Guillaume Couture
Enregistré conformément à l'acte du Parlement du Canada, en l'année mil huit cent quatre-vingt-quatre, par Joseph-Edmond Roy, au bureau du ministre de l'agriculture.
PRéFACE
Il y aura bientôt trois cents ans, au printemps de 1647, la rive sud de notre beau fleuve St. Laurent accueillait son premier colon, Guillaume COUTURE. Bravant les menaces des Iroquois, il venait y faire sa trouée dans la forêt vierge et y bâtir sa maison, face à la cité naissante de Champlain.
C'est là, dans cette maison rustique, que deux ans plus tard, il épousera une jeune fille venant elle aussi de France, Anne Emard. L'acte original de ce mariage du premier Couture en Amérique est conservé dans les registres de Notre-Dame de Québec.
Pour célébrer dignement ce troisième centenaire, nous avons cru bon de taire connaître davantage la vie de ce digne ancêtre, et de faire rééditer l'ouvrage qu'un de nos historiens distingués, Monsieur Joseph-Edmond Roy, publiait il y a déjà plus d'un demisiècle. L'auteur lui-même cependant, a douté par la suite de l'authenticité d'un fait qu'il a relaté dans ce livre, celui de l'expédition à la Baie d'Hudson. N'ayant pas trouvé de preuves contraires, nous avons reproduit l'ouvrage tel quel, en y ajoutant quelques documents intéressants et plusieurs illustrations que nous devons au talent de cette artiste qu'est Madame Odette Vincent-Fumet.
Nous tenons à rendre ici un hommage spécial à Monsieur Jos-Edmond Roy qui, par ses travaux historiques nous a fait mieux connaître et plus aimer celui dont nous sommes déjà si fiers d'avoir pour ancêtre, GUILLAUME COUTURE, et qu'il n'est pas téméraire, je crois, de placer parmi les héros de notre histoire.
Richard COUTURE, ptre,
vicaire à N.-D. de Q.
LE PREMIER COLOfli DE LA POnTE-Liïï
Il y a eu dans notre pays plusieurs noblesses.
La France nous envoya les officiers de ses régiments déjà illustrés par maints faits-d'armes sur les champs de bataille du vieux monde.
Combien de cadets, n'ayant que la cape et l'épée, vinrent dans les forêts d'Amérique conquérir la gloire et la croix de Saint- Louis ?
Combien l'ambition en jeta sur nos bords de ces fils de famille désireux de s'attirer les faveurs du grand roi ?
Dans la magistrature et dans l'administration la plupart de ceux qui formèrent tige parmi les familles de la colonie pouvaient trouver le nom de leurs ancêtres inscrit au grand armoriai de France.
A cette noblesse de robe et d'épée vint se
joindre notre noblesse à nous, la noblesse du terroir. Elle ne fut pas la moins distinguée. C'était tantôt d'habiles traiteurs, des négociants heureux, d'intrépides pionniers, d'audacieux découvreurs qu'un dévouement constant, une série continue d'actes généreux ou une action éclatante recommandaient aux laveurs de la conr.
Ceux-là furent les chanceux.
Mais combien d'autres qui, par leurs actes méritoires, auraient pu tenir le premier rang, et qui n'eurent avec les anoblis et les décorés que la commune gloire d'être venus sur une terre lointaine apporter la civilisation et implanter une race vertueuse et énergique.
Que de soldats sont tombés dans la mêlée et dont la valeur b^est oubliée plus vite encore que le sillon obscur où ils sont enfouis ! Le nom des chefs demeure, mais qui se souvient de ceux qui les ont suivis ? Dollard passera à la postérité, mais, à part les chercheurs, qui s'occupera jamais de connaître les compagnons de son héroïque défense ? Q:ii s'est inquiété de savoir le nom des camarades d'Iberville dans ses expéditions lointaines V Quand cet enfant de la
victoire écrivait à la cour : "Je suis las de conquérir la baie d'Hudson, " les courtisans battaient des mains ; mais ont-ils jamais pensé que ses soldats pussent être fatigués ? Le chef s'en allait se faire décorer à Versailles, recevoir les promotions. Les camarades, abandonnant le mousquet pour la charrue, retournaient dans quelques paroisses ignorées du Canada, labourer la terre paternelle, en attendant l'occasion de se signaler par de nouveaux exploits.
Et, pendant un siècle, ce fut la même histoire.
Ce sont les dévouements et les actions héroïques de ces enfants obscurs du devoir, de l'enfant du peuple, du simple ouvrier qu'il faut maintenant raconter. Les noms qu'ils ont illustrés, c'est l'apanage de leurs familles, c'est le patrimoine de la race.
Lar grande histoire ne les cite qu'en passant: elle n'a pas le temps de s'y arrêter. Ce qui la frappe ce sont les sommets. C'est à la chronique et à la monographie qu'il appartient de dire les détails. D'infatigables chercheurs se sont déjà donné la tâche de feuilleter les mémoires et les manuscrits. Chaque jour nous
apporte de nouvelles découvertes et de nouveaux héros. Tous ces traits épars réunis en faisceau forme pont un trophée qui vaudra bien des monuments élevés à la mémoire de personnages renommés pour des actions de moins d'éclat.
Il est une classe d'hommes surtout dont nos historiens se sont attachés dans ces derniers temps à nous faire connaître l'histoire intime : c'est celle des voyageurs-interprètes.
On sait que ces voyageurs se divisaient en deux groupes.
Les uns, mercenaires à la solde des traiteurs et des commerçants, couraient les bois avec l'ambition de faire fortune coûte que conte. Ils ne songeaient ni de près ni de loin à la cause de la morale ou à l'avenir de la colonie française. Pourvu que le trafic des fourrures allât bien, ils ne s'inquiétaient guère de conserver aux colons l'amitié des tribus.
A cette avant garde d'écumeurs, les missionnaires et les gouverneurs opposèrent une école d'hommes probes et religieux. Dans ces temps de foi et d'honnêtes dévouements, il se trouvait
Guillaume Couture, voyageur interprète, page 11
des laïcs disposés à braver la mort pour prendre part aux mérites des missionnaires et pour aider la France à fonder des colonies, Cette école s'était formée autrefois au Brésil, bien avant l'arrivée des Portugais dans ce pays, et Champlain avait jugé combien elle serait utile à son œuvre. Dans ses voyages, il enrôla dans les ports de mer de France quelques-uns de ces serviteurs dévoués qui furent les premiers pionniers patriotes dans les forêts du Canada. Sur leurs traces marchèrent Marsolet, Brûlé, Nicoiet, Marguerie, les G-odefroy.
Ces gens n'étaient point de vulgaires aventuriers. Dans leurs courses lointaines parmi les peuplades sauvages, ils se formaient à leurs habitudes, apprenaient leur langue et les entretenaient en bonne amitié avec la colonie. G-énéralement admis à faire partie de la nation dans les villages de laquelle ils demeuraient, ils étaient regardés comme ses enfants, et acquéraient au moyen de leur adresse et de leur énergie une grande autorité dans les conseils.
Dans l'histoire des premiers temps de la colonie, ces hommes ont joué un grand rôle.
Après être demeurés de longues années au
milieu des bois, ils revenaient au pays rapportant les connaissances qu'ils avaient acquises. Combien de découvreurs ont dû leur gloire aux relations de ces pauvres enfants du peuple ?
La plupart du temps, au retour de leurs courses, ces intrépides pionniers se sont mariés et établis dans le pays, et ils sont devenus la souche des principales familles canadiennes. Ces simples colons savaient conserver toujours la confiance des sauvages qui les avaient vus vivre la même vie qu'eux.
Combien d'entre eux conduisirent au loin les missionnaires dont ils avaient préparé la visite en instruisant les capitaines sauvages et en baptisant les enfants ? Que de troubles, que de massacres n'évitèrent-ils pas à la colonie, ces hommes simples et naïfs? Qui redira jamais les choses étonnantes qu'ils accomplirent ? Il est assez commun de trouver des hommes capables de faire face à un danger pressant durant un court espace de temps ; mais il est rare d'en rencontrer qui puissent, pendant la durée de plusieurs années, fournir chaque jour des preuves de prudence, d'habileté et de courage, sans jamais se démentir.
Et, pourtant, c'est ce que firent les voyageursinterprètes.
Pendant que le mission iiaire catéchisait la tribu, eux parcouraient le pays, relevant les rivières et les lacs, découvrant de nouvelles nations pour les gagner à la loi et au roi.
Ces voyageurs étaient choisis parmi les plus alertes et les plus vigoureux. Les sauvages s'étonnaient de leur valeur et de leur adresse. On les vit provoquer les enfants des bois à la course, soit avec des raquettes, soit sans raquettes, et remporter la victoire sur tous leurs concurrents Et leur humeur était si gaie et si agréable, que les vaincus eux-mêmes leur témoignaient de l'amour et du respect.
On avait soin de les prendre encore jeunes, afin de les façonner plus aisément à cette vie rude et aux difficultés des langues. La plupart d'entre eux avait une excellente instruction. Ils parlaient le latin, l'anglais, le hollandais, et 8ii valent d'ordinaire plusieurs dialectes sauvages. Quelques-uns, pendant leur captivité, ont écrit des lettres fort touchantes. Ces récits naïfs, tracés sur des écorces de bouleau, quelquefois avec de l'encre formé de poudre à fusil délayée,
étaient attachés aux arbres le long des rivages et tombaient aux mains des voyageurs de passage '.
On en a vu mener des négociations avec l'ennemi, comme de véritables diplomates.
Les Relation)^ sont pleines de touchants détails sur les actions héroïques de ces serviteurs dévoués.
Hardis, intelligents, doués d'an heureux caractère, ils accompagnaient les enfants de la forêt dans leurs courses aventureuses, supportant des fatigues et des privations incroyables. Quand la chasse ne donnait pas, ils n'h,vaient souvent pour toute nourriture que l'écorce des arbres.
C'est l'histoire de l'un de ces enfants du peuple, la vie d'un de ces oubliés que nous voulons raconter.
En recueillant les détails épars dans l'histoire, dans nos manuscrits, dans les archives, en reproduisant le récit des vieilles relations nous avons cru faire œuvre boime.
i Relations des JéauUes ; relation du père Breasani ; lettre du P. Joçues.
Gruillaume Couture, le bon Guillaume, comme l'appellent toujours tous les vieux récits, ' fut un des plus remarquables voyageurs-interprètes des premiers temps. Il se voua au service de sa religion et de son roi. Compagnon du martyr Jogues, camarade de René Groupil et de Laiande, il est l'émule de Nicole t, et les Sauvages lui décernèrent ce nom.
Et si Québec s'enorgueillit delà probité et du dévouement d'hommes de bien comme Hébert et Couillard, ses premiers habitants, une des plus vieilles paroisses du pays, celle de la Pointe de Lévy, est heureuse de pouvoir mettre en pleine lumière le nom de Gruillaume Couture, son premier colon, premier juge sénéchal et premier capitaine de milice.
I Le père Brcssani, le père Jognes, les Tîelationx des Jésuites^ la vénérable Marie de llncarnation rappellent toujours ainsi.
Griiillaume Couture est un enfant de la Normandie. Il naquit à Rouen, en 1617, du mariage de Gruiilaume Couture et de Madeleine Mallet. Ce renseignement est pris dans le dictionnaire généalogique de l'abbé Tanguay. D'après l'abbé Ferland, Couture ' aurait vu le jour l'année même de la fondartion de Québec, en 1608.
E-ouen était alors la \alle où se recrutait spécialement toute cette intrépide population qui avait donné à la France l'empire d'un monde. C'est là que Champlain avait trouvé la plupart de ses fidèles interprètes. C'est dans les faubourgs des villes de Normandie que les armateurs raccolaient leurs meilleures équipages. Nicolet, le Tardif, Marguerie, Hertel, Marsolet, les Grodefroy sont des enfants de la province normande.
Elevé au milieu des pêcheurs et des marins, Couture dut se former de bonne heure à l'idée des voyages. Etant encore fort jeune, il s'embarqua pour le Canada.
I {Histoire du Canada —ioiua I, page 317.)
Les pères jésuites, dès 1634, avaient fondé sur les bords des grands lacs un établissement au milieu des Hurons. Ils avaient besoin déjeunes gens de métier, courageux et actifs : Couture, qui était menuisier, s'engagea au service de la compagnie, dèa son arrivée.
L'abbé Ferland le fait venir au pays en 1642 ', mais par un acte qui se trouve au greffe des notaires à Québec % on voit que Guillaume Couture, domestique des révérends pères religieux de la compagnie de Jésus de la mission des Hurons en la nouvelle France^ demeurait déjà dans cette mission dès 1640.
C'était l'habitude alors de ceux qui se destinaient à de longs et périlleux voyages de faire avant leur départ, une donation générale de leurs biens à leur famille ^
I Appendice c. tom. I. Hist. du Canada.
a Greffe de Martial Piraube. Ce document porte la date dw 26 juin 1641.
3 A chaque instant, on trouve dana les greffes des notaires du temps des actes qui commencent par ce préambule éloquent dans son genre : Fut présent Charles Roclieron, lequel estant près de son départ pour faire voyage au Mississipy, et comme c'est un lieu éloigné auquel il risque sa vie et que nous sommes pour mourir en quelque lieu que nous puissions être et en cas que le dit Charles Rocheron vienne à mourir, il fait donation ù soo père, mère et sœur de ses biens et du quint de son voyage pour faire dire des messes ^greffe de Metru — 7 mai 1699).
Couture avait laissé en France sa vieille mère et une sœur ^ Son père, qui exerçait l'honnête profession de menuisier, était mort laissant quelques biens dans sa succession. Il y avait entre autres certains immeubles en la paroisse de la Haye-Aubray, en Normandie. Un des oncles de Gruillaume, laboureur à Aubray, était son tuteur et avait eu l'administration de ses biens.
De passage à Qaébec, dans l'été de 1641, Couture fit donation de ses héritages à sa mère et à sa sœur et leur donna pouvoir de se faire rendre compte de la gestion de tutelle de son oncle =".
Tl dut partir la même année pour le pays des Hurons, car, au printemps de 1642, le père Isaac Jogues revenant de cette grande et glorieuse mission, après six ans d'incessants labeurs, le cite comme son compagnon de voyage 3.
