Guillaume Tell
Mais, d'abord, disons ce que la géographie et l'histoire nous apprennent de la Suisse (ou de l'Helvétie) et de ses habitants.
Les Alpes, semblables à un nœud robuste et proéminent des muscles de granit de la terre, sont une chaîne de montagnes qui s'étend sur un espace de trois cents lieues, depuis l'embouchure du Rhône vers Marseille jusqu'aux plaines de la Hongrie. Les anneaux de cette chaîne s'abaissent aux deux extrémités pour se confondre insensiblement avec la plaine ; au milieu de leur membrure, elles s'élèvent à des hauteurs inaccessibles aux pas et presque aux regards de l'homme. Leurs sommets , dentelés comme des créneaux d'une forteresse naturelle, se dessinent en blancheur éblouissante le matin, rose à midi, violette le soir, sur l'azur foncé du ciel. Ce sont les reflets plus ou moins chauds du so-
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leil sur les nappes de neige éternelle dont leurs croupes sont revêtues. Quand on les aperçoit de soixante ou quatre-vingts lieues de distance du fond des plaines de l'Italie ou de la France, elles inspirent le sentiment tiré de l'infini en hauteur, comme la mer "ou le firmament inspire le sentiment de l'infini en étendue. C'est un spectacle qui écrase le spectateur, et qui, de terreur en terreur, d'admiration en admiration, porte la pensée de l'homme jusqu'à Dieu, pour qui seul rien n'est haut, rien n'est vaste. Mais l'homme est anéanti sous l'architecture de ces montagnes, et il jette un cri. Ce cri est une confession de sa petitesse et un hymne à la grandeur de l'architecte. Voilà pour-
quoi il y a plus de piété sur la mer et sur les montagnes que dans les plaines. Le miroir de ses œuvres dans lesquelles la Divinité se peint étant plus grand, la Divinité s'y retrace et s'y révèle mieux.
Du côté qui regarde le midi ou l'Italie, les pentes de ces montagnes sont escarpées et abruptes comme un rempart élevé pour abriter cette tiède contrée, jardin de l'Europe. Du côté du nord, c'est-à-dire du côté de la France, de la Savoie, de l'Allemagne, les Alpes descendent des profondeurs du firmament au niveau des lacs et des plaines par
de plus douces déclivités. On dirait un immense escalier dont le Créateur a proportionné les degrés aux pas de l'homme. Aussitôt que l'on quitte la région inaccessible des neiges, des frimas, des glaces éternelles qui forment les dômes du mont Blanc, de la Jung-Frau, les pentes s'amollissent, les racines de ces sommets gigantesques semblent gonfler le sol qui les cache; elles se revêtent de terre végétale, de gazons, d'arbustes, de fleurs , de pâturages humectés par l'incessante filtration de la sueur des glaciers qui fument aux premiers soleils. Elles divergent largement de tous les côtés en s'abaissant de plus en plus comme des contre-forts qui vont chercher leur point d'appui bien bas et bien
loin, pour porter le poids incalculable qui pèse sur elles. Elles dessinent et creusent ainsi entre elles des ravins qui deviennent bientôt des gorges, puis des bassins, puis des plaines plus largement encaissées, au fond desquelles on voit d'en haut s'étendre, dormir et étinceler des lacs, dont s'échappent ensuite des fleuves écumants, pour aller chercher encore des niveaux plus bas. Sur les flancs de ces Alpes décroissantes on rencontre çà et là des chalets ou maisons isolées, espèces de tentes en bois, bâties seulement pour la saison d'été, oii les pasteurs, pour suivre leurs troupeaux, montent avec le printemps et d'où ils redescendent avec l'automne. En avançant davantage, on trouve des villages
groupés au pied de quelques cascades et abrités des avalanches par des forêts de sapins. Les maisons de ces villages sont construites en solives et en planches de ce même arbre qui les protège contre l'écroulement des neiges. Ces maisons, couvertes par un toit de bois, qui déborde comme les ailes d'un chapeau pour garantir le visage de la pluie, semblent taillées et ciselées au couteau avec un art patient et curieux, comme ces jouets de bois blanc que les bergers façonnent pour les enfants en gardant leurs vaches. Des degrés extérieurs ornés de rampes en arabesques montent du pavé à l'étage supérieur. Des portes surmontées de niches creuses, oii reposent des statues de vierges, de héros,
de saints, donnent entrée aux chambres hautes. Des fenêtres en treillis, où les vitraux en losange sont incrustés dans des châssis de plomb, les éclairent. De longues galeries à balustrades gothiques circulent en plein air autour de la maison, comme une ceinture festonnée autour de la taille d'une fiancée. Des tiges de maïs ou des épis de plantes nourricières suspendues au toit par les racines pendent sur la galerie extérieure et lui font un plafond de mosaïques colorées. On voit briller à travers les vitraux de la cuisine les reflets d'un large foyer qui flambe toujours. Des branches et des éclats de sapin artistement fendus et rangés sous la galerie, signe
d'opulence, forment un bûcher préparé pour
l'hiver. A côté de ce bûcher s'ouvrent les portes à deux battants de longues et larges étables planchéiées de dalles de sapin lavé et luisant comme la table d'une ménagère attentive. Une haleine tiède et parfumée de l'odeur des génisses sort de ces portes, avec de tristes gémissements de jeunes taureaux qui appellent les mères absentes. Un pont de bois mobile et retentissant, jeté sur l'entrée de ces étables, conduit, par une pente allongée et douce, les chars de foin de la cour an grenier à fourrage. L'herbe sèche et la paille jaunie sortent par toutes les fenêtres de ce magasin végétal, comme la graisse de la terre qui fait éclater le grenier de l'homme. On sent l'opulence dans la simplicité. Au milieu
(le la cour, un tronc creux de sapin laisse égoutter par un tuyau de fer l'eau de la colline dans une auge immense, de sapin aussi, où viennent s'abreuver les bœufs.
