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HOTEL-DIEU ET NOTRE-DAME

Le Siècle a reçu d’un interne de 1 Hôtel-Dieu une lettre qui contient les détails suivants sur la t rotative d’incendie dont THôtel-Dïeu et l’église Notre-Dame ont été l’objet. Nous tenons à mettre sous les yeux de nostlecteurs le récit de cet acte monstrueux des défenseurs de la Commune :

Le mercredi 24 mai, à trois heures du matin, un officier d’état-major, agent du Comité central, së présentait à THotel-Dieu ; il était suivi d’une vingtaine d’individus de quinze â dix-huit ans, escortant deux tonnes de pétrole. Au nom du Comité de salut public, il réquisitionna un viÜebreqnm et des

seaux pour répandre le liquide inflammable. L’interne en médecine, de garde ce jour-là, effrayé de cette demande, envoie chercher le directeur, l’engageant à représenter au délégué les dangers qu'allaient courir les blessés et les malades. Après quelques pourparlers inutiles, ils s éloignèrent munis des ustensiles.

Vers onze heures, un ouvrier qui avait vu sortir de la fumée de Notre-Dame, vint donner l’éveil à l’Hôtel- Dieu. Un interne en pharmacie se trouvait là ; il court avertir ses collègues alors à table. Six de ces jeunes gens, àla fois pleins d’anxiété et d’indignation, s’empressent d’aller trouver le directeur et l’engagent à fournir des hommes et la pompe de l’Hôtel-Dieu pour éteindre le commencement d’incendie.

Cette démarche n’ayant pas abouti, ils se rendent eux-mêmes à Notre-Dame. L’ouvrier qui avait donné l’alarme, leur montra une petite colonne de fumée qui sortait par une lucarne ; quelques voisins se joignirent alors à eux. Faisant appel à l’humanité, ces internes firent remarquer qu’il y avait à l’ Hôtel-Dieu cent cinquante malheureux blessés défenseurs de la Commune, et qu’ils allaient être anéantis par son ordre. Cas quelques mots soûle-

vèrent d’indignation les assistants, qui se joignirent à la petite troupe.

Le sonneur et le bedeau , malgré les menaces qu’avaient faites les incendiaires, livrèrent les clefs. On ouvrit la porte d’entrée de la rue du Cloître- Notre-Dame. La petite troupe, à laquelle les femmes, les jeunes tilles et les enfants se joignirent, était déjà assez imposante. Quelques-uns se risquèrent au milieu de cette atmosphère épaisse et brûlante, chargée de vapeur de pétrole ; l’obscurité était complète.

Après dix minutes d’anxiété et de recherches pénibles, — - car à chaque instant les plus forts venaient reprendre haleine à l’extérieur, — on allait renoncer à l’entreprise, lorsque survint un pompier. On le pria de prêter son concours, ce qu’il s’empressa de faire malgré la défense de la Commune.

Un brasier est découvert à la hauteur du chœur. On se rend maître du feu en cet endroit. Les plus hardis marchèrent ensuite sur les débris fumants, et découvrirent un autre brasier à la hauteur du maître-autel. Nouveaux efforts couronnés d’un nouveau succès .

Pendant ce temps, quelques travailleurs cassèrent les vitres afin d’amener un peu d’air dans cette four-

naise, — ces vitres furent choisies aux vitraux modernes de peu de valeur. — D’autre part, on força une des grandes portes, et l’atmosphère devint un peu plus respirable. Un troisième brasier se trouvait à la hauteur de la chaire, on en vint à bout assez facilement ; là on avait amoncelé des chaises, des pupitres, des balustrades. Cet immense bûcher allait jusque sous le grand orgue, et se joignait à un autre dressé autour d’un grand Christ et d’une statue de la Vierge, amenés là tout exprès ; des papiers étaient à la hase, le pétrole avait manqué sans doute, et le feu devait atteindre ce bûcher en continuant ses ravages.

Peu à peu, le jour se fit dans la cathédrale; l’air devenait respirable; hommes, femmes, enfants, déménagèrent ces chaises, ces balustrades amoncelées, et les portèrent sur la place du Parvis, sans songer à la barricade du pont d’Arcole et sans se laisser arrêter par les balles qui leur étaient envoyées de la caserne de la Cité.

Ce travail achevé, on put se rendre compte des ravages causés par le feu : tous les troncs avaient été brisés, les tabernacles, les reliquaires défoncés et pillés, le lutrin de bronze brisé, le grand lustre brisé et renversé. L’heureuse intervention des

internes avait rendu moins graves les dégâts causés par le feu : les boiseries du chœur ont été préservées presque complètement, la chaire et les orgues sont intactes ; les livres saints, les chaises, les fauteuils, sont en partie brûlés ; les chapelles latérales ne sont pas endommagées, mais le sol est souillé en différents endroits.

Ce premier sauvetage terminé, on visite l’étage souterrain, les orgues et les galeries, puis les tours où se trouve une forêt de charpentes qui remontent à huit cents ans ; son salut est du à l’oubli ou à l’ignorance des fédérés.

Pendant ce temps ces derniers étaient toujours maîtres des barricades des quais Saint-Michel et Montebello, ainsi que de l’île de la Cité.

On organisa cependant une garde pour essayer de conserver ce qui avait été si heureusement sauvé; plus de quarante personnes se firent inscrire; chacun monta la garde à son tour sans être inquiété. Yersonze heures du soir, enfin, l’île de la Cité était au pouvoir de l’armée, et la magnifique basilique était définitivement sauvée.

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