‹ Guillaume Raynal, historien du Canada; étude critiqueChapitre 36 sur 68 · Voir page · texte numérisé non relu

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plus grave erreur de Raynal c'est d'étendre le reproche à tous les colons. Paresseux, ces rudes bûcherons qui, sur les deux rives du Saint-Laurent, ont jeté bas la forêt vierge I Raynal a-t-il oublié qu'il s'est, par avance, réfuté? Ces champs couverts de moissons dont il vient de nous donner une si agréable description ^ qui les a défrichés, qui les labouré? Ce ne sont point les indigènes, ce ne sont point des esclaves africains. Toute cette richesse qui est si manifestement le résultat d'un effort intelligent et opiniâtre, c'est l'œuvre des colons, rien que des colons.

Raynal n'est pourtant pas un de ces censeurs intraitables que rien ne saurait satisfaire. Voire, quand il ne s'agit plus des Français, il a l'enthousiasme facile.

((De quel bonheur jouissent les habitants dans les colonies anglaises de l'Amérique septentrionale^? » Tel est le titre que, dans son édition de 1774, Raynal donne à son portrait des colons américains. Cette édition de 1774, on le verra plus loin, marque chez l'historien philosophe, la phase la plus aiguë de l'anglomanie. En 1780, il a biffé l'en-tête qui en dit si long sur la ferveur de son admiration. Il la remplace par une phrase toute simple : (( Quelles sont dans l'Amérique septentrionale, les mœurs actuelles 3? » Mais, si le titre du chapitre varie, le chapitre lui-même ne subit aucun amendement.

Et d'abord Raynal, qui s'est dispensé de répéter les appréciations flatteuses de Charlevoix sur le beau sang des Canadiens*, ne manque pas de célébrer la santé, la vigueur, la stature des ancêtres des Yankees.

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