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LES TUILERIES

C’est le mardi 23, que le feu s’est déclaré dans ce monument, résidence habituelle des souverains de la France, et à l’heure actuelle il n’en reste plus que.des débris informes.

De la grande façade donnant sur le jardin réservé, seule la construction du pavillon de Flore a échappé au désatre, encore ses murs sont- ils calcinés et ne renferment- ils plus que les cendres de tout ce qui s’y trouvait.

La portion qui s’étend de la rue des Pyramides au guichet de l’Echelle est entièrement consumée ; il en est ainsi de celle nouvellement construite

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s’étendant du pont Royal jusqu’aux grandes baies de passage, vis-à-vis le pont des Saint-Pères.

Le commencement de la construction des Tuileries date de Catherine de Médicis, époque à laquelle Philibert Delorme et Jean Bullant édifièrent un charmant pallazzo à la Florentine.

Ducerceau l’augmenta de deux pavillons. Louis Levau, Mansard , M. Fontaine, l’exécuteur des plans de Louis-Philippe, M. Lefuel, qui refit le pavillon de Flore, et les architectes de la Renaissance, de Henri IV, de Louis XIY, de la Convention même, remanièrent et augmentèrent les Tuileries. Napoléon III allait les faire démolir pour les reconstruire dans le style du nouvel Opéra, si sa funeste entreprise, cause de tous nos malheurs actuels, ne l’eût pas sitôt conduit à la catastrophe de Sedan. ; a-

Les pertes intérieu' es sont grandes, et la lacune que laissera la destruction de ce palais existera surtout dans les souvenirs qu’il évoquait. Catherine de Médicis y avait promené de chambre en chambre ses belles épaules., , ;

Henri IY y demeura longtemps et Louis XIY le moins possible. Louis XY enfant les habitait, pendant que le régent s’amusait dans ce Palais-

Royal dont nous parlerons plus loin. Puis la Révolution y ramena de force Louis XVI et sa famille, et bien peu après, le 20 septembre 1792, la Convention s’installait dans la salle du théâtre « de l’édifice national des Tuileries. »

A la suite du 4 septembre on enleva des Tuileries tous les tableaux et le mobilier d’apparat.

Tout ce qui ne fut pas rendu à l’ex-famille impériale comme objets intimes fut inventorié par la commission de liquidation de la liste civile et envoyé au garde-meubles.

L’incendie a donc eu surtout pour proie les plafonds, en général fort noircis et dégradés, ainsi que les figures ou les vastes ornements des cadres. /VAw

Des portraits en pied des maréchaux, mauvaises suites de copies commencées par Louis-Philippe, et qui occupaient, les entre-fenêtres dans la haute et vaste salle du pavillon de l’Horloge, avaient donné leurs noms à cette partie centrale du palais par laquelle a commencé l’incendie.

Dans le salon suivant, il y avait une peinture de Lebrun, très restaurée, Apollon et les Muses ; puis, dans d’autres salons, un plafond de Nicolas Lenoir. Le Dieu du jour commençant sa carrière , et la B eligion protégeant la France,

dans la salle de Louis XIV, où furent primitivement entassés les papiers et correspondances des Bonaparte, une copie de Lebrun, Louis XI V recevant les êchevins.

Au premier étage, sur le jardin, et allant jusqu’au pavillon de Flore , donnaient les appartements de l’impératrice. La chambre à coucher, immense salon Louis XIV, était d’un style sévère et riche, dont les tons chauds, les ors et les saillies faisaient singulièrement constraste avec les appartements privés. Dans celle-ci, on remarquait un joli plafond, par Faustin Besson, et une décoration complète, d’une gamme très gaie et très décorative, par Charles Chaplin : cela racontait l’histoire et les aventures d’une rose et d’une violette , naturellement il en naissait une impériale.

Les appartements de l’empereur occupaient le rez-de-chaussée, ainsi que ceux du prince impérial. Ils étaient d’une simplicité terne. Les meubles , . , . <kxsik rua

en acajou plein étaient cossus, sans art, et sans

charme. Nulle peinture, nulle sculpture.

Mais la perte irréparable, c’est celle delà collection qu’on y avait déposée dans des casiers et sur les tables. Tous les papiers saisis dans le cabinet de l’empereur et chez les ministres étaient là. Depuis

huit mois une commission travaillait assidûment à les dépôuiller, à les classer. Quelques livraisons ont été publiées et ont montré quels renseignements de tout genre l’histoire pouvait puiser dans ces séries de plus de 50,000 pièces origmales. Mais ces livraisons, commencées trop hâtivement, continuées trop timidement, allaient être suivies de travaux plus sérieux et revus plus à l’aise.

Ce qui est certain, c’est que toute la corruption des vingt dernières années s’étalait, dans ces dossiers, en preuves d’une énergie et d’une authenticité irrécusables.

Lorsque l’on rapproche l’anéantissement de ces preuves de complicité, de l’anéantissement des archives de l’Hôtel de Ville, du Ministère des finances , de la Cour des comptes et de la Légion d’honneur , de l’assassinat du banquier Jecker, n'est-on pas conduit à rappeler l’axiome de droit romain : Is fecit cui prodest ?

On a vu des mains brutales et noires badigeonner de pétrole les murs et les meubles de cette partie du palais qui renfermait ces archives vengeresses.

On a vu des individus en costume de marins s’y reprendre à deux fois pour alimenter le foyer

précisément à cette place. Mais sait-on qui les poussait, et les ordres fussent-ils partis de l’Hôtel de Ville seulement, sait-on encore qui les avait inspirés ?

Voici comment le feu paraît y avoir été allumé :

Un capitaine fédéré dont on ignore le nom, heureusement pour l’honneur de sa famille, traversa, le soir, un des appartements qu’occupaient dans ce moment madame X... et sa fille. Il avait à la main une lampe allumée. En passant il dit à ces dames qu’il faisait sa ronde. Peu d’instants après il revint et les assura que tout était tranquille, qu’elles pouvaient dormir sans inquiétude.

La préoccupation qu’il éprouvait fit naître un pressentiment dans l’esprit de la jeune fille ; elle voulut, pour se rassurer, ouvrir la porte par laquelle venait de passer le capitaine, mais quelle fut sa terreur en voyant que déjà le feu avait pris d’immenses proportions.

Affolée de peur, elle courut à sa mère et l’entraîna pour sortir; elles eurent à peine le temps de se sauver ; elles ne purent même rien emporter de ce qui leur appartenait.

Aujourd’hui, ainsi que nous l’avons dit en commençant, ce palais qui a été habité par tant d’illu

trations et sur lequel dix générations ont laissé des traces de faits historiques, n’est plus qu’un monceau de ruines attirant le regard du spectateur stupéfait, qui se demande s’il est bien possible que ce soient des Français qui aient pu concevoir et exécuter de pareils forfaits.

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