V. — Hôtel des Invalides
ESPLANADE DES INYALIDE8, VI1« àRRONO:SSEMENT.
(Ouvert tous les jours, excepté le dimanche, de 11 heures à 4 heures. Dôme et tombeau de Napoléon ouverts au public, le lundiy le mardi, le jeudi et le vendredi, de midi à 3 heures.)
L'Hôtel des Invalides est destiné à recevoir les militaires blessés ou estropiés, ou qui ont trente années de services : c'est là qu'ils passent leurs derniers jours. Avant le règne de Henri IV, les vétérans de nos armées n'avaient aucun asile dans leur misère, et ils vivaient d'aumônes ou se retiraient dans des couvents. C'est en 1596 que ce prince mit lin à une telle injustice en plaçant dans un hôpital fondé au faubourg Saint-Marcel, par Nicolas Houel, les officiers et soldats blessés à son service ; ils y furent logés, nourris et médicamentés, en vertu de ses édits de 1597 et 1605. En 1634, Louis XIII plaça les invalides à Bicôtre, qu'il érigea en commanderie de Saint-Louis ; mais le manque de fonds ne permit pas de donner le moindre développement ultérieur à cet établissement. Louis XIV résolut de construire au faubourg Saint-Germain, dans la partie occidentale et près de la Seine, un hôtel où les invalides pussent être réunis. Voilà l'origine de Y Hôtel des Invalides, litre que lui donna le grand roi lui-même.
Vers la fin de 1670, on commença les fondations, et, au bout de quatre ans, l'édifice put déjà recevoir des pensionnaires. Il fut mis sous l'autorité du ministre de la guerre, et gratifié de plusieurs prérogatives et exemptions. En 1701, trois receveurs généraux furent attachés à l'hôtel même. On avait, en 1675, commencé la construction de l'église, d'après les dessins de l'architecte Bruant; le dôme fut ensuite entrepris d'après ceux de Mansard, et ne fut achevé qu'au bout de trente ans, c'est-à-dire en 1706. Sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI, les choses restèrent dans leur état, et il y eut peu d'invalides admis. En 1790,
THôtel reçut le nom de Temple de l'Humanité, qui sous Napoléon, se changea en celui de Temple de Mars ; en 1814, il reprit son nom primitif, que lui ont maintenu le gouvernement de juillet 1830 et le second Empire. Un gouverneur est à la tête de ce vaste hôtel, sous l'autorité du ministre de la guerre. Le nombre des invalides aujourd'hui logés daos l'hôtel est d'environ 3,000. On arrive à l'Hôtel des Invalides par une magnifique esplanade d'une longueur de 480 mètres sur une largeur de 260. La cour extérieure de l'édifice est entourée d'une grille et de fossés revêtus d'une maçonnerie sur laquelle sont placés des canons, que l'on tire dans les réjouissances publiques ou lors de l'ouverture des sessions législatives. Au centre de l'esplanade est un bassin avec un buste du général La Fayette.
La grille ou porte-grille franchie, on a devant soi la façade de l'hôtel, qui a 200 mètres d'étendue. Elle est divisée en quatre étages et percée de 133 fenêtres, sans compter celles des mansardes. Au centre est une porte principale, surmontée d'un bas-relief représentant Louis XIV à chevaL Aux extrémités sont deux pavillons couronnés de trophées,, et terminés par des terrasses couronnées de balcons.
La porte centrale conduit à la cour principale, longue de 130 mètres et large de 64 mètres ; elle est entourée de bâtiments dont les quatre faces ont deux étages d'arcades qui éclairent les galeries couvertes et superposées. Au centre de la façade méridionale est le portail de l'église, sur lequel est placée une statue en pied de l'empereur Napoléon. Des Irophés militaires décorent le haut de chacune des arcades, et une horloge est au milieu de la même façade méridionale de cette cour, qui offre à l'est, au rez-de-chaussée, les cuisines et les réfectoires. L'aile droite ou l'est du front de l'hôtel est occupée par le gouverneur, et l'aile gauche ou l'ouest par le commandant, le colonel-major, l'intendant et les autres officiers attachés à l'Hôtel, au nombre d'environ 130.
V église des Invalides a son autel placé sousj qui communique à une seconde église, dite
Saini-Louis des Invalides.
autel est orné de six colonnes torses, groupées trois à trois, dorées, garnies d'épis de blé, de pampres, de feuillages portant des faisceaux de palmes qui, se réunissant, sou- . tiennent un baldaquin surmonté d'un globe et d'une croix. Les figures d'amortissement et les autres ornements sont Touvrage de Vanclève et de Coustou. Cette première église consiste en une longue nef, et en basses ailes supportant les galeries formant tribunes, et qui apparaissent derrière les arches de la partie centrale de l'église. Les piles des arches sont ornées de pilastres corinthiens, qui supportent une corniche ; au-dessus une ligne de croisées répandant leur clarté sur les étendards pris à l'ennemi, et suspendus à la voûte le long de la nef. Ces étendards sont des trophées des guerres de la Révolution et de l'Empire. La nef contient les monuments funéraires d'un certain nombre de maréchaux de France ou de gouverneurs de l'Hôtel.
