‹ Guillery comedie en trois actes, en proseChapitre 28 sur 55 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Comment !

CUILLER V

Mes amis, car vous êtes mes amis, et rien de plus, j’ai reconnu ce matin la vanité de toutes les choses de ce monde , excepté le rire, le boire et le manger. Buvons, rions, mangeons et soucions-nous du reste comme du soupir d’un âne mort!

ISABEAU

Qu’est-ce qui vous est arrivé , Cuiller y?

CU IL LE R Y, avec une emphase comique.

Ah ! Madame, c’est une bien courte et bien lamentable histoire. J’ai fait un songe. Je m’avançais, hardi chasseur, dans les âpres sentiers de la vie. Deux cœurs, deux jeunes cœurs, viennent voler étourdiment à ma portée. Je vise en tremblant, et je les vois, percés d’un même irait, rouler ensemble à mes pieds. C’était mi beau rêve, n’cst-ce pas? mais le réveil fut cruel !

CUILLEMETTE.

Aussi, pourquoi vous avisez-vous?...

CUILLER Y

Je sais ce que vous allez me dire, mais il n’est plus temps; le mal est fait. Je suis tombé de trop haut pour jamais me relever. On a flétri mes illusions ! Buvons , c’est le plus sur ; le vin n’a jamais trompé personne.

ISABEAU, bas à Cuillcry.

Vous êtes une double bête.

GUILLERY, haut.

Je suis peut-être une bête qui y voit double.

CUILLEMETTE, bas à Cuillcry.

GuiUcry, vous me faites de la peine.

GUILLERY, haut.

Et moi, suis-je donc sur un lit de roses?

MONOCORDE; pleurant.

Pauvre GuiUcry !

Tu es bon. Monocorde, parce que tu es heureux. Tout à l’heure encore je te contemplais avec un sentiment d’envie. Qu’est-ce qui te manque? tu es jeune, tu es beau, tu as de l’esprit, tu es aimé. Oui, tu es aimé, je le sais, on me Ta dit.

CUILLER Y

on ic l’a avoué à toi-même. Fasse le ciel que celle qui t’aime et qui m’entend comprenne tout le prix d'une âme comme la tienne !

Gl’lLLEMETTE, bas à Guillery.

Guillery, j’ai à vous parler.

ISABEAU, même jeu. .

Mauvais plaisant, tâchez que nous soyons seuls.

G l'il.!. En Y, à Isabeau.

Tout à l’heure! (a Monocorde.) Monocorde, sais-tu danser?

MONOCORDE

Très-bien.

GC1LLERY.

Quelle danse sais-tu?

MONOCORDE

La bourrée d'Auvergne. (Musique à la cantonade. )

Eh! bien, j’entends les violons ; allons danser! (ils se lèvent.)

MONOCORDE, à Guillery, à part.

Laquelle?

Toutes les deux.

MONOCORDE

Toutes les deux ! Ah! ôte-m’en une!

CILLER Y

Impossible pour le moment, (iis sortent.)

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