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C. Avec le chlorure d'or

Eau '.100 parties.

Hyposulfite de soude 25 —

Nitrate d'argent \

Chlorure d'or » 2/10

On dissout l'hyposulfite dans 50 parties d'eau, et le chlorure d'or dans 40 parties d'eau, enfin, le nitrate d'argent dans les dix parties qui restent ; ensuite, on verse peu à peu le chlorure d'or dans l'hyposulfite, en agitant avec une baguette de verre, et, en dernier lieu, on ajoute le nitrate.

OBSERVATIONS

Lorsqu'on emploie séparément les solutions pour fixer et pour colorer les épreuves, il est assez facile de les gouverner convenablement et d'en obtenir sans peine un résultat déterminé ; mais avec les solutions qui sont en même temps fixatrices et colorantes, les deux actions peuvent se produire d'une manière discordante ; l'action colorante peut devenir trop active, et comme l'opérateur est obligé de laisser l'épreuve dans le bain pendant le temps nécessaire pour la dégager entièrement et pour obtenir une fixation complète, il peut arriver que la teinte, modifiée trop profondément, tourne au jaune.

M. Hardwich a fait d'importantes recherches pour arriver à expliquer le mode d'action des liqueurs fixatrices-colorantes, et pour établir d'une manière plus certaine la théorie de la propriété colorante que

l'hyposulfite acquiert par l'usage, ou par Fadj onction d'autres substances. Les formules que nous avons indiquées pour la composition des bains fixateurs-colorants, sont à peu près celles qui ont été établies par cet auteur, et nous avons puisé, en partie, dans son ouvrage, les observations qui s'y rapportent (1).

1° Tétrationate de soude contenu dans les liquides fixateurs-colorants.

Nous savons que pour produire sur les épreuves le double effet de fixer et de colorer les images, il faut pouvoir, par une seule opération, dissoudre le chlorure d'argent qui n'a point été attaqué sur les blancs du dessin, et convertir en sulfure l'argent revivifié à l'état d'hypo-chlorure, qui forme les noirs. On obtient ce double résultat au moyen d'une solution d'hyposulfite dans laquelle on a introduit une quantité convenable d'un composé sulfureux plus altérable que Thyposulfite de soude. Un vieux bain d'hyposulfite altéré par l'immersion d'un grand nombre d'épreuves, et chargé de chlorure et de nitrate d'argent, renferme ce composé sulfureux plus altérable, le tétrationate de soude, et c'est à cette substance qu'il doit la propriété de colorer en noir violet les épreuves, en même temps qu'il les fixe. L'hyposulfite d'argent qui reste dans le bain concourt aussi plus ou moins énergiquement à la production de cet effet.

' Le tétrationate de soude, dont un usage prolongé détermine la formation dans l'hyposulfite de soude,

(1) A Manuel of photographie chemistry, by F. Frederick Hardwich, London 1855.

LIQUIDES FIXATEURS-COLORANTS. 187

peut être produit instantanément en introduisant dans Le bain du perchlorure de fer, de Fiode, du chlorure d'or, dans les proportions indiquées plus haut.

Ce sel, de même que Facide hypo-sulfureux, est susceptible de se décomposer spontanément, sans avoir L'inconvénient de s'altérer profondément. Cela fait que La solution conserve sa faculté colorante pendant un temps considérable après sa préparation. Cependant, i la longue, le tétrationate de soude, dont la composition chimique est NaO, S405, finit par se décomposer entièrement et par perdre ses propriétés colorantes 3n laissant précipiter du soufre. Le remède à cette décomposition spontanée se trouve dans l'usage même du bain, qui se charge toujours d'une nouvelle quantité de tétrationate, et emprunte un nouveau pouvoir colorant aux épreuves que Fon y plonge pour les âxer. 11 faut pourtant éviter que le tétrationate ne se trouve en excès dans le bain fixateur, parce qu'il ferait tourner les noirs des épreuves à un vert olivâtre très-désagréable. Il faut donc se borner à la petite proportion des sels qui ont été indiqués ci-dessus, pour le produire en proportion convenable.

Le tétrationate exerce une réaction acide sur le papier tournesol, bien qu'en réalité il soit chimiquement neutre ; il en résulte que les solutions d'hyposulfìte de soude qui renferment ce composé ne peuvent plus être essayées avec les réactifs ordinaires, pour constater leur neutralité. Si on y ajoute un excès de base au point de rendre le bain évidemment alcalin, m tétrationate se décompose promptement; une partie du soufre et une partie de l'oxygène qu'il ren-

ferme se combinent, pour former de Facide sulfuriqu*! qui neutralise tout Falcali libre du bain. La base qW Fon emploie influe aussi sur sa stabilité. Si on le neu- 1 tralise avec une base énergique, comme la potasse, la soude, le bain est moins stable qu'avec une base plus faible (telle que le plomb, le fer), parce qu'alors cette base agit de manière à déterminer la formation d'acides plus énergiques avec lesquels elle se combine.

La concentration du liquide est encore une condition de nature à influer sur la décomposition plus 013 moins rapide du tétrationate de soude. Lorsque l'hyposulfite est très-concentré, le changement s'opère avec une grande promptitude ; il devient, au contraire,, plus lent, en proportion de Fextension du liquide.

: Pendant la décomposition du tétrationate, la réaction qui s'opère est assez compliquée, et semble devoir être rapportée à la génération d'une substance acide, qui, quelle que soit sa nature, peut certainement exister très-longtemps dans le bain, sans occasionner la précipitation du soufre.

Le dépôt noir, précipité continuellement par les vieux bains d'hyposullite et qui se forme aux dépens de l'hyposulfite d'argent dissous dans celui de soude, a pour effet de laisser dans le bain, du sulfate de soude, par la raison que l'hyposulfite d'argent AgOÀ S2O2, en se transformant en sulfure d'argent A#S,!; dégage de l'acide sulfurique SO3, qui, dans notre es-f péce, se combine avec la soude, pour former du suU fate de soude, et libère une quantité correspondante 1 d'acide. Ce dernier, par sa formation lente et con-j

LIQUIDES FIXATEURS-COLORANTS. 489

,tinue, est peut-être la seule cause de l'acidité manifeste qui se développe et se maintient dans le bain, et, par conséquent, de la production et de la conservation de son action colorante.

| Ainsi, après un long usage, le bain d'hyposulfite de soude contient, en solution, du tétrationate de soude, du sulfate de soude, de l'byposulfite d'argent et un acide d'une nature particulière qui se forme continuellement à mesure de la fixation des épreuves. ■Lorsque la solution se trouve dans cet état, si on continue à l'employer à fixer, il s'y forme encore du tétrationate de soude ; mais comme ce dernier se comporte d'une manière à peu près analogue à l'hyposulfite d'argent, il deviendrait inutile de s'en occuper. Ce que nous disons de l'un peut s'appliquer à l'autre.

2° Moyen de conserver l'énergie colorante des fixateurs-colorants .

Un bain longtemps abandonné au repos, cesse de déposer du sulfure d'argent, et il s'établit un équilibre parfait entre toutes les substances. La solution est alors impropre à colorer les épreuves, à moins qu'on |n'y ajoute des substances capables de renouveler le tétrationate de soude. Si la solution a été maintenue là l'état neutre, le dépôt noir se forme très-rapidement; il est donc utile et même très-avantageux d'acidifier légèrement le bain colorant, quand on est /forcé de la mettre à part pendant quelques jours, sans avoir occasion de l'employer de temps en temps.

Il ne faut pas non plus négliger de mettre le flacon à l'abri de la lumière, dont le contact favoriserait la

séparation du sulfure d'argent, et détruirait ain*| l'action colorante du bain.

3° Conditions favorables à la propriété colorante J du bain.