Partis du Saut-Sainte-Marie le treize de juin,
1 Marie Cousture.
2 Greffe de Martial Piraiibe, 26 juin 1G4I. Dans l'inventaire des minutes d'Audouard on trouve encore, datée du 28 juin IC41, une donation par le même Couture à sa mère Magdeleine Mallet. Cet acte est disparu. (Voir à l'appendice a).
3 Lettre du père Jogues au P. Provincial de France, écrite d Albany le 5 août 1643.
"Il leur avait fallu parcourir trois cents lieues de pays, "désembarquer quarante fois et quarante Jois porter. leurs bateaux et tout leur bagage dans les courants et les chutes d'eau." Chop. l-p.l5
les voyageurs arrivaient à Québec après trentecinq jours de marche. Il leur avait fallu parcourir trois cents lieues de pays, " désembarquer quarante fois et quarante fois porter leurs bateaux et tout leur bagage dans les courants et les chutes d'eau '." Dans ces accidents de voyage n'étaient point compris quelques naufrages où ils avaient été en grand danger de perdre la vie, et les embuscades des Iroquois évitées comme par miracle.
Après quinze jours de repos, ce prêtre infatigable reprenait le chemin du pays des Hurons.
Trois-Rivières était le poste avancé d'où partaient les expéditions pour les pays lointains des lacs et des missions sauvages. C'est à cette dernière escale en pays connu, que le père Jogues s'embarque le second jour d'août avec les sauvages qui l'ont suivi depuis les lacs. Il ramène avec lui Guillaume Couture, interprète, René G-oupil, jeune chirurgien, qui allait exercer son art auprès des chrétiens, et un jeune français dont les Relations ne nous ont point conservé le nom.
L'expédition se compose de quarante persou-
1 Relations de 164"? p. 18.
lies montéos sur douze canots divisés par escouades. L'avaiit-garde est conduite parle valeureux chef Eustache Ahatsistari.
La flottille porte les approvisionnements des missionnaires et de leurs compagnons, ainsi que les objets nécessaires pour les chapelles.
Aux flancs des canots voltigent au gré du vent comme des flouettes ^ les chevelures des ennemis tués au combat.
Les voyageurs avaient laissé les Trois-Eivières depuis deux jours, lorsqu'un matin, arrivés aux environs des îles du lac Saint-Pierre, l'avantgarde découvre sur le rivage quelques pistes d'hommes nouvellement imprimées sur le sable ^ On met pied à terre. Les uns disent que ce sont des vestiges de l'ennemi, les autres assurent que ce sont des traces d'Algonquins, sauvages alliés. Ahatsistari, auquel tous leis autres
1 Relations.
2 Les canots longeaient la côte pour éviter le courant (Père Jogues). Situé près de renibouchure de la rivière des Iroquois et traversé })ar des canaux nombreux et étroits, ce groupe d'îles offre bien des points où l'on peut facilement dresser des embuscades. Aussi les Agniers s'y tenaient ordinairement lorsque la navigation était ouverte : car-, outre la facilité d'y surpendre les canots hnrons et algonquins, ilsy trouvaient le gibier et le poisson en abondance. (Ferlaud.)
délerent pour ses faits d'armes et son courage, s'écrie : " Qu'ils soient amis ou ennemis, il n'importe, je remarque à leurs traces qu'ils ne sont pas en plus pfrand nombre que nous. Avançons et ne craignons rien." A peine ont-ils fait un mille de chemin, que l'ennemi, caché dans les grandes herbes et les broussailles, se lève avec do grands cris et décharge sur les canots une grêle de balles.
Le bruit des arquebuses effraye si fort une partie des Hurons, qu'ils abandonnent leurs canots et leurfe armes pour se sauver au fond des bois. Le jeune Français,qui se trouve à l' arrière-garde, les suit. Heureusement, cette première décharge n'a fait aucun mal ; un Huron seulement a eu la main transpercée et quelques canots sont brisés en éclat. La petite expédition ne compte plus que douze îi quatorze combattants. On se bat vaillamment, lorsqu'une bande de quarante Iroquois en embuscade de l'autre côté du fleuve vient fondre sur ceux qui résistent emore. Ecrasée par le nombre des ennemis qui reçoivent toujours du renfort, cette poignée de braves perd courage. Ceux qui sont les moins engagés sont contraints de fuir, abandonnant leurs camarades dans la mêlée. René Goupil, qui n'est plus soutenu de ceux qui le suivent, est
entouré et pris avec Abai^istari et les plus courageux des Hurons.
Le père Joguos, qui aurait pu se sauver en se cachant dans les halliers et dans les roseaux, ne veut point abandonner les Français et les néophytes, et il vient grossir le nombre des captifs.
" Pour moi, écrit-il, témoin de tout, je ne voulais ni ne pouvais fuir. Comment fair en effet nu-pieds ' Y Comment me résoudre à abandonner ce bon Français, les autres Hurons captifs, et ceux qui allaient le devenir, et dont plusieurs n'étaient pas baptisés V Cependant, comme les ennemis, pour poursuivre les fuyards, m'avaient laissé sur le théâtre du combat, j'appelai un de ceux qui veillaient à ia garde des prisonniers, et le priai de m'adjoindre au Français déjà pris, lui faisant comprendre qu'étant son compagnon de voyage, je voulais partager ses périls et sa mort. Cet homme, comme saisi de frayeur, et pouvant à peine ajouter foi à mes paroles, s'approcha de moi, et me réunit aux autres captifs."
Guillaume Couture, qui rencontre pour la
' C'était un usage chez les sauvages de quitter les chaussure» en entrant dans les canots, afin de nv introduire aucune saleté.
première fois l'Iroquois, fait bravement le coup do feu, puis, voyaut que les Hurons lâchent pied, il se sauve comme eux dans les bois. Jeune, plein d'ardeur et d'agilité, il eU bientôt hors des prises de l'ennemi, lorsqu'il s'aperçoit que le père Jogues ne l'a point suivi. Il est pris de remords parce qu'il a abandonné le missionnaire et son camarade. " Comment ai-jepu, se dit-il à lui-même abandonner mon père chéri, et le laisser exposé à la rage des sauvages ? Comment ai-je pu fuir sans lui ? Quoi ! l'abandonner ? Jamais." Il ne veut point passer pour lâche et comme il s'en va retourner sur ses pas, il se trouve en face de cinq grands Iroquois. L'un deux le cpuche en joue, mais l'arquebuse fait fausse amorce, et Couture, qui considère que l'on ne doit jamais manquer son ennemi, le jette raide mort sur place. Il se trouve que celui qu'il vient d'expédier si prestement est un chef distingué. Les quatre Iroquois qui restent, furieux, se jettent sur lui, le dépouillent de ses vêtements, le rouent de coups de bâtons, lui arrachent les ongles, lui broient les doigts avec leurs dents, et lui passent une épée à travers la main droite. Après l'avoir lié et garrotté ils l'amènent à ses compagnons ^
I Plût ù f)iou, écrivait plus tard le père Jogiioa, quil eût écliap-
Le père Jogues le reconnaît, il s'échappe de ses gardes et se jette à son cou : " Courage, lui dit-il, mon cher frère et mon cher ami, offrez vos douleurs et vos angoisses à Dieu pour ceux mêmes qui vous tourmentent ; ne reculons point, souffrons courageusement pour son saint nom, nous n'avons prétendu que sa gloire en ce voyage." Les Iroquois demeurent d'abord tout étonnés. Puis, se figurant que le Père applaudit à Couture de ce qu*il a tué un de leurs chefs, ils se jettent sur lui, le frappent à coups de poings, de bâtons et de massues, et le laissent à demimort. Comme il respire encore, ceux qui n'ont point frappé s'approchent, lui arrachent avec leurs dents les ongles des doigts, lui mordent les index dépouillés des chairs et les broient comme entre deux pierres. René Goupil est traité de la même façon.
Quelque atroce que soit la douleur, les martyrs la supportent avec calme et sang-froid.
pé et qu'il ne fût pas veau augmenter le nombre des infortunés ! En pÉ^reille circonstance, ce n'est pas une consolation d'avoir des compagnons, surtout quand ce sont des personnes qu'on aime tomme soi-même. Mais tels sont les hommes, qui, bien que séculiers et sans motif d'intérêt terrestre, se consacrent chez les Hurons au service de Dieu et de la compagnie de Jésus. . . ,
«' Le souvenir des souffrances de Notre Seigneur, m'a-t-il dit depuis, lui fit supporter avec grandi' joie cette doiileur, quoiqu'elle fût atroce. (Lettre du père Jogues.i
Cependant les coureurs reviennent de leur chasse aux hommes, et l'on s'embarque pour l'autre rive du fleuve où le bagage des douze canots est partagé. Le butin était assez considérable, car outre ce que chaque Français apportait pour lui-même, il y avait vingt paquets renfermant beaucoup d'objets d'église, et de plus pour les missionnaires, des habits, des livres, et autres choses, que la pauvreté chez les Hurons rendait vraiment précieuses \ On prit ensuite le chemin du pays iroquois.
Le voyage dura treize jours.
Il est difficile de concevoir les souiFrances qu'eurent à endurer les prisonniers : la faim, la soif, une chaleur ardente, les menaces,' les mauvais traitements, la douleur des plaies encore ouvertes et en v'eniméos,dans lesquelles se formaient déjà des vers. Pendant les haltes, les barbares s'approchaient des priswiniers pour leur arra-
î Le lieu où se fit le partage, d'après un ancien manuscrit, était près de Sorel. Les Iroquois, selon leur coutume, gravèrent sur les arbres l'histoire de leur triomphe. A l'aide de ces lignes grossières et hiéroglyphiques, ils faisaient connaître le nombre et la qualité des captifs. II était facile de distinguer le P. Jogues parmi eux. Les chrétiens qui trouvèrent, peu après, ce triste monument, voulurent en perpétuer et en sanctifier le souvenir, en élevant une croix au même lieu. Il était juste que le signe des prédestinés marquât la route de ces héros de la Foi. Il ne reste plus aujourd'hui de traces de ce pieux monument.
cher les cheVeux et la barbe, et enfoncer profondément leurs ongles toujours très aig-us, dans les parties du corps les plus délicates et les plus sensibles. Chaque soir, pour se délasser des fatigues de la journée, on renouvelait les tortures. Cette marche funèbre de chrétiens avait quitté les rives du Saint-Laurent depuis huit jours lorsqu'on fit la rencontre de deux cents guerriers iroquois qui venaient à la chasse des Français.
C'était une croyance parmi les sauvages que ceux qui partaient pour la guerre étaient d'autant plus heureux qu'ils étaient plus cruels envers leur ennemis. Les guerriers s'en allant eu course, à la vue des prisonniers, remercient d'abord le soleil, dieu des combats, de cette capture. et félicitent leurs compatriotes par une brillante décharge de mousqueterie, puis tous entrent dans les bois voisins pour y couper des bâtons. Ainsi armés, deux cents guerriers se rangent sur deux lignes et fout passer les prisonniers tout nus dans ce chemin nouveau. C'est d qui deschargera plus de coups et plus fortement. Le père Jogues, qui est réservé pour la fin, n'a pas fait la moitié de la route, qu'il tombe écrasé sous cette grêle de coups et ne peut plus se relever. Un instant on le croit mort. Il revient à
Rencontre de Guillaume Couture et du Père loques, chap. l-p.20
lui et les supplices recommencent. Les doigts sont brûlés, écrasés, pressés, tordus. Quand les forces manquent aui captifs, on leur applique du feu aux bras et aux cuisses.
Ahatsistari eût les deux pouces coupés, et, par la plaie de la main gauche, on enfonça jusqu'au coude un bâton très aigu.
Dans l'après-midi du treizième jour après leur départ, les captifs arrivent enfin sur les bords de la rivière, près du premier village des Agniers. Pendant tout leur voyage, ils n'avaient mangé que quelques fruits cueillis en passant sur la route. Dans les haltes, les sauvages avaient mis la chaudière sur le feu, comme pour cuire la nourriture ; mais tout s'était borné à laisser chacun prendre de l'eau tiède à discrétion.
A l'entrée du village, la jeunesse, armée de bâtons, et rangée sur deux haies, attendait les hôtes de la nation.
Voici l'ordre établi dans la marche :
En tête des prisonniers, on fit marcher Couture. Il avait tué un chef de distinction et on
le considérait comme le plus criminel. Après lui venaient les Hurons, à égale distance les uns des autres, et au milieu d'eux était René Groupil. Le père Jogaes fermait la marche. Les Iroquois s'étaient répandus dans les rangs pour retarder la marche et mettre plus de distance entre les prisonniers.
Les uns, armés de morceaux de fer qu'ils faisaient jouer au bout d'une corde, les autres, brandissant de lourds gourdins, frappaient à coups redoublés. Ce chemin conduisait à un échafaud élevé au milieu du village où les victimes furent exposées pendant le jour à la curiosité publique '.
La nuit on les réunissait dans une cabane où les enfants s'amusaient à jeter sur eux des cendres rouges et des charbons ardents ^ Pour rendre leurs fils capables des plus grandes choses, les sauvages leur faisaient faire l'apprentissage de la cruauté.
Les L'oquois n'avaient encore jamais vu sur leurs théâtres des prisonniers français, ni des chrétiens ; aussi, contre l'usage, et pour conten-
1 M. Joseph Martnette a adraimbleuieut lire parti de cette scène de bastonnade dans ie chevalier de Mornac.
2 Relations ([q 1647— passirn. î^ettre du ji^re Jogues.
ter la curiosité de tout le monde, ou les conduisit dans tous les villages.
Il fallait avoir des bourreaux plus frais.
Pendant ses tourments le père Jogues trouvait encore moyen de baptiser les catéchumènes hurons avec quelques gouttes d'eau, restées à la suite de la pluie sur les feuilles des épis de blé d'Inde qu'on lui avait servis pour nourriture,
Gruillaume Couture, quoiqu'il eût les mains toutes meurtries, n'avait encore perdu aucun de ses doigts. Un sauvage se chargea de réparer cet oubli, et lui enleva la moitié de l'index droit. La douleur fut d'autant plus grande que le sauvage se servit, non d'un couteau, mais d'un morceau de coquillage ; et comme il ne pouvait couper le nerf trop dur et trop glissant, il le lui arracha en tirant avec une telle violence, que le bras enfla prodigieusement jusqu'au coude. La douleur en rejaillit jusqu'au fond de son cœur, dit le père .Togues.
