MINISTERE DES FINANCES
Il ne reste plus de cette vaste construction , qui s’étendait, dans la rue de Rivoli , depuis la rue de Luxembourg jusqu’à la rue Castiglione , que 'des pans de murs comme derniers vestiges.
L’incendie s’y est déclaré le lundi 22 mai. On paraissait s’en être rendu maître, lorsque le 24 au soir le feu reprit avec une nouvelle et plus vive intensité pour ne cesser qu’aprés la destruction complète du monument.
Dans cette soirée néfaste soufflait un véritable vent d’orage, qui attisait l’incendie et faisait du ministère tout entier un gigantesque brasier.
Il chassait les flammes vers les Tuileries, et pré-
servait ainsi tout le quartier de la Madeleine d’une épouvantable catastrophe.
Tout le monde jette les yeux aujourd’hui sur les ruines du ministère des finances; mais en passant devant ces pans de murs calcinés, on ne peut se rendre compte de l’étendue de nos pertes. Ce que contenaient les bureaux peut être considéré généralement comme ayant été la proie Mes flammes , tout a été brûlé , sauf la partie occupée par l’administration des forêts et celle des douanes, à l’encoignure de la rue de Luxembourg et de la rue Monthabor.
Empressons-nous de confirmer, ainsi que cela a été annoncé dès les premiers jours, que le grandslivre de la dette publique est sauvé! Il est à Versailles en ce moment. Ajoutons que le grand-livre des rentes inscrites au Trésor est distinct du grandlivre des pensions. Ce dernier n’en est que le complément. Le grand-livre des pensions a été détruit, mais il est possible de le reconstituer.
Tous les titres de rente 3 0/0, déposés en vue de toucher le coupon, ont été sauvés ; malheureusement il n’en est pas de même pour les titres de 4 0/0 et 4 1/2 0/0.
Un assez grand nombre de dossiers importants
ont pu être transportés à Versailles le 19 mars au matin, avant que le ministère des finances ne tombât aux mains des gardes nationaux obéissant au Comité central.
Dans la fatale journée du mercredi 24 mai, lorsque le feu dévorait les archives au cinquième étage, et que le quatrième étage commençait à brûler dans la longueur de la façade, sur la rue de Rivoli, de courageux citoyens du quartier, réunis à quelques employés du ministère, bravèrent les balles des fédérés, et s’efforçant de lutter contre le fléau, s’occupèrent du sauvetage de plusieurs bureaux du deuxième et du troisième étage ; une notable partie des objets et papiers du rez-de-chaussée put être aussi enlevée et mise à l’abri.
Toutes ces épaves sont entassées pêle-mêle dans l’ancienne caserne de l’Assomption , et il s’écoulera de longs mois avant qu’on ait pu déblayer, trier et classer ces papiers, moitié brûlés ou mouillés * froissés, déchirés, épars confusément.
On ignore et on ignorera pendant assez longtemps encore quelles sont les pièces qui ont échappé au désastre. Certaines, que l’on croit sauvées, ne subsistent peut-être plus, et on sera surpris plus tard d’en retrouver sur lesquelles on ne conserve
aucun espoir. Quoi qu’il en soit, ce qui reste sera toujours1 bien peu de chose, quand on pense à l’importance des collections accumulées depuis le commencement du siècle, et dont il ne reste que les cendres.
Dans l’édifice incendié, autour de l’administration centrale des finances, on avait groupé les bureaux de plusieurs administrations qui en dépendent, tels que la direction générale des contributions directes, la direction générale deTenregistrement et des domai nés, la direction générale des contributions indirectes, la direction générale des manufactures de l’Etat, la direction générale des douanes, l’administration des forêts ; ces deux dernières seules ont été épargnées.
Une des choses les plus regrettables, c’est la destruction complète des archives et de la bibliothèque administrative. Gomment remplacer aujourd’hui ces mémoires, ces ouvrages traitant spécialement des tailles, des anciens impôts? Ils sont introuvables. La perte de tous ces volumes curieux est irréparable.