De quelque côté qu'on porte le regard sur les flancs de l'Alpe, sur les collines rapprochées, sur la pente du glacier, sur le toit de la demeure, sur les murailles de la maison, sur le bûcher, sur l'étable, sur la fontaine, on ne voit que le sapin vivant ou mort. Le Suisse et le sapin sont frères. On dirait que la Providence a attaché ainsi à chaque race d'homme un arbre qui la suit ou qu'elle suit dans sa pérégrination terrestre, un arbre qui la nourrit, qui la chauffe, qui l'abreuve, qui l'abrite, qui la groupe sous ses rameaux, qui
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tait partie de la famille humaine, un arbre domestique, véritable dieu lare de son foyer : ainsi le mûrier en Chine, le dattier en Afrique, le figuier en Judée, le chêne dans les
Gaules, l'oranger en Italie, la vigne en Espagne et en Bourgogne, le sapin en Suisse, le palmier en i)céanie. Le végétal et l'homme se tiennent par d'invisibles rapports. Anéantissez l'arbre, l'homme périt.
Après avoir traversé ces villages des penchants des Alpes, les villes vous apparaissent au loin sur des promontoires avancés ou dans des anses creuses au bord des grands lacs. Vous les reconnaissez à leurs murailles sombres, à leurs toits aigus, à leurs boules d'étain qui reflètent un soleil terne au sommet de leurs cathédrales ou de leurs hôtels
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de ville, à leur essaim de voiles blanches qui se pressent à la sortie ou à l'embouchure de leurs petits ports, sur les eaux bleues de leur lac, comme des mouettes que la nuit chasse à recueil. Ces villes, à l'exception de Genève, ville plutôt anséatique qu'helvétique, sorte d'hôtellerie de l'univers dans cette vallée de Cachemire de l'Occident, sont de médiocre étendue et ne présentent point au voyageur ces monuments, luxe des grands peuples.
Municipalités plutôt que capitales, ces villes sont des débris d'une féodalité morte ou des membres de fédérations pastorales, à qui la nature du pays et la modicité des peuplades ne permettent pas de grandir et d'absorber d'autres cantons. On y est frappé seulement
tlu caractère majestueux, simple et patriarcal de la race humaine. Les hommes y sont de haute stature, de forte charpente, de solide aplomh sur leurs pieds, de visage calme, de regard franc, de houche sans pli et sans ruse, de front large, élevé, poli, mais sans avoir ces proéminences et ces sillons que l'activité de la pensée élève ou creuse sur les fronts des races à vive intelligence.