Un sauvage eut pitié de lui, et le garda dans sa maison. Couture put ainsi échapper aux tourments qu'eurent à subir encore ses malheureux compagnons.
Depais sept jours ils étaierit traînés de village en village, de théâtre en théâtre, lorsqu'on leur annonça qu'ils allaient périr par le feu. Cependant, après une plus mûre délibération, les ancie'ns des villages pensèrent qu'il valait mieux conserver la vie aux Français afin de pouvoir ge servir d'eux avantageusement dans l'occasion pour faire la paix.
C'était de la politique sauvage.
Trois Hurons furent condamnés à mourir.
L'un d'eux était le brave Ahatsistari, qui périt au milieu des tortures avec toute la grandeur d'âme et la patience d'un martyr.
Les Français ayant la vie sauve, on ne leur fit plus aucun mal. On les coucha sur des écorces d'arbre et on leur donna de la farine d'Inde pour se réconforter et parfois un peu de citrouille à demi-crue. " Leurs mains et leurs doigts étant tout en pièces, dit la relation^ il leur fallait appaster comme des enfants."
Lorsque les captifs eurent repris assez de force, on parla de les ramener aux Trois- Rivières pour les rendre aux Français, mais les chefs ne purent s'accorder.
Les saurages avaient coutume de donner les prisonniers aux familles qui avaient perdu quelques-uns de leurs parents à là guerre. Ces prisonniers héritaient en quelque sorte des droits des défunts et n'avaient plus d'autres maîtres que le chef de la famille. Celui-ci avait sur eux droit de vie et de mort.
Guillaume Couture, qui avait conservé assez de vigueur poar marcher jusqu'à Tionnontoguen S fut donné à une famille dont le chef avait été tué en guerre.
Le père Jogues et René Groupil furent gardés comme otages.
Dans l'automne, le gouverneur du fort d'Orange traita en vain de la délivrance des prisonniers. L3 commandant hollandais proposa aux Iroquois 260 piastres de rançon. Malgré ses offres et ses promesses, il ne put rien obtenir. Les sauvages, très adroits et rusés, ne voulant point paraître rejeter la demande de leurs alliés, alléguèrent faussement qu'ils avaient promis de rendre les captifs aux Français dans peu de jours '^ .
» Ce village était le plu3 éloigné de'* cinq cantons.
a L'ordre de délivrer le P. Jogues avait été envoyé à tous les
En septembre, une simple avoiituro occasionna la mort de Groupil. Il ôta un jour le bonuet d'un enfant qui vivait dans sa cabane, et lui fit faire un signe de croix. Un vieillard superstitieux, aïeul de l'enfant, prit cette action pour un maléfice, et ordonna à son neveu de tuer le français ; le nc\ eu exécuta fidèlement cet ordre barbare.
Un jour, comme le père Jogues et le jeune chirurgien rentraient au village, récitant leurs prières, deux jeunes gens les arrêtèrent, et l'un deux, tirant une hache cachée sous son vêtement, en porta un coup violent sur la tête de René Groupil, qui fut renversé et mourut peu d'instants après, en prononçant le saint nom de Jésus. A la vue de la hache ensanglantée, le père Jogues se jeta à genoux, ôta son bonnet, et se recommandant à Dieu, attendit que la hache lui tombât sur la tête. " Lève-toi, lui dit le meurtrier, je n'ai pas le droit de te tuer, car tu appartiens à une autre famille."
Après avoir traîné le corps de Groupil dans le village, on le jeta dans un torrent voisin où
coinmaudaats de la Nouvelle-Belgique, par les Etats-gétiéraux de la Hollande, à qui la reine régente de France l'avait fait demander avec les [dus vives instances. (Charlevuix).
les eaux du printemps l'entraînèrent dans la rivière Hudson.
Dans l'hiver le père Jognes fut donné comme valet à des chasseurs. Yêtu d'un mauvais capot rouge, il lui fallait couper et apporter le bois pour entretenir le feu do la cabane. Il put cependant visiter les autres bourgades et donner des consolations aux captifs.
Il s'appliqua à l'étude de la langue. Comme les assemblées de tout le pays se tenaient dans sa cabane, il commença d'instruire les anciens sur les mystères de la foi. Ceux-ci lui adressaient mille questions sur le soleil, sur la lune, sur la figure qu'on aperçoit dans son disque, sur l'étendue de la terre, la grandeur de l'océan, le flux et le reflux de ses eaux. Ils lui demandaient si, comme ils l'avaient entendu dire, le ciel touchait quelque part à la terre.
Le Père leur répondait suivant les préceptes de la science, ^n se proportionnant à leur intelligence. Et les sauvages saisis d' admiraration disaient entre eux : " Nous aurions fait une grande sottise de le tuer, comme nous avons été souvent sur le point de h^ fair(v"
C'étaient là de rares moments de repos. A chaque instant du jour un vieillard ambitieux ou une vieille femme acariâtre pouvaient faire trancher la tête aux captifs. Une expédition avait-elle été malheureuse, quelqu'un tombaitil sous le fer de l'ennemi, un parti retardait-il à venir de ses courses, la chasse avait-elle manqué, on en accusait les étrangers.
Pendant une nuit sombre, le père Jogues, qui campait aux bords de l'Hudson, parvint à se jeter dans un bateau que le capitaine d'un vaisseau hollandais avait fait atterrir à dessein, et, d'aventures en aventures, la veille do Noël 1644, il abordait sur une mauvaise barque de pê(5heur à la côte de Bretagne \
Gruillaume Couture se trouvait seul au milieu des peuplades ennemies. Il en prit courageusement son parti.
Vigoureux, actif, infatigable, pouvant supporter les plus grandes misères et toujours content, habile dans tous les arts chers aux sauvages, excellent tireur, agile à la course,
» Au mois de mai 1645. le père Jogues revenait au pays, et, le 18 octobre IG46, il était massacré dans cette même mission des ïroqiiois avec te jeune Jean de Laland».
"Prenant un collier et l'attachcnit au bras de Guillaume Couture; C'est ce collier, dit-IL . . etc. chap. l-p.35
capable de iravailier les bois et de creuser proprement un canot, ce normand, intrépide comme tous les normands, ne tarda pas à s'emparer de l'esprit de ses nouveaux compagnons. Il se forma à leurs habitudes, apprit leur langue et fit tant et si bien que l'on finit par l'admettre dans les conseils de la nation. Quand ses amis restés au pays déploraient son sort, Couture trônait dignement au milieu des sachems indiens, faisant valoir ses talents de société.
Pendant un certain temps, le bruit se répandit qu'il était mort dans des tourments cruels '. C'était un leurre des sauvages pour effrayer le père Jogues. Dans l'été de 1643, deux Hurons captifs dans son village parvinrent à s'échapper, abordèrent aux Trois-Rivières et racontèrent force nouvelles au père Brébeuf. Couture pendant l'hiver avait eu le pied gelé de froid.
" Les deux Français qui sont avec le père Jogues nous donnent de l'étonnement, dit la relation de 1643 (pp. 68-69), celui notamment qui se nomme Gruillaume Couture. Ce jeune
» Lettre du pèie Jogues
homme pouvait se sauver, mais la pensée lui eu étant venu : " non, dit-il, je veux mourir avec le Père, je ne le saurais abandonner, je sou tir irai, volontiers, le feu et la rag'e de ces tigres pour l'amour de J.-C, en la compagnie de mon Père." C'est parler en homme vraiment lidèle ; aussi ne s'était-il pas jeté dans ces dangers, pour aucune considération temporell<\"
Di^puis trois ans, le bon Gruillaume vivait de la vie des bois, jouissant de l'estime et de la considération de ceux qui l'avaient voulu mettre à mort, lorsqu'au printemps de l'année 1G45, il vit arriver au milieu des cinq cantons un prisonnier iroquois qui venait aimoncer à sa nation la bonne nouvelle qu'Ononthio avait résolu de faire la paix avec la tribu '.
Fatigués de guerroyer et de soutenir une lutte sanglante, poussés sans doute par les bons conseils de Couture, les vieillards résolurent d\'nterr<M- la hache de guerre. Deux hommes de considération furent délégués auprès du gouverneur de Montmagny. On leur donna Couture comme compagnon de route.
' IV-inUuit su captivité, au moi? de novembre IG44, Couturt eut ]ri viiitL- du [.cri- Rre^syni qui fui tait i.iisonnier des Iroquois^ vers Lt'ttf ('rpoqui'. (,Ve'?>-(0(/>; duptf: /Ims'^tjrnu
Au mois d»^ juillet, les ambassadeurs parurent en face des Trois-Rivières. '- Sitôt que Couture fut reconnu, nous disent les Eclations ', chacun se jeta à son cou. On le regardait comme un homme ressuscité qui donne de la joie à tous ceux qui le croyaient mort, ou du moins en danger de passer le reste de ses jours dans une très amère et très barbare captivité. ' Ayant mis pied à terre, il informa les autorités des desseins pacifiques de ses compagnons.
Cette bonne nouvelle annoncée, on vit accourir les Français au bord de la rivière. Alors le chef de la députation, debout à Tavant du canot qui l'avait amené, couvert de porcelaine, lit signe de la maii'i qu'on l'écoutât : '' Mes frères, dit-il, j'ai quit'é mon pays ]>our vous venir voir. On m'a dit à mon départ que je venais chercher la mort, et que je ne verrais jamais plus ma patrie, mais je me suis. volontairement exposé j^our le bien de la paix ; je viens donc entrer dans les d«^sseiiis des Français, desHurons et des Algonquins, je viens \)(n\r vous communiquer les
1 Relation de 1645.
pensées de tout mon pays." Cela dit, la chaloupe tira un coup de pierrier et le fort répondit d'un coup de canon.
Ce ne fut alors que réjouissances et festins, jusqu'à l'arrivée du gouverneur de Montmagny. Celui-ci voulut sceller le traité de paix par une somptueuse cérémonie qui eut lieu dans la cour du fort où l'on avait étendu de grandes voiles contre l'ardeur du soleil.
D'un côté était le gouverneur accompagné de sa suite et du père Vimont. Les Iroquois étaient assis à ses pieds sur une grande écorce de pruche. En face du trône de M. de Montmagny se tenaient les sauvages alliés. Les deux côtés du carré étaient fermés par les Français et quelques Hurons.
L'audience étant ouverte, le chef de la d6putation, qui était d'une haute stature, se leva et regardant le soleil et tournant les yeux sur l'assemblée, prit un collier de porcelaine dans sa main et commença sa harangue d'une voix forte :
" Ononthio prête l'oreille, je suis la bouche de tout mon pays, tu écoutes tous les Iroquois
en entendant ma parole. Mon cœur n'a rien de mauvais, je n'ai que de bonnes chansons en bouche, nous avons des tas de chansons de guerre en notre pays, nous les avons toutes jetées par terre, nous n'avons plus que des chants de réjouissance."
Et, là-dessus, il se mit à chanter, et ses compatriotes répondirent. Il se promenait dans la place comme dans un théâtre ; il faisait mille gestes,il regardait le ciel, il envisageait le soleil ', il frottait ses bras comme s'il eut voulu en faire sortir la vigueur qui les animait en guerre. Après avoir bien chanté, il remercia le gouverneur de ce qu'il avait sauvé la vie à un de sa tribu ; mais il se plaignit de ce qu'on l'avait renvoyé tout seul dans son pays : si son canot se fut renversé, si les vents l'eussent fait submerger, s'il eut été noyé, vous eussiez longtemps attendu le retour de ce pauvre homme abimé et vous nous auriez accusé d'une faute que vousmême auriez faite.
Prenant un collier et l'attachant au bras de Guillaume Couture : " C'est ce collier, dit-il, qui vous ramène ce prisonnier. Je ne lui ai pas
I Relation* des Jésuites.
voulu dire étant encore dans mon pays : Vasi-en, mon neveu ; prends un canot et retourne à Québec. Mon esprit n'aurait pas été en repos ; j'aurais toujours pensé et repensé en moi-même: Ne s'est-il point perdu? En vérité, je n'aurais pas eu d'esprit, si j'eusse agi de la sorte. Celui que vous avez renvoyé seul a eu toutes les peines dans son voyage."
A la parole succède la pantomime.
11 représente les fatigues et les dangers que. le prisonnier libéré a rencontré pendant son voyage solitaire. Il prend un bâton, le met sur sa tête en gnise de paquet, puis le porte d'un bout de la place à l'autre. C'est ainsi que dans les rapides, il a dû transporter son bagage pièce par pièce. Il va et revient pour peindre les tours et retours de son compatriote ; il s'échoue contre les pierres, il recule plus qu'il n'avance dans son canot ; il ne peut le pousser seul contre les courants ; il perd courage, puis reprend ses Ibrres. " Encore, ajoute-t-il, si vous reussicK aidé à passer les sauts et les mauvais chemins et puis vous arrêtant et pétuuant si vous l'eussiez regardé de loin vous nous auriez consolés : mais je ne sais où était votre pcnsép, de renvoyer ainsi un homme tout seul dans rnnt do
dangers; je n'ai pas fait de même. Allons, mon neveu, ai-je dit à celui que vous voyez devant vos yeux, je te veux rendre dans ton pays au péril de ma vie."
Et l'orateur, prenant un à un les colliers de porcelaine exposés au milieu de la cour, les présenta au gouverneur en donnant la signification de chacun.
Il pouvait y avoir du vrai dans les sentiments exprimés par Kiotsaeton, Torateur, il y avait peut-être encore plus de taux. En eliet, parlant du père Jogues et du père Bressani, il disait : *' Nous voulions vous les ramener tous les deux, mais nous n'avons pas pu accomplir notre dessein. L'un s'est échappé de nos mains malgré nous, et Tautre (le P. Bressani), a voulu absolument être remis aux Hollandais. Nous avons cédé à ses désirs. Nous regrettons, non qu'ils soient libres, mais que nous ne sachions pas ce qu'ils sont devenus. Peut-être même qu'au moment où nous parlons d'eux, ils sojit les victimes de quelque cruel ennemi ou englouti dans les flots : mais les Agniers n'avaient pas le dessein de les l'aire mourir."
