‹ Guide universel et complet de l'étranger dans ParisChapitre 76 sur 273 · X. — Palais de Jastice · texte numérisé non relu

X. — Palais de Jastice

I*»* ARRORDI$SEME!IT.

(Ouvert tous les jours, excepté le dimanche.)

Le Palais de Justice, d'abord Palais de la Cité, fut construit ou considérablement réparé sous le roi Robert, fils de Hugues Gapet, vers Tan 1000. Quelques-uns des successeurs de Robert l'agrandirent, notamment saint Louis, 1248. On attribue à ce roi les salles basses situées au-dessous die la

grande salle dite des pas perdus. Une de ces salles porte encore le nom de Cuisine de saint Louis, comme à Fétage supérieur, la grande chambre, où siège encore aujourd'hui pour quelque temps la Cour de cassation, a été longtemps appelée Chambre de saint Louis. Après ce prince, Philippe le Bel, en 1313, rebâtit presque entièrement ce palais, ou du moins y fit de notables accroisements. Charles V y résida, et ce ne fut qu'en 1431 jque Charle VII l'abandonna tout à fait au parlement pour s'établir au Louvre. Avec les bâtiments récemment ajoutés au Palais de Jus-

Palais de Justice.

tice, le monument s'étend de la rue de la Sainte-Chapelle au quai de THorloge. Il borde à Test le boulevard du Palais. A Fouest, il s'étend jusqu'à la rue du Harlay, en y comprenant la Préfecture de police et la Concierg erig.,0uî e n sont comme les annexes.

Le Palais de Justice a souffert considc^

m GUIDE DANS PARIS.

événements de mai i871. On a pu arrêter heureusement les progrès de Tincendie allumé par la Commune révolutionnaire, et préserver complètement la Sainte-Chapelle ; mais la salle des pas perduSy la Conciergerie, la nouvelle façade de l'ouest, œuvre de M. Duc, et diverses autres parties du palais exigeront de longs travaux de réparation et de reconstruction partielle.

La façade principale du palais, sur le boulevard du Palais, donnant à Test, a une cour d'honneur précédée d'une grille en fer avec trois grandes portes à double battant ; celle du milieu est surtout remarquable. Au centre de la façade s'avance un escalier de 6 mètres 40 centimètres de hauteur. Cet escalier mène à une première galerie où l'on entre par trois portiques. Des deux côtés de cet escalier et en contre-bas sont deux larges arcades pareilles qui mènent, l'une au tribunal de police^ et l'autre à la prison de la Conciergerie. Le milieu de la façade présente un avant-corps décoré de quatre colonnes doriques. Au-dessus de l'entablement règne une balustrade, et sur quatre de ses piédestaux sont posées quatre statues allégoriques représentant la Force, l'Abondance, la Justice et la Prudence. Elles s'élèvent à l'aplomb des quatre colonnes, et se dessinent sur un fond lisse de maçonnerie qui supporte un dôme quadrangulaire. Deux ailes de bâtiment, élevées de deux étages, accompagnent la cour.

Après avoir monté le grand escalier de la façade principale, on se trouve dans un vestibule qui sert de vestiaire aux avocats et qui mène, à gauche, vers la Sainte-Chapelle, à droite, vers la salle des pa^ perdus. Au milieu du vestibule est un escalier décoré d'une statue de la Justice et qui conduit aux deux premières chambres de la cour d'appel.

En quittant le vestibule pour entrer dans la salle des pas perduSy on laisse à gauche une longue galerie dite la galerie des merciers où se tenaient autrefois des commerçants, et qui, parallèle à la salle des pas perdus, perpendiculaire au vestibule, va, en longeant les nouvelles

PALAIS. lea

constructions destinées à la Cour de cassation, rejoindre uu vestibule sur lequel donne Tescalier des cours d'assises.

La salle des pas perdus est une des plus vastes de France : elle a 74 mètres de longueur sur 28 de largeur, Son intérieur est, par un rang de piliers et d*arcades, divisé en deux nefs égales. Ces piliers et ces arcades contribuent à supporter les deux voûtes à plein cintre et en pierres de taille qui la couvrent. L'ordre dorique, employé dans cette salle, lui donne plus de solidité et de grandeur majestueuse. Elle sert de promenoir aux plaideurs et aux gens de loi. Elle est éclairée par des ouvertures cintrées et vitrées aux extrémités de chaque nef, et par des œils-debœuf pratiqués sur les flancs des deux voûtes. La salle des pas perdus contient un beau monument élevé, en 1822, à la mémoire de Malesherbes, le défenseur de Louis XVL

Cette salle est aujourd'hui complètement à refaire; la voûte s'est écrasée, et il faudra la reconstruire en entier.

En suivant la galerie des merciers, on laisse à gauche l'ancien escalier des assises, à droite la nouvelle Cour de cassation, et l'on arrive à l'entrée de la nouvelle façade de l'ouest, qui est l'œuvre de M. Duc. Cette façade, dit M. Th. Gautier, se développe non sur le quai où les vieilles tours au toit en éteignoirs découpent leur silhouette pittoresque, souvenir du vieux Paris au milieu du Paris moderne, mais parallèlement à l'ancienne Préfecture de police. Les grandes colonnes doriques qui soutiennent le fronton du portique sont du plus beau galbe et donnent à cette façade un caractère de force mi^jestueuse et sereine qui convient bien à la destination de l'édifice.