Les femmes, à la taille élancée, aux épaules larges, aux bras souples, aux jambes élastiques, aux cheveux bronzés, aux yeux bleus, au teint salubre, aux joues ovales, aux lèvres arquées, au timbre de voix sonore et tendre, y ressemblent à des statues grecques transportées sur un piédestal de neige et vivi-
fiées par Tair frissonnant des montagnes. Un mélange harmonieux de majesté virile et de pudeur féminine compose leur physionomie. On sent, à leur aspect et à leur familiarité toujours décente avec les étrangers, qu'elles habitent une contrée froide et chaste où elles n'ont point à se défier de leur propre cœur. Leur innocence les garde. Leur costume relève sans danger leur beauté. Des tresses de cheveux enroulés de rubans de velours noir flottent des deux côtés de leur cou jusque sur leurs talons; une calotte de feutre ou de paille couvre le sommet de leur tôte; un corsage étroit, de laine teinte, serre leur taille; une chemise à mille plis plus blancs que la neige ' voile leur sein ; un
jupon de laine à larges cannelures laisse leurs jambes demi-nues jusqu'au-dessus des chevilles du pied. Soit qu'elles étendent la litière sur le plancher des étables, soit qu'elles portent dans chaque main des seaux d'érable écumants du lait gras de leurs vaches; soit qu'elles fanent avec de longs râteaux à dents de bois l'herbe fauchée sur les prés en pente au bord des sapins, au vent de leurs cascades, leurs travaux ressemblent à des fêtes. Elles répondent d'une colline à l'autre, par-dessus le lit du torrent^ aux chants des jeunes faucheurs par des airs nationaux. Ces airs ressemblent à des cris modulés échappés d'une surabondance do vie et de joie. Leurs dernières vibrations
se prolongent comme de l'écho des montagnes. Les musiciens les notent sans pouvoir jamais les imiter. Ils ne naissent que sur les vagues des lacs ou sur les pelouses des Alpes. La nature ne se laisse pas contrefaire par l'art. Pour chanter ainsi, il faut avoir recueilli en naissant dans son oreille le clapotement du flot contre la planche de la barque sur les lacs, le tintement de l'eau goutte à goutte dans l'auge sonore, les mélancolies du vent tamisé par les feuilles dentelées du sapin, les mugissements des génisses qui appellent leurs petits sur les hauteurs, les clochettes graves ou aiguës qui sonnent à leur cou dans l'herbe, les cris de joie des enfants qui se roulent au soleil sur les meu-
les de foin sous les yeux des mères, le chuchotement des îiancés qui marchent en se tenant par la main devant les vieillards et en se parlant du bonheur futur, les adieux du jeune soldat qui part de ses montagnes pour la longue absence en jetant son cœur en sanglots sur la route, ou le cri de joie du soldat revenu du service étranger au sommet du dernier chalet d'où il revoit le clocher de son village. On appelle ces chants des Ranz. Les fils et les filles des Alpes pleurent et languissent quand ils les entendent, par hasard, loin de leur pays, il y a pour eux mille apparitions dans un seul son de voix. Ainsi est fait leur cœur, et ainsi est construit le cœur de l'homme. Une voix lui rappelle
une mémoire,un moment lui repeint toute une vie, une larme lui monte aux yeux, et dans cette larme se retrace tout un univers. Plus l'homme est simple, plus il a en lui de ces retours vers Finfini. Il en est du cœur humain comme d'un édifice : plus il est vide, plus il retentit.
Le caractère national de ce peuple est resté antique dans nos jours modernes. Le Suisse est un paysan éternel : il est pieux, il est naïf, il est laborieux, il est berger, il est cultivateur, il est patriote, il est soldat, il est artisan, il est libre surtout, il ne marchande pas sa vie contre la servitude. La petitesse de sa patrie a fait pour lui du canton une
famille. Il n'a aucune ambition de conquête, mais il redoute toujours d'être conquis. Cette ombrageuse jalousie de l'usurpation d'un canton sur l'autre lui permet à peine de s'allier imparfaitement avec les autres groupes de même nation dans une confédération incomplète où manque l'unité, et, par conséquent, la force. Un roi lui paraîtrait un tyran; une république même trop concentrée et trop impérieuse pour les citoyens lui serait insupportable. Le pouvoir municipal est le seul quïl puisse tolérer. Il veut se gouverner par des mœurs et non par des lois. Ses usages sont presque sa seule législation. C'est un gouvernement par village, et presque par famille. Son républica-
nisme n'est pas national, il est individuel : de là sa liberté, mais de là aussi sa faiblesse. S'il n'était pas défendu par la nature et par la stérilité de sa patrie, il y a longtemps qu'il n'existerait plus. Plaise au ciel qu'il existe longtemps comme le souvenir vivant d'un peuple primitif au cœur des vieilles civilisations de l'Europe, comme une race neutre entre les races qui se combattent au pied de ses Alpes, comme un asile ouvert tour à tour aux proscrits de toutes les révolutions et de toutes les contre-révolutions des peuples de l'Occident î
Ses vertus ne sont ternies que par un vice, vice naturel aux peuples pauvres : la cupidité. L'avarice lui rétrécit la main et le cœur.
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Il vend tout, même son propre sang, pour rapporter un peu d'or dans son pays, qui n'en produit point. Naturellement brave et fidèle, il trafique de ses enfants, qu'il loue, pour un vil salaire, aux princes ou aux nations qui veulent le payer. Indifférent à la cause pour laquelle il s'engage jusqu'à la mort, il est le mercenaire des cours ou des camps. Il a fait de la guerre, qui ne doit être qu'un dévouement, un métier. Il tue ou il se fait tuer pour une solde. Libre chez lui, il prête chez les autres son bras aux souverains pour subjuguer les peuples. Le temps de son service fini, il passe à un autre service avec l'impassibilité de ces gladiateurs du cirque ou de ces éléphants dressés pour la
guerre, qui combattaient tour à tour avec la même vaillance pour les Perses ou pour les Romains.
