‹ Guillaume de Flavy, capitaine de Compiègne; contribution à l'histoire de Jeanne d'Arc et à l'étude de la vie militaire et privée au XVe siècleChapitre 12 sur 115 · Chronique dite de Jean Raoulet, p · texte numérisé non relu

Chronique dite de Jean Raoulet, p

fuirent jusqu'à Amiens et à Picquigny* où les Dauphinois les poursuivirent avec ardeur^. La victoire était à eux et ils se rabattaient sur Mons en Vimeu avec de nombreux prisonniers 3.

Les Dauphinois trouvèrent à la place de la cavalerie en fuite les archers bourguignons qui se glissèrent au milieu d'eux, épuisés de tant d'efforts et de la course fournie jusqu'à Picquigny : Les Bourguignons n'eurent pas de peine aies disperser*. Au soir, le vaillant capitaine de Beaumont en Argonne, Jean Raoulet, tenait seul les champs''.

Chacun avait ce jour-là payé de sa personne : Philippe le Bon avait fait deux prisonniers de sa main^ et Jean de Luxembourg reçut au visage une balafre. Les Bourguignons n'en pouvaient plus. Le duc donna Tordre de joindre Abbeville, encore tout étonné de cette incertaine victoire^.

Guillaume de Flavy fut laissé comme mort sur le champ de bataille®; il eut néanmoins la force de se lever et de gagner la maison paternelle.

1. Somme, arrondissement d*Amiens. — « Et, sans cheux qui n'alèrent gaires loings, furent trouvés à Picquegny près de ij™ chevaulx tous fuyans. » Chronique anonyme, dans Monstrelet, t. VI, p. 3o3.

2. a Et passa Jehan Rollet à tout son estandart, au premier, encontre tout oultre la bataille dudit Duc, en alant après les fuyans. » Chronique anonyme, dans Monstrelet, t. VI, p. 3o2.

3. « Redeunt hostes de Victoria gratulantes. » Jean Germain, Liber de Virtutibus, p. 17.

4. « Quant les Ermaignacs orent pareillement rompu la bataille de devers eulx en ung aultre endroit et chassie les Bourguignons devant eux grand espasse, ils retournèrent cuidans estre victorieux : mais il trouvèrent archiet à piet en la place où ils avoient rompu lances, lesquels les descopoient et tuoient pour ce qu'ils s'embatoient à cheval tout parmi eulx. » Livre des Trahisons, p. i65.

5. a Tint le champ jusques après vespres, comme à qui demouroit la victoire du jour. » Chronique dite de Jean Raouiet, p. 181.

6. Archives de la Côte-d'Or, B 1612, fol. 120 et B 1617, fol. 124; Livre des Trahisons, p. i65.

7. Les troupes bourguignonnes, si fatiguées, passèrent trois jours à Abbeville. Puis vint l'hiver qui paralysa les opérations. Cf. Chronique anonyme, dans Monstrelet, t. V, p. 3o5.

8. Et y ot grant bataille et fut laissé Flavy tout nu entre les mors. Mais après se leva et s'en ala et il fut en sa maison. » (Arch. nat., X^» 24, P. J. lxxi.) — Cette journée prit presque immédiatement un caractère d'épopée, puisque le 9 septembre 142 1 un jongleur « chanta devant Mondit Seigneur, à tout sa viele, une chançon nouvelle de la belle journée par Mondit Seigneur obtenue à rencontre de ses ennemis à Mons en Vimeu». (LafonsdeMélicocq,

LA CARRIERE MILITAIRE f.^

Guy de Ncslc, seigneur d'Offémont, rendu à la liberté au mois de novembre* ne devait pas rester longtemps en repos : en mars 1422^ Guillaume de Flavy le suivait dans une de ses courses les plus hardies.

Le roi d*AngIelerre avait mis le siège devant la ville de Meaux au mois de septembre 142 1; ses défenseurs se riaient de lui*. Le capitaine de Meaux, le sinistre bâtard de Vaurru\ assisté de Pierron de Luppé, avaient en effet la ferme espérance d*étre bientôt secourus par les troupes dauphinoises, tandis qu'une expédition d ensemble avait été arrêtée par Jean de Luxembourg contre les partisans *,

Le 9 mars 1422, le seigneur d'Offémont tentait d'entrer dans là place avec quarante des siens''* Mais ils furent découverts, Offémont, resté le dernier sur la muraille, tomba dans le fond d'un fossé : on lui tendit en vain des lances <^, Il fut pris'. Guil-

Documents inéditSy â&xis la Picardie^ t^Sy^ t. ïll, p. 15*4-1 530— Sur les nouveUcs contradictoires qui circulèrent. Cf. Chronique d'Antonio Alorosini, commentaire par Germain Lctevrc-Ponialis, traduction par Léon Dorcx, t. U, p, 208 «Paris, 1898-1902, 4 vol. in-8 [Société de l'Histoire de Francf]\,

%, Offcmont rendit Saint-Rîquicrau mois de novembre, ainsi que ses prisonniers; la garnison sortit en bon ordre. Oro?/i^iie anonyme dans Monstre* Ict, t, V' î, p. 3o6. — Sur la reddition du Croioy, cf. Archives natioualcs X^* 1480, à ta date du 3 mars 1423-1424.

3. Quant la ville de Meaux fut premièrement assise^ ceux de dcdenB demcnoieni laiens grand fcsic ei merveilleusement se mocquoyent du roy Henry, car ï\z avoient mig asne pelle auquel ils avtûent mis une couronne et le roenolent par mocqucrie autour des murs, w Livre des TrahisonSt p* 167^

3. • Le bastard de Vauru, souverain cappitaine de la ville, lequel par sa gmnd Tyrannie et outtraigeuse mauvais^é avoit donné à nom â ung grant arbre qui cstoit hors de la ville a l'arbre de Vaurru »... car quant il avoit pris son repas, comme font nobles hommes à aller chassier ou voler, il prenait son plaisir à aller dessoubz cel arbre et faisoit illccques pendre x ou xi\ laboureurs uu marchans, une fois plus, aultre fois moins. » Livre des Trahisons, p* 167-168.

4* Chronique anonyme, dans Monstrclct, t. Vf, p, 309*

5. • Lundi Jcrrenier passe, ix* jour de ce mois, le stre d*Auffémont accompaignc de certain nombre de gens d*armes fist faire grant esfroy sur Tost dudit roy d'Angleterre, estant au siège devant la ville et cité de MeauU... et y entra xiiij hommes : et le surplus de ceulx qui y purent retourner retour* ocrent, mats ledit seigneur d^AulFcmomy demeura prisonnier, à (Arch. nat., X«* 1480, fol. 339, \^.)

Monstrchtf t. IV, p. Si.

Il obtint sa liberté en promettant fidélité ati gouvernement anglais

laume de Flavy raccompagnait et, comme nous n'avons aucune trace de sa prise, il fut, ou de ceux qui réussirent à entrer dans la ville ou à s'échapper.

Le résultat de la chute de Meaux fut la soumission de Compiègne et de tout le pays environnant^ : Guillaume de Flavy paraît avoir été à cette époque assez misérable ^.

Il se fit alors, jusqu'au soulèvement du Santerre en 1424, un grand silence dans ces régions ^. Nous retrouvons Guillaume de Flavy seulement en 1427, remplissant une mission secrète de la part du dauphin auprès de Jean I'% comte de Foix*.

Page 1