‹ Guillaume Tell, ou La Suisse libreChapitre 17 sur 52 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

cieux, il examine, il médite encore ce qu'il a déjà médité ; bientôt, reprenant ses esprits, il demande au vieillard, d'un air calme, s'il est informé de l'asile où s'est allé cacher Melctal. Oui, répond le malheureux père, mon fils a dû se retirer dans les cavernes profondes de la montagne de Faigel. Ces rocs déserts, inabordables, sont inconnus aux émissaires, aux satellites du tyran. Melctal m'a promis, m'a juré de n'en sortir que par mon ordre. Rendslui sa parole, répond Guillaume ; je te la demande pour lui ; et toi, mon fils, préparetoi, tu vas partir à l'heure même. Tu marcheras toute la nuit ; au point du jour, tu dois arriver à la montagne Faigel. Cherche Melctal, ne t'arrête pas que tu ne l'aies découvert ; tu lui diras en l'abordant : Ton ami m'envoie vers toi pour t'apprendre les crimes nouveaux de l'exécrable Gésier. Il vient d'arracher les yeux à ton père. Guillaume t'envoie ce poignard.

Tell alors tire de sa ceinture un fer qu'il ne quittait jamais. Gemmi s'approche avec respect, prend le glaive, le met dans son sein ; Edmée et Claire, tremblantes, n'osent interroger Guillaume, regardent Gemmi, se regar-

dent, et craignent de montrer leur inquiétude pour les périls qu'il va courir. Le vieux Melctal, étonné de l'ordre qu'il vient d'entendre, demande à Tell quels sont ses projets. Ton fils les connaît, lui répond Guillaume, et la seule vue de ce poignard lui dira tout ce qu'il doit faire. Le temps est cher, ne le perdons pas : je n'ai qu'un mot à te dire : Mon père, tu seras vengé.

Il prend aussitôt Gemmi par la main, et le conduit sans rien dire sur le tombeau de son père : là, après avoir reçu son serment, il lui confie une partie de ses projets, lui développe ses ressources, et l'instruit dans le plus grand détail de ce qu'il doit dire à Melctal.

Ils reviennent l'un et l'autre animés d'un généreux espoir. Gemmi est prêt à se mettre en marche ; Claire demande à l'accompagner. Elle veut aller embrasser son père, elle veut lui porter des fruits, du pain, et d'autres alimens dont il manque dans les montagnes. Le vieux Henri permet ce voyage. Edmée remplit de ses provisions une corbeille d'osier ; elle y joint du lait et du vin, remet la corbeille à son fils, le presse contre son sein, lui dit adieu, l'embrasse encore, et recommande à

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