Les vallées hautes des Alpes, inondées de torrents, de lacs et de marais, ombragées de ténébreuses forêts peuplées d'ours et de bêtes fauves, furent les dernières conquêtes de l'homme de l'Occident sur la stérilité et sur le désert. A l'époque des grandes migrations d'hommes du Nord, sortant comme des essaims des plaines de la Tartarie pour
inonder l'Europe et refoulant devant elles des populations déjà domiciliées, des colonies fugitives de Gimbres et surtout de Suédois, race déjà endurcie aux frimas du pôle, furent, dit-on, attirées dans ces hautes vallées par l'analogie de sites, de forêts, de sapins, de lacs, de torrents et de neige, qui leur rappelaient leur propre pays. La taille élevée, la chevelure blonde, l'azur des yeux, la blancheur du teint, la majesté calme de l'attitude dans les Suisses des petits cantons, la similitude même des noms de races et des noms de lieux, attestent cette parenté lointaine avec les Suédois. Ces Barbares avaient apporté avec eux leurs idolâtries boréales. Des missionnaires ermites, venus de la Gaule
et de l'Italie, y semèrent le christianisme. Ce peuple, simple et naïf, était accessible par l'imagination au prestige des miracles. Sa sobriété, sa chasteté, sa piété naturelle, sa vie toujours en lutte avec les éléments, force visible de Dieu, le prédisposaient également aux vertus de la nouvelle doctrine, L'Évangile conquit facilement sa foi et son cœur. Ces vertes thébaïdes se remplirent, comme les thébaïdes d'Egypte, de chapelles, d'ermites, de monastères, objets de la vénération de ces peuplades gouvernés par leurs croyances plutôt que par leurs lois. Bientôt les Francs et les Germains, dont on retrouve également les filiations en Suisse, débordèrent des Gaules et de l'Allemagne dans ces
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vallées. Leurs chefs y construisirent des châteaux forts, y assujettirent les paysans, y fondèrent de petits États, indépendants les uns des autres et souvent en guerre entre eux. Ces États, duchés, comtés, baronnies, fiefs, étaient bornés par un glacier, un lac, un précipice, une montagne, régime féodal né du régime patriarcal qui régissait les tribus quand ces tribus étaient encore errantes. Le seigneur féodal n'était qu'un patriarche dont la tente était devenue un château fortifié,
Gharlemagne, qui avait étendu sa main sur tout l'Occident, incorpora toutes ces seigneuries et toutes ces villes de FHelvétie à l'empire d'Allemagne. L'empereur d'Aile-
magne devint le suzerain de l'Helvétie. Les villes se placèrent sous sa protection pour se préserver de nouvelles invasions des barbares et surtout des Hongrois, qui empiétaient sur leurs vallées. Elles se construisirent des remparts et des citadelles ; elles astreignirent leurs habitants à être tout à la fois citoyens et hommes d'armes ; elles devinrent des cités indépendantes, rivales des seigneurs et des abbés qui jusque-là régnaient seuls sur les paysans. L'empereur d'Allemagne entretenait en Suisse un viceroi sous le nom de bailli, qui faisait justice de tous et qui tyrannisait également en son nom les villes, les couvents, les châteaux. Les comtes de Hapsbourg, famille puis-
santé clu canton d'Argovie, les comtes de Happerschwyl, dominateurs du lac de Zurich ; les comtes de Toggembourg, rivaux de ces deux maisons, inexpugnables dans leur château de Fischingen, et plusieurs autres familles puissantes, se disputaient la domination de ces groupes de montagnes, de ces lacs et de ces vallées. Leur subordination toute nominale à l'empire d'Allemagne n'a- Tait de sanction que leur intérêt. Leurs lois n'étaient que leurs caprices. C'étaient les trente tyrans d'Athènes héréditaires et disséminés dans autant de citadelles, à l'emiouchure de toutes les vallées. Leurs mœurs étaient sauvages comme leurs sites. Leurs traditions sont pleines de sang. Celles des
comtes de Toggembourg attestent le féroce arbitraire de leurs justices. Leur château, construit au sommet d'un rocher sur le lac, était un asile inaccessible à leurs ennemis. Un des seigneurs de cette maison, nommé Henri de Toggembourg , avait épousé une tomme nommée Ida, dont la beauté était la merveille de la Suisse. Le comte était aussi jaloux qu'amoureux de sa belle épouse. Un hasard vint donner un corps apparent à cette ombre de la jalousie, qui obscurcissait son bonheur. Un jour que la comtesse Ida contemplait par une fenêtre de sa tour le lac et les vallées qui s'étendaient sous ses yeux, elle laissa par distraction rouler sur la tablette de la fenêtre sa bague nuptiale qui