La seconde église, appelée le Dôme^ à l'extrémité sud de la première, se trouve en quelque sorte détachée du reste de l'édifice. Elle consiste en une tour circulaire, surmontée d'un dôme, et placée sur une masse carrée de bâtiments, qui forment le corps de l'église. Cette dernière partie est divisée en deux étages, et dans le centre de chaque front règne un pédiment.
La façade du midi s'élève sur un perron de quinze marches. Au-dessus du perron s'élèvent deux ordonnances de colonnes doriques et ioniques superposées, supportant un fronton triangulaire, orné des armes de France. Deux niches aux côtés de la porte renferment les deux statues en marbre de saint Louis et de Gharlemagne. Dansl'attique sont les quatre statues de la Tempérance, de la Justice, de la Prudence et de la Force. Les groupes de balustrades représentent les quatre Pères de l'Église grecque et les quatre Pères de l'Église latine. La partie supérieure du dôme offre une ceinture de quarante colonnes corinthiennes, disposées par nombre pair; la coupol e est te rminé par un lanternon doré, où l'on peut dessus duquel s'élève une aiguille surmonté
également dorée, dont la pointe est à 408 mètres au-dessus du sol. Cette coupole, en plomb, et son intérieur, qui a 47 mètres de diamètre, montre dans un tableau le Ciel ouvert et Jésus-Christ environné d'anges et de saints. Entre les croisées se voient les douze apôtres entourés aussi de groupes d'anges. La voûte du sanctuaire représente la Trinité dans sa gloire et TAssomption de la Vierge. Aux pendentifs sont les quatre Évangélistes. L'aspect intérieur et extérieur du dôme, chef-d'œuvre d'architecture, est d'un superbe effet ; des colonnes et des pilastres d'ordre corinthien contribuent encore à la beauté intérieure de ce dôme, autour duquel sont placées six chapelles dédiées à des saints ou saintes, et où l'on remarque de curieux bas-reliefs. Dans deux enfoncements, et vis-à-vis l'un de l'autre, se distinguent les tombeaux de Turenne et de Vauban ; à côté de celui de Turenne est la chapelle Saint-Jérôme, où ont été déposés pendant douze ans les restes de Napoléon P', avec son épée et le chapeau qu'il portait à la bataille d'Eylau. Cette chapelle renferme actuellement le tombeau du prince Jérôme. Tout l'intérieur du grand sanctuaire est peint ou doré. Enfin la tour du dôme se compose de trois coupoles proprement dites, deux en pierre et une en bois ; l'une des deux premières s'ouvre à l'intérieur et la troisième à l'extérieur ; tout le dôme a été doré dans les dernières années du règne de Napoléon P', et il a été depuis redoré.
Au centre du dôme, et au milieu d'une crypte ouverte et profonde de 8 mètres, se trouve le tombeau de l'empereur Napoléon. Tout autour règne un portique en marbre blanc, soutenu par douze piliers massifs, dans lesquels Pradier a taillé douze Victoires. En face de la porte d'entrée de la crypte, on voit la statue de l'Empereur, et un peu en avant, sur un autel, les insignes de la Légion d'honneur et l'épée d'Austerlitz.
Au premier étage de l'Hôtel, on peut visiter la cuisine avec son énorme marmite et les quatre réfectoires; de ces réfectoires, l'un est affecté aux officiers, etJggjJUigiitres aux soldats.
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Quant aux dortoirs, ils sont établis au premier et au second étage deTaile droite, et contiennent chacun cinquante lits, tenus avec une extrême propreté ; chaque homme a son lit. Bien qu'il n'y ait présentement à Thôtel qu'environ 3,000 invalides, il peut en recevoir bien davantage, puisqu'il en avait eu jusqu'à 7,000 sous le premier Empire.
La bibliothèque a été fondée par l'empereur Napoléon ; elle occupe une salle du premier étage du pavillon central de la face septentrionale de l'Hôtel ; elle compte environ 30,000 volumes, et possède deux portraits en pied, représentant : l'un Napoléon au grand Saint-Bernard, et l'autre Louis-Philippe. Elle est ouverte de neuf heures à quatre heures, excepté le dimanche et les jours fériés.
Dans une pièce voisine de la bibliothèque est la salle du Conseil ou des Maréchaux, renfermant les portraits des gouverneurs de l'hôtel et des maréchaux de France décédés. Nous y avons compté de 25 à 30 portraits, y compris ceux que l'on restaure.
Enfin, dans les combles de l'hôtel sont placés les plans en relief de toutes les places fortes de la France. Le public n'est admis à les visiter qu'une seule fois Tan, vers le mois de juin, avec une permission délivrée par le président du comité des fortifications.