La force colorante du bain est plus marquée lorsque répreuve n'a pas été lavée au sortir du chas sis, et qu'elle a conservé ainsi son nitrate d'argent lorsque le bain est très-concentré et qu'il ne renferm< pas une trop faible proportion de tétrationate ; lorsqu la température du liquide est tant soit peu élevée, d enfin, lorsqu'un long usage l'a enrichi en hyposulfifc d'argent; c'est surtout ce dernier qui fait virer la co loration au pourpre, et qui l'empêche de tourner ai jaunâtre, môme après une immersion prolongée. I serait bien difficile de dire comment l'hyposulfiti, d'argent peut produire un tel effet, mais c'est un fai si souvent constaté, qu'on ne peut révoquer en dout< son existence.

4° Action du chlorure d'or sur l'hyposulfite de soude.

Lorsqu'on verse le chlorure d'or dans l'hyposulfite dessoude, il se forme trois sels bien distincts : le tétrationate de soude, l'hyposulfite d'or et le chlorure de soude. La présence de l'hyposulfite d'or doit modifier notablement l'effet du tétrationate. En effet, le sel d'or de Fordos et Gélis, qui ne contient aucune trace de tétrationate, Ait 0, S202-f 3NaO,S202, peui remplacer le chlorure d'or, sans nuire en rien à l'action colorante du bain.

LIQUIDES FIXATEURS-COLORANTS. 191

5° Action du per chlorure de fer.

Le perchlorure de fer ajouté à la solution d'hypolfite, produit du tétrationate de soude et du protojlomre de fer; par conséquent, si on ajoute au bain i carbonate de soude ou quelque autre alcali, il se pose un précipité qui sera un carbonate ou un sulre de fer.

(Dans la réaction entre le perchlorure de fer et l'hyisulfite, il doit encore se produire du chlorure dô ade :

i 2NaO,S202 + Fe2C/3 = 2FeCZ + NaO,S40* + NaCZ.

€e chlorure, dont la présence serait tout-à-fait inofisive, ne reste pas sous cette forme dans le bain ; a contact avec le nitrate d'argent le décompose et le insforme en nitrate de soude et en chlorure d'argent.

6° Action de l'iode.

L'iode se dissout dans le bain d'hyposulfite sans lui nner aucune couleur, il se combine avec un atome soude, et c'est ainsi qu'il change entièrement l'hysulfite en tétrationate. Cette combinaison peut être présentée par la formule suivante :

2Na OS202 + Ix=NaOS4 0 5+NaI L'iodure de seude qui se forme, s'il restait dans la ution, nuirait à la fixation de l'image positive, et |st pour cela qu'on a conseillé de le précipiter du uide, au moyen du nitrate de plomb.

Dans la préparation des bains fixateurs-colorants, on

peut remplacer le nitrate d'argent par le chlorure du même métal ; mais l'iodure d'argent ne peut pas êtrd employé ; il donne à la solution d'hyposulfite une! action corrosive trop violente sur limage.

Les observations qui précèdent font assez voir que les mêmes bains ne peuvent pas servir alternativement pour les épreuves positives et négatives.

7° Force relative des liquides fixateurs-colorants, et moyens de la modifier.

Les solutions préparées avec l'iode et le perchlorurç de fer sont beaucoup plus actives et bien plus éner^ giques que celles où il entre du chlorure d'or, mais ces dernières ont l'avantage d'être d'une préparatior plus simple et, plus facile.

Onpeuttoujoursaubesoin activer le pouvoir colorani du bain en y ajoutant 2 ou 3 gouttes d'acide acétique Si, au contraire, l'action colorante du bain est trop énergique, parce qu'il est trop acide, on y ajoute quelque* gouttes d'ammoniaque liquide, et si l'on craignait de pécher par un excès d'alcali, il vaudrait encore miew ajouter à ce bain un peu de marbre ou de carbonate de chaux et le filtrer au bout d'un certain temps. I ne sera plus possible de dépasser ainsi la limite d* saturation de l'acide qui s'y trouve

CINQUIÈME OPÉRATION

FIXATION DE i/ÉPREUVE.

Enlevez votre épreuve du châssis à reproduction vous pourrez alors passer de suite au fixage ou le dit;

FIXATION DE i/ÉPREUVE.

férer encore de quelques jours (1). Dans ce dernier cas le papier qui porte l'image devra naturellement être conservé dans un carton et parfaitement à l'abri de la lumière.

Les images photographiques demandent à être fixées d'une manière différente, suivant la diversité des teintes qu'on veut obtenir. Dans tous les cas l'essentiel est : 1° que le papier soit intimement pénétré par le bain fixateur, de manière à dissoudre toute la matière sensible ; 2° que la substance dissolvante soit éliminée et entièrement expulsée, sans cela elle produira Feffet d'un parasite rongeur qui, avec le temps, détruira Fimage.

Au moment où vous introduisez Fépreuve dans le bain fixateur, pour éviter les taches qui peuvent facilement se produire, il faut que Fimmersion du papier ait lieu d'une manière prompte et rapide, de manière à ce que le liquide recouvre tout d'un coup la surface entière de Fimage. Il peut se former au moment de l'immersion des bulles d'air qui restent adhérentes au papier plongé dans le bain, et qui s'op-

I (1) Ce n'est pas sans raison que M.Blanquart-Evrad a recommandé de plonger les épreuves positives dans un bain d'eau, avant de les Soumettre à l'aation de l'hyposulfite. Cette méthode présente plusieurs avantages, elle dépouille l'épreuve de la plus grande partie des sels d'argent qui n'ont pas été impressionnés par la lumière, et notamment du nitrate d'argent, sur lequel l'hyposulfite est sans action ; mais un fait qu on aura peine à croire et qui est cependant très-avéré, c'est qw les épreuves ainsi traitées sont moins fortement attaquées et dépouillées par l'hyposulfite. Enfin, ces épreuves, par la même raison qu'elles {ne déposent plus dans l'hyposulfite une grande quantité d'argent non réduit, conservent plus longtemps à ce bain son action fixatrice.

{Note du traducteur.)

Guide du Photographe. 17

posent partiellement au contact du liquide. Faites crever ces bulles sans perdre de temps., lorsqu'elles adhèrent sur le dessin et même quand elles sont sur le revers du papier.

Une fois que votre épreuve aura été uniformément recouverte par le bain, retournez-la, de manière à ce que l'image soit en dessous et le revers en dessus. C'est là une très-bonne précaution à prendre, car s'il arrivait que le papier restât suspendu à la surface du liquide, au lieu de plonger dans sa masse, il ne se formera point de ces taches, qui, dans le cas contraire, pourraient se produire sur le dessin à fleur d'eau, par suite du contact de l'air.

Lorsque vous employez pour fixer, la solution d'hyposulfite à 16 0/o, laissez l'épreuve dans le bain au moins pendant une heure, et si vous avez besoin de mettre dans le même bain plusieurs épreuves de suite, remuez de temps en temps chaque épreuve, de manière à ce que toutes se trouvent toujours sous l'action du bain. Au bout de cet intervalle d'une heure, les sels d'argent solubles dans l'hyposulfite seront enlevés par le bain, et l'intensité primitive de l'image sera grandement affaiblie. Une exposition convenable à la lumière sera accusée par un dessin possédant toutes les qualités de son cliché, dont il doit reproduire fidèlement les détails. Une épreuve, au contraire, qui ne sera pas venue d'une manière assez intense, deviendra trop faible et sera à peine visible ; elle sera bonne à mettre aux épreuves de rebut, que l'on conserve seulement pour en retirer le peu d'argent qu'elles peuvent contenir ; enfin, dans le cas où

Fexposition aura été prolongée outre mesure, l'image sera par trop profonde et trop foncée.

Si, dans ce dernier cas, vous remettez cette épreuve dans le bain, l'image continuera à se dégager , mais l'action devient beaucoup plus lente qu'à la première immersion, et au bout d'une heure l'affaiblissement provoqué par le bain ne laisse plus beaucoup de prise à une action ultérieure du liquide.