avait glissé de son ^oigt. Elle se retira sans s'apercevoir qu'elle avait oublié son anneau. Une corneille, en volant autour des créneaux, vit briller la bague sous un rayon de soleil. Attirée, comme tous les oiseaux, par l'éclat de l'or, la corneille s'abattit sur la tour, et, passant son cou à travers les barreaux, emporta la bague dans son bec à son nid, puis, s'apercevant que l'or ne valait pas pour ses petits un ver de terre , repoussa l'anneau par-dessus le bord de son nid et le laissa retomber sur la plage. Un page du château, en chassant quelques jours après, trouva la bague, et, ne sachant à qui la rendre, la mit à son doigt sans penser à mal. Le comte Henri, ayant vu la bague au doigt
de son page, ne douta pas qu'elle ne fût un don de sa femme à son complice et le témoignage d'un criminel amour. Sans écouter un autre conseil que celui de la vengeance, il fit attacher le jeune page à la queue d'un cheval indompté, qui sema dans sa course ses membres à travers les rochers; puis, soulevant sa femme innocente dans ses bras, il la précipita du haut des créneaux dans l'abîme. Le précipice ne voulut pas de la victime. Les flancs du roc, tapissés de quelques arbustes épineux, retinrent la belle Ida suspendue par ses vêtements et par ses longs cheveux au bord de l'abîme. Elle s'évada à la faveur des ombres de la nuit et alla demander asile au couvent de Fischingen. Son
innocence, reconnue trop tard, ramena son mari à ses pieds ; mais, en lui pardonnant, elle refusa de redevenir son épouse. Elle acheva sa vie dans une cellule du monastère, priant pour lui et pour le page immolé si cruellement à un soupçon.
Telles étaient les mœurs de ces chevaliers barbares , qui tyrannisaient alors la basse Helvétie. Mais l'élévation et l'âpreté des sites avaient conservé la liberté de quelques familles de paysans établis au fond du lac des Quatre-Gantons, à Schwytz, à Uri, à Underwald. Défendus du côté du nord par les flots orageux des lacs, du côté du midi par des
pics et des glaciers infranchissables, du côté de l'Allemagne par des précipices et des forêts, ces montagnards ne reconnaissaient d'autre protectorat que celui de l'empereur. Ils se gouvernaient en république. Leur liberté faisait enyie aux habitants des vallées inférieures, assujetties à mille petits tyrans. La ville de Zurich, et d'autres villes rapprochées, comme Lucerne, se liguaient de temps en temps avec eux pour se soustraire au joug des seigneurs et des alliés.
Le comte Rodolphe de Hapsbourg, étant monté par l'élection au trône impérial, se souvint qu'il était Suisse et protégea d'abord contre l'oppression ses anciens compatriotes. Mais son fils Albert d'Autriche, jaloux du
reste d'indépendance que les neiges et les rochers laissaient à la haute Helvétie, entreprit de les subjuguer et de passer jusque sur ces humbles villages le niveau de la servitude. Les peuples de Schwytz, d'Uri et d'Underwald se confédérèrent pour se garantir mutuellement leurs mœurs, leurs lois, leurs libertés. N'ayant pu les séduire par des négociations et des caresses, il envoya résider au milieu de leurs montagnes des lieutenants ou des proconsuls soutenus par ses armes et chargés de leur faire sentir le poids de sa colère et la honte de son joug. Ces proconsuls portaient le titre de baillis de l'empereur; ils exerçaient sur ces contrées la plus illimitée des tyrannies, la tyrannie dé-
léguée et lointaine. Le pays gémissait sous leurs caprices et sous leurs violences, sans que l'empereur même, leur ennemi, pût entendre son gémissement. Ils pillaient les biens, ils enchaînaient les hommes, ils enlevaient les femmes, ils déshonoraient les filles. Les crimes qui firent chasser les Tarquins de Rome soulevaient impunément le cri public de ces malheureux peuples. Maîtres, par eux-mêmes ou par les seigneurs du parti de l'Autriche, des ports, des lacs, des débouchés, des vallées et des châteaux qui dominaient le pays, les baillis ne redoutaient rien de cette indignation sourde des paysans; les cœurs leur échappaient, mais la terre et les bras étaient enchaînés. Le plus cruel et
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le plus insolent de ces proconsuls de Tempire était le bailli Gessler, un de ces hommes contempteurs des hommes qui rendent Toppression si intolérable qu'ils contraignent les fers même à éclater sous leurs mains. Toutes les montagnes retentissaient de ses crimes contre l'honneur des femmes et contre la vie des paysans ; son nom était la terreur, le scandale et l'humiliation des campagnes. Il ne déguisait ni sa haine ni son mépris pour ce peuple esclave. Sa présence dans un village était un fléau pour les habitants. Toute ombre de bien-être ou de supériorité dans une famille était à ses yeux une insolence de la liberté.