Un immense vestibule, espèce de salle des pas perdus, se présente d'abord, puis l'on accède par des escaliers d'un développement monumental aux salles d'assises. Ces salles d*assises sont complètement incendiées. Des boiseries de chêne revêtaient ces salles à mi-hauteur, et des tentures d'un ton sonbre tapissaient le reste des muraille s JaU|Bji^d s étaient divisés en compartiments et en

rehaussés d'or qui encadraient des peintures allégoriques. Dans une de ces salles, qui rappelait la salle du grand conseil du palais des doges, à Venise, M. Henri Lehmann avait fait des peintures où il avait trouvé moyen de rajeunir ces symboles un peu usés que les artistes, en pareille occasion, empruntent à la mythologie. Quatre panneaux oblongs et un disque central, tel était le champ offert à ses compositions. La Justice soutenant Tlnnocence et arrachant le masque au Crime obscur occupaient le milieu. Le Juge méditant la loi et prolongeant son travail nocturne ; le Juge repoussant les tentatives de la corruption ; le Crime poursuivi par la Vindicte ; l'Orphelin et la Veuve protégés, remplissaient les autres cadres. L'artiste, en faisant détacher ses figures d'un fond de bleu sombre, avait donné de l'unité à sa composition. Ce bleu était comme un ciel qui s'étendait derrière les personnages, à travers les baies de l'architecture. Un Christ sur fond de mosaïque d'or, deux statues allégoriques complétaient cette décoration.

Dans une autre pièce étaient des peintures de M. Bonnet^ notamment un Criminel enchaîné se tordant aux pieds d'une The'mis inexorable^ dans une pose contournée et violente, à la Michel-Ange, détruite par l'incendie.

Le Palais de Justice offre aux visiteurs, outre les parties spécialement réservées aux cours et tribunaux, diverses dépendances qui sont dignes d'attirer l'attention.

Nous avons laissé la cour de la Sainte-Chapelle pour y revenir en sortant de la salle des pas perdus. Dans cette cour s'élève un vaste bâtiment qui s'étend le long de la rue de la Sainte Chapelle, et qui contient les chambres de police correctionnelle.

Les façades de ce bâtiment sur la cour et sur la rue sont de remarquables compositions d'architecture. Un vestibule donne accès à un escalier remarquable par sa hardiesse, et qui conduit aux chambres que nous venons de citer. Mentionnons encore la façade, le vestibule et l'escalier de la Cour de cassation, et nous aurons indiqué sommairement

la composition des parties neuves du Palais de Justice. Ce vaste monument, si pur de style, a valu à son auteur, M. Duc, le grand prix de 100,000 francs créé par l'Empereur. — Depuis la guerre, les travaux sont confiés à M. Duc, pour la Cour de cassation et la Conciergerie, et à M. Daumet, pour les salles d'assises, etc.

Une des parties les plus curieuses et des moins connues a été restaurée depuis 1868; ce sont les immenses salles situées au rez-de-chaussée, et dont les piliers et les voûtes supportent la salle des pas perdus. L'architecture de ces salles appartient au style ogival des règnes de saint Louis et de Philippe le Bel. Là se trouvait autrefois la cuisine de saint Louis, dont on a retrouvé et réparé la cheminée. On doit construire sur le boulevard du Palais un escalier de quelques marches pour donner accès à ces dépendances, qui sont en contre-bas par suite de l'exhaussement qu'a subi le sol de la Cité.

Sur le quai des Orfèvres, s'élèvent les nouveaux bâtiments de la Préfecture de police.

On demandera et on obtiendra facilement au bureau des prisons l'autorisation de voir la Conciergerie, prison du Palais de Justice, employée comme dépôt des prisonniers durant leur procès. — Cette prison, qui fut d'abord le logement du concierge à l'époque où les rois demeuraient au Palais de Justice, a été pendant une grande partie du moyen âge et jusqu'à nos jours illustrée parle séjour d'une foule de criminels ou de victimes célèbres ; c'est là que furent massacrés les Armagnacs par les Bourguignons, en 1418; là que furent enfermés Montgomery, qui avait tué Henri II dans un tournoi, puis Ravaillac, l'assassin de Henri IV, et, plus tard Damiens, qui tenta d'assassiner Louis XV; puis, sous la Révolution, Marie- Antoinette et madame Elisabeth, sa belle-sœur, suivies de près, à tour de rôle, par les girondins, le duc d'Orléans, les hébertistes, les amis de Robespierre; puis, sous l'Empire, Georges Cadoodal; sous la Restauration, le comte de Lavalette, lès sergents de La Rochelle, Louvel, etc.

Il y a en outre la prison du Dépôt de la Préfecture de police et qu'on appelle vulgairement salle Saint-Martin ; on y retient les personnes arrêtées jusqu'à ce qu'elles aient été interrogées. Il y a des chambres particulières, dites pistoles, dont il faut payer le loyer.

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