Lorsque vous jugerez que l'hyposulfite a suffisamment agi, et que vous aurez atteint la couleur cherchée, il faudra enlever l'épreuve du bain. A cet effet, vous la soulèverez en la prenant délicatement par un angle, et après l'avoir fait égoutter pendant quelque temps, vous la mettrez dans une cuvette remplie d'eau, où vous la laisserez séjourner au moins 10 à 12 heures, en ayant soin de changer deux ou trois fois l'eau pendant cet intervalle. Le papier albuminé positif exige un lavage plus complet. 11 faudra donc changer l'eau une fois de plus et prolonger l'immersion de l'épreuve pendant 10 ou 12 heures en plus, lorsque vous aurez à traiter des épreuves sur un papier préparé à l'albumine.

Lorsqu'au bout de 4 ou 5 heures de réaction entre l'hyposulfite et l'image à fixer, vous remarquerez que cette épreuve reste trop foncée, il faudra essayer de l'affaiblir avec d'autres solutions, par exemple, avec l'hyposulfite de soude acide. Enlevez alors votre épreuve du bain fixateur, rincez-la à l'eau et traitezla ensuite avec une solution acide composée de 5 grammes d'hyposulfite de soude et de 3 gouttes d'acide sulfurique par 100 grammes d'eau.

Il faut cependant en convenir, lorsque vous serez forcé d'attaquer l'image de cette manière, pour la ramener à Fintensité voulue, les contrastes de lumière et d'ombre deviennent trop criards, et la couleur tourne à un vert bleuâtre, ce qui oblige à prolonger fort longtemps l'action du bain acide, pour obtenir la dégradation voulue. Aussi, pour éviter cet inconvénient, lorsque vous remarquerez que l'épreuve, au sortir du châssis, est par trop intense, avant de la soumettre à l'hyposulfite neutre, plongez-la d'abord dans le chlorure d'or acide dont nous avons parlé ; alors, si l'exposition n'a pas été démésurément excessive, vous pourrez encore arriver à un bon résultat et avoir une bonne épreuve. Le chlorure d'or acide qui, comme nous l'avons vu, a aussi l'avantage de communiquer une très-belle teinte aux épreuves photographiques, peut encore être employé de prime abord et avant le fixage, dans le seul but de modifier la teinte. Dans ce dernier cas, son action doit être abrégée de beaucoup. Aussitôt que le chlorure d'or aura produit son effet sur l'épreuve, on la lave soigneusement à l'eau pour éviter l'acide libre, avant de la soumettre à l'hyposulfite neutre.

L'hyposulfite de soude acide peut donc être facilement remplacé de la manière que nous venons de dire, et on devra y recourir non pas tant pour affaiblir une image trop intense, que pour modifier sa teinte et accélérer le fixage. A cet effet on ne devra le laisser réagir que quelques instants sur l'épreuve. Si ce liquide, peu de temps après sa préparation, commence à dégager une odeur de soufre brûlé et

FIXATION DE i/ÉPREUVE. 197

à prendre une teinte laiteuse, mettez-y répreuve photographique traitée d'abord par l'hyposulfite à 16 0/o et bien rincée à l'eau; au bout de 25 secondes, retirezla, lavez-la de nouveau pendant une ou deux minutes et faites-la sécher.

Des épreuves que j'ai fixées exactement d'après cette méthode, il y a quatre ans, sont encore aussi fraîches et aussi belles que le premier jour; tandis que des épreuves sulfurées par un bain trop prolongé ou par un excès d'acide jaunissent invariablement après quelques semaines ou quelques mois. Le même effet se produit encore, si Iôs épreuves n'ont pas été bien lavées au sortir de l'hyposulfite de soude neutre , avant de les soufrer, ou si l'épreuve soufrée n'a pas été de suite lavée à l'eau, avant de la faire sécher.

On ne peut pas dire qu'il n'existe pas une certaine latitude dans le plus ou moins de temps qu'on doit employer pour sulfurer l'épreuve au moyen de l'hyposulfite acide. Ainsi une épreuve restée trop intense pourra être laissée dans la solution pendant quarante secondes au lieu de vingt-cinq, comme nous l'avons dit; mais si on prolonge l'immersion au-delà de cette limite, l'épreuve positive prend une teinte terne et elle présente beaucoup moins de chances de durée.

Dans presque toutes les circonstances, on doit suivre scrupuleusement les règles qui ont été prescrites tant pour la préparation de la solution que pour son emploi ; la plus petite négligence, peu importante en apparence, reçoit avec le temps une sévère leçon, par la destruction de l'épreuve. On peut tirer un renseignement assez exact pour juger du degré de sulfura-

tion qu'il convient de donner à l'épreuve, en examinant la teinte qu'elle prend dans Fhyposulfite acide; J le premier degré de sulfuration se manifeste par une j teinte de sulfuration violette, intense, qui est la plus j solide; le second degré est un noir pur; le troisième! degré est un noir olivâtre, désagréable à la vue et qui,! avec le temps, tourne de plus en plus à l'olive et au| jaune.

OBSERVATIONS

1° Influence delà lumière pendant l'action du fixage.

Les opérations, qui ont pour but la fixation des| épreuves positives, peuvent être facilement exécutées dans une chambre faiblement éclairée par la lumière diffuse du jour; et c'est une précaution superflue employée par quelques personnes de s'enfermer dans une obscurité complète pour fixer leurs épreuves, comme s'il s'agissait de soumettre une épreuve négative à l'influence des agents révélateurs. Aussitôt que le papier, au sortir du châssis positif, a été mis dans f Fhyposulfite de soude, on peut, en le laissant toujours plongé dans le liquide, l'exposer immédiatement aux rayons du soleil, sans avoir à craindre un effet trop nuisible ; il faut seulement avoir soin que l'action lumineuse s'étende sur toute la superficie de l'épreuve, parce que si elle n'agissait que sur une seule partie, elle conserverait en ce point, après avoir été fixée, une teinte brune légère, mais qui se distingue par- § faitement de la partie non éclairée par le soleil. Cette I teinte brune est assez tenace et assez persistante pour résister à l'action ultérieure de Fhyposulfite et des autres liquides fixateurs.

FIXATION DE l/ÉPREUVE. 199

Il résulte de ce fait la conséquence : que si une dble lumière est tout-à-fait inoffensive , on doit cependant se garder d'opér,er à une lumière trop vive, eia peut d'ailleurs nous conduire à douter de la sodité d'une épreuve qui aurait été fixée à une lumière x>p intense, car nous ne connaissons pas exactement i nature du précipité insoluble qui reste sur le papier t qui le brunit.

2° Epreuves obtenues sous l'influence d'une lumière faible ou d'une lumière forte.

Dans le procédé du fixage, on observe une difféjence remarquable quand à l'affaiblissement des eintes lorsque l'impression a été faite par l'action ^nte et continue d'une lumière faible et diffuse, ou [uand elle a été produite par la lumière vive et direte du soleil. Les demi-teintes sont beaucoup plus >rofondément attaquées et rongées par l'action du >ain fixateur dans le dernier cas que dans le premer (1).

3° Moyen de constater le dépouillement des épreuves.

En fixant les épreuves au moyen de l'hyposulfite le soude, il est difficile de reconnaître, à la simple nspection, le moment où les sels d'argent restés alté- ?ables à la lumière ont été complètement éliminés. Nous n'avons donc pas pu prescrire d'autres règles que celles qui consistent à laisser agir l'hyposulfite I pendant un temps que l'expérience a démontré suffi-

(1) Voir la note ci-dessus, page 165.

sant ; ainsi, on ne peut pas émettre de principes bi<| fixes pour opérer dans toutes les circonstances, su tout quand on ne connaît pas l'énergie du bain fix teur.