Un jour qu'il parcourait le canton de Schwytz avec son escorte d'hommes armés, il aperçut une nouvelle maison construite avec un certain luxe rustique par un père de famille nommé Werner Stauffacher.
« N'est-il pas honteux, s'écria-t-il en s'adressant à ses courtisans, que de misérables serfs bâtissent de pareilles maisons, quand
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des huttes seraient trop bonnes pour eux?
— Laissez-la construire, lui répondit son écuyer; quand elle sera achevée, nous ferons sculpter sur la porte les armes de l'empereur, et nous verrons si celui qui la bâtit sera assez hardi pour nous la disputer.
— Tu as raison, répondit Gessler.
Et il continua sa route en riant du piège tendu au paysan par son conseiller.
Or la femme de Stauffacher était sur sa porte pendant que Gessler passait devant la maison, et elle avait entendu l'entretien du bailli et de Técuyer. Elle trembla et renvoya les ouvriers avant la fin du jour, de peur d'offenser le tyran en continuant de bâtir une demeure qui provoquait sa colère.
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Le soir, quand son mari absent rentra au village, il demanda à sa femme pourquoi les ouvriers ne travaillaient plus.
(( Parce qu'une hutte suffit à des serfs comme nous, répondit-elle en faisant allusion aux paroles de Gessler. »
Stauffacîier s'assit tristement et demanda à souper : sa femme ne lui servit que du
pain et de l'eau. Il demanda s'il n'y avait plus ni chamois dans les montagnes ni poisson dans le lac :
(( Le pain et l'eau, lui dit sa femme, ne sont-ils pas assez bons pour des serfs ? »
Il mangea sans murmurer, en reconnaissant la vérité de cette parabole. La nuit venue, il voulut dormir dans le lit conjugal à côté de la femme qu'il aimait : elle se refusa à dormir sur la même couche.
« Pourquoi lui dit-il, t'éloignes-tu de celui que le ciel t'a donné pour mari ?
— Parce que des misérables serfs comme nous ne doivent pas donner la vie à des esclaves plus malheureux encore que nous ne le sommes. »
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Elle rapporta alors à son mari les paroles qu'elle avait entendues entre Gessler et sa suite. Stauffacher indigné se leva, prit en silence son épée suspendue à la muraille, descendit vers le bord du lac des Quatre- Gantons, se jeta dans une barque de pêcheur, traversa l'eau, et arriva avant la fin de la nuit au village d'Attinghausen, à la porte de son beau-père, nommé Walter Furst.
Walter Furst, avant d'interroger son gendre, fit servir devant lui, suivant la coutume patriarcale, du vin et de la viande, toujours prêts pour les hôtes. Stauffacher repoussa de la main le vin et les mets :
(( J'ai fait vœu, dit-il à son beau-père, de ne plus boire de vin et de ne pas approcher de
chair de mes lèvres tant que nous serons serfs ! »
Le beau-père et le gendre s'assirent, et causèrent à voix basse des outrages de leurs tyrans et des indignations de leurs cœurs. Ils cherchèrent dans leur mémoire quels étaient ceux de leurs concitoyens qui avaient subi de Gessler les plus impardonnables sévices et que la vengeance , couvant dans leur âme, devait animer le plus à la liberté. Ils se souvinrent d'un jeune paysan nommé Melchtal. Un jour que ce laboureur avait attelé à sa charrue deux beaux bœufs, la richesse, la force et la gloire de ses attelages, et qu'il traçait un sillon dans son champ en admirant la vigueur de leurs jarrets et le
lustre de leur poil, un officier du bailli vint à passer : il vit les bœufs d'un œil d'envie, les déclara trop beaux pour un serf, et , coupant leurs traits du tranchant de son couteau, se disposa à délier le joug pour les emmener à son maître. Le jeune paysan désespéré brisa une branche de sapin sur la lisière du champ , et , en défendant ses bœufs, il cassa le bras du ravisseur. Après un tel crime, il n'y avait plus qu'à fuir la vengeance des baillis. Melchtal errait dans les forêts voisines, nourri en secret par la pitié des paysans. Il parut à Furst et à Stauffacher un complice donné par la persécution. Ils allèrent le chercher dans sa retraite et lui confièrent le complot que le
désespoir venait de faire éclore dans leur nuit. Chacun d'eux habitait un canton différent : l'un Schwytz, l'autre Uri, le troisième Unterwald. Ils connaissaient tous les hommes de leur canton les plus outragés, les plus intrépides et les plus implacables ; ils en choisirent chacun dix et s'engagèrent à les amener, dans une nuit convenue, au rendez-vous du Grutli , pour y concerter l'insurrection et pour y prêter le serment de la liberté ou de la mort.
