‹ Guillaume Raynal, historien du Canada; étude critiqueChapitre 34 sur 68 · Id., loc, cit · texte numérisé non relu

Id., loc, cit

3. C'est ainsi que les émigrants du Perche, établis, entre 1633 et 1640, autour de Québec (côte de Beaupré, île d'Orléans), contribuent puissamment, dès la troisième génération, au peuplement de la côte sud du Saint-Laurent, de Lauson à Kamouraska. — Ramkau. La France avx Colonies. Deuxième partie, note 2 du chapitre VI, p. 309.

tatives d'absorption anglaises ce bloc compact, cette résistance victorieuse?

Le tableau de la colonie doit nécessairement se compléter du portrait des colons. On sait déjà que Raynal n'est pas bien disposé en faveur des Canadiens. On ne pouvait pourtant pas s'attendre à ce qu'il les traitât avec un tel parti-pris de sévérité ^

Raynal refuse aux Français d'Amérique cette belle vertu qui fait les grands peuples, cet amour du travail auquel Jacques Bonhomme doit tous ses progrès, toutes ses victoires. Les Canadiens sont des paresseux. A la belle saison (( ils labourent superficiellement, ensemencent sans soin ». Ils consument le reste du temps dans l'inaction, au cabaret, à courir sur la neige avec des traîneaux ». Voilà pour les habitants des campagnes. Quant aux habitants des villes, c'est bien pis. Ils passent « l'hiver comme l'été dans une dissipation générale et continuelle », Raynal ne peut leur trouver de qualité. Ils sont glorieux, ils n'ont aucun goût pour les sciences, pour les arts, pour la lecture, pour l'instruction (( aucune sensibilité pour le spectacle de la nature ». Il ne leur reste qu'une vertu, le courage militaire. Encore tourne-t-elle contre l'intérêt de la colonie? La passion des armes » achève de les dégoûter des travaux champêtres ».

Il faut que tout le monde y passe. Les Canadiennes ont leur tour. Raynal veut bien leur accorder « tous les appas » avec de « la vivacité, de la gaieté ». Mais elles sont coquettes et galantes. Mais a elles sont plus heureuses d'inspirer une passion que de la sentir ». Elles « ignorent ces douces émotions de l'âme qui, seules, font le prix et le charme de la beauté ».

Les deux sexes, enfin, montrent « plus de dévotion que de vertu, plus de religion que de probité, plus d'honneur que de véritable honnêteté ». Ils sont livrés à une superstition qui

1. Edit. 1783, Neuchdtel et Genève, t. VII, liv. XVI, pp. 268-270.

affaiblit le sens moral, comme il arrive partout où l'on se persuade que les cérémonies tiennent lieu de bonnes œuvres et que les crimes s'effacent par des prières ».

A la vérité, il est difficile de défendre contre Raynal le catholicisme des Canadiens. N'est-ce pas le devoir du philosophe de dénoncer les erreurs et les excès de la superstition? En même temps, il faut reconnaître qu'il s'en acquitte avec une impartialité absolue. Il n'épargne pas plus les puritains que les papistes. Il condamne « le fanatisme qui remplit de calamités la nouvelle Angleterre ». Même, lorsque les descendants des Pilgrin)S ont renoncé à l'esprit de persécution qui « a marqué de sang toutes les sectes », il blâme encore leur rigorisme qui est « un reste d'intolérance ^

Mais sur quel témoignage peut bien se fonder Raynal quand il émet ces doutes sur la probité, la moralité des Canadiens? Bonnefons, qui a vécu dix ans en Nouvelle-France, célèbre leur franchise, leur humanité, leur hospitalité, assure que le a le crime, le meurtre n'existe pas chez eux, non plus que le vol 2 ».Murray, qui les a conquis, qui les a gouvernés, est encore plus élogieux : « Ce n'est pas seulement « la race la plus brave de la terre », c'est encore « un peuple frugal, moral, industrieux ^ ».

Quand Raynal accuse les Canadiennes d'insensibilité on se figure d'où part l'accusation. Il aura rencontré quelqu'un de ces officiers de Montcalm qui s'étonne d'avoir vu rebuter ses offres galantes par d'honnêtes bourgeoises de Québec et de Montréal. Cette vertu des Canadiennes, La Hontan s'en irritait déjà; il s'en vengeait misérablement en attribuant aux cruelles un goût déshonorant pour les hommes rouges*.

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