‹ Guingamp (volume 2)Chapitre 1 sur 39 · Guingamp · texte numérisé non relu

Guingamp

Il y a des gens érudits qui passent leurs nuits à disséquer des mots , comme d'autres savants passent leurs jours à disséquer des mouches.

Voici les différents résultats de Panatomie du mot Guingamp , que vous trouverez écrit , sinvant les caprices orthographiques de chaque époque, Guen- * 1

camp, Wen-camp , Gui n- camp , Win-gatnp , Giganp} Gingap, Guemp-gamp , et même Men-gam, si d'Hosier a bien lu le manuscrit du vieux Le Baud. Il faut traduire , d'après les uns , Gwin-camp , champ du vin , champ planté de vignes ; selon d'autres , Wen-camp , champ de l'arbre ; selon d'autres , Gue-can , rivière tortueuse ; selon d'autres encore , Gwen-camp, champ blanc ; cette dernière etymologie a l'avantage énorme de ne signifier rien. M. de Blois , dont le nom est une autorité en pareille question , admet pourtant cette version , et l'explique ainsi dans une note de la nouvelle édition d'Ogée : « Gwen 3 blanc, beau, heureux ; camp, acte , action , cirque , arène , jeux littéraires , gymnastiques , lieux ou se réunissaient les bardes et la jeunesse , pour s'y exercer et s'y faire connaître , suivant l'usage des Bretons insulaires et continentaux. )> M. de Blois s'appuie sur le dictionnaire gallois d'Owen et Pennan , et tire de son etymologie cette conclusion , qu'autrefois le pays de Guingamp était doté d'un gymnase druidique. Malheureusement pour l'étymologie de M. de Blois , on ne retrouve aucune trace de l'arène ou compfa, qui était une enceinte circulaire, tracée par de grosses pierres plantées debout, et ordinairement accompagnée de quelques monuments , dolmen , menhir ou cromelec'h. On n'a découvert , dans tout notre canton , aucun signe du passage des Druides. J'en conclus, non-seulement, que l'opinion de M. de Blois est plus

ingénieuse que fondée ; mais encore que nos origines sont postérieures à l'abolition des rites druidiques, (i).

A quelle date faut-il donc faire remonter la fondation de Guingamp ? C'est ce que j'ignore absolument. Demandez à l'oiseau par quel brin de paille a été commencé le nid où il est éclos. Nous n'avons aucun monument, aucun titre, qui aille au-delà du xie siècle.

Quelques écrivains ont voulu retrouver dans Guin gamp l'ancien Vorgium ou Vorganium que Strabon , Ptolémée et les autres géographes donnent pour capitale aux Ossismiens.

Cette assertion est complètement dénuée de preuves. Les itinéraires impériaux traversaient Vorganium , et vous ne trouverez dans les environs de

(1) MM. A. de La Borderie et Ch. de Keranflech mouvraient, l'an passé, un autre ordre d'hypothèses , et nous nous demandions si Guingamp ne serait pas le nom d'un homme , et si 1 on n'a pas dit Guingamp, comme La Roche-Derrien , Châtel-Audren , Château- Briand, Lanvollon, Josselin. Ainsi s'expliquerait la fréquence de ce nom dans les appellations de villages en Bretagne, et son adjonction à celui de Guémené , etc. M. de La Borderie m'écrivait à ce sujet : « Je crois que Guingamp n'est que le nom propre du premier comte qui fonda le château, et qui se serait appelé (dans ce système) Guégan ou Guigan. C'est un nom d'homme commun en Bretagne au xie siècle , et sa facile altération en Guingamp est prouvée par lhistoire du nom de Guèmené-Guingamp (Morbihan), qui s'appelait primitivement , au xie siècle , Kemenet-Guégan, c'est-à-dire: fief ou seigneurie de Guégan. De plus , pour montrer que votre ville a été appelée Châtel-Guingamp, comme Josselin , Châtet-Gosselin, il y a des monnaies , vous le savez , qui portent au rêver» : Castri Gigampi, »

4 — Guingamp nul vestige des voies romaines , ces gigantesques chaussées dont les tables de Peutenger nous retracent le réseau.

Il s'est rencontré aussi des gens qui ont cru que la rue Quincampois , à Paris , devait son nom à Guingamp et à des Guingampais qui s'y seraient établis. C'eût été à une époque très-reculée, car on retrouve le nom de cette rue dans des actes du xne siècle.

