CHAPITRE DEUXIÈME
Le premier exploit de la vie militaire et aventureuse de Guillaume de Flavy fut Tescalade de la citadelle du Mont-Sainte- Catherine, à Rouen. Cet épisode, sur lequel nous n'avons qu'un témoignage unique*, se rattache à la marche du dauphin sur Rouen, en 141 7, lors de la sédition bourguignonne.
Le déploiement des troupes royales suffit d'ailleurs pour intimiderles insurgés. Le Mont-Sainte-Catherine ayant capitulé le 23 juillet, Rouen ouvrit ses portes le 29^.
Dans les premiers jours d'octobre 141 7, nous retrouvons Guillaume de Flavy au rassemblement de Corbeil.
Jean sans Peur, après avoir tourné autour de Paris et pris Montlhéry, venait de mettre le siège devant Corbeil : mais la
1. « Dit que ledit défendeur et autres se logèrent où Mont de Rouen. Guillaume de Flavy; qui estoit le chicf, se bouta dedans le chastcl de Rouen et là fut son commancemcnt et firent tant que la ville fut réduite au roy. » (Archives nationales X**, 24, P. J. lxxi.) Dans un sens défavorable à Guillaume de Flavy. Cf. la réplique de l'avocat Rapiout pour François, seigneur de Rieux, le 11 février 1435. « Et pour au secours de la ville de Rouen, dit que de ce ne doit prétendre louenge, car ne fut fait par lui, mais fut par le roy, lors estant Daulphin, et par le comte d'Aumalc, oncle de Rieux; peut être que Fla\7' y fut, mais pourtant n'en fut cause. » Archives nationales X2« 24, P. J. Lxxn. — Sur la situation du Mont-Sainte-Catherine, qui domine et couvre Rouen du côté de Paris, cf. le plan de Rouen ; dans Léon Puiseux, Etudes sur le Siège de Rouen par Henri K, roi d'Angieterre^ en I4i8'i4ig. l^fémoire5 de la Société des Antiquaires de Normandie, t. XXVI (1868).]
2. Chronique normande de Pierre Cochon, notaire apostolique à Roucn^ édition Ch. de Beaurepaire, p. 277 (Rouen, 1870, in-8). — Le roi établit une garnison de troupes étrangères; comme bailli Guillaume de Gamachcs, et pour capitaine Jacques d'Harcourt. a Après tout s'en vont au diable. » Chronique de Pierre Cochon ; Les Cronicques de Normandie d'après l'édition rarissime de Guillaume le Talleur (8 mai 1483), par A. Hellot, p. 28 (Rouen, 1888, in-8).
place, garnie d'artillerie, pouvait être ravitaillée par terre et par eau. Parmi ses défenseurs, nous savons que Guillaume de Flavy « y fist de belles vaillances^ ». Le 28 octobre, les pluies obligeaient les Bourguignons de lever le siège : ils abandonnaient leurs vivres, décimés par la maladie et grelottants ^
Par la protection de Regnault de Chartres, Guillaume de Flavy était encore envoyé à Senlis. Nous ignorons dans cette action son rôle particulier^.
Après la rentrée des Bourguignons à Paris, en mai 1418, Gu 1laume de Flavy avait, comme on Va vu, suivi le dauphin et paraît avoir pris, ainsi que Charles, son frère, une part active au soulèvement de la Picardie lors du débarquement des Anglais*,
Dès la descente de Henri V à Touques, au mois d'août 141 7 ^ des partisans s'organisèrent en effet dans cette région, et le pays de Santerre fut le théâtre de luttes acharnées.
!. Arch. nat., X2», 24, P. J. lxxi.
2. « Lequel siège ne se polt tenir long temps pour deux causes. Tune pour la saison d'ivcr qui estoit venue et pour les grandes pluies qui furent à ce lampssi merveilleuses que pluiseurs y prindrcnt de griesves maladies dont ilz moTurQnt.j> Chronique anonyme, t. VI de Monstrelet, p. 242 ; Fenin, p. 80 ; Journal d'un Bourgeois de Paris, édition Tuetcy, p. 82 [Soc. de l'Histoire de Paris]; Monstrelet, t. III, p. 226-227; Arch. nat., JJ 170, n»' 141 et 145.
3. Et aprcz ala au siège de Scnliz et Tenvoit lors ledit Monseigneur le Chancellier es bonnes besongnes. » (Arch. nat. X2a, 24, P. J. lxxi.) — Le siège de Senlis fut la suite d'une vengeance particulière du connétable d'Armagnac; il commandait en effet l'escorte de l'armée royale quand, le 4 février 141 8, elle fut attaquée par la garnison de Senlis; les capitaines refusèrent une réparation et l'entrée des troupes aux Armagnacs. Le i5 avril, la ville de Senlis assiégée devait signer un traité de reddition à terme. Mais Jean de Luxembourg ayant rassemblé les Picards, et Jean sans Peur les gens de Champagne, ils se présentèrent le 18 pour débloquer la place. La bataille, acharnée, dura jusqu'au soir. La retraite des troupes dauphinoises se fit le 19 mai, en bon ordre, après l'exécution des otages. (Bibl. nat., Collection de Bourgogne, t. LXV, p. iig et 122; Chronique anonyme dans Monstrelet, t. VI, p. 248-250 ; Fenin, p. 86-87 ; Monstrelet, t. III, p. 239; Journal d'un bourgeois de Paris, p. 86, 25o; J. Flammermont, Senlis pendant la seconde partie de la Guerre de Cent ans, p. 206-220 {Mémoires de la Société de l'Histoire de Paris, t. V).
