‹ Guide pratique pour l'étude et le traitement des maladies des yeuxChapitre 16 sur 40 · STRABISME · texte numérisé non relu

STRABISME

On donne ce nom à une direction vicieuse du bulbe oculaire qui détruit le parallélisme de son axe; cette ma-

ladie est très-fréquente, et défigure plus d'un joli visage.

Bien que Tœil puisse se diriger dans divers points , et exercer au besoin des mouvemens de rotation , il revient toujours à son axe parallèle, lorsqu'une cause quelconque n'enlrave point le retour. Mais si les attaches qui maintien nent celle sphère dans son étal normal, sontallérées dans leur force , leur place , leurs insertions , ou leur action , le parallélisme est détruit à Tinstant, au point que j'ai vu des blessures des muscles de l'œil produire instantanément un strabisme complot.

Quand le strabisme n'a lieu que sur un seul œil , on le nomme monocle, binocle pour les deux yeux, convergent lorsque les deux yeux sont tournés vers le nez, et divergent lorsqu'il s'en éloignent; enfin strabisme mixte quand un œil est divergent et l'autre convergent. Non seulement le strabisme est un vice quant à la forme , mais encore quant à la fonction ; car il est des yeux tellement déviés que non seulement ils ne peuvent servir à la vision , mais encore ils produisent sur l'autre œil des symptômes de d'iplopieetd'amblyopie. C'est ce qui oblige un grand nombre d'individus atteints de strabisme à un seul œil, de fermer complètement l'œil dévié; parce moyen ils voient bien, mais l'œil dévié le devient de plus en plus.

Il n'est pi)s de maladie qui ait des causes plus diverses et plus opposées les unes des autres que le strasbisme. On peut produire le strabisme chez les enfans nouveau-nés, en les allaitant toujours avec la même mamelle , et en les plaçant dans leur berceau de manière, à ce que les yeux, étant toujours tournés du même côté, contractent une direction vicieuse. Souvent le strabisme se contracte par imitation , et il suffit d'un enfant qui louche pour faire loucher toute une classe : dans quelques pays de Tlnde îo strabisme est endémique et considéré comme une beauté. L'habitude de froncer le sourcil fait aussi dévier les yeux : cela arrive souvent chez les hommes faux et dissimulés ,

ainsi que l'a observé un de nos plus grands poètes contemporains quand il dit :

Où la ruse a faussé le regard.

Celte forme de strabisme est très -prononcée dans 1;\ race malaise, et chez les populations juives de la côte occidentale d'Afrique, réduites à unélat d'avilissement et de duplicité qu'enfante toujours l'oppression qui les a réduites à un état cent fois pire que resclavn.[je.

Le strabisme est souvent du à une affection cérébrale primitive ou sympathique : M. Lalleniand (i), de Montpellier, a tiré parti de la direction anormale que prenait l'œil dans quelques inflammations du cerveau, pour indiquer le siège de l'affection. La réaction sympathique produite sur le cerveau par les accidens qui accompagnent la deutiliou occasionent souvent le strabisme, et j'ai souvent suspendu des accidens de strabisme convulsif en incisant très-profondément les gencives.

Les adultes contractent aussi une direction vicieuse de l'axe visuel , en regardant de travers , en faisant des efforts pour regarder leur nez, et j'ai vu un de mes amis d'enfance devenir strabique en jouant à une espèce de jeu de la drogue^ dans lequel l'on devait enfiler sur le nez une petite fourche trouée.

Dans un excellent mémoire présenté à l'Académie de médecine et inséré dans la Gazette médicale de Paris, M. Pravaz a prouvé par les faits , qu'un grand nombre de personnes n'étaient atteintes de strabisme, que parce que la vision des deux yeux était trop inégale , et que c'est toujours l'œil faible qui se dévie en raison de ce qu'il ne peut voir au même foyer, et qu'il perd l'habitude de fixer. Les blessures de la face, la présence des vers dans les intestins, enfin les taies sur la cornée peuvent produire une déviation

(1) Lettres sur Vencéphale,

de Taxe visuel, par le même mécanisme qui produit la rotation de Tœil chez les cararactés de naissance.

En face de tant de causes qui peuvent exister simultanément , il est difficile de faire un pronostic assuré : cependant lorsque la maladie existe chez les jeunes enfans, sans complications de maladie cérébrale ou spinale, on peut espérer de la guérir.

Plus elle est ancienne, plus elle est difficile à corriger. Lorsque le strabisme est le résultat d'une discordance dans les forces visuelles, on a l'espoir de le guérir en combinant des verres, qui^fassent chasser les yeux du même pied. Le strabisme qui est dû à une affection cérébrale récente, idiopathique ou sympathique, disparaît souvent avec la maladie.