Quoi qu'il en soit de toutes ces origines , lorsque le nom de Guingamp apparaît pour la première fois dans l'histoire, nous voyons que notre ville était la capitale d'un de ces comtés indépendants que gouvernaient, en chefs absolus, les innombrables descendants des premiers rois domnonéens.

La fille et l'héritière du dernier comte de Guingamp, Havoise, épousa, dans la seconde moitié du xie siècle , Etienne , fils cadet d'Eudon , le premier des Penthièvre. Etienne, après la mort de Geoffroi , son frère aîné , tué à Dol , en 1093 , devint le chef de la maison de Penthièvre , à laquelle se trouva ainsi réuni le comté de Guingamp.

L'histoire de Guingamp se rattache désormais , par les liens les plus étroits , à l'histoire du Penthièvre. L'histoire du Penthièvre est , pour ainsi dire , le canevas sur lequel se brodent les épisodes guingampais. Je ne dois m'étendre que sur les épisodes ; mais je ferai en sorte que le lecteur ne perde pas la trame , et puisse suivre l'enchaînement général des faits.

C'est à notre Etienne que se rapportent les plus anciennes monnaies fabriquées à Guingamp. L'atelier monétaire établi dans notre ville fonctionna , avec beaucoup d'activité et pour ainsi dire sans interruption , depuis la 'fin du xie siècle jusqu'à la première moitié du xive.

Les monnaies d'Etienne et de ses successeurs , les comtes de Penthièvre, pendant un siècle, portent , au droit, *J- Stephan Com, — croix pattée cantonnée d'une étoile au 1er et 2 e ; au revers , -f Guingamp, avec profil droit , que les numismatistes indiquent sous le nom de tête guingampaise.

D'autres, en petit nombre , portent , au droit, au lieu du nom du prince, le mot Quemperli. Ces monnaies sont un problème pour les numismatistes. M. Bigot dit « qu'on pourrait y voir un produit du monnoyage d'Alain-le-Noir , gendre de Conan III ou de Conan IV, qui , après son abdication , se retira à Guingamp. »

Une troisième monnaie guingampaise , la seufe des Penthièvre qui ne porte pas le nom d'Etienne, adopte celui d'Alain (1 184-1212). On lit , au droit , \Alen Co/?w,Comme un témoignage de l'alliance de ce même Alain avec Philippe Auguste, notre atelier monétaire a émis , vers 1206 , des deniers qui , avec le mot Guingamp et la tête guingampaise tournée à droite, une étoile devant la bouche, au revers, portent, au droit, le nom de Philippe, Philipus Rex.

Après que Pierre de Dreux (1229)) se fut. emparé

du Penthièvre , on voit commencer une nouvelle série de monnaies guingampaises , connues sous le nom d anonymes à la croix ancrée. Elles portent, au droit, f Dvx Britanie, — croix ancrée ; au revers , -j- Guingamp, — croix égale. Très-peu après, apparaît la série des anonymes de Guingamp , à Féchiqueté de Dreux, au franc-quartier de Bretagne, portant , au revers , la célèbre légende Castri Giganpi. Ces anonymes nous conduisent de Pierre de Dreux à Jean III. A ce prince appartient un denier que M. Bigot décrit ainsi : « -f- Johannes Dux , — croix cantonnée d'un G. au 2e. — Revers : -J- Btïtanniœ , contournant Pécu de Dreux au franc-quartier. )> Le lieu de fabrique n'est plus indiqué que par une initiale. Il en est de même sur quelquesunes des pièces guingampaises de Charles de Blois, le dernier qui ait fait battre monnaie à Guingamp ; mais on a aussi trouvé des monnaies de ce prince qui, à l'exergue du revers, portent, en toutes lettres, Moneta Gingapi.

« Les espèces guingampaises , dit M. Bigot, circulèrent dans une partie du nord de la France , et jouirent d'un assez grand crédit. Une charte de Richard d'Angleterre, en date de n58 , » édictée pour régler le change du petit nombre de monnaies ayant cours en Normandie , les mentionne nommément. (1).

