‹ Guide universel et complet de l'étranger dans ParisChapitre 74 sur 273 · VIII. — Palais-Royal · texte numérisé non relu

VIII. — Palais-Royal

ic ARRONDISSEMENT.

(LMntérieur est fermé au public.)

A l'endroit qu'occupe aujourd'hui le Palais-Royal se trouvait, au xv« siècle, une maison située hors les fossés de l'ancien Paris ; deux hôtels furent construits à la place. Environ deux cents ans. plus tard, en 1624, ils furent achetés par le cardinal de Richelieu, qui bâtit à la place une demeure splendide, à laquelle il donna le nom de Palais-Cardinal, Elle fut commencée par l'architecte Lemercier, en 1629, et terminée en 1636. L'inscription de Palais-Cardinal resta sur la porte principale jusqu'en 1642, année de la mort de Richelieu ; et Louis XIII, à qui le prélat-ministre avait cédé ce palais, lui substitua celle de Palais-Royal. La faible santé de ce monarque ne lui permit pas de l'habiter, et il ne survécut que quelques mois à son premier ministre; il mourut au château de Saint-Germain. Richelieu avait orné son palais avec magnificence ; rien n'y manquait de ce qui pouvait flatter ses goûts : il y avait des boudoirs, une chapelle, des salles de bal, des galeries et deux théâtres. Anne d'Autriche, devenue régente, quitta le Louvre, le 7 octobre 1643, el vint avec ses deux fils, Louis XIV et le duc d'Anjou, encore enfant, habiter le Palais-Royal. En 1652, Louis XIV abandonna cette résidence pour retourner au Louvre, pendant que son frère le duc d'Anjou se rendait aux Tuileries. Vers le même temps, la reine Henriette d'Angleterre, épouse de Charles I«', décapité en 1629, arriva à Paris et s'établit au Palais-Royal. Lorsque Charles II, son fils,

remonta sur le trône d'Angleterre, Anne d'Autriche lui demanda la main de sa fille Henriette pour son second fils, le duc^ d'Anjou, depuis duc d'Orléans. Le mariage fut célébré au Palais- Royal, qui alors devint la résidence des nouveaux époux. La reine d'Angleterre se retira dans une maison de campagne, à Colombes, où elle mourut en 1669.

Jusqu'en 1692, le Palais-Royal n'avait été possédé par le duc d'Orléans qu*à titre d'apanage ; Louis XIV le lui céda, en toute propriété, dans cette môme année où son fils, le duc de Chartres, épousa une fille de Louis XIV. A la mort de ce monarque, le duc de Chartres, devenu duc d'Orléans et régent, continua de résider au Palais-Royal, où il fit faire quelques embellissements. Ce qu'on appelle le jardin était anciennement bien plus étendu : il comprenait l'emplacement qu'occupent les rues de Valois, de Montpensier et de Beaujolais, et l'emplacement des trois ailes du jardin. Ces divers emplacements étaient jadis de vastes allées de marronniers, où se promenaient les oisifs et les nouvellistes ; ils disparurent aussi en 1781, pour faire place et à ces rues et aux galeries de pierre. La quatrième façade, qui est du côté du palais, demeura longtemps à construire : elle resta occupée par des baraques ou galeries de bois, qui ont subsisté jusqu'en 1829; elles ont fait place alors à la superbe galerie d'Orléans, appelée aussi galerie vitrée. En 1788, un cirque avait été établi dans le centre du jardin ; un incendie le détruisit en 1798 ; il fut remplacé par un bassin circulaire de 20 mètres de diamètre, du milieu duquel s'élève, par plusieurs tuyaux rapprochés, une imposante gerbe d'eau.

Pour compléter l'histoire du Palais-Royal, ajoutons que, en 1793, après la mise à mise à mort du duc d'Orléans, surnommé à cette époque le prince Égalité, ce palais fut confisqué au profit de l'État et converti en salles de bal et de fêtes publiques ; le Tribunat s'y établit en 1795, et ce local en reçut le nom de palais du Tribunat jjj^^^^^s Napoléon, il reprit son ancienne dénomina^ .Lucien Bonaparte l'habita quelque temp^

1814, il fut rendu à sou propriétaire, le duc d'Orléans, devenu en 1830 roi des Français.

La principale entrée du Palais-Royal est par la place que traverse la rue Saint-Honoré, et qui porte aussi le nom de place du Palais-Royal. Cette entrée consiste en une cour qui a au centre, sur la place, une triple porte en arcade dorique. A droite et à gauche de la cour sont deux avant-corps ou ailes de bâtiments s*avançant jusqu'à la rue, où ils sont unis par un mur formant terrasse, grillé en partie, et percé au centre par les trois ouvertures ou portes dont nous venons de parler. Ces deux avants-corps sont terminés par deux pavillons ornés de colonnes doriques et ioniques, et couronnés de frontons armoriés. Entré dans la cour, on a en face de soi un grand bâtiment couvert d'un comble et d'un pavillon, au-dessus duquel est un avant-corps couronné par un fronton circulaire. Ce bâtiment a trois ouvertures parallèles pour conduire dans la seconde cour ; sur l'ouverture du milieu, et au-dessus du premier étage, est placé un cadran. C'est du balcon placé au premier étage de ce corps de bâtiment que le duc d'Orléans, qui, le 30 juillet 1830, venait d'être proclamé lieutenant général du royaume, présenta sa famille au peuple assemblé dans la cour et sur la place du Château-d'Eau, laquelle a aujourd'hui totalement disparu.