En effet, si Ton observe l'épreuve par transparend peu de temps après l'avoir introduite dans l'hyposu fite de soude, on verra qu'elle n'est pas parfaitemel transparente, mai? sombre, granulée et comme cribll de petits points. Cet aspect indique clairement que j solution des sels d'argent est encore incomplète, l'on remet l'épreuve dans le bain et qu'on l'obsei après un plus long espace de temps, une demi-heui par exemple, on trouvera qu'elle est devenue beai coup plus transparente. Lorsque la transparence I papier aura atteint son maximum, ou bien lorsqu'ui nouvelle immersion prolongée n'y ajoutera plus riei on peut en conclure avec certitude que l'épreuve j été suffisamment dégagée par l'hyposulfite de soud et qu'il ne reste plus qu'à la colorer et à termine toute l'opération par un lavage prolongé.

L'hyposulfite de soude ammoniacal exige beaucou moins de temps pour dissoudre la substance sensibl de répreuve, comme on peut s'en assurer en examî nant comparativement le dépouillement produit pa l'hyposulfite seul ou avec addition d'ammoniaque.

4° Nécessité de renouveler Veau des lavages.

Le soin que l'on prend de bien laver les épreuve* est loin d'être superflu, si l'on veut assurer au plus haut degré possible leur solidité et leur durée. Je crois cependant qu'on a un peu exagéré cette difficulté el

FIXATION DE i/ÉPREUVE. 20i

il est tout-à-fait inutile de renouveler à beaucoup reprises l'eau de lavage. Je conserve des épreuves enues depuis 4 ans, et qui, après avoir été traitées •l'hyposulfite de soude à 1 6 pour cent, ont été lavées fnme nous l'avons prescrit; c'est-à-dire qu'on les a t égoutter, puis plongées dans une cuvette remb d'eau ; qu'au bout d'une heure on a changé l'eau, qu'au bout d'une autre heure on Ta encore renou- ;ée; qu'enfin, le lavage a été prolongé pendant heures avant de retirer les épreuves et de les faire her. Eh bien ! ces épreuves n'ont encore rien perdu leur fraîcheur et de leur beauté primitives, ^u reste, on peut concevoir qu'il doit en être ainsi, il serait tout-à-fait singulier qu'il en fût autrement, i première eau de lavage s'empare dans la première iure de presque tout l'hyposulfite , la seconde et la Isième eau n'ont plus à enlever que quelques faite traces de ce sel qui se dégagent plus difficilement, »rce qu'elles sont entrées dans le tissu du papier, et >st là seulement ce qui rend indispensable de prohgèr encore le lavage pendant plusieurs heures. En issant baigner le papier dans l'eau de la cuvette, 1 combinaisons salines solubles s'en dégagent en ;rtu de leur plus grande pesanteur spécifique ; il iffira donc de retourner plusieurs fois le papier sens îssus dessous pour hâter l'effet du lavage, s Les particules du bain fixateur qui, malgré ce lange, peuvent encore rester adhérentes à l'image, sont ctrêmement minimes, et leur action subséquente ne bit pas nous préoccuper, parce qu'elle ne peut occaonner aucune perturbation sensible sur le dessin.

5° Sii convient de changer en chlorure le nitra\ d'argent dans les épreuves à fixer.

Les opinions des photographes sont très-divergd sur ce point. Il est bien certain que le dessin qui contient plus que du chlorure d'argent au mon de son immersion dans le bain fixateur, court m de risque de se tacher ; quii se fixe plus prompten et peut-être mieux par la raison que le chlorurt dissout plus facilement dans l'hyposulfite de soi) Mais d'un autre côté, l'image, si elle n'a pas été tra par le chlorure d'or acide, ne prendra pas dans le Ì fixateur une teinte aussi noire, aussi intense, que s; l'avait plongée dans ce bain au sortir du châssis à) production, c'est-à-dire encore imprégnée de niti d'argent (1).

Je pense que les photographes peuvent adopter! différemment l'une ou l'autre méthode, en se régi! sur l'effet de coloration qu'ils ont en vue d'obte dans l'un comme dans l'autre cas. Il n'y a pas i différence sensible dans la solidité de l'image, pa que quand on opère sans avoir converti le nitrate j chlorure d'argent, on a la précaution d'employer hyposulfite plus concentré. Si l'on se sert de l'hy sulfite ammoniacal, on aura encore moins à s'occuj du nitrate d'argent qui pourrait exister sur l'épreuJ enfin, si l'on emploie les bains fixateurs-colorai dans lesquels la proportion d'hyposulfite est très-fol on ne devra tenir aucun compte de ce nitrate dì gent.

(1) Voyez la note plus haut, page 193.

COLORATION DE i/ÉPREUVE.

I Moyen de reconnaître si le lavage est imparfait.

Lsqu'on a lieu de craindre que l'image positive erve encore une quantité notable d'hyposulfite oude par suite d'un lavage incomplet, et que, par ^otif, on n'ose pas encore la soustraire au contact ('eau' on peut opérer de la manière suivante : ■i enlève l'épreuve, on la fait égoutter, et Ton fait J>er les dernières gouttes qui s'en échappent, dans solution étendue de proto-nitrate de mercure, la (ence de l'hyposulfite s'y décèlera par an précipité . On peut encore reconnaître d'une manière plus pie si le lavage est insuffisant : il suffit d'applir sur la langue un des coins inférieurs du papier, 'il y reste de l'hyposulfite, on le reconnaîtra à saveur douce particulière; mais si ces deux mêles indiquent dans certains cas l'insuffisance du ige, elles ne sont pas assez exactes pour constater lavage complet (1).

SIXIÈME OPÉRATION

ia couleur d'une épreuve, pour produire le meilï effet possible, doit être en rapport avec le sujet résenté par le dessin. Ainsi, un vieux château

') Un autre moyen de vérifier si l'épreuve contient encore de oosulfite, serait de couper une de ses marges et de hrûler ce fragt de papier. La présence de l'hyposulfite se révélerait par une ir qu'il est impossible de méconnaître.

[Note du traducteur.)

ruiné et assombri par le temps exige une teinte toi differente de celle qui convient à un palais neuf élégant. Dans cette matière, l'artiste photographe I difficile àcontenter; il a besoin de savoir modifier à J • lonte ses teintes, et faire passer une image d'une ccl leur à une autre, suivant les circonstances, en déter J nant sur l'épreuve les combinaisons de substances c ont pour résultat d'arriver à la transformation voulu Les bains fixateurs et colorants ont généralemei une action différente sur la teinte, suivant qu'ils so acides, neutres ou alcalins. Les uns font virer le di an au bleu, les autres au rouge ou au jaune; aus' quand l'opérateur, en transformant la teinte d'ui épreuve, veu t la faire passer du rouge au bleu, il d vra évidemment traiter cette épreuve d'une manié1 diflerente de celle qu'il emploierait pour la faire y rer au jaune.

Le but n'est pas aussi facile à atteindre qu'on pouf Mit le croire au premier abord, et la principale dill culte réside dans les modifications qu'éprouvent h diverses teintes en se mélangeant ensemble. Si l'd veut, par exemple, jaunir une teinte violette, il fav dra, avant d'arriver au jaune, commencer par obteni le noir. L'amateur qui ne veut pas se trouver embai rassé, doit donc se faire une juste idée de la natur des teintes et de ce qui arrive dans leur combinaison On ne peut donner d'autres règles pour cette opéra taon, que celles qui dérivent de notre théorie di mélange des couleurs. C'est pour cela que nous allons exposer en peu de mots les principes sur lesqueL aous avons fondé cette théorie.

Les couleurs rouge, jaune et bleue ne peuvent ni composer ni décomposer les autres couleurs plus sim- )les. C'est pour cela qu'on les appelle couleurs sim- )les ou primitives. Combinées deux à deux, elles forcent des couleurs secondaires : l'orangé, le vert et le piolet. Réunies toutes trois, elles forment le noir. Le premier degré de cette dernière couleur est le gris. ! Les couleurs de la nature sont rarement pures. ( Le rouge peut participer du jaune et former un ouge jaunâtre; ou bien du bleu, et il donne un rouge bleuâtre. Il peut encore participer à la fois de 'un et de l'autre, et alors il présente une couleur fouge tirant sur le brun, ou un mélange des trois ;ouleurs primitives dans lequel le rouge domine et [u'on devrait appeler rouge noirâtre.