(i) Tout ce que je viens de dire des monnaies guingampaises, n'est

Je reviens à l'histoire des premiers Penthièvre ;

Etienne et Havoise de Guingamp furent les fondateurs des abbayes de Bégar et de Sainte-Croix. Etienne eut plusieurs enfants : Geoffroy-Botrel , Eudon , Henri , Alain-le-Noir , Jean , Gédoin , et deux filles, Agnoria et Anne. Geoffroy fit à Etienne « une dure et aspre guerre , tellement , pour me servir du langage de Bouchard , qu'il avait mis son père hors de ses chasteaulx et de sa terre. »

Etienne mourut en n38, et fut enterré dans la cathédrale de Saint-Brieuc , où dormait déjà son père Eudon , le premier des Penthièvre.

Ses fils « se combatirent bien longtemps sur sa succession ; » mais plus tard, dit encore Bouchard, <( furent d^ccord et amys. »

Alain-le-Noir avait épousé Berthe , héritière de Conan III , duc de Bretagne. Ce fut par cette alliance que la maison de Penthièvre alla s1asseoir , pendant quelque temps, sur le trône ducal.

Henri, seigneur de Guingamp et comte de Goëlo, eut pour héritier son fils Alain , lequel ayant aussi recueilli Fhéritage de Geoffroy-Botrel , son oncle , réunit dans la même main la succession éparpillée de son grand-père Etienne.

que le résumé succinct de ce que j'ai trouvé dans le très-savant ouvrage que M. Alexis Bigot a publié sous le titre <¥E$sai sur les Monnaies du Royaume et Duché de Bretagne. — Les comptes des procureurs des bourgeois, au xve siècle, nous indiquent que la a Maison de la Monnoie et du Pois de l'Argent » était située près la porte de Tréguier, ainsi que je l'ai dit au Ghap. IX du ll Livre.

Cest cet Alain de Penthièvre qui a fondé Beauport. Il laissa deux fils , Henri et Geoffroy.

Les droits de Henri au riche héritage de Botrel pouvaient être contestés par la duchesse Alix , qui représentait Alain-le-Noir, frère puîné de Geoffroy. Les barons pensèrent à couper pied à toute discussion , en mariant Alix à Henri. La politique de la cour de France vint rompre les patriotiques projets de cette alliance nationale , et Alix fut unie à ce cauteleux et machiavélique Pierre de Dreux , que fhistoire a flétri du nom de Mauclerc.

Mauclerc n'était pas sire à laisser le grain dans la paille : Henri fut bientôt dépouillé de ses terres de Trégùier , Saint-Brieuc , Lamballe , Moncontour et Guingamp. Il ne lui resta que les seigneuries de Goèlo et d'Avaugour, d'où fut tiré le nom glorieux qu'il transmit à sa postérité.

On était en 1223. Treize ans plus tard , Jean Le Roux , fils de Mauclerc, en mariant sa sœur Yoland avec Hugues-le-Brun, sire de Lusignan, lui donna pour dot le comté de Penthièvre , et Guingamp , par conséquent.

A la mort d'Yoland , le comté revint à la maison de Bretagne. Arthur , fils de Jean II , porta le titre de comte de Guingamp.

Enfin , Jean III donna à Guy de Bretagne , son frère , le comté de Penthièvre , en échange de la vicomte de Limoges. Le duc Jean se réserva , avec Juson , un grand nombre de droits sur les terres

qu'il abandonnait à son frère, entre autres, la garde des églises et la juridiction du comté de Guingamp. L'apanage de Guy était évalué à huit mille livres de rentes. (1). Cet échange fut confirmé par lettres de Philippe-le-Bel , roi de France, données à Paris, au mois d'avril 1317. Ces lettres ont été publiées par d'Arg entré et D. Morice.

Guy de Penthièvre épousa Jeanne d'Avaugour , fille et héritière de Henri IV d'Avaugour ; ainsi , le nom d'Avaugour vint se confondre une seconde fois avec celui de Penthièvre.

Nous avons dit ailleurs comment ces pieux époux fondèrent le couvent des Cordeliers de Guingamp, et le choisirent pour leur sépulture.

Leur fille unique, Jeanne-la-Boiteuse, fut mariée, en i337, à Charles de Blois.

(i) La seigneurie de Guingamp, dont j'ai fait connaître l'étendue, en donnant le tableau des juridictions qui en relevaient, fut affermée, en 1571, pour 3,ooo livres, et, en 171/1 . pour 22, 25o livres.

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