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Guillery comedie en trois actes, en prose

Ami lecteur — car j’espère qu’on ne nous a pas brouillés ensemble — cette préface n’est ni un Te Deum, ni un Mea culpâ. Guillery a été reçu froidement à la première représentation, et sifflé chaudement à la deuxième. Cependant, je ne me repens pas de l’avoir écrit , et la preuve c’est que je le fais imprimer.

Il y a plus de deux ans que j’ai commencé cette petite comédie : l’espérance de la voir jouer en carnaval me l’a fait achever il y a trois mois. Elle m’a amusé au milieu de travaux plus sérieux, et je regrette sincèrement qu’elle n’ait pas produit le même effet sur le public. En feuilletant Rabelais, Molière, La Fontaine et les vrais classiques du joyeux pays de France , je me suis persuadé qu’il ne serait pas impossible d’égayer les Parisiens par une farce sans prétention , assaisonnée de quelques grains de ce gros sel que nos aïeux ne méprisaient pas. L’événement m’a prouvé que je me trompais. ‘

J’ai mis sur la scène un étourneau de vingt ans qui séduit deux femmes après leur avoir dit la seule chose que les femmes ne pardonnent pas : « Soyez mes deux maîtresses ! » Mon intention n’était ni de décrier les

(i PRÉFACE.

femmes, qui sont bien ce que nous avons de meilleur en ce monde, ni de grècher une morale nouvelle, la morale des ménages à trois. A plus forte raison n’ai-je pas cru rédiger un chapitre d’histoire contemporaine. J’ai reporté l’intrigue à ces siècles de bonhomie où l’adultère s’appelait cocuage, et où l’amant de Diane de Lys en aurait été quitte pour quelques coups de bâton. Si vous trouvez çà et là dix ou douze anachronismes, gardez-vous de conclure que je ne sais pas l’histoire. L’anachronisme est une figure de rhétorique dont tous les auteurs comiques ont abusé, depuis Plaute jusqu’à Beaumarchais.

Le seul mérite de cet ouvrage est d’avoir été écrit avec soin, en style franc, et dans le respect de notre langue; vous l’apprécierez mieux au coin du feu qu’on n’a pu le faire au théâtre. Son principal défaut est d’avoir déplu. Je m’en suis aperçu dès la deuxième scène du premier acte. Heureusement, le public est un beau joueur qui ne refuse jamais de donner revanche. Sa froideur m’aura fait plus de bien que de mal : c’est comme une eau glacée, où les faibles prennent des pleurésies, où les autres se retrempent.

Il est d’usage et de justice qu’un auteur victorieux renvoie une partie des applaudissements aux artistes qui ont aidé le succès. Pour moi, je ne veux rien partager avec les acteurs de la Comédie Française. Je suis devant eux comme un ouvrier malhabile qui a gâté la plus belle étoffe du monde. Le talent de M. Provost, si puissant et si doux, si coloré et si harmonieux; la verve éblouissante de Got, qui est le premier des jeunes; la beauté radieuse et la verdeur splendide de mademoiselle Nathalie; la grâce mignonne de mademoiselle Valérie; la rondeur de M. Anselme ; l’originalité de M. Bâche ; j’avais tout dans les mains, et j’ai tout laissé perdre. Aussi, quoique je ne sois pas grand demandeur de pardons , j’adresse ici mes excuses aux artistes qui se sont fait siffler pour moi , et à

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