On peut dire la même chose des deux autres coueurs primitives. L'orangé, le vert, le violet, peuvent également tirer sur le rouge, sur le bleu et sur le loir.

j C'est ainsi que le noir, lorsqu'il n'est pas pur, mais m contraire mélangé avec le bleu, par exemple, >rend le nom de noir-bleuâtre ; avec l'orangé, de noir ;»livâtre ; ou, enfin, de noir brun ou de noir verdâtre, uivant que l'orangé, le rouge ou le jaune prédominent dans le mélange.

I On voit, par ce court exposé, que les trois couleurs primitives, le rouge, le jaune et le bleu, combinées jinsemble dans des proportions différentes, peuvent engendrer toutes les nuances imaginables.

Revenons à notre sujet. L'image photographique nii a pris une couleur brune dans l'hyposulfite neu-

Guide du Photographe. 18

tre, doit être considérée comme ayant une couleuiil grise ou noire, dans laquelle le rouge domine. Si Fori traite une semblable épreuve par Fbyposulfite acide.l celui-ci, en la faisant virer au bleu, changera d'abord! la couleur en un très-beau violet. En prolongeant-] Faction dé Fhyposulfite acide, cette teinte virera aujl jaune, et, par conséquent, la couleur violette de Fi-j mage passera au noir pur. Si on continue encore àj laisser agir le bain acide, le noir obtenu prendra une teinte olivâtre en tournant un peu plus au jaune.

Si, au contraire, Fépreuve est traitée dans un bair d'hyposulûte alcalin, limage tournera au jaune, elj Fon obtiendra une teinte orangée beaucoup moins intense, parce que Falcali ne produit pas le bleu, ni le] noir avant d'avoir amené le jaune. Quand on voudra! faire prédominer le rouge, il faudra plonger Fépreuve dans un bain d'hyposulûte additionné d'acétate de! plomb. Pour rendre le bleu prédominant, d'une ma-| nière franche et sans qu'il jaunisse, comme cela arrive! lorsqu'on emploie les acides après Fhyposulfite, ilj faudra recourir au chlorure d'or.

Ainsi, le photographe a devant lui un champ im-j mense de nuances et de couleurs différentes, sur les-j quelles il peut fixer son choix.

La couleur rouge -brun des épreuves peut être} virée au jaune, au rouge, au bleu, au violet, et enfin1 au noir pur ou mélangé avec le rouge, le jaune ou lej bleu, dans une Jnfinité de proportions différentes.

En faisant passer Fépreuve par les différentes nuan-j ces qui doivent la conduire à la teinte adoptée, il faut procéder avec beaucoup de prudence et de circon-l

COLORATION DE i/ÉPREUVE. 207

,spection, pour ne pas dépasser certaines limites. l'image arrive à la teinte olive, on ne pourra plus retenir sur ses pas pour retrouver le noir pur ; et, par Lela même, il sera encore plus difficile de retourner à [la teinte violette, et tout-à-fait impossible d'atteindre le rouge. Après Faction des acides ou du chlorure d'or acide, les alcalis sont impuissants pour ramener ila teinte rouge-brun primitive, et encore moins le ■rouge jaunâtre. Cela tient à la nature des précipités qui se forment, qui sont très-permanents et rebelles ,aux autres réactifs.

En définitive, l'amateur de photographie doit se rappeler que les nuances de l'épreuve, tant qu'elle est soumise à l'action des bains fixateurs ou colorants, apparaissent toujours plus claires et moins intenses qu'elles ne le sont après la dessiccation du papier, et que souvent ces nuances se modifient encore après coup. Ainsi, le violet noircit, et le noir devient oli- ,vâtre en séchant.

. Quant à la théorie du mélange des couleurs, qui , se fonde sur les principes émis plus haut, j'ai eu occasion d'adresser un article à la rédaction de La Lumière* journal de photographie, sciences et beauxarts, qui s'imprime à Paris.

Mon article a été inséré en entier dans ce journal. Quelque temps après (Voyez La Lumière, 4e année, , n° 7), M. M. -A. Gaudin, un des principaux collaborateurs du journal, a voulu attaquer ma théorie et lui en substituer une autre de son crû qui aboutit à des

conclusions tout-à-fait erronées. Comme cet auteur! m'a mal compris, j'ai cru devoir lui répondre, pour faire mieux apprécier mes idées, s'il était possible. On n'a pas voulu insérer ma réponse dans le journal. J'ai demandé, inutilement, par lettre, l'explication de ce fait, et alors j'ai prié M. H. Plaut, un de mes amis, à Paris, de se transporter au bureau du journal. M. Lacan, rédacteur en chef de La Lumière, lui a donné pour prétexte : qu'il ne voulait pas engager une polémique sur un sujet étranger à la photographie. Je n'ai pas voulu insister, comme je l'aurais pu faire, pour obtenir une misérable satisfaction d'amourpropre.

Puisque je retrouve maintenant l'occasion d'exposer de nouveau ma théorie, et que je suis persuadé, d'ailleurs, qu'elle peut être d'un grand secours pour faciîiter l'art de donner aux épreuves les teintes qu'on désire, je demanderai au lecteur la permission de reproduire mon article, celui de M. Gandin, et la réplique que j'y ai faite. Le lecteur impartial pourra ! décider si réellement je me trompe, et si ma théorie I est tout-à-fait un hors-d'œuvre, ou si, au contraire,, elle ne doit pas venir en aide à la pratique, pour obtenir la coloration convenable des épreuves positives.

Théorie des couleurs.

Nous admettons trois couleurs primitives, rouge, jaune, bleu, par la simple raison qu'on ne peut les composer ni les décomposer en d'autres couleurs plus simples. Ces couleurs, mêlées deux à deux, produisent trois couleurs secondaires, le violet, l'orange, le

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vert. Cette nouvelle formation s'accomplit, soit lorsqu'on mêle entre eux deux rayons de lumière colorée en couleurs primitives, soit lorsqu'on mêle deux corps colorés en couleurs simples différentes. Mais l'explication qu'on peut donner dans les deux cas varie essentiellement, et elle est utile à connaître pour pouvoir comprendre d'une manière satisfaisante la formation du noir et de toutes ses nuances.

Si on fait le mélange, deux à deux, des rayons colorés, chacun avec une couleur primitive, l'œil aperçoit une troisième couleur, qui participe encore des couleurs qui la composent ; ainsi, l'union du rayon rouge et du rayon jaune nous donnent la sensation de la couleur orangé, et il ne me paraît pas possible d'expliquer autrement ce fait qu'en disant que c'est un fait. Mais si Ton vient à former le mélange de deux corps colorés, chacun avec une couleur simple différente, quoique le résultat soit le même, pour l'effet optique qu'il produit sur nous, l'explication qu'on peut en donner est très-satisfaisante, et nous aidera à comprendre la différence de résultat qu'on obtient lorsque, d'une part, on mélange trois corps à couleurs simples, et, d'autre part, trois rayons à couleurs primitives différentes, car on sait que dans le premier cas on obtient le noir, tandis que dans l'autre on a le blanc.

Supposons, pour fixer les idées, qu'on ait à mélanger deux corps, dont l'un soit rouge et l'autre jaune.

Les physiciens admettent que le corps rouge a la propriété de réfléchir le rayon rouge et d'absorber les deux autres rayons colorés, le jaune et le bleu, et

le corps jaune de réfléchir le rayon jaune et d'absorber le rouge et le bleu.