4. « Dit que quant les Bourguongnons entrèrent en ceste ville de Paris, il s'en ala avecques le roy, qui estoit lors daulphin; et après il voult venir pour conqucster le pais dont il estoit, et Charles son frère avec lui. Et s'en alèrent en Beauvoisis pour faire guerre... » (Arch. nat., X-*, 24, P. J. lxxi.)
5. Chronique du Mont-Saint-Michel {1343-146S), édition Luce, t. I, p. 20. [Soc, des Anciens Textes.]
LA CARRIÈRE MILÎTAiRt
La famille de Flavy habitait ce pays : nous allons voir désormaîs Guillaume suivre ces petites expéditions dont Fanonyme Picard s'est fait le fidcle historien. Ces enirepriscs présentent bien naturellement des lacunes : mais comment retracer ces luttes de tous les jours, âpres et féroces, le déplacement instantané de compagnies infimes et résolues, de ces combats obscurs des gens de la terre embusqués au détour d'un chemin, errants dans les campagnes, bannis, mourants de faim, obscurs exécutés que les documents officiels nomment brigans, et dont les seules lettres de rémission nous ont conserve le fidèle et tragique aspect ^
Les Dauphinois, grossis de brigans indépendants, comme Tabari^, se faisaient plus redoutables de jour en jour-'.
Le z\ juillet 1418, les Armagnacs s'emparaient de Compîcgnc* : en août 1419, sous la conduite de Guillaume de Gamaches^ auteur de cette brillante surprise de Compiègnc, Guillaume de Flavy prenait part au rassemblement des Dauphi nois pour lever le sicgc de Saînt-Manin-le-Gaillard ''.
Une concentration dut être opérée à Péronne, par Jean de Luxembourg, sur les ordres du duc de Bourgogne, pour délivrer
I. M. Germain Lofèvre-Pontulis a traité d*une façon définitive cette quesûoti flans ^pisiïdes de Vinvasion aptgtaisc, La guart des partisans daits la f feinte NormandU^ (1424-1429). [Bibliothèque de l Ecole des chartes, depuis ':■, 473 ; t^)4t p. a>9; i^^S^ p. 433 ; 1896^ p» 5 J — - Les lettres de rcimis- .' \n scrîe des quittances et pièces diverses depuis 1417 (fn, 26042) i une «uitc de piâces qui ôtabliratent la série parullèto de ces
ti 1 Vcrncuih
7, Gcrmuia Lcfèvrc-Potnalis, la Guerre des partisans dans la Haute-Nor^ mandit, dans la BibUothèque de VEcole des chartes^ ï^94, P* 378,
3. t Et si nvotcm de leur party, cniour Paris, les viUcs et forteresses de Meaux, Meleun sur Scine^ Sens, Monscreau, Saint-Denis^ Vilteneuve te Roy^ le pont de Chitrcntoiii Compicngnc, Soîssons^ L^on, Noyon et plusieurs
V -y iU se tcnoicni si grans que il nclcurestoit mie advis que
il débouncs de leur gouvernement. 9 Chronique anonyme, u44i» MuUïUcIcï, t. \'I, p* 254*
4. • Vn c^^ i^rus villes [Compicgne et Snissons] fyrcnt les Armigoas moût r irc. et y mirent grandes garnisons de getis d'armes.
Ci es de Picardie ctos tclcmcnt que nule marchiindise ne
Je Hiccardie h Pari», ne de Paris en Piccardic. car ceulx \i :ne se espandoiciit jusques au chemin qui va de Beauvuis à
fonthoisc. « Chronique anonpHCf dans Monsirclei^ u V'I, p. 26a.
5. Krch. «a t., X"^ 24, P. J, lxxi.— Récit de cette affaire, lo i5 août selon 1« Cronicqttes de Normcndie, p. 5t, p. 3t5| n. 147 ; Fenin, p, no; Mûnitrc
,t.iii,p 5 '
la région du Santerre où Carados de Quesnes et Charles de Flavy venaient de surprendre la ville de Roye. De Lihons, Jean de Luxembourg chevaucha rapidement à Roye : les échelles des Dauphinois étaient encore sur les murs.
Charles de Flavy tint vingt-quatre jours dans cette place, au mois de novembre 141 9, mais dut se rendre. Malgré le saufconduit obtenu par les assiégés, les Dauphinois furent rejoints lâchement près de Compiègne, et massacrés presque tous par Hector de Saveuses et Jean de Huntington *.
Dès 1420, une grande partie de la noblesse de Picardie passait au service des Dauphinois et renforçait leurs rangs*: Jacques d'Harcourt ', capitaine de Saint- Valéry et du Crotoy fut Tâme de ce mouvement.
Il fit une guerre terrible aux Anglais de la Normandie, comme aux villes bourguignonnes de la Somme, avec le concours des fortins de Yaucourt et Pont-Remy*. En juillet 1421, Philippe le Bon attaquait Pont-Remy qui se rendit le 27 : il allait mettre le siège devant Saint-Riquier^.
Guillaume de Flavy se trouvait dans cette place, ayant pris part au rassemblement de Guy de Nesle, seigneur d'Offémont et dp Poton de Xaintrailles quise jetèrent dans Saint- Riquier, pour renforcer Jacques d^Harcourt^.