ISABEAU, GUILLEMETTE, MONOCORDE
(isabeau et Guillemette entrent par le fond, suivies de Monocorde qui porte une lanterne. Elles causent en se promenant devant la rampe. Monocorde les suit pas à pas.
GUILLEMETTE
Chère Isabeau, est-ce que je peux tout vous dire ?
ISABEAU
Et pourquoi pas, chère petite?
GUILLEMETTE
Vous ne me gronderez point? (a part.) Comment lui dire que j’aime Guillerv ?
ISABEAU
J’ai donc l’air bien sévère?
GUILLKM ETTE.
Vous ne direz rien à mon mari?...
ISA BEAU
Comme si les loups...
GUILLEMETTE
Eh bien!... je l’aime.
Votre mari ?
GUILLEMETTE
Méchante!... Est-ce que GuiUery ne vous a pas dit... quand il a amené Monocorde?
ISABEAU
Oui, il m’a dit de qui Monocorde était amoureux, (a part.) Aimerait-elle cet animal ?
GUILLEMETTE
Trouvez-vous que j’aie tort ?
ISABEAU
Je ne dis pas qu’on vous mettra dans la morale en action, mais il n’est pas défendu d’aimer son prochain.
GUILLEMETTE
11 est charmant, Isabcau. (Regardant Monocorde.) Je suis sûre que bien des femmes le trouveront laid, mais sa laideur lui va bien, et s’il était plus beau, je ne l'aimerais pas autant.
ISABEAU, regardant Monocorde.
Oui, il est d’une jolie laideur.
GUILLEMETTE
Que ses yeux sont spirituels, Isabeau !
ISABEAU, à part, regardant Monocorde.
Flattons-la. (Haut.) Oui , ce ne sont pas les yeux de tout le monde.
GUILLEMETTE
Je suis sûre que vous l’avez trouvé froid au Pré-Gaillard ?
ISABEAU, regardant Monocorde.
Un peu...
GUILLEMETTE
C’était un jeu convenu entre nous.
MONOCORDE, à part.
Comme elle me regarde !
GUILLEMETTE
N’est-ce pas qu’il n’est pas trop effronté?
, ISABEAU, regardant Monocorde.
Ma foi non.
MONOCORDE, à part.
C’est la drapière.
GUILLEMETTE
Ma chère voisine, j’avais une peur affreuse de vous tout avouer.
ISABEAU
Et pourquoi ?
Vous avez des principes si sévères!... Les pommes vertes... !
ISABEAU
Bah ! les pommes vertes sont bonnes.
oo