Le père Jogues, qui était revenu au pays dès
le printemps précédent et qui assistait à la cérémonie sans que les Iroquois s'en doutassent, ne put s'empêcher de sourire en entendant cette déclaration, et il dit à ses voisins : ' Et cependant les bûchers étaient préparés et les bourreaux attendaient, si Dieu ne m'avait pas arraché de leurs mains, je serais mort cent fois : mais laissons le dire."
C'est ainsi que se croyant en sécurité les Iroquois donnèrent juste raison de douter de leur sincérité.
Ainsi que le voulait l'étiquette de la diplomatie sauvage, les préliminaires du traité de paix arrêtés, le gouverneur fit, le lendemain, un grand festin et répondit par des présents à ceux qu'avaient ofîerts les Iroquois. On tira trois coups de canon pour chasser " le mauvais air de la guerre." Le père Vimont, supérieur des Jésuites aux Trois-Rivières, donna à chacun des ambassadeurs du tabac et un beau calumet. On le remercia en disant : " Vous nous avez couverts de présents depuis les pieds jusqu'à la tête il ne nous restait plus que la bouche de libre, et vous l'avez remplie d'un beau calumet et réjouie de la faveur d'une herbe qui nous est très douce."
Les précieuses de Rambouillet ne parlaient pas mieux.
Après les festins et les fêtes qui sont de rigueur en ces occasions, il fallut partir pour faire ratifier le traité de paix par la nation. Le départ eut lieu le quinze de juillet. M. de Montraagny, pour aider les sauvages a reconduire leurs canots et pour témoigner de la confiance qu'il avait, leur donna deux jeunes garçons français. Avec eux était Gruillaume Couture. Le voyage ne fut pas long, ot, le dix-sept septembre, plus de quatre cents sauvages se trouvaient réunis aux Trois-Rivières pour assister à la grande solennité de la ratification du traité.
La députation iroquoise avait confié les présents à Couture. Le chef des ambassadeurs parla en ces termes :
"Je n'ai point de voix, ne m'écoutez pas, je ne parle point, je n'ai en main qu'un aviron pour vous ramener un français qui a dans sa bouche la parole de tout notre pays."
Couture tira alors dix-huit colliers de porcelaine dont il fit comprendre la signification \
I Relation des J'' suite s — 1045 p. 30.
'' Oiiouthit) ' a nue voix de tonnerre, il se l'ait entendre partout, et an bruit de sa parole, tout le pays des Iroquois a jeté les armes et les haches, mais si loin, qu'il n'y a plus de bras au monde as^ez longs pour les retirer de là.
" Les armes sont hors de la vue, on peut se visiter sans crainte.
" Yoilà une natte ou un lit pour vous coucher mollement quand vous viendrez en notre pays.
'^ Ce n'est pas assez d'un bon lit, les nuits sont froides : Yoilà de quoi allumer un bon l'eu et vous tenir chaudement.
" Que servirait-il d'avoir un 1)on lit, et d'être dessus couché chaudement, si vou:> n'étiez bien nourri ? Ce présent vous assure qu'on vous fera festin et que vous trouverez le pot au feu à votre arrivée.
" Voilà un peu d'onguent pour guérir les blessures que les Français se sont faitt^s aux pieds. En nllant dans notre pays, ils se sont heurtés contre les pierres et contre les ra(nn*^s.
I L's suiivu^xcs ;ii>pt'hiient. M. de Montnia'^ny Ouonthio, lU' qui viut (Wv'i 'j.i j'ide inniitiiTiie (IVroas Ma;^aui.; I.e nom reita ^ux jiOiive.'T.eurs >Yv !ai ^iicchdèrtiit.
'• Depuis Te adroit où on laisse Teau pour prendre terre, il y a bien trente lieues de chemin jusqu'à nos bourgades. Il Faut porter tout le bagage à [)ied. Les Français en ont eu de la peine. Ce présent adoucira un petit peu leurs épaules déchirées par la pesanteur des paquets.
" Voilà pour assurer aux Français que s'ils veulent se marier en notre pays, ils y trouveront des femmes.
" Nous voudrions cou naître C(^ que les Algonquins pensent, et avoir le sentiment des Ilurons.
" Les capitaines iroquois ne font rien que pétuner en leur pays, ils ont toujours le calumet à la bouche '.
" Les ànies de nos parents tués en guerre sont si profondément retirées dans le centre de la terre, que nous n'y pourrons plus jamais penser ^
"Nous avons obéi à la voix d'Ononthio qui vei\t qu'on suspende les armes et qu'on cache les haches ; c'est pourquoi nous avons passé
I CbcI voulait dii'e ([u'ils alteadaieut la jjarole lU'S Hmoii,^ et dcà Algonciuins.
' (-''e<?t 3-dn-e : qu ils a-^^^ient effacr la vengeance de If-ur ^'ipur
tout Tété en dauses et en festins sans penser à la guerre.
" Nous voulons savoir si nous continuerons nos danses. Il faut que les Hurons et les Algonquins se hâtent de parler \
" Ce présent est pour adoucir les fatigues des Français qui sont venus en notre pays. Ils ont pris beaucoup de peine et ont fait diligence pour rapporter à Ononthio des nouvelles des Iroquois.
" Nous prions Ononthio de faire retourner avec nous une femme de notre nation qui a été prise parles Algonquins et qui a été donnée aux Français,
" Ononthio doit sonder les Hurons et les Algonquins et leur faire dire nettement leur pensée touchant la paix ou la guerre. Nous nous excusons de ne pas avoir ramené un petit français ^"
Dans ce discours, sorte de chant de paix qui
1 En allant porter des présents dans leurs pays s'ils veulent la paix.
2 Le compagnon de Couture.
ressemble aux versets des anciens bardes d'Ecosse, on voit revenir un continuel refrain. On est anxieux de savoir quelle est la pensée des Huronset des Algonquins. Depuis si longtemps, en effet, que ces deux nations alliées faisaient la petite guerre aux Iroquois, la paix semblait difficile à conclure. L'âme des parents massacrés demandait vengeance. " J'ai passé, disait Kiotsaeton, auprès du lieu où les Algojiquins nous ont massacrés ce printemps, dans le combat où les captifs ont été pris. J'ai passé vite, ne voulant point voir le sang des miens, qu'on a répandu, ni les corps qui sont encore sur la place ; j'ai détourné les yeux pour ne pas exciter ma colère," Puis, frappant la terre et se penchant comme pour écouter, il continuait : '* J'ai entendu les voix de mes ancêtres massacrés par les Algonquins. Leurs voix aimées m'ont crié : Mon petit-fils ! mon petit-fils î assieds-toi ; n'entre point en fureur ; ne songe plus à nous : il n'y a plus moyen de nous arracher à la mort. Pense anx vivants ; sauve ceux que le fer et le feu poursuivent. Un homme vivant vaut mieux que plusieurs trépassés. J'ai entendu leurs voix; j'ai passé outre, et je suis venu à vous pour délivrer ceux que vous tenez captifs."
Cependant la paix si nécessaire à la colonie
ftait ciiriii (^onclue. C'était le premier traité de paix solennel que Ton eut jamais arrêté avec les Iroquois. J^es négociations, il est vrai, n'étaient ongag-éos qu'avec un seul des cantons, la tribu des Agniers, mais c'était un commencement d'apprivoisement. Gruillaume Couture y avait pris ia principale part.
C'était maintenant au tour des Hurons d'aller porter des présents chez leurs ennemis d'hier. Les envoyés, après avoir fait escale à Québec, s'embarquèrent le vingt-delix de septembre pour le pays iroquois. Couture les accompagna. Quand il fallut doubler la rivière Richelieu, les Ilurons jusqu'alors pleins de sécurité retournèrent sur leurs pas. Tous les pourparlers de paix si bien commencés se seraient rompus sans la persévérance de Couture qui engagea trois Hurons à le suivre lui et les Agniers '."
La colonie depuis si longtemps en proie aux incursions sauvages pouvait respirer un peu. La rivière n'étant plus infestée de partis de guerre, le commerce reprit quelque vigueur On profita de ces instants de calme pour faire passer de nombreux convois dans les missions lointaines. Les fortiHcations de Montréal et les
J Journal des Jésuiles.
redoutes du Richelieu furent terminées. On commença des défrichemenls.
Quelques Algonquins ayant été tués pendant l'hiver, on craignit d'abord que ces meurtres ne fussent l'œuvre des Agniers. Quelques blessés, rappelés à la vie à force de soins, tirent connaître que les assassins étaient des Sokokiois.
Au mois de mars, ' un François et un Huron arrivèrent aux Trois-Hivières avec sept Agniers apportant des lettres de Couture. Celui-ci, ayant passé l'hiver chez les Agniers, avait assisté à leurs conseils et il conlirmail les bonn.^s intentions de cette tribu. L'amnistie promettait de se prolonger. Jamais on n'avait joui d'une pareille quiétude*.
Aussi cjuand, au mois d'avril, Couture nrriva aux Trois-l^ivières avec le père jésuite Pijarl. on voulut lui faire une splendide réception pour le remercier de ses services. Le père le
I Le 10 mais l(i'i(J — Journal (h:^ JcsuiJi s.
■2 La paix si lieuîeusement conclue par (louture dans raiitoin.'M; de 10 iT), devait être houteuseiueut violée ua ai> après, le IS ucto- Ure l(J4G, par le massacre de son ancien compagnon, le père Jo- .u'iies, que rôti accusa d'avoir t'ait tnanqner la récolte du mais et d'iii.re la chuv.l' d'une m.nladie coiitatiieust- qui ;e lépanc'it. p«rmi It? 3Jnva<4es.
Buteux lui donna un grand festin. Les Iroquois avait appelé Couture Ihandich. Comme ce nom sonne mal en iroquois, on lui décerna celui d'Achirra. C'était l'appellation sous laquelle avait été connu le célèbre Jean Nicolet. Guillaume Couture, certes, par ses travaux et son courage, méritait bien de rappeler le souvenir de l'un des voyageurs les plus entreprenants des premiers temps de la colojiie. Depuis la mort de Nicolot, pas un interprète n'avait su s'attirer l'estime et la confiance des sauvages comme Couture. Le Journal des Jésuilf^s nous dit que cette fête fût célébrée " avec la joye de tous les sauvages hurons, algonquins et anniéronons." En se fendani à Québec, Couture eut une nouvelle ovation chez les sauvages de la petite colonie de Sillery. Le père Jérôme Lallemant y fit fc stin aux chrétiens qui s'y trouvaient.
Le jésuite P^ijart était un vétéran. Depuis onze ans il avait travaillé dans les missions huronnes. A peine eut-il fait relâche quatre jours dans Québec, que, déjà, il repartait pour desservir la bourgade de Sainte-Marie. Couture voulut revoir le pays où il avait t'ait ses premières armes et le vieux journal rapporte
"En 1647. on trouve l'ancien voyageur, à la Pointe de Lévy, dans la forêt. . . chap. 3-p.53
qu'il s'embarqua avec son compagnon de route '.
A 'l'automne de 1647, par un acte qui se trouve au greffe d'Audeuard, on doit conclure que Couture était de retour à Québec.
Depuis sept ans Couture avait mené une vie bien remplie Peu de ses compagnons pouvaient montrer d'aussi beaux états de service. Dès 1640 -, engagé volontaire, on le trouve dans la plus lointaine et la plus périlleuse des missions. Hardi et courageux travailleur, il est au danger, à l'avant-garde. Par deux fois, il entreprend ce voyage ardu et, difficile. Pénétrer à sept cents milles de la mer, en canot d'écorce, par des chemins souvent impossibles, ramer du matin au soir, porter vivres, bagage et barques dans les rapides, n'avoir pour nourriture qu'un mauvais biscuit, sans cesse exposé aux attaques d'un ennemi cruel et sauvage : certes, voilà des expéditions qui comptaient. Kt ceux qui les entreprenaient avaient d'autant plus de mérite
> Le P. Pijarl et sa compagnie repaiLuent le 2.S eu suivant. Journal des Jéxidttf.
2 \ji;s Ikchiliuns «jui racoiiti'ut le voyage de IG4"2' d-onnent à Coultiie le titre d'iiilfi piète. Ce qui nous donne à supposer que Coulure habitait le puyi depuis quelqties années.
qu'ils s'étaient exposés au danger par de simples motifs de charité.
Captif pendant trois ans, compagnon d'un martyr, Couture, après avoir été victime des tourments des sauvages, gagne leur confiance et parvient à conclure le premier traité de paix solennel avec les Iroquois. Il devient l'intermédiaire entre les cinq cantons et les autorités de la colonie.
Après avoir été à la peine, il mérite d'aller au repos.
Québec était fondé depuis quarante ans, et pas un seul colon ne s'était encore établi en face de la ville naissante, sur la rive droite du fleuve.
La seigneurie de Lauzon, où se trouve la Pointe de J-évy, avait ouvert, avec Beauport, l'île d'Orléans et la côte de Beaupré, la liste de concessions des grands domaines. Dès 1636. la compagnie des Cent-Associés octroyait à Simon Lemaître la rivière du Saut de la Chaudière avec trois lieues de pays sur chacune de ses berges jusqu'à six lieues de profondeur '.
Le roi lui-même, à la demande de la compagnie, avait donné le nom de Lauzon à cette terre nouvelle.
Pendant que sur les rives de Beauport, dans les côles de Beaupré, au flanc des coteaux verdoyants d'Orléans, on voyait poindre les blanches métairies et les chaumières au toit de
I L'année précédente, Beauport avait été concédé à Robert Giffard. En IG36, Clieffaut de la Regnardière eut la côte de Beaupré, et le sieur Castillon, l'île dOrléans.
paille, la falaise de Lauzon gardait son aspect sauvage, ses grands pins touffus.
La colonisation rencontrait un graîid obstacle dans les peuples sauvages : les Iroquois surtout qui occupaient le sud du Saint-Laurent depuis le lac Ontario jusqu'au delà de la rivière liichelieu.
" DaiiS cet état de choses, dit M. Uanieau \ les cantons les plus abrités contre les incursions ou les mieux placés pour la défense, furent les seuls qui se peuplèrent un peu sérieusement d'abord, c'était Beauport et les environs immédiats de Québec, c'était la, côte de Beaupré qui, placée derrière Québec, entre le fleuve et les montagnes abruptes de Montmorency, avait peu de chose à craindre des Iroquois qui devaient passer devant Québec pour y parvenir. C'était encore l'ile d'Orléans, à laquelle sa situation au milieu du fleuve, sa proximité de Québec, et la présence d'un village d'Indiens convertis, assuraient une assez grande sécurité."