Ceux qui par leur position sont à même de voir des enfans nouveau-nés , doivent recommander à ceux qui sont chargés de les soigner, de les placer toujours dans un jour convenable. Si la maladie est récente, il faut placer dans la direction opposée au strabisme un corps brillant, qui attire leur regard, et qui puisse leur faire vaincre la dévialion en sens inverse. Quand les enfans sont un peu grands, on leur fait porter des lunettes dites iouchettcs^ en cuivre , en baleine, en carton : en même temps on les soumet à des gymnastiques oculaires qui suffisent pour redresser l'œil.

Lorsque la maladie est à son début , un simple bandeau placé sur l'œil sain suffit pour guérir Tœil malade.

M. le docteur Cavara (1) a employé avec beaucoup de succès la galvano-puncture que Boyer avait déjà préconisée.

Lorsque l'on soupçonne la présence de vers dans le canal intestinal , il faut les combattre par les moyens indiqués plus haut.

(1) Journal hehàornadaire^ 1836.

coNSOz^PTioig DU xsuz.be.

On nomme consomption du bulbe, son atrophie, qui, comme cette dénomination l'indique, consiste dans la diminution uniforme de toutes les parties qui composent cet organe.

Cette affection offre différens degrés ; quand l'atropliie n'est pas encore très-avancée , les paupières peuvent encore s'ouvrir; mais quand le bulbe est relire dans le Ibud de l'orbite, elles restent pendantes, j'entends les paupières supérieures. Dans cette période de la maladie , la cornée est fort petite , oblique ; la sclérotique très-resserrée , la chambre antérieure est très-peu large, l'iris, qui est considérablement diminué, manque de pupille; enfin la paupière supérieure ne se relève plus de son propre mouvement.

La diminution considérable du bulbe est une maladie incurable : cependant, quand on apporte des remèdesconvenables aux causes qui la précèdent , on peut espérer de guérir celte afl'eciion.

On a essayé de remédier à cette affection par des yeux artificiels ; ce moyen n'est pas sans danger, en ce qu'il peut hâter de beaucoup la consomption du bulbe, mais encore produire de très-fortes douleurs qui ne seraient pas sans gravité.

PHTH£2I£: nu BU1,B£.

Cette maladie est toujours consécutive à une ophihalmîe qui s'est terminée par suppuration. Quand elle a été considérable , on ne voit plus quand on écarte les paupières qu'une masse informe, raccornie au fond de l'orbite : la paupière supérieure ne se relève plus : lorsque la suppuration a été moins étendue, l'organe n'en est pas moins perdu ; mais la paupière peut encore conserver les mouvemens. On lui reconnaît pour causes des ophthalmies négligées ou mal

traitées, tfn peut appliquer un œil artificiel quand la phthisie est considérable; dans le cas contraire, on ne trouve pas assez de place pourjle loger entre les paupières, et si le malade le désire on vide l'œil.

KÉMIOFIi: , I5ÏFI.OPIE , OXT'OPIS! , ACHROMATOP-

Sî£, B21HI.UÎ:, CHB.UP&IE.

On dirait que les ophtalmologistes anciens et modernes augmentent à plaisir le vocabulaire ophthalmologique pour des symptômes de maladie.

Hémiopie est une affection dans laquelle Tindividu ne voit les objets que par moitié. Quand le malade ne voit que le centre des objets , c'est une hémiopie centrale . la vue de lu périphérie des objets se nomme hémiopie sphérique ; enfin elle peut être inférieure, supérieure ou latérale, selon que Ton voit en côté , en hautou en bas. L'hémiopie peut exister par cause nerveuse , traumatique ou par l'obscurcissement des milieux réfringens : elle accompagne souvent l'amaurose.

Cette affection réclame le traitement destiné à combattre îa cause connue ou présumée.

Diplopie vue double. Cette maladie n'est encore qu'un symptôme d'un défaut de puissance dans la faculté visuelle des deux yeux. C'est souvent un premier degré de strabisme : elle accompagne souvent l'amaurose congestive et doit être traitée comme elle.

Oxyopie ou galéropîe. Cette affection est Taccroissement des facultés visuelles qui se manifeste souvent après les opérations de cataractes et les fièvres cérébrales. Avec le temps , des remèdes caïmans , et des verres convenablement colorés , Ton ramène la vue à son état normal.

Acliromaiopsie, Affection par laquelle on ne peut distinguer les couleurs, et dont les causes sont aussi douteuses que les symptômes.

Berlue. Rien de plus vague que cette maladie ou plutôt que ses symptômes : on entend en général par berlue , les vues vagues , accompagnées de mouches volantes, de symptômes dont le siège est encore bien incertain malgré le mémoire de Demours , et les ingénieuses suppositions de M, Nordmann.

Chrupsie ou chromopsie est une altération des fonctions de la vue, qui se traduit par la vision de corps diversement colorés. Ce n'est en général qu'un symptôme d'amaurose commençante, ou d'une altération dans la diaphanéité de l'humeur vitrée ou du cristallin.

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