Cela admis, si nous notons, d'un côté les rayons* absorbés, et les rayons réfléchis de l'autre, on verra que dans le mélange nous avons des rayons absorbés et réfléchis en même temps ; dans ce cas, il n'y au-i rait pas d'effet sensible; mais nous avons, en outre, dans le mélange, d'autres rayons vraiment absorbés, lesquels ne peuvent plus se manifester à notre vue.

Mélange d'un corps rouge et d'un corps jaune.

Rayons absorbés. Rayons réfléchis.

S Jaune.

Rouge.

Bleu. 6

( Rouge.

Corps jaune Jaune.

( Bleu.

Les rayons jaunes, rouges, se neutralisent, et on a le bleu deux fois absorbé; mais la lumière, moins le rayon bleu, nous donne la sensation de l'orange. Il est évident que dans notre cas il doit arriver la même chose, comme l'expérience nous le démontre, et il ne pourrait pas en être autrement, parce que le bleu est le complémentaire de l'orangé, et réciproquement.

En procédant de la même manière, nous pouvons aisément expliquer la formation du noir par le mélange de trois corps colorés en couleurs primitives ; phénomène que les physiciens n'ont pu expliquer jusqu'ici qu'en disant que le noir est un fait, un fait que plusieurs ont cru contraire à la théorie des cou-

COLORATION DE i/ÉPREUVE. 211

surs, mais qui, selon nous, la confirme très-bien; un ait qui a même été contredit et nié par des savants irès- respectables qui donnaient comme un résultat ertain que dans le mélange de trois corps colorés n couleurs simples, ils voyaient le blanc ; tandis [ue d'autres, sans leur prévention et leurs théories, l'oyaient clairement le gris ou le noir ! Cette erreur a té introduite par le grand Newton, et s'est conservée lusqu'à nous, parce qu'on n'a pas bien fait la distincion entre rayon coloré et substance colorée, et qu'on l'a pas étudié la manière d'agir dans les mélanges, )ropre à chacun.

Nous appelons un fait inexplicable, la formation le la lumière dans le mélange des trois rayons colons simples; mais pour obtenir le noir, on mélange rois substances ou couleurs simples différentes, parce |ue, dans le mélange , on produit une absorption iomplète de la lumière, comme nous le démontre le ableau suivant :

Mélange des trois corps jaune, rouge, bleu.

Rayons réfléchis.

Rouge.

Rayons absorbés.

Ì Jaune.

Bleu.

( Rouge.

Corps jaune \

[ Bleu.

I Jaune.

Corps bleu j

( Rouge.

Jaune.

Bleu.

Nous avons les trois rayons, une fois absorbés et

une fois réfléchis, et, dans ce cas, il y aurait elisie le mélange ne manifesterait aucune action sur la 1 mière qui le frappe ; mais nous voyons que les tri rayons sont encore une fois seulement absorbés sai être réfléchis ; par conséquent, ils ne peuvent pi se manifester avec leur couleur particulière de 1 mière blanche, et, à leur place, on a nécessaireme le noir qui est Fabsorption complète de la lumièr Car, prenant les lettres initiales des rayons absorbl et réfléchis, on peut établir l'équation suivante (2R 2J + 2B) — RJB = R JB rayons absorbés.

On conçoit que lorsque le mélange n'est pas capi ble d'absorber toute la lumière, mais seulement ur partie, Fœil reçoit la sensation du gris, qui est un m lange de blanc et de noir. Il sensuit que si des phi siciens distinguent trois couleurs simples, comme y en a qui en comptent jusqu'à sept, on pourrait dar les arts ajouter le blanc et le noir, parce que ceux-J en s'unissant donnent naissance à un composé analogu à celui des premiers, qui participe des deux compe sants. Mais nous n'admettons pas cependant cette diJ tinction, et il nous paraît plus simple de n'admettr que les trois premiers. Nous considérons le noir commi la seule couleur ternaire, plus ou moins foncée, pluj ou moins jaune, rouge ou bleue, en un mot, plus oij moins parfaite. Car un noir grisâtre, jaunâtre, etc.j n'est pas un noir parfait, une parfaite absorption d|| lumière, parce qu'il y aura une réflexion partielle d« lumière décomposée ou indécomposée. Nous voyons, d'après cela, que la couleur noire, en raison de sJ composition plus complexe, peut donner lieu à unJ

(uantité infinie de nuances différentes en se modifiant, t que le teinturier, comme le photographe et le peinte, trouvera exactement dans les modifications du ioir les plus grandes difficultés à vaincre pour obterir des nuances données.

( Article de M. Gaudin sur la théorie des couleurs.

' 11 a déjà paru, dans la Lumière, quelques articles ur la théorie des couleurs ; comme cette question >eut présenter de l'intérêt aux photographes, je vais lire en peu de mots ce que j'en pense. 1 Comme résultat final de leurs recherches, les physiciens ont reconnu la plus grande analogie entre la 'umière et le son : la lumière est une longueur d'onîulation mesurée de l'éther, comme le son est une ongueur d'ondulation mesurée de l'air ou des autres >az, des liquides ou des solides. La différence entre les ondes lumineuses et les ondes sonores consiste en bè que, pour la lumière, il n'y a qu'une série d'onles, tandis que pour le son il y a un certain nombre de séries ; c'est-à-dire, qu'entre le rouge extrême qui correspond à l'ondulation de l'éther la plus longue, et le violet extrême qui correspond à l'ondulation la (plus courte, la différence est à peu près : : 13:8, tandis que la longueur des ondulations sonores perceptibles va de l'unité à 3,000 et plus. Dans l'un et [l'autre cas, la série des ondulations produisant sur 'nos organes un effet harmonieux forme une gamme 'qui exige un certain rapport entre les longueurs d'on- 'dulation, ou, ce qui revient au même, entre les ïiom- 'bres d'ondulations perçues pendant l'unité de temps.

On a constaté cette loi dans la gamme des coule J naturelles, comme dans les gammes ou octave sol représentent tous les sons.

Le fait le plus saillant révélé par la photographj est que la plus grande énergie réside dans les rayo* dont T ondulation est la plus courte (1), et qui, par même raison, sont les plus rapides, puisqu'il a é" constaté que tous les rayons se propageaient avec un vitesse égale; par conséquent, la décomposition cl^ mique répond au maximum d'ébranlement et devie^ un pur effet de mécanique infinitésimale.

Les physiciens ont constaté l'existence de 7 cori leurs primitives présentées par le spectre dans Tordr)

,(1) Ceci n'est point exact. La photographie a bien pu confirmer J fait, mais elle est de date encore trop récente pour l'avoir révélé 1 effet, Lien longtemps avant sa découverte, on savait que le rayon roua et ceux qui l'avoisinent sont moins énergiques que les autres rayor colores plus éloignés du rouge dans la série de Newton. Galvani dari son ouvrage intitulé : Della pietra Bolognese, page 59, édition de Bc logne 1780, en décrivant ses expériences directes pour recherche l'action du spectre prismatique sur la pierre phosphorique de Bolo J ou sulfate natif de baryte, s'exprime ainsi :

« Le rayon rouge allume très-peu notre phosphore, l'orangé agi( plus energiquement, le jaune encore plus et les autres de plus en plus ainsi le rayon violet, qui est le dernier de l'échelle des sept rayons co lores, l'allume plus vivement que tous les autres.

» Je suis très-embarrassé pour trouver la raison de ce curieux phéi nomène. On pourrait supposer que le rayon violet est plus apte à dé-j agréger les moindres particules phosphoriques inflammables de notrii pierre, peut-être parce qu'il se compose lui-même de parties plus té-| nues, et par conséquent plus actives que celles qui composent le! autres rayons moins réfrangibles et plus intenses. En effet, le rayoïi rouge qui est plus marqué que tous les autres, est aussi le moins propre à allumer notre phosphore »

COLORATION DE i/ÉPREUVE. 215

I leur réfrangibilité, violet, bleu, vert, jaune, orangé, luge, et que la sensation du blanc parfait résultait | la perception simultanée de toutes ces couleurs. Ili semble à un grand nombre de personnes que le fombre des couleurs primitives pourrait être réduit 13 : bleu, jaune, rouge, parce que, réunissant ce» imleurs deux à deux, on forme les quatre combinai- »ns, violet, vert et orange; mais il est certain que la insation simultanée de ces trois couleurs primitives S produit pas le blanc.