Il ne pouvait y avoir meilleur poste d'observation que cette côte escarpée de Lauzon,
• L'j Fj-ijucr 'tijx coloni'is. Tîu paftiu, pp. 16^ 17.
couverte de bois épais, en face de Québec. De là, la vue commande en aval et en amont du fleuve. Rien ne pouvait échapper à la surveillance de l'ennemi. Les grand'gardes des partis de guerre blotties à la tête des arbre pouvaient y attendre pendant de longs jours la sortie des canots de Québec pour se jeter à leur poursuite \
Le vieux journal note brièvement, chaque jour, les alertes continuelles qui venaient de ce côté. Aujourd'hui, dit-il, nous avons appercevance des Iroquois à la côte de Lauzon. Vanus lumen rmnor. Hier, c'est un frère lai qui, allant tendre sa pêche à l'anguille près de la Chaudière, a vu disparaître ses deux compagnons algonquins. Tantôt, c'est un chasseur aventureux qui a voulu s'enfoncer trop loin dans les bois et qui paie cher sa témérité.
I Ce sont des renards eu leurs approches, dit la Relation de 1658. ils attaquent en lions, et disparaissent en oiseaux faisant leur retraite» .... [Tu panvre liomine travaillera tout le jour proche de sa maison, l'eiuieiui qui est caché dans la forêt toute voisine, fait ses approches, comme un chasseur fait de son gibier, il décharge son coup en assurance, lorsque celui qui le reçoit se l)et]se le plus assuré 2 ... Us peuvent rester dix jours cachés derrière une souche pour pouvoir assassiner un homme ou nue femme, vivant dans cet état avec un épi de blé d Inde i.
i p. 5 vol. iir.
3 Re.latiuH de 1080.
3 Lettre de Vaudreuil et Raudot an miui-!tre (manuscrits de la Chambre d'Assemblée).
Sur cette rive inhospitalière, les bons bourgeois de Québec se contentaient de tendre des pêches à l'entrée des nombreux ruisseaux qui se jettaient de la côte, et où le poisson abondait. Yoilà tout.
Montréal et Trois-Rivières, postes avancés, avaient eu pour les défendre des hommes de guerre. Dans Beauport, à Beaupré, dans l'île, s'était dirigée, guidée par les seigneurs ou des chefs de file, une émigration assez compacte. Dans Lauzon, le concessionnaire habitant Paris, occupé à refaire sa fortune et à procurer l'avancement de sa famille, ne songeait guère à peupler les nombreux domaines qu'il lui avait plu de se découper dans la carte du pays.
Les colons isolés, qui s'aventurèrent dans Lauzon, devaient avoir des caractères bien trempés, être capables de sacrifice et de dévouement. Le premier qui se présenta fut Guillaume Couture.
Celui-là était un colon comme en voulait Talon pour peupler les environs de Québec : un de ces hommes courageux, capables de contribuer à la défense du pays sans que le roi eût besoin de les payer ^
» Lettre fie Talon au ministre, I()67.
En 1647, on trouve l'ancien voyageur, à la Pointe de Lévy, hache en mahi, faisant vaillamment sa trouée à travers la forêt, à la conquête d'une habitation ^
Couture travaille fort et dru, car, à l'automne, un bourgeois de Québec, François Bissot, sieur de la Rivière, lui o3re deux cents livres pour un petit corps de logis fait au Heu appelle la Pointe de Lévy avec quelques quantités de bois abattu autour du dit lieu "".
Couture accepte l'offre de Bissot. L'accord se signe en présence de Nicolas Marsolet, Mtre Jean Bourdon, François Chavigny, Thomas Vivien, Gruillaume Cochon. Le courageux pionnier se réserve le droit d'habiter le logis temporaire qu'il vient d'élever jusqu'à la Saint- Michel de 1648,jour où sa maison sera terminée.
1 On appelait alors une exploitation rurale une habitation. C'est encore le mot en usage à Haïti et dans les autres colonies françaises.
2 Greffe de Lecoutre. Cet acte est daté du 9 novembre 1647. C'est le premier document notarié oîi le nom de la Pointe de Lévy soit mentionné. Neuf notaires ont pratiqué à Québec, avant IG47, savoir: Auduuard ( 163G à I6G3); Lespinasse (1037); Jean Guillet ^I6;{7-IG;18); Martial Piraube(IG3y à 1043); Tronquet (IG43 à 164()); Vachon (IG44-IG93) ; Bancheron (IG4GàlG47); Bermen (1647-1049). Lecoutre (1047-1048). Après avoir compulsé tous ces greffes, 1 on trouve, par l'acte d'accord mentionné dans le texte, que Guillaume Couture fut le premier qui commença un défrichement à la Pointe de Lévy.
— rA —
Il promet de mener de front durant l'hiver le défrichement de la ferme de Bissot en même temps que celui de son propre domaine \
Le douzième jour d'avril 1648, les quelques bons bourgeois de Québec, qui s'étaient aventurés sur la plateforme de M. le gouverneur pour contempler le lever du soleil de Pâques, pouvaient voir descendre le long des falaises de la Pointe de Lévy deux canots d'écorce vigoureusement poussés par une dizaine de rameurs. La matinée s'annonçait belle, mais l'air froid montant du fleuve faisait pagayer plus vivement les voyageurs. La marée charroyait encore les débris de la débâcle dernière et l'on avait garni la pince des canots de peaux
1 A peu près dans le même temps où Couture commemja son défrichement, les jésuites élevèreut sur le rivage, en face de Québec, l'humble logis qui devait porter, pendant plus de deux siècles, le nom de Cabane des Pères. Pour se rendre dans les missions de la Xouvellt-Angleterre, ces missionnaires s'enfonçaient d'ordinaire à travers les terres, côtoyant la rivière Etchemin et la rivière Chaudière pour de là se jeter dans la rivière Saint-Jean. A leur retour de ces lointaines missions ils étaient obligés d'attendre souvent plusieurs jours pour pouvoir traverser le fleuve. Par les grands vents ou par les nuits orageuses, il n'était pus prudent de se risquer en canot d'écorce sur le bras de mor qui sépare Québec de Lévis. Ce fut la raison qui porta sans doute les jésuites à établir ce pied a tcire à Lévis. La pointe où s'élevait ce cabanon a toujours porté depuis le nom de Pointe des Pères. La côte qui gravit de la grève sur la falaise s'appelle la côte de la Cabane des Pères.
Aujourd'hui les terrassements du chemis de fer Intercolonial recouvrent les ruines de ce vieux logis.
de veaux crûs pour se garantir des rudes poussées de glaces.
Les deux em])arcatious longeaient depuis quelque temps les rives désertes lorsqu'un coup d'aviron les fit atterrir au fond de la coulée qui a porté plus tard le poétique nom de trou, de Jollefte. Les canots avaient à x">eine touché terre que déjà un homme encore jeune, aux vives allures, était monté sur la grève pour ottVir son bras k un compagnon plus âgé, portant à son dos, attaché par une courroie, un assez lourd bagage. Au milieu des grands pins qui couvraient alors la(;ôte, on vit accourir des groupes de sauvages, et, derrière le cap, le bruit d'uno fusillade se fit entendre.
Où s'en allaient ces voyageurs par cette matinée de printemps, cjuand l'aube venait à peine de paraître ? Etait-ce déjà quelque incursion du farouche Iroquois contre les habitants isolés de la côte de Beaupré, ou de l'île d'Orléans ? Etaient-ce des canots de l'ordonnance qui s'en allaient au devant des navires de France, à la rencontre du nouveau gouverneur M. d'Ailleboust, ou (luekjues missionnaires partant en course pour les missions lointaines des Abénaquis, dans rancien pays de Norembègue ?
Non, ces voyageurs matinaux n'étaient ni des sauvages en quête de sanguinaires aventures, ni les messagers des grands de la terre.
Celui que l'on avait vu sauter à terre, ployant sans un lourd bagage, avait laissé tomber les longs plis d'une soutane noire, et la vive fusillade que l'on venait d'entendre était un feu de joie saluant le jésuite Pierre Bailloquet qui venait, en ce jour de Pâques, dire pour la première fois la messe à la Pointe de Lévy \
Le vieux Journal des Jésuites raconte brièvement, comme toujours, ce simple incident. Il laisse ignorer les détails de cette prise de possession par la religion, d'une terre qui venait d'être ouverte aux colons par un fidèle serviteur du Christ. D'ordinaire, aux beaux jours de l'été, quand le missionnaire allait célébrer les saints mystères dans les campagnes nouvelles, on élevait une chapelle de feuillage, et là, en plein champ, comme autrefois les fils d'Israël, on ofïrait le sacrifice. Les oiseaux du ciel composaient l'harmonieux orchestre de ces agapes qui rappelaient les premiers temps chrétiens.
» Journal des Jésuites.
Aujourd'hui, le vent d'hiver souffle. La sève printanière ira pas encore ouvert les premiers bourgeons des arbres.
Au fond d'une clairière, à la lisière du bois, au milieu des troncs d'arbres calcinés, dans l'enchevêtrement des branches renversées, s'élève l'humble logis du pionnier Couture. Ce fut là probablement que le jésuite Bailloquet se rendit pour dire la messe solennelle du jour de Pâques.
Dans la forêt voisine, les jeunes pousses de sapins ont été coupées, c'est le seul décor de ce temple improvisé. Couture et ses compagnons de travail, la figure hâlée par les premiers soleils d'avril, les canotiers et quelques sauvages sont là, front nu, genou en terre. De Québec, le brave Bissot a dû accompagner le missionnaire.
La messe terminée, le Père adresse quelques sympathiques paroles à l'assistailce, puis il ploie sa chapelle et reprend son bâton de voyage. Sa mission n'est pas terminée. Il lui faut se rendre avant la brunante à l'île aux Oies '. Le
' Journal des Jcsuiles.
gouverneur de Montmagny, grand amateur de chasse et de pêche, a concédé depuis longtemps cet îlot désert. Des domestiques, des serviteurs ont passé l'hiver dans ces parages, il veut leur donner la bonne au^baine de la visite du prêtre.
Les canotiers agitent déjà les avirons : Embarque, embarque ! Ils veulent profiter des courants et de la marée.
Et la petite flottille s'avance au milieu du fleuve, saluée par Couture et ses camarades.
Dans cette même année 1648, le premier août, le gouverneur d^ Montmagny donnait aux jésuites deux arpents de terre de chaque côté de la Cabane des Pères.
A Tautomne ' Jean de Lauzon signait à Paris les concessions de Couture et de Bissot.
Ce furent là les premiers octrois de terre faits à la Pointe de Léj^y.
Dans un fief, dont la superficie couvrait trentesix lieues de pays, le colon nouveau pouvait trouver aisément de quoi se tailler un domaine superbe.
I l^e quinze octobre 1648 ;grfeffe dé Romain Becqaet).
Couture, qui n'était pas ambitieux, se contenta d'une concession de six à sept arpents de lar<^e, mais il voulut la choisir cl un endroit propice.
Entre les deux rochers qui couronnent la Pointe de Lévy, et le premier escarpement de la côte, la nature a creusé comme un vallon. Le fleuve qui devait y passer autrefois a laissé en se retirant un bon terrain d'alluvion. Dans ce pli de la grève, que les documents des premiers temps appellent la prairie basse de la Pointe de Lévy, et qui s'étend jusqu'à l'anse des Sauvages, il y avait tout formé un excellent pâturagp. De chaque côté de la pointe, le rivage en se courbant forme deux anses sablonneuses parfaitement abritées contre les vents par deux caps assez élevés. Ces monticules nus et dépouillés aujourd'hui étaient alors couverts de sapins et de cèdres. Wolfe en ht abattre les bois, plus tard, pour établir des corps de garde.
Dans ces temps primitifs, où les routes, le macadam et les chevaux étaient parfaitement inconnus, le colon recherchait de préférence pour s'établir les euA^irons des plages faciles, les emb')uchures des rivières, les anses et les criques où les canots, — seules voitures de Tépo-
que — pouvaient aisément atterrir. Les rivières sont des grands chemins qui marchent, a dit Pascal. Cette pensée. fait d'un trait l'histoire de nos premières voies publiques.
Outre les avantages d'une belle nature et d'un abord facile, cet endroit avait encore celui d'être un lieu de campement très recherché des sauvages. Les Montagnais et les Micmacs surtout s'y donnaient rendez -vous. Chaque année, on pouvait voir sur la grève s'élever, la longue rangée de leurs wigwams. Sur les plus anciennes cartes du pays, cette anse est donnée comme un lieu où souvent cabannent les Sauvages \
Au milieu de ces enfants des bois, Guillaume Couture se trouvait chez lui.
C'est là, aux approches du fleuve et de ses amis de la forêt, que l'ancien voyageur résolut d'établir sa chaumière de colon.
Un ruisseau qui descend des collines boisées qui couronnent l'arrière du village de Lauzou
I II est malheureux que notre anglomanie ait fait de l'anse de$ Sauvages^ nom sous lequel cet endroit était connu depuis les, commencements de la colonie : Indian Cove et anse Gilmour.
et vient se jeter à la grève, après avoir alimenté la magnifique pièce d'eau que Ton voit maintenant dans le jardin du presbytère, servait de borne entre la ferme de Bissot et l'établissement de Couture. Cette onde claire et limpide, excellente à boire comme toutes l'es eaux jaillissant des rochers, répandait la vie et une agréable fraîcheur dans ces prés toujours verts.
A deux pas de la ville, le nouveau défricheur dut trouver aitiément la main-d'œuvre et de l'aide pour construire sa demeure. Dans ces temps de mœurs patriarcales, où chacun vivait comme en communauté, les corvées étaient de mise. On se mettait gaiement à l'œuvre, sans compter ses peines et son travail. Le colon devait être alors maçon, charpentier, architecte à la fois.
Pendant que les uns s'occupaient de dései'ter ' la terre, les autres s'enfonçaient dans la forêt voisine pour y choisir les bois de construction. Les cèdres, les merisiers, les érables, les pins abondaient, il ne s'agissait que d'y mettre la cognée. Couture, qui avait des connaissances en charpenterie, dut tailler lui-même les pièces
> Mot canadien qui signifie défricher, et que l'on doit conserver.
de résistance de son habitation future. Nos ancêtres n'y mettaient pas tant de façon d'ailleurs pour construire une maison. L'élégance était sacrifiée au confort et à la solidité.