Le Grutli, petit promontoire avancé de la montagne, entouré de trois côtés par les flots du lac et ombragé par des bouquets de sapins, était un site admirablement choisi par les conjurés pour le conseil nocturne d'une conjuration. Une sentinelle , placée au nœud de la presqu'île avec le continent, pouvait les garantir de toutes surprise en
les avertissant à l'approche des espions de Gessler; et, s'ils étaient surpris, leurs barques, cachées dans l'ombre du rivage, pouvaient, en quelques coups de rames, les soustraire aux poursuites des soldats.
La nuit du 17 novembre 1307, les trente conjurés, descendus un à un de leurs montagnes ou traversant le lac dans leurs barques de pêcheurs, se rencontrèrent, comme il avait été convenu, sur le promontoire du Grutli. Le ciel et la terre, les étoiles et les flots furent leurs témoins. Jamais conspiration plus légitime et plus sainte n'avait at-
testé ces témoins de Dieu dans les chefsd'œuvre de sa création. C'était la nature conspirant innocente devant la nature, c'était le cœur humain, révélé dans ses instincts les plus inaliénables, se disant dans quelques hommes simples :
(( Je suis aussi une œuvre de Dieu, et, en revendiquant ma liberté, c'est Dieu aussi que je revendique et que je défends dans son plus sublime attribut, le don de la liberté ravie par des tyrans à sa créature ! »
Ces hommes rustiques ne se firent point de vaines harangues. La nature parlait le même langage en eux : quelques mots brefs et à voix basse, quelques gestes significatifs, quelques mains serrées dans des mains
rudes, furent toute leur éloquence. Ils venaient pour se prêter serment les uns aux autres, non pour s'animer par des discours. Qu'auraient-ils dit qui valût cette rencontre préméditée de tant d'opprimés saignant dans leur liberté, dans leur dignité, dans leur amour; cette nuit suprême couvant sous son ombre la résurrection d'un peuple ; ces montagnes, ces astres, ces rochers, ces flots, et le lendemain, ces glaives tirés pour la plus sainte des causes? Démosthène, Gicéron, Gatilina, Mirabeau auraient été écrasés par une pareille tribune. Quand le sentiment est inné, profond, enraciné, la parole n'ajoute rien à la conviction. Le silence est la harangue des complots qui ne sont ni les
complots de la politique ni les complots du crime, mais les complots de la nature : ce fut l'éloquence du Grutli.
ii Nous jurons, dirent en étendant la main Walter Furst, Stauffacher, Melchtal, Werner, nous jurons, en présence de Dieu, devant qui les rois et les peuples sont égaux, de vivre et de mourir pour nos frères ; d'entreprendre et de soulever tout en commun ; de ne plus souffrir, mais de ne pas commettre nous-mêmes d'injustice; de respecter les droits et les propriétés du comte de Hap- «bourg; de ne faire aucun mal aux baillis impériaux, mais de mettre un terme à leur tyrannie ! »
Le jour de l'insurrection fut fixé au 1" jan-
\ier suivant , 1308. Les traditions suissesparlent de trois sources qui jaillirent miraculeusement, à ces mots, sous les pieds des trois chefs de la confédération du Grutli et qui coulent encore. Mais la tradition ici rapetisse l'événement : le miracle fut dans le cœur de ces trente hommes d'où jaillit la liberté helvétique, et non dans le sable foulé sous leurs pas.
Le lendemain , un nouvel attentat d'un seigneur, protégé par les baillis, sema l'horreur dans les trois cantons. Ce seigneur avait été ébloui de la beauté de la femme d'un serf de ses domaines. En l'absence du mari, il entra dans la maison, ordonna insolemment à la femme de lui préparer un bain et lui fit des propositions honteuses.
La femme chaste s'évada et se réfugia dans la forêt où travaillait son mari, en lui racontant l'outrage. Le mari partit avec sa hache, entra dans sa maison, trouva le ty~ ran dans le bain, lui fendit la tête, et s'enfuit dans les bois avec sa femme. Un cri d'indignation monta du fond des vallées jusqu'aux cimes des Alpes. Nul ne crut plus posséder en sûreté le plus cher des biens, la chasteté des épouses. La conspiration des trente héros du Grutli eut des contplices dans tous les maris et dans tous les frères. Cependant le cœur de ce peuple ne débordait pas encore. Un dernier outrage fit déborder celui des pères, des mères, des enfants ; on eût dit que la tyrannie des bail-
lis voulait accumuler contre elle tous les ressentiments de la nature à la fois.
Ici apparaît pour la première fois dans la libération de son pays Guillaume Tell.
