EXPLICATION DES PLANCHES
Le Plan de Guingamp, dont nous donnons un fac simile, fut levé, dans la seconde moitié du xvme siècle, par M. Aufray, géomètre et ingénieur, qui paraît avoir eu une certaine réputation dans le pays. Il fut gravé et publié h Rennes, par Ollivault, en 1778. M. Perrier l'a reproduit sur la pierre avec une merveilleuse fidélité. Il avait été déjà lithographie, mais sans la moindre prétention au fac simile, en tête de l'ouvrage de M. Kermoalquin, en 1846.
Ce plan , assez exact dans ses parties purement géométriques, renferme dans sa légende une grosse erreur, en prétendant que Marie de Beaucaire , épouse de Sébastien de Luxembourg, fut inhumée aux Cordeliers de Guingamp, en 1613. A cette époque, les Cordeliers avaient quitté leur couvent de Guingamp , complètement ruiné en 1591 , et c'est à Notre-Dame que Madame de Martigues fut inhumée. En revanche , parmi les morts illustres enterrés aux Cordeliers, la légende de notre plan omet Jean de Brosse , et Sébastien de Luxembourg.
J'ai déjà relevé , dans le texte de mon livre , ^inexactitude des armes gravées sur ledit plan , surmontées, sans raison, d'une couronne de comte, et fascées de six pièces au lieu de quatre.
Saturnin-Marie-Hercule du Bourblanc , premier avocatgénéral, depuis 1775 , à qui Ollivault a dédié son plan de Guingamp , était né au manoir de Kermanach\ en Squiffiec, assez près de Guingamp.
Parmi les quelques sceaux que nous avons choisis pour les reproduire , le plus remarquable est sans doute celui de Pierre Morel , évêque de Tréguier. Il pend à l'acte du 26 juillet 1388, par lequel ce prélat fonda, dans l'église de Guingamp, la chapellenie dite de Saint-Jacques. Sur le grand , comme sur le petit sceau , est figurée l'image de saint Tugdual, terrassant avec sa crosse le dragon emblématique qui accompagne toujours la représentation de l'apôtre trécorrois; on lit autour du petit sceau : parvvm p.... i. trecorensis. s. Au pied du même acte , Pierre Morel a apposé sa signature , avec la formule usuelle de ce temps : Ità est et benè est.
Il existe, dans les diverses archives que nous avons dépouillées , de nombreuses empreintes du sceau de la seigneurie , toujours semé d'hermines avec une bordure plus ou moins large.
Les empreintes du sceau de la cour des bourgeois sont moins nombreuses ; mais on en compte néanmoins une dizaine, tant à la fabrique qu'à la mairie.
Le sceau de Jehan de Coatgourheden a une importance héraldique que j'ai mise en relief à propos de la découverte du tombeau de Lokmaria , en ce qu'il démontre que les Coatgourheden avaient pour cimier, dès le commencement du xvc siècle , une tête de coq. Le sceau de Jean Kcrmen donne le blason de cette famille , que je n'ai point trouve ailleurs.
Les quarante-huit blasons que nous avons dessinés n'ont pas du tout la prétention de constituer un Armoriai Guingampais, qui eût demandé de plus grandes proportions, Nous dirons , en peu de mots , les raisons qui ont guidé notre choix.
A côté des armes de Bretagne et de Penthièvre, qu'on retrouve partout à Guingamp, notamment en sceaux, selon que la maison de Montfort ou celle de Penthièvre eurent en mains la seigneurie , j'ai figuré le blason indiqué par Guy Le Borgne, écarlelé de Bretagne et de Brosse, quoique je ne laie vu nulle part ; tout comme à côté des armes anciennes et modernes de la communauté de ville, j'ai figuré l'écu de cette famille do Guingamp, sieurs de Lanidy et de Penanvern , paroisses de Saint-Martin de Morlaix et de Plouigneau, qui, grâce à Guy Le Borgne encore, a si souvent été prêté à la ville de Guingamp. J'ai pensé que ce tableau synoptique était le meilleur remède contre des erreurs semblables. Viennent ensuite les armes, des trois familles qui possédèrent successivement la seigneurie de Saint-Michel , des deux familles qui possédèrent Lokmaria, et de la famille qui résida à Gadollan pendant des siècles, parce que ces blasons sont ceux dont étaient chargés tous les monuments de la ville et de la banlieue. Entre l'écu de Geoffroy Loys, emprunté aux armoristes, et l'écu de Pierre Morel , figuré sur sa tombe , j'ai placé celui de Even de Bégaignou ; non pas que j'aie la certitude que ce cardinal soit né à Guingamp, mais parce que rien ne démontre le contraire , et qu'il est appris qu'une famille Bégaignou, qui fournit au moins deux vicaires-généraux de Tréguier au xvie siècle, habitait Guingamp. Dans le reste de celte page, on voit un choix des principaux noms de la magistrature ducale. Il eût été très-facile d'étendre ; mais, en s'étendant, on eût très-certainement rencontré plusieurs doubles emplois avec le tableau des maires, Ce tableau des maires
nobles, auquel il manque peut-être quelques noms (1) , mais où je n'ai pas mis, je l'espère, uù blason qui ne dût s'y trouver, me paraît plein d'intérêt. Rapproché de la liste générale des maires , il montre, d'un coup d'œil, et mieux que tous les textes , comment la noblesse et la roture se partagèrent , depuis l'origine jusqu'à la fin , celle première charge de la bourgeoisie, dans laquelle des écrivains ignorants ou trompeurs ont voulu voir une machine de guerre contre la noblesse et contre la féodalité. (2).