Les cailloux roulés des champs, amassés à la grève ou dans les lits desséchés des ruisseaux, baignés en plein mortier, faisaient des murailles résistables. Aux flancs de h\ colline voisine, le calcaire détaché, chauffé à blanc, broyé avec le sable du rivage se transformait en ciment '. Le carte principal de la maison, très bas d'ordinaire, s'appuyait sur de larges fondations. On dirait des commencements d'une forteresse. Le toit très élevé et très en pente laissait s'écotiler aisément les eaux des pluies et la neige, et donnait î\ l'intérieur de vastes greniers pour la moisson. Portes et fenêtres étaient percées de façon à se garantir des vents violents du nord. C'était d'ailleurs une des principales préoccupations des constructeurs. On ne regardait pas
I II y eut, à Lévis, sous le régiinu fVanvais, plusienis fours à chaux. Tout le iotig de la côte ou eu trouve (încore des vestiges. Une carte de IG')() nous montre dans l'anse Tahadie le four à chaux de Mathurin Ohovel qui, d'a])rès les nombreux marchés de construction que Ton trouve sous son nom aux grelFes îles notaires, pa- /uit avoir été un •"utrepreneur célèhre dans m)i\ temps. Les fours à chaux (jue l'on voit encore au village <le iiSuzon, en arrière du couvent, sont mentionnés dans de très vieux documents. Les u'iianforuniers habitent tnaintcuant B(.'!iypurt. cl ]» cote de Bcitnpré.
Mariage de Guillaume Couture, chap. 3-p.67
à la ligue droite. C'est ce qui explique pourquoi, dans la campagne, encore aujourd'hui, la façade des maisons n'est presque jamais parallèle au chemin. Cette disposition nécessitée par le climat du pays produit un effet bizarre. On dirait que chaque maison a l'air de regarder ce qui se passe chez sa voisine.
De ci et de là, dans les épaisses murailles, on ménageait des meurtrières pour faire le coup de feu en cas d'attaque. C'étaient les vasistas du temps Au centre de la maison s'élevait la cheminée massive. A la base, creusée d'un large foyer, devait pendre la crémaillère des jours de fête. Les planchers et les boiseries de pin et de cèdre répandaiejit une bonne odeur, à laquelle devait se mêler plus tard la senteur des épinettes fraîches coupées, — ornement rustique des jours d'été.
Il en est encore de ces vieilles bâtisses qui résistent aux efforts du temps et de l'âge. Les planies des champs les recouvrent, les mousses et les lichens y font leur demeure ; les merles et les rossignols y bâtissent leurs nids. La vie et la verdure recherchent ces ruines. Le printemps, qui ne veut rien laisser dormir dans la nature, éveillent des échos dans ces foy^^rs
silencieux, pleins de mystère, aux frais gazouillements des petits oiseaux du ciel.
Ces ruines toutes décrépites qu'elles paraissent ont encore une solidité vraiment étonnante. Il n'y a que l'action lente des saisons qui puissent les désagréger. La pioche du démolisseur n'en a pas facilement raison.
On l'a vu dernièrement quand il s'est agi d'accomplir l'acte de vandalisme qui s'est terminé par la disparition du vieux collège des jésuites. Les naïfs et les peureux s'en allaient, criant sur les toits, que cet édifice vermoulu finirait par tomber sur la tête des passants. C'était une vraie honte que de laisser s'étaler pareille décrépitude au plein milieu d'une ville civilisée. Les ministres, comme toujours, finirent par plier.
Les démolisseurs se mirent à l'œuvre. Pics et pioches attaquèrent ferme. Le vieux collège résista. Il fallut employer la poudre et le fulmi-coton. Les bourgeois du voisinage, tout efïarés, signalaient les crevasses produites par les secousses des mines dans les murs de leurs maisons,' quand le vieil édifice finit par céder '.
» S'il eut résisté plus longtemps, tous les mangeurs de saucissons du ven<lredieu aurait acotisé Tordre des jésuites.
Qaelque peu réparé, l'ancien collège aurait duré encore cent ans. Nos pères bâtissaient pour leurs arrière-neveux '.
Couture avait maison et terre, il ne lui manquait plus pour être un vrai colon que de prendre femme.
Dans leurs courses aventureuses, les voyageurs n'avaient guère le temps de choisir une compagne. C'était hasard quand, dans l'année, ils pouvaient stationner dix ou douze jours au milieu des leurs. Parfois, cependant, quelques-uns de ces rudes pionniers, de passage à Québec ou aux Trois-Rivières,- à l'arrivée des vaisseaux portant les filles de France, rêvaient au foyer. Et, entre deux courses, dans une halte pour prendre haleine, ils contractaient mariage L'expédition se continuait à la grâce de Dieu. La noce se fêtait au retour et l'enfant prodigue mettait dans la corbeille de l'épousée
I En compulsant les greffes des anciens notaires, j'ai cherché quelque marché, devis ou spécification pour connaître quels étaient les modes de construction du temps, les dimensions, les bois employés, le prix des ouvriers. Dans l'inventaire des minutes d'Audouard, je trouvai un rapport de charpente pour la maison de Guillaume Hébert. Ce document n'aurait pas manqué d'intérêt vu que la maison d'Hébert fut la première habitation de colon construite dans Québec. Hélas! cet acte, avec mille autres, manque' à l'appel I On trouvera à l'appendice un marché de construction pour Jean Rourdon.
les colliers de porcelaine et les riches fourrures des bois. Le doigt, qui devait porter l'anneau des fiançailles, pouvait être disparu dans le calumet d'un Iroquois maussade, mais le cœur était intact.
Les uns, comme l'ancêtre de l'antiquaire Viger, se laissaient prendre aux grands yeux noirs de la Hi^ronne gentille, et sur la natte du wigv^am s'étalait la sagamité des noces. Ceuxlà, naïfs enfants des bois, calculaient le temps par les lunes de miel.
D'autres se préparaient de longue main un établissement amassé au prix de vingt expéditions périlleuses, et quand le nid était prêt, ils s'en allaient, comme les chevaliers d'autrefois, chanter leurs prouesses à la dame de leur cœur.
Au retour de son dernier voyage chez les Iroquois, au printemps de 1646, Guillaume Couture semble avoir eu idée d'enterrer son célibat. En effet, deux jours à peine après son arrivée avec le père Pijart. les jésuites tinrent consultation pour son mariage ' qui k\i approuvé à l'unanimité. Approhatur item omnium cometisu, nous dit le Journal dea Jésuites.
Cette consultation nous laisse croire que Gruillaume Couture, comme son compagnon martyr le bon E-éné Groupil, avait lait vœu pendant sa captivité de se consacrei exclusivement au service des missions huronnes dans l'ordre de Jésus, ou de prendre l'habit de frère lai \ Tl ne manque pas de laïcs qui, à cMe époque, faisaient les mêmes promesses ^
Ce n'est que trois ans après, cependant, que le voyageur devenu colon contracta mariage.
Le dix-huit de novembre 1649, c'est grande fête dans la maison de Couture à la Pointe de Lévy. M. Jean Le Sueur, ancien curé de Saint- Sauveur, en Normandie, et chapelain des hospitalières à Québec, y vient bénir l'union de son compatriote avec Anne Aymart, une fille du Poitou, née à Niort. 3. Parmi les invités de \ix noce qui signèrent l'acte de célébration, on
1 La santé de Réiré Goupil l'avait forcé de quitter le noviciat des jésuites de Rouen ; mais quand il se vit prisonnier des hoquois, et en route pour le lieu de son supplice, il dit au père Jogues : •' Mon Père, Dieu m'a toujours donné un grand désir de me consacrer à son service par les vœux de religion dans la compagnie de Jésus. Mes péchés m'en ont rendu indigne jusqu'ici. ISi vous le vouliez, mon Père, je ferais maintenant ces vœu.x en présence de mon Dieu, et de vous." Le père Jogues, ému d'une si touchante prièn.*, le laissa faire ses vœu.x de dévotion.
2 M. Benjamin Suite donne à Couture le titre de serviteurdonné. — Histoire des Canadiens-Français.
i Greffe d'Audouard — 18 novembre 1G49 contiat de niariage deGL'illaume (^lontnre et de Anne P^smard.
trouve des noms connus: c'est Olivier le Tardif, interprète, commis au magasin du Roy, à Québec, c'est Zacharie Cloutier, habitant du Château- Kicher. Tous deux sont beaux-frères de l'épousée. C'est encore Charles Cadieu, un des ancêtres du célèbre voyageur dont la lég^ende a gardé souvenir et dont la poésie a chanté la fin tragique. C'est Martin Grouyel, conducteur de barque, bien connu.
Le père Jean Aymart de son mariage avec Marie Bineau ' avait eu trois filles. Venues au pays, elles avaient trouvé de bons partis.
Olivier le Tardif, sieur de la Porte, est un des compagnons de Champlain. Il fut un des premiers à se plaindre des négligences de la compagnie de traite a l'égard de la colonie. En 164], il fut nommé commis général de la compagnie des Cent-Associés. Marié d'abord à une fille de Guillaume Couillard, il avait épousé en secondes noces, en 1648, Barbe Aymart. Il en eut plusieurs enfants dont la postérité est nombreuse .
Zacharie Cloutier, fils d'un des plus anciens colons du Château-Richer, propriétaire du fief du Bui.sson, avait épousé IMadeleine Aymart
I Ou *< Bureau",
Gruillanme Couture, dès l'année précédente, semble intime dans ces familles. En effet, en novembre ^ on le voit assister, au manoir du seigneur fxifïard, à Beauport, au mariage de Louise Cloutier, fille de Zacharie et veuve de François Marguerie, célèbre interprète aux Trois- Rivières, avec Jean Mignot-dit-Chatillon ^
Voici l'acte de mariage de Gruillaume Couture, tel qu'il se trouve aux registres de Québec :
"Le dix-huit de novembre mil six cent quarante-neuf, les bancs ayant été au préalable publiés savoir le premier et second banc le onze novembre et le troisième banc le quatorze et ne s'étaut trouvé aucun empêchement légitime, nous Jean Le Sueur, prêtre, ayant pouvoir du supérieur du lieu, a interrogé Guillaume Cousture, fil£ de Guillaume Couture et de ALagdeleine Mallet, de la paroisse de St Godard, Rouen, d"une part, et Anne Esmart, fille de Jean Esmart et de Marie Bineau de la ville de Niort, paroisse de îSt. André, d'autre part, et ayant pris leur mutuel consentement par paroles de présents les a solennellement mariés en la maison du dit (iouture à la pointe de Lévi en présence de témoins connus : Olivier Le Tardif. Martin Grouvel, Zacharie Cloutier, le père et le fils, Charles Cadieu."
1 10 novembre I64S — Archives de /a cure de Québec.
2 Ce Jean Mignot avait eu avant son mariage une aventure romanesque que nous raconte le Journal des Jésuites:
" En février 1647, Barbe, sauvagesse séminariste des Ursulines, après y avoir demeuré quatre ans. en étant sortie, fut recherchée fortement et puissamment par un Français nommé Chatillon, qui pria les mères de la vouloir retenir jusquaux vaisseaux. Il donna assurance de sa volonté, mettant entre les mains des mères une rescription de 300 livres, dont il consentit que lOO fussent appliquées au profit de la fille, en cas qu'il manquât à sa parole. Niais il se trouva que la fille n'en voulut pas, et aima mieux un Sauvage et suivre les volontés de ses parents. '
— Ce fut le premier mariage fait à la Pointe de Lévy '.
I Le second mariage paraît avoir eu lieu le 10 novembre 1652. Ce fut celui de Jean Guiet (Guaj'), fils de Jean Guiet et de Marie Dumont, à Jeanne Mignon fille de PVançois Mignon. M. Jean Le Sueur les maria; disant iolennelleimnt la messe à la Pomte de Lévi ou côte de Lauzon en présence des sieurs Buissot et Cousture. [Archives de la cure de Québec).
Couture, tout en fixant sa demeure, à la Poin* te de Lévy, n'abandonna pas définitivement son rude métier de voyageur. On le vit rendre encore à son pays d'importants services.
Interprète de la nation iroquoise, celle qui fut la plus perfide et la plus acharnée contre les Français, il eut souvent l'occasion d'engager avec elle, au nom des gouverneurs, d'importantes négociations. Les intimes liaisons qu'il avait contractées avec ces enfants de la forêt, la grande estime dont il jouissait dans les conseils de la nation, en firent un des plus utiles intermédiaires.
Les Iroquois, de tous les naturels, du pays, furent certainement ceux qui portèrent les plus rudes coups aux commencements de la colonie. Leurs incursions continuelles retardèrent de longtemps l'avancement du pays. Champlain, en arrivant dans la Nouvelle- France, avait trouvé les Algonquins, nation très puissante alors, aux prises avec les Iroquois. Il eut l'imprudence d'épouser -la querelle des premiers.
Le sauvage d'un naturel rancunier considère qu'une injure ne doit jamais rester sans vengeance quand il faudrait des années pour l'assouvir. Les Iroquois pardonnèrent difficilement cette première alliance. Ils se donnèrent de dépit aux Anglais, sans les aimer ; ils ne s'en servaient que pour se procurer des armes.
Cette nation comprenait cinq cantons séparés que dirigeaient des vieillards ambitieux, politiques, taciturnes, capables des plus grands vices et des plus grandes vertus, pouvant tout sacrifier à la patrie.
Pendant que les autres tribus se laissaient approcher par les Européens et recevaient leurs avances, les Iroquois voyaient ces empiétements d'un œil jaloux. C'est par calcul qu'ils s'étaient unis aux Anglais. Quand leurs nouveaux alliés devenaient trop puissants, ils les abandonnaient ; ils s'unissaient à eux de nouveau quand les Français obtenaient la victoire. On vit ainsi un petit troupeau de sauvages se ménager entre deux grandes nations civilisées, chercher à détruire l'une par l'autre afin de rester maître du pays '.
i Clialraubriand — (l'énitt du ChrtsfîfJuisme-
Les plus féroces et les plus intrépides des honiraes,v les Iroquois avaient laucé leurs partis de guerre par tout le pays. Rusés et tenaces, perfides et menteurs, pour eux tous les moyens étaient bons. Leurs guerriers, prêts à engager le combat, voyaient-ils que les adversaires étaient plus nombreux, des parlementaires étaient de suite détachés pour protester de leurs intentions pacifiques. Les conditions de paix s'arrêtaient pour être rompues presque aussitôt, suivant leurs caprices et leurs intérêts, et ils trouvaient toujours des prétextes pour expliquer leur volte-face.