La façade de la seconde cour, vers le jardin, est beaucoup plus étendue que celle de la première cour donnant sur la rue Saint-Honoré ; elle offre deux avant-corps ornés de huit colonnes supportant huit statues. C'est au grand salon du premier étage de la façade donnant sur cette cour que Louis-Pilippe reçut, le 7 août 1830, la députation de la Chambre des députés qui venait lui offrir la couronne. A droite et à gauche de ce corps de bâtiment, deux ailes s'avancent vers le jardin et joignent la façade à la galerie d'Orléans, ou galerie vitrée, pour former ainsi une cour carrée. Ces deux ailes présentent en saillie un^yjjjasse supportée par des colonnes doriques. LaJ^ Aiveau avec le premier étage du palaisj

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promenade aux habitants du palais même ; elle est bordée de vases de fleurs. Sous la terrasse se trouvent à la fois des boutiques et une galerie par où le public arrive à la grande galerie d'Orléans, ou galerie vitrée. Enfin les deux ailes se terminent par deux pavillons carrés.

Le Palais-Royal a été incendié par la Commune révolutionnaire dans les journées de mai 1871. La façade principale donnant sur la première cour et les deux avant-corps joignant cette façade à la rue ont été a peu près entièrement détruits par l'incendie. Le corps de bâtiment qui donne sur la seconde cour a été endommagé.

Lai galerie d'Orléans a 100 mètres de longueur, avec trois promenoirs, l'un au centre, et les deux autres extérieurs. Celui du centre est la galerie proprement dite, couverte d'une toiture vitrée, et offrant de chaque côté de riches boutiques de libraires et autres, toutes exactement pareilles et séparées par des pilastres. Chacune d'elles possède une double façade : l'une sur le promenoir du milieu^ et l'autre sur l'un des deux autres promenoirs parallèles, décorés de colonnes, qui longent, celui du Sud, la seconde cour du palais, et celui du Nord, le jardin. Ces trois promenoirs sont coupés, à leur milieu, par un passage qui va de la seconde cour au jardin même. Au-dessus de la grande galerie qui nous occupe est une terrasse servant comme de toiture aux boutiques ; de chaque côté du promenoir vitré, est une terrasse garnie de vases de fleurs, et ^ui communique avec les deux terrasses du premier étage

es deux ailes de bâtiment dont nous avons parlé tout à l'heure ; tout cet ensemble forme une délicieuse promenade pour les hôtes du palais.

De chaque extrémité de la galerie d'Orléans partent de son double péristyle, et se dirigent du sud au nord, vers la rue Neuve-des-Petits-Champs, deux longues galeries parallèles, dites vulgairement galeries de pierre ; celle de l'est, nommée galerie de Valois, et celle de l'ouest, galerie Montpensier, lesquelles bordent, à droite et à gauche, le jardin, et vont finir chacune par un autre

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péristyle. Ces deux péristyles sont liés par une autre galerie Beaujolais^ dite de la Rotonde, qui présente en effet, à son milieu, un petit corps de bâtisse en rotonde sur le jardin. Les deux longues galeries de Valois et de Montpensier sont garnies d'élégantes boutiques en tout genre, et, de distance, en distance offrent aussi des cafés et des restaurants. Les plus fameux se trouvent dans la galerie de la Rotonde : c'est là que trônent Véfour et les trois Frères Provençaux; là se voit le café de la Rotonde, voisin du passage du Perron. Enfin sur ces galeries se développent les deux grands étages des bâtiments du Palais-Royal, loués la plupart à des restaurateurs, à des cabinets de lecture et à des cercles. A l'extrémité nord de la galerie Montpensier se trouve le théâtre du Palais-Royal, comme à l'extrémité sud le Théâtre-Français, derrière lequel est le magasin gastronomique du fameux Chevet, dans la galerie de Chartres^ qui conduit à la galerie de Nemours, et celle-ci à la rue Saint-Honoré. Au bout septentrional de la galerie de Valois se voit le magasin du Gourmand, et en face le Café' des Aveugles y ainsi nommé à cause de la troupe de musiciens aveugles qui jouent le soir devant les habitués de l'étabissement.

Le jardin du Palais-Royal occupe un espace découvert de 234 mètres de long sur 100 mètres de large ; il est planté dans sa plus grande longueur de deux doubles allées de tilleuls, et il offre deux pièces de gazon entourées d'une plate-bande et d'une petit grille en fer ; elles sont séparées l'une de l'autre par un bassin circulaire d'où s'éclancent plusieurs jets d'eau en forme de gerbe. Dans la pièce qui avoisine la galerie d'Orléans est une Diane à la bichcj en bronze, copiée de l'antique, et près d'elle un méridien à dc^tonation, ou canon solaire, annonçant le midi vrai, qui, on le sait, diffère du midi moyen, sauf quatre fois par an. Il y a aussi un Ulysse, de Bra, et une Eurydice piquée par un serpent, de Nanteui l. Dans la pièce du nord est une statue en bronze d'ApoJJj statue en marbre d'une jeune homme lutta

chèvre, par Lemoine : et celle d'un autre jeune homme sortant du bain, par d'Épercieux. Dans le circuit du jardin, au bout de chacun des deux parterres ou jardinets, se trouvent quatre pavillons, occupés par des personnes qui louent des journaux sur place, moyennant cinq centimes par journal.

Les boutiques des galeries du Palais-Royal forment un immense bazar, où Ton trouve réuni tout ce qui peut tenter et le luxe et la mode, flatter les sens, charmer les yeux et séduire les esprits et les cœurs ; c'est là surtout que la mode a fixé son mobile empire : le coup d'œil y est particulièrement magique le soir, à l'éclat des réverbères et des lumières qui font ressortir la splendeur des boutiques et des magasins.

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