Les physiciens disent aussi que le noir n'est pas ae couleur proprement dite, et qu'il est la négation ,i destruction de toutes les couleurs : ce cas est le lus difficile à interpréter, mais la solution n'est plus Etatise quand on raisonne sur des faits bien établis. 1 M. V. G. Sella dit que la couleur des corps est la )uleur qu'ils réfléchissent; qu'un corps paraît rouge, lune ou bleu, parce qu'il réfléchit le rouge, le jaune in le bleu ; il dit que c'est un fait admis par les phyciens, et il en forme la base de sa théorie. Malheu- Wment, c'est l'inverse qui est la vérité. Toutes les iiatières colorantes, carmin, vermillon, indigo, bleu e Prusse^ oxyde de fer, etc., réfléchissent la couleur 'omplémentaire de celles qu'ils transmettent à travers iur substance, et c'est la couleur transmise à travers mr épaisseur qui forme leur couleur. Il est facile de en rendre compte, en remarquant qu'une couche de |es matières colorantes, déposée sur un verre, laissera passer par transparence la couleur qui leur est ropre. r On peut aussi s'assurer que ces couleurs réfléchis-

sent métalliquement les couleurs complémentaire! en effet, l'indigo et le bleu de Prusse, sous le frottl ment de l'ongle, présentent un reflet métallique torti orangé complémentaire du bleu transmis; le vermi Ion et l'oxyde de fer en cristaux réfléchissent pj leurs facettes une couleur vert olive complément»! du rouge transmis : le bisulfure de fer, qui possèl un reflet métallique jaunâtre, donne, bien broyé I I huile, un noir violet; le sulfure de plomb ou galènj qui a unrefletmétallique bleuâtre en cristaux, domi un noir rougeàtre à l'état de précipité chimique.

Les métaux eux-mêmes suivent cette loi : les plj blancs donnent la poudre la plus noire; l'argent broyl a limile en poudre très-divisée donne un noir hf tense; le noir bien connu et si parfait que donni e platine précipité, le prouve aussi. Les métaux coi lores ne donnent pas un noir parfait; l'or, par exem pie, a 1 état de division extrême, dans les émaux e couleurs sur porcelaine, donne le rouge pourpre di pourpre de Cassius, complémentaire de sa couìeu! métallique jaune.

Le noir de fumée lui-même qui n'est pas parfaitement noir, et transmet une couleur brune comme, toutes les matières bitumeuses, dc*ne un reflet bleu par reflexion, comme on peut le remarquer sur les fumées éclairées par le soleil et se projetant sur un corps noir. Je pourrais étendre beaucoup ces cita- 10ns : ce que je viens de dire des corps les plus famitiers suffira, je pense, pour établir que la couleur des corps broyés est la couleur qui a traversé leur sub-j stance, et qui est de beaucoup plus intense que celle

COLORATION DE i/ÉPREUVE. 217

fiju'ils réfléchissent métalliquement ; en un mot, les matières colorantes peuvent être assimilées à des laines infiniment minces de verre possédant une coloration très-intense.

f Or, qu'arrive-t-il quand on mélange des couleurs? 1 y a superposition excessivement variée de lames :e couleurs différentes, et la couleur qui sera renoyée à Fœil aura dû traverser deux fois toutes les unes superposées, et donnera la couleur que Ton 'ercevrait par derrière pour une très-petite épaisseur : h bien! si Ton interpose entre Fœil et le soleil un ssemblage de verres, représentant, autant que postole, les sept couleurs primitives, aucun rayon ne assera, il en résultera le noir absolu. Un effet ana- )gue doit se produire dès la première couche de coumrs mélangées : avec le blanc réfléchi métalliqueîent, plus le blanc formé par transmission de toutes is couleurs à Funité d'épaisseur, il y aura la sensaon du noir sur la majorité de la surface, en raison es rayons qui seront anéantis après avoir traversé >ut un faisceau des sept couleurs. On aura ainsi un oir plus ou moins gris, qui sera bien inférieur à intensité du noir de platine broyé à l'huile. Par le mélange de trois couleurs seulement, les 3rres laissent passer beaucoup de lumière d'un ton mgeâtre ; c'est aussi ce qui arrive en peinture : le mélange de ces trois couleurs donne au maximum un >is qui tire toujours sur la couleur dominante, et îquel on ne saurait donner le nom de noir que par le exagération de langage (1).

(1) M. Gaudin a beau dire que trois verres colorés avec les trois Guide du Photographe, - 19

En conséquence, la coloration résultant d'un m<| lange de particules colorantes, ne peut pas être assi milée à la réunion des couleurs par des moyens opl tiques ; elle est, au contraire, tout-à-fait analoguf aux produits des verres superposés et vus par tran! mission.

Dans cette expérience des verres, comme dans l] mélange des couleurs, on peut donc dire qu'il y j absorption de lumière ; car, si la lumière était reti voyée de façon quelconque, sans avoir subi de tran^ formation, il en résulterait un blanc plus ou moni parfait, suivant Fintégralité de la gamme de couleui employées. Il est, en effet, très-probable t[ue la kl mière est détruite dans ce mystérieux parcours; mai

couleurs primitives laissent passer une grande quantité de lumièl rougeâtre, il n'en est pas moins évident que si on augmente dans uu proportion convenable le bleu et le jaune des verres, cette terni rougeâtre disparaîtra pour faire place à un gris parfait. Il est faci de voir que M. Gaudin s'est servi, pour son expérience, de verres c( lorés, parmi lesquels le verre rouge était d'une intensité exagéré relativement au jaune et au bleu; est-il bien étonnant dès lors qu* ait obtenu un gris rougeâtre au lieu d'un gris absolu.

Dans la teinture, lorsqu'on veut produire le gris, on mélange troi substances colorées par les couleurs primitives, bleu, jaune et rouge par exemple, l'indigo, la garance, le bois jaune. Pour arriver au noil il n'y a qu'à forcer les proportions de ces substances. Dans la pein ture, on procède souvent encore d'une manière analogue pour prô duire le gris, et le mélange des substances colorantes ne tourne à Ì couleur dominante que quand on emploie un excès bien marqué d l'une ou de l'autre substance. En effet, dans le gris comme dans lj noir, les trois couleurs primitives, pour se neutraliser mutuellemen d'une manière parfaite, doivent être combinées dans des proportion fixes et déterminées. Dès lors, pour obtenir cette neutralisation corn plète, il faut les employer précisément dans la proportion voulue. Cesi là un fait bien connu et que chacun peut vérifier par l'expérience. •

COLORATION DE i/ÉPREUVE. 219

jomme une force ne peut s'anéantir, il y a sans doute Icansformation de lumière en chaleur ; ce qui le fêlait croire, c'est que les corps noirs et les verres coferés s'échauffent beaucoup, tandis que les corps blancs réchauffent très-peu.

| Il peu t y avoir de la chaleur sans lumière ; mais jusqu'ici on n'a pas trouvé de lumière sans chaleur. ,a lumière de la lune, que l'on dit dépourvue de haleur, n'a pas été soumise à une expérience sufFiante ; comme elle est trois cent mille fois plus faible aie la lumière solaire, on ne saurait dire ni mesurer I trois cent millième partie de la lumière solaire, elle que nous la subissons sur notre globe. La photographie elle-même semble prouver que le oir n'est pas de la lumière, car les substances photogéniques restent insensibles sous son abri, quoiqu'elles oient très-impressionnables par les rayons obscurs ;ui dépassent le violet extrême du spectre. , La théorie des couleurs, éta=nt bien connue, pourra eter quelque jour sur les mystères de la photographie. Les nuances que prend l'argent, exposé à l'acion de l'iode et des substances accélératrices, peuvent donner une mesure assez exacte de l'épaisseur Ë la couche et de son état moléculaire; puisqu'on roduit des images sur argent par la seule action de I* lumière sans mercure, il est évident qu'il y a moifìcation chimique et moléculaire indiquée par les éactifs et l'aspect, qui excluent aussi, sur les épreuves ordinaires, la présence du mercure à l'état d'analgame argentifère que j'ai démontré ne pas exister >ar la résistance absolue des blancs à l'action de Faide nitrique concentré.