Les sourds murmures qui s'élevaient des villages et des chaumières contre les sévices du bailli Gessler, loin d'amortir l'oppression de ce gouverneur, l'avaient irrité. Il voulait dompter par la force les premiers symptômes de révolte qui se lisaient sur les visages des paysans; il portait défi à la patience du peu-
pie; il inventait un crime afin d'avoir des coupables à frapper. Il fit planter sur la place publique du bourg d'Altorf un sapin, au sommet duquel il ordonna de placer son chapeau couronné de la couronne d'Autriche. Il enjoignit à tous les paysans ou bourgeois qui passeraient devant ce signe de la souveraineté de l'empereur de se découvrir la tète et de saluer le chapeau. Ses gardes, postés au pied de l'arbre sur la place, devaient enchaîner tous ceux qui se déclareraient rebelles en refusant cet hommage servile au chapeau du gouverneur. La masse obéissante se plia à ce caprice de la tyrannie par mépris ou par terreur du tyran. Un seul résista : c'était un simple paysan d'Uri,
pêcheur du lac et chasseur de chamois, nommé Guillaume Tell.
On ne connaissait de lui jusqu'à ce jour que son intrépidité à naviguer sur les flots par les plus fortes tempêtes, et son adresse comme archer à frapper le but avec la flèche de son arbalète. On le croyait si étranger aux impressions politiques qui agitaient le pays, qu'on ne l'avait pas même convié parmi les trente au rendez-vous du Grutli. Il ne prenait sa conspiration à lui que dans sa conscience et dans son cœur. L'acte de se découvrir et de s'incliner devant un objet matériel, qui semblait transposer la divinité de Dieu dans un homme, lui avait paru un signe d'adoration interdit à un chrétien qui
6e GUILLAUME TELL
ne doit adorer que Dieu. Les gardes du gouverneur l'avaient désarmé, arrêté et attaché avec des cordes au tronc du sapin qui portait le chapeau. Gessler, averti, était heureux d'avoir trouvé un coupable pour frapper en lui toute la race des paysans. Il accourut, suivi d'une nombreuse escorte, à Altorf.
Mais ici l'histoire de la Suisse, embarrassée par des traditions trop vagues et trop diverses, laisse achever le récit à la poésie, seule capable d'immortaliser ces grandes scènes primitives de la naissance des peuples libres. Voici comment le grand poëte del' Allemagne et de la Suisse raconte, d'après les s ouvenirs des Alpes, la scène simple et terrible entre Guillaume Tell et le tyran :
La scène est dans une prairie, devant le village d'Altorf. Au milieu de la prairie s'élève la perche couronnée du chapeau du gouverneur. Les archers de Gessler entourent la perche. Le peuple d'Altorf et des environs est répandu çà et là, par groupes consternés, autour de la prairie. La chaîne neigeuse des Alpes du Bannberg s'élève au
fond, dans un ciel pur, comme un reproche de la nature à la tyrannie qui veut enchaîner la terre libre. Les gardes s'entretiennent entre eux à voix basse.
FRIESSHARDT et LEUTHOLD , montant la garde.
FRIESSHARDT.
Nous attendons en vain, personne ne passera par ici pour faire sa révérence au chapeau. Il y avait cependant tant de monde ici qu'on eût dit une foire ; mais, depuis que cet épouvantail est suspendu à cette perche, la prairie est devenue déserte.
LEUTHOLD.
Nous ne voyons que des misérables qui
viennent ici tirer leur bonnet déguenillé; mais tous les honnêtes gens aiment mieux faire un long détour que de se courber devant ce chapeau.
FRIESSIIARDT.
Il faut qu'ils passent à midi sur cette place, quand ils sortiront de la maison de Yille. Je croyais faire une bonne prise, car aucun ne songeait à saluer le chapeau. Le curé, qui revenait de voir un malade, s'en aperçoit et se place avec le saint sacrement juste au pied de cette perche; le sacristain agite sa sonnette ; tous tombent à genoux, et moi avec eux. Mais c'est le saint sacrement qu'ils ont salué, et non pas le chapeau.
LEUTHOLD.
Écoute, camarade, je commence à trouver que nous sommes comme un carcan devant ce chapeau. C'est pourtant une honte pour un homme d'armes que d'être en faction sous un chapeau vide, et chaque honnête homme doit nous mépriser. Faire la révérence à un chapeau ! il faut avouer que c'est une extravagante fantaisie.
FRIESSHARDT.
Pourquoi pas à un chapeau ? tu la fais bien
à des cerveaux vides. (Hildegarde, MathUde, Elisabeth arrivent avec leurs enfants et tournent autour du mât.)
LEUTHOLD.
Tu es un coquin si zélé ! tu ferais volontiers du mal à ces braves gens! Pour moi^
salue qui voudra ce chapeau, je ferme les yeux et je ne vois rien.
MATHILDK,
Mes enfants, c'est le chapeau du gouverneur, montrez-lui du respect.