis, d'ophthalmie partielle, d'ophthalmie angulaire. Oa l'a nommée aussi conjonctivite palpébrale , ou blépharite interne. La conjonctivite peut exister à divers degrés : pour les classifier, avec plus de sûreté , à l'exemple de M. Rognetta (1), nous suivrons, pour la conjonctivite, la doctrine générale des phlogoses établie par Lobsiein.

Premier degré, Taraxis. Il se caractérise par une rougeur isolée dansTun des points de la conjonctive , accompagnée d'une légère injection discrète ou confluente , suivie de la sécrétion d'un fluide quelconque.

Celte rougeur ne doit pas être confondue avec les ecchymoses et les épanchemens sanguins sous-conjonctiviens qui se forment par la rupture de quelques vaisseaux , surtout chez les individus atteints de toux convulsive ou de la prédisposition hémorrhagique connue sous le nom de blutelle.

Le second degré OU Éplphlogose de Lobstein , comprend

(i) Rognetta , leçon 8« {LancHte française , 1S38), »»*»i* w^

la rougeur informe et totale de la conjonctive. Les symptômes physiologiques et physiques sont Irès-prononcés. Bénédict, Walher, Jûngken, Sanson , Rognetta, Velpeau, reconnaissent à celte période de la conjonctivite des symptômes de larmoiement et de photophobie : les opinions de divers ophtlialmologaes distingués sont conformes à l'observation journalière : mais M. Sichel , pour élre conséquent avec des opinions que nous examinerons plus tard, et qui attribue la photophobie à linflammation de la sclérotique , ne trouve rien de mieux que de nier qu'il y ait photophobie et larmoiement dans les premiers degrés de la conjonctivite.

Le troisième degré est la Métaphlogose, qui est caractérisée par le boursoufflement de la conjonctive, qui se trouve soulevée par le sang qui se répand dans les tissus sousjacens.

Le quatrième degré enfin, est V Hjperphlogose^ c'est-àdire la sécrétion purulente de l'oeil , avec gangrène et rupture de cet organe.

La conjonctivite légère se caractérise par les symptômes suivans r rougeur partielle , unique ou multiple de quelques points de la conjonctive, produite par une injection dont la forme et la couleur varient selon les individus, et surtout selon la coloration de la peau. Ainsi, chez les hommes à peau blanche transparente , nyant les yeux bleus et les cheveux blonds ou roux , la conjonctive e.st d'un rouge cinabre ou vermillon : chez les hommes à cheveux noirs, à peau colorée en jaune, l'aspect de la conjonctive est d'un louge briqueté et tirant sur 4e jaune : chez les hommes enfin appartenant aux rac«s nègres , américaines primitives et à leurs dérives , la coloration du corps réticulaire de Malpighi donne à la peau un reflet particulier, qui se transmet à la conjonctive et lui donne une apparence rouge-brune ou vineuse. Les vaisseaux injectés sont flexueux et démontrent clairement, par la facilité

avec laquelle ils se déplacent, qu'ils appartiennent exclusivement aux couches superficielles de la conjonctive.

A mesure que la maladie augmente , la rougeur se développe de plus en plus avec elle ; car elles sont étroitement liées Tune à l'autre. C'est alors que commence le premier degré de la métaphlogose , ou chémosis. Celuici peut varier depuis le simple gonflement jusqu'à l'eciropliie complète de la conjonctive : des milliers de vaisseaux invisibles à l'œil nu dans l'état normal, regorgent de sang, forment des extravasations en tous sens, et produisent une tumeur rouge qui enclave la cornée de toutes parts* Cette maladie se transmet aussi aux paupières : il s'y manifeste des symptômes inflammatoires secondaires , mais très-évidens, en raison de la laxité de leur tissu et de l'abondance de leur système sanguin. Il faut avoir examiné la conjonctive avec soin dans sa composition la plus intime , pour concevoir que cette membrane puisse acquérir une exubérance telle qu'elle ne puisse plus être recouverte par les paupières : cette ectrophie , continuellement heurtée par l'action du muscle orbiculaire, augmente l'irritation, et par conséquent la maladie.

Pour expliquer la métaphlogose instantanée que subit la conjonctive, il faut se rappeler que, dans les tissus capillaires sanguins, un grand nombre d'entre eux ne sont point visibles à l'œil nu , parce que les globules qui constituent te sang n'y passent qu'à la suite les uns des autres sans éive visibles, tandis que par leur accumulation il y a engorgement local , étranglement et coloration accidentelle des parties transparentes dans l'état sain. Selon M. Muller, le diamètre des vaisseaux les plus fins de la conjonctive est de 0,0006 de lignes, tandis que le diamètre des globules du sang est de 0,01 de millimètre : l'on comprend alors comment le sang circule dans les tissus incolores sans les changer. Arrivé à ce point d'exaltation dont nous avons parlé plus haut , la conjonctivite est presque toujours

accompagnée de fièvre , de sécheresse de la peau , de violentes douleurs de tète , de larmoiement excessif : ces phénomènes sont presque tous accompagnés de dérange» mens du canal intestinal , de chaleurs excessives à la peau et de frissons.

Dans quelques cas la conjonctivite , même très-légère , est suivie d'un épancliement lymphatique sous-conjonctivien, que Ton nomme chemosis séreux ou œdémateux. On le rencontre souvent chez les individus lymphatiques, cachectiques, et qui ont été soumis à une fièvre inflammatoire exanlhématique qui n'a point accompli toutes ses périodes. OnTobserve fort souvent aussi chez les individus atteints de leucophlegmasie locale ou générale , ou qui ont été piqués dans l'œil par des abeilles ou de grosses moustiques. Dans le chemosis séreux la conjonctive est soulevée par un liquide séreux jaune-paille, analogue à celui que l'on rencontre dans les plyctènes du pemphygus ou des vésicaloires; tantôt il forme un sac uniforme, taniôt il représente des tumeurs multilobées , mais qui communiquent entre elles lorsque Tépanchement est un peu considérable : elles ne tardent pas à envahir les paupières , qui prennent alors une couleur et une teinte particulières , en tout semblables à celles du phlegmasis alba dolens.

Je me suis convaincu de l'exactitude des recherches mîtiroscopiques de Muller de Bonn sur le diamètre des vaisseaux de la conjonctive : devant bientôt publier l'analomie microscopique de l'œil, avec des dessins calqués à la chambre lucide , je donnerai le résultat de mes expériences comparées à celles de Muller, Prévost et Dumas, ainsi qu'à celles d'Arnold.

La conjonctivite peut arriver jusqu'à un point de chemosis prononcé , sans qu'il y ait écoulement purulent. Ce n'est que lorsqu'il se forme des étranglemens partiels , que la ^ppuraiion paraît , et souvent avec elle des phénomènes de gangrène.

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