LIVRE IV. 6i
temps précieux qu'il &ut employer. Gemmi est en Underwald , peu d'heures doivent lui suffire pour se rendre auprès de mon fils. Je connais Melctal; dès cette nuit mêmCi Melctal, suivi de tous ses amis, va prendre la route d'Altorf. Il arrivera demain au matin , il tentera tout pour sauver Guillaume. Mais le peu d^amis qu'il doit amener ne peut suffire à ce grand projet. J'en ai quelques-uns dans la ville j je vais réveiller leur courage , les exciter, les encoorager. Ils me conduiront sur la place ; ils me conduiront au milieu du peuple aux. premiers rayons du soleil. Là, je parlerai; là , je montrerai les blessures encore récentes que j'ai reçues de Gésier ; je montrerai la place de mes yeux arrachés par ses mains féroces. Mon grand âge, mes cheveux blancs, mon visage défiguré , mon sang qui souille encore mes habits, les pleurs de cette faibk enfant, tout aidera mon éloquence : je l'espère , j'en suis certain , le peuple ému voudra me venger ; le peuple grossira la foule des amis que j'aurai assemblés. Mon fils et le vôtre viendront ; ils trouveront une troupe prêteà se réunir à eux. Nous attaquerons le fort. Je resterai au milieu des conpi, pour animer nos braves soldats ; je leur crierai : Vengeance 1 Je ferai retentir sans cesse les noms de patrie et de libdté. Ils me porteront, si je ne puis les suivre ; ils me porteront jusqu'à ton époux > que nous ramènerons dans tes bras. Oui , j'en suis sûr , Dieu , qui m'inspire , m'annonce déjà la victoire. Viens, ma fille, partons. à l'instant; viens me donner mon .bâton, et me prêter l'appui de ton bras. La nuit ne doit pas être loin ; viens , la nuit doit nous^être utile.
J'approuve ce projet, dit Edmée, et c'est moi qui veux
6l GUILLAUME T£LL;
te conduire : mBÔ», ayant de quitter ces lieux ^ daigne m'entendre et me donner conseil. Je suis instruite ^ sans qu'il meFait dit , que mon ëfmux depaii longtempd^ médite le grand* deisein de dëlivrer sa patrie. Ses Toyages secrets en Schwîtz, en Underwald , dans l'Urseren y Tamas d'armes qu'il avait cachées, et teê absences nootomes, et la préoccupation que je lisais sur son tîsage, tout m'a confirmé dès longtemps qu'une conjuration^ dont Guillaume est l'âme ^ se tiame dans les trob Cantons. J'ignore les noms des autres chefs , mais croyez que ces die£i existent^ et qu'un moment, un signal sana doute sont assignés, GOUTenus entre eux. Je n'ai pu pénétrer quel est œ signal ; mais il 7 a peu de jours que je fug frappée , comme d'un trait de lumière, d'un mot échappé à mon époux» Ce mot et d'autres encore m'ont £nt soupçonner, m'ont fait croîie que le signal des conjure» est un bûdfier allumé anr le haut de cette montagne. Le temps et les forces nous manquent pour élever , cette nuit mfa&e , pour embraser <e bûcher. Mais une voix secrète médit que, sinonspoimona parvenir à £ure briller cette flamme , tous les amis de mon époux accourraient pour le délivrer. Je te consulte , Melctal; ma faible main suffit pour mettra le feu à la maison qui nous sert d'asile. £lle est dans le lieu le plus élevé. Ce vaste înoendie doit être aperçu de tous ks lia«bitans des trois Gantons. Que m'importent ma maison , mes biens , locsque mon époux va périr? Si je le sauve, tu nous recevras ^ si je le pcrdsi il ne nous fint qa'une tombe.
Elle dit , et le vieux Henri l'encourage dans ce dessein* tdméfà aussitât va sai^r un feisceau de branches sèches ,