Les nuances des épreuves sur papier, 'qui . jaune clair au noir.intense, s'expliquent très-bien pa! l'épaisseur croissante des lames d'argent excessive! ment divisé ; le dépôt métallique blanc des épreuve; positives est de l'argent cristallisé en lames conti nues, qui ne diffère du noir absolu, que par un agrégation dont il serait fort avantageux de trouve le secret.

Réplique de l 'auteur sur la théorie des couleurs.

Dans un article très-important inséré dans le n° I de la Lumière, vous m'accusez de me .tromper ei! prenant pour couleur d'un corps celle qu'il réfléchit! et d'appuyer ma théorie sur un fait qui est rinverai

de la vérité.

Vous avez soin d'expliquer plus loin, que comm| couleur réfléchie par un corps vous entendez la cou] leur qu'il renvoie à notre œil, quand il est dans ur état^ compacte qui ne permet pas à la lumière de le pénétrer, que vous entendez parler de la couleur réfléchie (pour me servir de votre expression très-juste méialliquernent.

Vous établissez ensuite que cette couleur réfléchie métalliquement est la couleur complémentaire di celle transmise à travers le corps, et que cette couleui transmise à travers le corps est la même que cello que ce corps, quand il est en poussière ou dans un état qui permette à la lumière de le pénétrer, renvoie à notre œil.

Ainsi, les cristaux de Fe*Os, de l'île d'Elbe, renvoient à l'œil une couleur verte, au lieu qu'une lamof

COLORATION DE i/ÉPREUVE. 221

taaince de Fe203 vue par transparence est rouge, et Lue la poussière de F e2 O3 est rouge * ainsi, la coureur réfléchie métalliquement par Fe% O3 est le vert, ■sa couleur transmise est le rouge, et la couleur renvoyée à notre œil par sa poussière est encore le bouge.

Vous dites que par couleur propre d'un corps on ioit entendre la couleur qu'il transmet, couleur qui ast encore la même que celle que le même corps présente en poussière, ou dans un état perméable à b lumière, et vous m'accusez de me méprendre en prenant pour couleur d'un corps celle qu'il réfléchit, it d'appuyer ma théorie sur un fait qui est malheureusement l'inverse de la vérité.

Je crois, Monsieur, ou que vous n'avez pas lu mon irticle, ou que vous avez voulu faire un jeu de mots permettez-moi de le dire) assez étrange. J'expose ma ;héorie pour expliquer les couleurs produites par e mélange intime des matières colorées. Or, il est évident qu'on ne peut pas mélanger intimement ni les cristaux de Fe203 ni des pièces d'or ou d'argent. Il est clair que j'ai voulu parler de corps dans un |tat tel qu'on puisse les mélanger comme le sont les 3orps en poussière ou en dissolution. 11 est aussi trèsîlair que je n'ai jamais entendu parler de la couleur réfléchie métalliquement par les corps, et que si j'avais parlé de la couleur réfléchie par le Fe20, j'aurais évidemment voulu parler de la couleur renvoyée ï notre œil par F e203 en poussière, dans un état où il peut être mélangé, et non de la couleur réfléchie métalliquement par Fe203. 11 n'y a pas heu de douter,

ce me semble, en lisant mon article, que j'ai toujours voulu parler de la couleur renvoyée à notre œil pai les corps en poussière ou en dissolution. Vous pouvez, peut-être, m'accuser d'appeler lumière réfléchie par un corps, celle quii renvoie à notre œil, à l'état de poussière, au lieu que vous appelez uniquement lumière réfléckie par un corps, celle qu'il renvoie à notre œil métalliquement, c'est-à-dire, quand ili est dans un état compacte tel, qu'il ne laisse paspé-s nétrer la lumière dans son intérieur; mais il n'y a pas de sens à m'accuser de définir comme couleur] d'un corps celle qu'il réfléchit métalliquement, quand je n'entends nullement parler de corps à l'état compacte.

Je laisse de côté la question de la couleur unique que vous donnez à un corps; je n'ai pas à m'occuper s'il ne serait pas plus exact de dire que le Fe^O* en cristaux est veri;, que sa poussière estrouge, et que ses lames minces vues par transparence sont aussi rouges, plutôt que de vouloir accepter le rouge comme couleur du Fe20, qu'il soit en poussière ou en cristaux.

Je vous laisse dire que l'or est pourpre, parce que, à l'état de division extrême dans les émaux et couleurs sur porcelaine, il donne le rouge pourpre dit pourpre de Cassius; et que la belle cotrleur jaune renvoyée par l'or à notre œil n'est pas sa couleur propre, mais sa couleur complémentaire ; vous pouvez aussi croire que l'argent et le platine ne sont pas blancs à proprement parler, mais d'un noir parfait.

Cela ne me regarde pas, car je ne m'occupe que

COLORATION DE i/ÉPREUVE. 223

„ matières colorées qui^euvent se mélanger intiment, et je prends pour leur couleur celle qui pat à nos yeux.

D'ailleurs, ce qui forme la base de ma théorie, n'est s la couleur A plus que la couleur B : c'est la déposition que les corps colorés apportent surla lulère. Soit que vous admettiez le système de l'éission, soit que vous admettiez le système des flations, pour moi, c'est tout-à-fait indifférent, 1e fois admise, la décomposition de la lumière , mme vous paraissez l'admettre avec moi, par le rps coloré en poussière ou en dissolution, il faut xessairement admettre que la couleur rendue inviolé soit absorbée d'une manière quelconque, et que couleur visible soit réfléchie ou transmise. Si vous n'admettez pas que cette couleur soit réîchie, je vous laisse croire qu'elle est transmise, I dans ce cas, il n'y a aucune différence dans les lisonnements que vous pourrez faire, d'après ma téorie, pour expliquer la formation des couleurs qui latent du mélange de deux ou de trois substances olorées en couleurs primitives. Vous pourrez était la même équation et arriver exactement au même Ssultat. Vous n'aurez qu'à écrire rayons transmis, à i place de rayons réfléchis, comme j'ai fait. Ainsi :

Mélange de trois corps jaune, rouge, bleu. Rayons absorbés. Rayons transmis.

( Rouge.

Corps jaune \ Jaune.

( Bleu.

Rayons absorbés. Rayons transmis.

Î Jaune.

Rouge. I Bleu.

Î Jaune.

Bîeu.

Rouge.

Vous avez donc dans le mélange toute la lumièl une fois transmise à notre vue et deux fois absorbl ou rendue invisible : ce qui fait la lumière toute a sorbée : ce qui fait le noir que vous avez obtenu1 ce qui fait que ma théorie est confirmée par l'expi rience.

' Cette théorie est très-simple, et il me paraît qu'eïï explique très-bien la marche que les rayons suiver. pour donner naissance au noir, tandis que vous ave besoin de votre expérience des verres pour pouvoii avec le noir, expliquer par analogie le noir produi! par le mélange de corps colorés, après avoir fabriqu cette singulière hypothèse que les corps colorés son comme des lames de verre coloré. Mais cette analogi( ne signifiant rien pour l'explication à donner, voul êtes obligé de dire qu'en ^mélangeant les substances! colorées, la lumière est absorbée et détruite dans uà mystérieux parcours.

SEPTIÈME OPÉRATION

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