‹ Guillaume Raynal, historien du Canada; étude critiqueChapitre 45 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le Canada sous la domination anglaise.

Variations de Raynal.

Édition de 1770. — Édition de 1774 : le gouvernement paternel des Anglais; les Canadiens tout consolés. — Édition de 1780 : Raynal bien renseigné sur les sentiments des Canadiens et sur l'état du Canada.

La première édition de V Histoire philosophique est de 1770. En 1770, il y a dix ans que le Canada a passé aux mains des Anglais, sept ans qu'ils en ont obtenu la cession par traité. Et l'on attend de l'historien qu'il nous apprenne ce qu'est devenue la Nouvelle-France sous la domination étrangère. Mais, soit qu'il n'en sache pas davantage, soit qu'il ne juge pas à propos de s'étendre sur le sujet, Raynal le traite sommairement :

« La cour de Londres a... donné au Canada, les lois anglaises autant qu'elles étaient compatibles avec un gouvernement purement royal et sans aucun mélange d'autorité populaire. Ses nouveaux sujets, rassurés contre les craintes des guerres futures, débarrassés de la défense des postes éloignés qui les arrachait à leurs habitations, privés du commerce des pelleteries qui a repris son cours naturel, ne sont plus occupés que de leurs cultures. A mesure qu'elles augmentent, leurs liaisons avec les Antilles deviennent plus vives, et bientôt elles seront considérables. Ce sera, désor-

mais, l'unique ressource d'un vaste pays où la France versait, autrefois, des sommes immenses, parce qu'elle le regardait comme le plus grand boulevard de ses îles méridionales i... »

Dans ce court paragraphe, une seule chose est exacte, et c'est un truisme. Il va de soi que le rétablissement de la paix est favorable aux Canadiens français. Mais sont-ils rassurés contre les guerres futures? Nous verrons avec quelle ardeur ils souhaitent la guerre de délivrance. Mais ont-ils renoncé à courir les bois? Pour leur compte personnel, ou de compte à demi avec les Anglais, ils continuent à poursuivre à travers le continent les animaux à fourrure. La Compagnie du Nord-Ouest^ recrutera les trois quarts de ses chasseurs, de ses chefs de poste, et, quand elle luttera, à main armée, contre la Compagnie de la baie d'Hudson, le plus grand nombre de ses soldats, parmi les Français du Saint-Laurent. Raynal n'est pas mieux inspiré quand il veut prédire ce que sera le développement économique du Canada et qu'il limite son progrès à celui de son commerce avec les Antilles. Mais le tort le plus grave de l'historien c'est de passer sous silence ce qui est le plus intéressant, c'est de n'avoir pas un mot sur l'état d'âme des annexés. Ces renseignements si incomplets, ces considérations d'une justesse si discutable, Raynal les reproduit, sans la moindre variante, dans toutes les éditions qu'il donne en 1772 et en 1773.

En 1774-, il se décide enfin à nous apprendre ce que sont devenus les Canadiens français. Il consacre, aux premières années de la domination française sur les bords du Saint- Laurent, un long et brillant morceau qu'il importe de citer de la première à la dernière ligne.

(( L'acquisition d'un territoire immense n'est pas toutefois le plus grand fruit que la Grande-Bretagne doit retirer

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