Cette poignée de guerriers intrépides, dans vingt ans de lutte, anéantit presque complètement les puissantes natioas des Algonquins et des Hurons, sans compter plusieurs autres tribus importantes. Les Hurons, décimés, se réfugièrent sous les murs de Québec où leurs ennemis continuèrent à les traquer comme des bêtes fauves.
Presque toutes les nations sauvages qui jouèrent un rôle, autrefois, sont disparues. Il ne reste plus, de ci et là, que quelques tribus errantes et sans cohésion. L'Iroquois existe toujours. Ce n'est plus qu'une ombre des cinq
cantons des anciens jours. Mais les descendants encore nombreux ont conservé l'énergie, la ténacité et l'industrie de leurs ancêtres.
De tous les interprètes français, Gruillaume Couture est celui qui semble avoir eu le plus de prestige parmi cette nation si vaillante et si difficile à manier.
Les Hurons, les Algonquins, les nations de rintérieur comme celles du littoral avaient accepté avec bienveillance les avances des missionnaires. Ceux-ci avaient pu établir sur leurs territoires dès missions florissantes.
L'Iroquois repoussa toujours les tentatives d'établissement que Ton voulut faire au milieu des cinq cantons.
Ce n'est qu'en 1654 qu'un chef onnontagué invita les Français à bâtir un village au milieu du pays et à venir y habiter. Il est à remarquer que c'est par la tribu des Onnontagués que Couture avait été adopté pendant sa captivité. Les dispositions toutes pacifiques de cette tribu prouvent que le captif Couture y avait laissé une bonne semence.
Lc.^ Agnicrs, jaloux de voir les Français s'im-
iù
planter chez leurs compatriotes des bourgades supérieures, intriguèrent si bien qu'ils finirent plus tard par briser tout espoir d'une paix durable
Quand il fut question de fonder un village français au milieu des Onnontagués et d'y conduire une partie des Hurons cantonnés dans l'ile d'Orléans, Couture fut employé dans les négociations. Au mois de mai 1657, le Jounidl des Jésuites nous le montre de retour à Québec des Trois-Rivières. Il apporte pour nouvelli^s que les Agniers qui étaient en ce dernier endroit avaient empêché les ambassadeurs hurons d'aller à Onnontagué.
La paix conclue avec les*Iroquois et tant de ibis ratifiée par eux ne les empêchait point d'attaquer les Français, quand ils en trouvaient l'occasion. Vers la fin d'octobre, quelques Onneyouts, venus à Montréal sous la garantie des traités, massacrèrent trois Français qui travaillaient sans défiance à la pointe Saint-Charles, près de Montréal. Deux d'entre eux, Nicolas Grodé et son gendre, Jean de Saint-Père, étaient fort respectés dans la colonie.
Le ii^ouverneur d' Ailleboust ordonna d'arrêter
tous ceux d'entre les Iroquois qui se présenteraient. Le trois de novembre, cinq Agniers étaient amenés des Trois-Rivières pour savoir d'eux le nom des meurtriers. Les cinq furent logés chez Couture et eurent les fers aux pieds, deux à deux ' .
Couture, qui se trouvait l'intermédiaire obligé des Iroquois, recevaient d'eux parfois des visites inattendues. Pendant que ces féroces guerriers poussaient lenrs incursions jusqu'en bas de Québec, massacrant tout sur leur passage, ils respectaient cependant le logis isolé de leur ancien camarade. Ainsi, dans l'automne de 1658, au mois d'octobre, trois d'entre eux, allant en guerre à Tadoussac, brisèrent leurs canots au-dessous de la maison de Couture. Incapables de continuer leur route, ils se réfugièrent chez lui. Couture en donna avis au gouverneur qui les fit venir au fort la nuit. '
Depuis près de vingt ans Couture avait été exclusivement engagé au service des missions huronnes et iroquoises. A partir de 1661, s'ouvre une nouvelle phase de sa carrière. Ses travaux s'étendent dans une autre direction.
I Journal des Jésuites ^ Journal des Jésuites.
A la vie laborieuse de l'interprète succède la gloire du découvreur. Aux lauriers de Nicolet vienuent s'ajouter les lauriers d'un La Yérendryeet d'un Jolliet. Pendant que ceux-là avaient pénétré dans les régions du midi et de Touest, Couture devait pousser ses recherches vers le nord
Dès 1612, le célèbre navigateur Hudsoii avait reconnu la baie qui porte son nom. Cette découverte semblait tomber dans l'oubli. Les Anglais, d'ordinaire si actifs et si entreprenants, s'étaient contentés d'applaudir aux voyages de leurs illustre compatriote sans s'occuper d'en tirer profit. Dans ces régions imnàenses, in- ^îonnues, pleines de mystères, habitaient des peuplades nombreuses. Déjà, la nation des Nippissingues avait entendu raconter <iu'une race étrangère était venue s'établir sur les bords du Samt-Laurent. Cette nouvelle transmise par quelques-uns des leurs qui l'avait apprise, dans les excursions de chasse, des Sauvages du littoral, av^ail vivement piqué leur curiosité. Désireux d'entrer en relations de commerce avec ces gens nouveaux, curieux aussi d'entendre les prédications étranges des hommes de la parole, un capitaine nippissingue avait été député avec plusieurs de ses compatriotes auprès
de M. d'Argensoiî, alors gouverneur. Celui-ci eu entendant parler de la grande mer du Nord fut désireux d'en connaître l'étendue. Le rêve de^ premiers découvreurs avait toujours été de trouver un passage pour se rendre aux royaumes de Chine et du Japon. C'était le but premier des expéditions de Cartier et de ceux qui Ton suivi. C'était ce que recherchaient les premiers armateurs. Cette idée avait hanté le cerveau de tous leurs successeurs et- l'on n'avait pas perdu l'espoir d'arriver un jour à cet important résultat. D'Argenson ne voulut point perdre l'occasion de réaliser enfin le projet de ceux qui l'avaient précédé. On croyait dans le temps que cette mer mystérieuse était contiguë à la Chine et qu'il ne s'agissait plus que d'en trouver la porte.
D'Argenson confia le soin de cette entreprise aux pères Druillettes et Dablon. Ceux-ci saisirent avec empressement cette proposition qui leur permettait, tout en cherchant à agrandir le domaine du roi de France, de trouver des nations nouvelles à évangèliser.
Au mois de mai 1861, l'expédition partit de Québec. M. de la Vallière, gentilhomme de Normandie, CruiUaume (\)uture, Denis Guvon,
"Guillaume Couture accueille trois Iroquois qui ont brisé leur canot en bas de sa maison" (mois d'octobre), chap. 4-p.76
Desprez et François Pelletier accompagnaient les missionnaires. Les voyageurs, conduits par des sauvages, s'embarquèrent sur le Saguenay, dont ils remontèrent le cours pendant un certain temps. Mais, malheureusement, ils furent obligés de revenir sur leurs pas, soit, comme le raconte la Potlierie \ que les sauvages eussent refusés de continuer leur route, par la crainte que i'é^ntreprise des Français ne leur lût préjudiciable, soit, comme le rapportent les jésuites, que les Français eussent jugé qu'il était prudent de renoncer à leur-tentative, vu les cruelles hostilités que h\s Iroquois, exerçaient alors contre eux et contre diverses nations sauvages ^
L'excursion n\nit pas alors d'autre résultat. Cepeiulant l'ctitreprise était chose remis-.' et non perdue.
Deux ans après, t^n 1663, les sauvages de la baie d Hudson envoyèrent de nouveau des députés à Québec et prièrent M d'Avaugo'ur, alors gouverneur, de leur doniuir des Français. Celui-ci résolut d'envoyer cinq hommes à la tète desquels il mit Cxuillaume Couture.
Couture, qui n'était pas d'une nature à -se
» Histoire dr CAmt^'riquf Septe-nhionaU. tome f. p. p. 14!. \'V'i. i l'ilation de I tri I .
laisser décourager par un premier insuccès, s'avança à travers les terres, dans un pays encore inexploré, et, un .jour, il eut le bonheur d'apercevoir enfin cette mer depuis si longtemps désirée, l'objet de tant de recherches infructueuses.
Il fut le premier Français qui loula de ses pieds les rivages de cette mer qui devait être témoin de tant de combats, de tant de luttes glorieuses. Quel est celui qui ignore les exploits légendaires de d'Iberville dans ces parages lointains, et combien y en a-t-il qui se souviennent de l'humble voyageur qui donna à son roi c<^ théâtre de tant d'exploits ? N'oublions pas d'associer au nom de Couture, celui d'un autre enfant de Lévis, Daquet ' qui fut l'un de ses compagnons de voyage dans cette expédition heureuse.
Arrivé sur les rives de cette baie immense, Couture y planta une croix et prit possession du pays, en mettant en terre, au pied d'un gros arbre, les armes du roi de France, gravées
ï Da-ns le rapport du comité nommé pendant la session de 1884 pour s'enquérir de la possibilité de la navigation de la baie d'Hudsori; M. Hoyi\\ nient ioniie ces deux noms.
sur du cuivre, enveloppées entre deux plaques de plorab recouvertes d'écorce '.
L'histoire rappelle la mémoire des Jolliet, Nicolet, Lasalle, Marquette, de Sota, comme découvreurs du Mississipi. On chante la gloire de la Yérendrye qui aperçut le premier les Montagnes-Rocheuses. La postérité est jalouse de conserver le souvenir de ces hommes illustres. Associons à leur gloire le nom du héros oublié : Guillaume Couture ^
1 La Potherie ; Faillon.
2 " II y a trente ans à peine, personne n'aurait osé croire qu oa pût seulement se rendre jusqu'au Iv- SI- Jean, c'était tellement loin dans le nord 1 Le pays qui l'entourait ue pouvait être que la demeure des animaux à fourrures, et, seuls, les Indiens étaient regardés comme pouvant se hasarder dans ces sombres retraites que protégeait la chaîne des Laurentides et que défendait contre l'homme une nature réputée inaccessible" — (Arthur Buies — Le Soguenay et la vallée du lac St-Jean p. W\ .)
Le père Arnaud corrobore les avancés de M. Buies (Ammlcs de Ut iirofHiyation de la foi — IHSO— p. 147 )
" A cette époque reculée (en 1853), éGrit-il, le lac St-Jean était si loin I les difficultés pour s'y rendre si grandes!.... que personne n'avait jusqu'alors pensé à aller s'y établir.
" D'ailleurs, n'était-ce pas le pays des jongleurs, comme le rapportait la renommée? rien que cette pensée était un épouvantail pour bien, des personnes. La triste perspective de se trouver en contact avec des Sauvages, qui pounaieut scalper le malhetireux imprudent qui s'y aventurerait, en retenait plusieurs."
Quand on considère que nos ancêtres avaient atteint cette xùysr téricuse région, dès les commencements de la colonie, qu'ils s'étaient avancés bien loin au-delà, à travers les solitudes sans nom, jusqu'à la baied'Hudson,— ce que personne n'a encore osé faire de nos jours — il faut croire, évidemment, qu'ils étaient autrement trempés que nous ie .sommes.
Dans l'aiinée qui suivit cette i^loricuse expédition, le dernier jour de mai 1665, l'infatigable Couture partait de Québec avec le père Henri Nouvel pour se rendre à l'île de St-Barnabé, à la mission des Papinachois '.
Depuis cinq ans, le Père Nouvel avait eu en partage les tribus sauvages qui habitaient la rive nord, depuis Tadoussac jusqu'à l'entrée du golfe. C'étaient les Montagnais, les Betshiamits, les Papinachois, les Esquimaux. Chaque hiver, il les avait suivis dans leurs chasses à travers les forêts. C'est dans une d»* ces courses apostoliques du missionnaire que, lors d'un naufrage vis-à-vis Rimouski, la Pointe au Pèrt" fui baptisée. Couture, vraisemblablement, hiverna avec ces tribus comme le père Nouvel avait l'habitude de le faire.
Pendant ces excursions diverses de Couture, la métropole s'était enfin décidée à envoyer des secours aux colons décimés par les luttes incessantes des Iroquois. Le régiment de Carignan-Salières avec quatre de ses meilleures compagnies était débarqué dans Québec, et M. de Tra<'y et Conrcelles résolurent de pous-
i .lonrnal Hea .l^miitf.-^ -Il triait ;if(;nmpaidné j Aiiivui o^\x\ lui lui au>si ui: h;tbit!^ n I df l.''-vi>
ser vigoureusement la guerre jusqu'au milieu des nations ennemies. Les Iroquois, effrayés de ce grand déploiement de troupes, demandèrent instamment à enterrer la hache de guerre. Les marchands d'Albany et de Corlar, leur ayant donné des lettres de rscommandation, le viceroi voulut croire pour cette fois à leur sincérité, et la paix fut conclue. Ceci se passait le douze de juillet 16(36. Les ambassadeurs étaient à peine partis depuis deux ou trois jours, lorsqu'on reçut de fort mauvaises nouvelles du fort Sainte-Anne qui venait d'être bâti sur une île située près de l'entrée du lac Champlain.
Quelques officiers, en gfarnison dans l'île, voulant se donner le plaisir de la chasse, remontaient une rivière qui tombe dans le lac près de l'île de la Mothe. Plusieurs jeunes Agniers chassaient dans les environs ; ayant aperçu les officiers français, ils ne purent résister à la tentation de leur lever la chevelure, ïk tirèrent sur eux, tuèrent M. de Chazy ' et le capitaine de Traversy ; quatre autres, parmi lesquels était M. de Leroles. <:'ousin de M. Tracy, furent faits prisonniers.
• Vn petit village aux bords du lac Chaïuplain. à deux pas Je lu frontière, porte aujùurd hui le nom de Chasy. H s'élève à leml)i>ucliure d une rivière appiMée ('Im^^y. f.cs tr.iîn? de V H}ihi>ii uni l>-'l<-i'r,,r- <t.)pn(Mit l'ii i-pT fiidiriit
A la nouvelle de cette trahison, on rappela aussitôt les ambassadeurs. Suivant la loi des Iroqaois et des Algonquins, on devait fendre la têle aux envoyés, on se contenta de les garder dans une étroite prison, pendant qu'on prenait des mesures pour tirer raison d'une si noire perfidie '.
Il fallait demander aux commissaires d'Albany des explications sur le témoignage qu'ils avaient donné en faveur des bonnes dispositions deôAgniers. G-uillaume Couture fut chargé de cette délicate mission.
Le vingt-deux juillet, il partait de Québec comme ambassadeur auprès des autorités de la Nouvelle Hollande pour se plaindre du meurtre de M. de Chazv -■
M. de Sorel reçut ordre de le suivre à quelques journées de distance, avec un parti de deux cents Français et de quatre-vingts Sauvages.
Les Anglais s'étaient emparés, l'année précédente, de la colonie hollandaise; et le gouverneur Nicolls, prévoyant que les autorités tVan-
I Ferland. tome II p. 50.
a Journftl dvs JésuUes.
çaises ne laisseraient pas dans l'inaction des troupes envoyées de si loin pour punir les Iroquois, craignit de se voir lui-même assailli dans ses fort?. Trop faible pour résister à une attaque extérieure et surveiller en même temps les mouvements des Hollandais à l'intérieur, il songea à obtenir des secours des colonies de la Nouvelle-Angleterre. Celles-ci lui répondirent qu'elles ne tenaient pas à prendre la défense des Iroquois, pour se voir attaquer à leur tour par les Abénaquis, amis des Français.
Nicolls, voyant qu'il n'avait pas d'aide à attendre de ce côté, dut S3 résigner à ne point soutenir ouvertemeîU les Agniors contre les Français.
Couture était arrivé sur ces entrefaites à Albany, avec des lettres adressées aux capitaines et aux commissaires du lieu. Nicolls y monta aussitôt dans l'espérance d'avoir une entrevue avec lui, et probablement aussi, parce qu'il se défiait des commissaires hollandais d'Albany Et, dans le fait, comme la France s'était unie aux états de Hollande contre l'Angleterre, dans une guerre qui venait d'être proclamée en Amérique, la plupart des habitants d'Albany et des villages voisins ressentaient plus d'incli-
nation pour les Français que pour les An-
glais
Van Corlaer, l'un des hommes les plus importants de la colonie, celui-là même qui, autrefois, avait en vain tenté le rachat du père Jogues et de ses compagnons, reçut fort bien son ancienne connaissance Couture. Celui-ci retourna avec une lettre satisfaisante de la part des commissaires à M. de Tracy. Ils n'avaient pas prétendu répondre de la conduite future des Agniers, ils avaient seulement déclaré qu'ils les croyaient dans de bonnes dispositions. Ils étaient bien chagrins du malheur causé par la mauvaise foi des Sauvages ; eux-mêmes avaient travaillé à sauver les prisonniers, comme ils l'avaient déjà fait dans beaucoup d'autres circonstances. Cela était vrai, car ils s'étaient toujours empressés d'arracher les prisonniers français à leurs maîtres iroquois. Couture, lui-même, pouvait en rendre le témoignage.
Lorsque Nicolls arriva à Albany, Couture était déjà reparti pour rendre compte de sa mission. Nicolls s'adressa alors à M. de Tracy, pour se plaindre du départ précipité de son envoyé, et pour répéter les reproches contenues
1 Verliui-K p. :>l, t. II.
dans la lettre aux commissaires. 11 assurait eu même temps le gouverneur qu'il agirait toujours envers lui, avec courtoisie et respect. " D'autant plus volontiers, disait-ii, que votre caractère honorable est connu dans cette partie du monde, aussi bien qu'en Europe. Je puis vous rendre cet hommage, ayant eu connaissance de votre honorable conduite, pendant les quelques années que j'ai passées dans l'armée française à la suite de mon maître, le duc de York et d'Albany. Maintenant que je sers le même maître dans cette partie du monde, je me croirais heureux si je trouvais l'occasion de reconnaître en partie les attentions que vous avez témoignées à mon maître et à ceux de sa maison, pendant les tristes joujs de l'exil."
Après avoir accompli sa mission dans Albany, Couture s'était rendu chez les Iroquois pour les avertir que s'ils ne livraient pas les meurtriers, ou du moins leurs chefs, Ononthio leur déclarerait la guerre. Prévoyant la ruine entière de leur nation, et apprenant que M. de Sorel n'était plus qu'à vingt heures de leurs bourgades, les Iroquois se déterminèrent à demander quartier
Le six de septembre. Couture arrivait a Quebec avec deux Agniers pour l'escorter, dont
l'un de la nation neutre était le chef de la brigade qui avait tué M. Chazy '.
Le Bâtard Flammand, chef iroquois, le suivait de près avec M. de Leroles et plusieurs autres prisonniers français ^
Presque en même temps quarante iroquois des différents cantons arrivèrent à Québec. Depuis la Basse-Yille jusqu'au fort, dit la Potherie 3, ils criaient à haute voix Oaontio, Onontio, ho, ho, Squena, Squenon, ce qui voulait dire : Notre Père, donne nous la paix.
On parla do nouveau de conclure une paix générale et, le dernier jour d'août, on tint un conseil à ce sujet dans le parc du collège des jésuites; maison ne put arriver à rien de définitif. M. de Tracy comprit que pour avoir la paix, il fallait employer les armes contre les Agiiiers qui soulevaient sans cesse de nouvelles difîicultés. C'est alors qu'eut lieu la fam^^use expédition de M. de Tracy contre les Iroquois en 1666 1
1 Journal des Jésuites.
2 Ferland, p. 52.
3 Vid. p 85, tome II.
4 C'est là la version de l'abbé Ferland. Celui-ci s'est appuyé sur les Relations de 1666 et les lettres de la mère de l'Incarnation.
Cette dernière mission ferme la carrière de Couture comme voyageur. Depuis un quart de siècle il avait été engagé à ce travail ardu. Les bords du lac Huron, les bois de la Nouvelle-Angleterre, les plaines du lac Saint- Jean et la baie d'Hudson, la rive nord du ffolfe Saint-Laurent avaient tour à tour été le théâtre de son dévouement et de son courage. Dans ces rudes expéditions l'homme devait s'user vite Agé de quarante neuf ans, Couture avait fait sa large part et pouvait laisser à d'autres le soin de continuer son œuvre.
Il faut dire que chaque historien a sur ce sujet son mode de racoater.
Charlevoix, d'ordinaire très exact, a étrangement confondu ces diverses expéditions.
La Potherie prétend que M. de Courcelles ne voulut point se laisser attendrir par les cris, les pleurs etlamentation^des Iroquois et qu'il fit pendre Agariata, celui-là même qui avait tué M. de Chazy et que Couture avait ramené à Québec, en présence des quarante députés de la nation, (ie genre de mort qu'ils n'avaient jamais vu, dit-il, les frappa si fort qu'il affermit la paix jusqu'en I6S3.
Suivant Nicolas Perrot, la paix était sur le poitit de se conclure, lorsque dans un repas que .M. de Tracy donnait aux chefs iroquois, un des Agniers aurait levé le bras et déclaré hautement que ce bras avait.cassé la tête du sieur de Chazy i. " Il n'en cassera pas d'autre," aurait répondu le vieux, général, et il aurait aussitôt fait étrangler l'insolent, rompu les conférences qui se tenaient pour la paix, et serait parti y)0ur son expédition contre les Agniers. Charlevoix a suivi Perrot dans son récit.
« La Potherie dit posiiiveraont que ce fut Agariata qui tua M. de Chazy, p. SJ.
Pendant ses longues abifences, Couture avait pour le remplacer un travaillant du nom de Gruillaume Durand. En 1658, il était son débiteur de deux cent vingt-cinq livres tournois. La convention qu'il fit pour se libérer d'un procès que Durand lui avait intenté pour gages et services nous indique quels étaient alors les modes de paiement. La moitié de la somme devait être payée en pois et l'autre moitié en anjïuilles. Durand promettait de donner quittance pourvu que les anguilles fussent bien conditionnées, estimées et prisées suivant leurs valeurs et prix courant dans le pays, et les pois " bons, loyaux et marchands '."
Dans ces temps primitifs l'argent était presque chose inconnue parmi les colons. Les paiements se faisaient en nature. Les produits s'échangeaient. Le gouvernement et les riches négociants donnaient des lettres de change ou des traites sur les magasins du Roy ou sur le
I Grelîc d'Aiidoiiaid. Cet accord eut pour témoins Marcel MoUoyer, cliirurgien, et Charles Sevestre, comuiid daus les magasin- du i>My-!
trésor, payables en France. Le castor et l'anguille étaient d'ordinaire la monnaie courante du pays. Cette pénurie de numéraire se continua tout le temps de la domination française. A la conquête les colons eurent mille difficultés à faire changer la monnaie de carte qui avait été émise \
Dans les intervalles de repos que lui laissait son métier, Couture habitait ordinairement à la Pointe de Lévy ^ 11 avait là comme un pied à terre où il pouvait prendre haleine et se délasser de ses fati^-ues.
1 La pêche à l'anguille était alors très licureuso. Dans les mois de septembre et octobre un seul en prendra pour sa part 40, 50, 60 et 70 mille [Relation de 1660). La Potherie raconte que la pêche danguilles que l'on faisait à Lotbinière était si considér.ible qu'il n'y avait pas d'endroit dans le pays où elle fut ]>ius abondante. " Elles descendent, dit-il, du lac Ontario, autrement Frontenac, qui est à plus de cent lieues. Il y a aux environs de ce lac des marais pleins de vase de douze à quinze pieds de profondeur : les grandes eaux les en font sortir, et elles descendent vers les îles Toneata, qui en sont aussi toutes bordées ; elles se tiennent ensemble et font des amas gros conmie des niuids : les courants du lac les entraînent insensiblement dans des rapides, et lorsqu'elles sont dans le fleuve elles se répandent de toutes parts, mais elles donnent particulièrement au Platon, Saiucte-Croix et Lotbinière. L^'n habitant en prend quelquefiùs trois milliers à une marée ; elles sont beaucouj» plus grosses qu'en France C"est une manne dans la Xouvelle-France, et lorsque l'on sait bien les aprêter elles sont délicieuses. On en envoyé aux îles de l'Amérique.'' 'lom. III, p. 2S3. Hist. de L\'im. Mêrid.)
2 Au greffe de Guillaume Audouard, «le 16 septembre 165.3, comparaît: 'honorable homme Guillaume Couture, habitant d'^meurant ordinairement à la Pointe de Lév- . ..... "
Un procès-verbal d'arpentage de l'ingénieur Jean Bourdon, fait le 26 août 1659, nous montre aussi que Couture avait alors dans Québec un corps de logis, voisiu d'un emplacement de Pierre Petit, sur le chemin qui montait du Culd»'-Sac, en la basse-ville.
L'année même où Couture était envoyé en mission diplomatique à Albany, avait lieu le premier dénombrement nominal de la colonie. Ce document précieux, parce qu'il est la constatation officielle du nombre de colons qui étaient alors dans le pays, n'a pas cependant le caractère d'exactitude même relative que l'on exige d'un travail de cette nature. L'on trouve de si nombreuses omissions dans ce relevé qu'il est impossible de le prendre comme point d'appui pour juger du véritable état de la colonie.
Sur toute la côte de Lauzon, le recenseur donne trois familles seulement, et, chose étonnante, le nom de Couture n'apparaît pas-. Pourtant, Couture était bel et bien établi dans cette seigneurie depuis dix-neuf ans et, d'après les actes de l'état civil, on trouve qu'il avait alors huit enfants. Le voyage de Couture à Albany explique peut-être cette omission, mais comment
se fait-il que le nom de sa femme et ceux de ses enfants ne soient inscrits nulle part, ni à la côte de Lauzon, ni dans les autres établissements du pays ?
M. Suite nous dit que ce recensement de 166P> fut dressé, par ordre du gouvernement, au printemps, avant l'arrivée de navires de France, et qu'il représente la population du pays durant l'hiver de cette année \ Ceci peut être. Une chose certaine, c'est qu'en consultant quelques greffes de notaires, de 1648 à 1666, on voit qu'il dût y avoir, dans la côte de LaUzon, pendant cette période, au moins vingthuit concessions de terre et, (cependant, on ne trouve les noms de ces concessionnaires inscrits ni à Québec, ni à Montréal, ni aux environs.
Ce premier dénombrement parait avoir été dressé à la hâte ou fait de mémoire.
Les énumérateurs de nos jours peuvent aller aisément de maison en maison et remplir leurs cahiers de recensement. Dans ces temps primitifs il n'était pas aussi facile de parcourir nne immense étendue de pays pour constater dans chaque habitation isolée le nombre exact de co-
1 Tome [V, p. 51, Histoire des Canadiens-fronçais,
Ions. Ajoutons, qu'en hiver, bien des colons s'enfonçaient dans les bois pour faire la chasse et la traite. On s'occupa de la population de fait sans penser à la population de droit. Cette distinction importante n'était évidemment pas connue des recenseurs novices de 166G V
C'est par les actes des notaires que l'on peut retracer le plus sûrement les noms de quelques uns de ceux qui furent les premiers compagnons de Couture à la Pointe de Lévy,
L'année même de son mariage, 1649, on voit
1 \'oioi le recensement de IGfJO, pour la côle de Jiau/on :
FRA-VÇ0I3 BFCQrET...
Marsfueiite Desprez. Galuiel Samson
yLALITES
habitant.
sa femme..
domestique engagé.
Remarques. — Becquet, d'origine normande, était du même village que François Bissot. Sa mère était elie-niême ime Bisi^ot. I! s'éiait marié à (Québec en 1663 à Margi.erite Desprez, veu\e Benjamin Richard, Au recensement de 1667, on donne à sa femme le nom de demoiselle Marguerite Richard. Becquet est mort en 1669, sans laisser de postérité. Il fut enterré à Québec dans le cimetière de l'hôpital. Sa femme le suivit dans la tombe l'année suivante. Becquet était arrivé à la côte de l.auzon, en 166?. [Greffe d' Audouard). Gabriel Samson, son domestique engagé, était du même canton que Becquet. 11 s'établit à I.évy avec son frère Jacques Samson. C'est la souche d'une nombreuse et respectable famille.
NOMS 0 BOUGE CadOHKT.
Anne Joppy
Jean Amis