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CHAPITRE IX

Château, Murailles, Fontaine, Places et Rues.

a Les solemnitez des nopces achevées , le prince Pierre amena son espouse en sa ville de Guenkamp, en Basse-Bretagne, au diocèse de Treguer, la quelle ville confisquée sur ceux de Pontièvre , luy avoit esté donnée par le duc Iean son père, et la fit murer et ceindre avec ses tours et portaux , comme elle se voit à présent , et pour son logement y bastit un petit chasteau flanqué de quatre belles tours, espaulées d'un fort ravelin pentagone qui défend une des portes , nommée de Rennes. »

Il n'y a pas trente ans encore que Guingamp s'enorgueillissait de son enceinte de granit , telle que Pavait vue Albert-le-Grand ; mais, depuis, tout a conspiré à briser et à réduire en poussière cette

glorieuse couronne, et, aujourd'hui, c'est à grand'-* peine que Ton en retrouve de loin en loin quelques fleurons mutilés. C'est là un triste symptôme. Quand un vandalisme mercantile sape les murailles , l'égoïsme a sapé les mœurs ; car le culte du passé est très-certainement la plus haute école de respect et de dévouement.

L'histoire Hu château et des fortifications de Guingamp serait, à vrai dire, l'émouvant récit des sièges nombreux que notre ville a soutenus ; mais je ne puis séparer notre histoire militaire de notre histoire politique , et ce sera le sujet du deuxième livre de cet ouvrage.

Avant d'être entourée de murailles par Pierre II, la ville n'était défendue que par des palissades ; il y eut cependant , de temps immémorial , un château plus ou moins fortifié , résidence des comtes de Guingamp. De ce que Notre-Dame fut primitivement la chapelle du château, il est facile de conclure que l'emplacement de cet ancien château , détruit , en i449 * après la félonie des Penthièvre , était à peu près le même que celui du château de Pierre II.

Il y avait néanmoins , en i447 j dans une autre partie de la ville , sur le Champ-Maurroy , proche de la porte de Montbareil , quelques masures qui , dans les comptes de cette époque , s'appellent a la Place du Vieu Chastel,» et sur lesquelles les bourgeois avaient perçu 3 sols de rente.

Les bourgeois jouissaient aussi des tourelles des portes , et dans son compte pour i447 ? Denys des Prés s'exprime ainsi : « Pareillement ne se charge point le dit procureur de la ferme des tourelles des portes de la dite ville, qui souloient estre affermées par les précédents procureurs, savoir l'une 2 sols et l'autre 12 deniers, et plus ou moins ainsi qu'on les povoit affermer, parce que , de présent , ne sont en appareil de les louer , parce qu'elles sont arrasées par occasion du crime de lèse -majesté comis par ceux de Blois en la personne de mon souverain seigneur le Duc derainement décebdé. » (i).

Par lettres du 10 décembre i443, le duc François Ier s'était désisté de la condition de racquit à laquelle était soumise la donation faite à son frère Pierre , et avait permis à ce dernier de construire , à Guingamp, château et forteresse. (2).

Les bourgeois contribuèrent à la construction des murailles de Pierre II pour une somme de i,5oo livres , somme énorme pour le temps. On lit dans les comptes déjà cités : « Touchant une taille qui fut mise en la dite ville et forbourgs du temps du dit procureur (Denys des Prés, *447î) savoir au moys de juing l'an i447> pour le fait de cent cinquante livres , pour la première moitié de trois cents livres par an, jusques à cinq ans, que les dits

(1) Archives Municipales.

(2) Archives Départementales des Côtes-du-Nord.

bourgeois

bourgeois octroyèrent à Monseigneur de Guingamp, pour aider à la fortification et empavement de sa ville. » (1).

u On voit dans les registres de la communauté de ville de Guingamp , dit Ogée , qu'en i454 , il fut payé à Yves Guerguezengor , une somme de deux sous six deniers pour le double d'un mandement qui lui avait été donné par le duc Pierre II , qui l'avait envoyé pour mesurer les murailles de la ville, et pour les frais d'un souper donné aux bourgeois après le mesurage des murs , lesquels frais montèrent à un sou six deniers. Les murs furent trouvés mal faits. » Les constructions avaient ainsi duré de huit à dix ans.

Maître Yves Guerguezengor était le procureur fiscal de la cour de Guingamp.

Nous savons le nom de l'architecte.

Le 4 janvier 1446 ? Pierre avait accordé à Maître Jean de Beuves les provisions de l'office de maître

(1) Cet empavement de îa ville , ainsi que l'entretien des portes et des ponts , étaient les plus lourdes charges de la communauté. Les procureurs des bourgeois rendaient un compte spécial du «devoir du pavage, » qui faisait d'ordinaire l'objet d'une adjudication, dont la moyenne, au xv* siècle, est de 45 livres. Les pavés s'étendaient assez loin : sur la route de Pontrieux , jusqu'au delà du Menguevel ; sur la route de Tréguier, au-delà de Pontezer. — Quelquefois des sommes plus considérables étaient extraordinairement dépensées. En i65o, on consacra 808 liv. 5 s. a écrêter la côte du Runiou , au haut de Montbareil ; on y employa huit perreyeurs et quinze maçons à i£j s. par jour, et douze manœuvres à 10 s., du îS décembre i63o au 6 février suivant. (Archives Municipales.)

des œuvres de Ja fortification des ville et château de Guingamp. (1).

Une des clauses du traité de paix conclu , le 2 5 mars i5g8, entre Henri IV et Mercœur , portait que, d'ici à un an, le château de Guingamp devait être démoli. Cette clause ne fut point exécutée.

Le 20 août i6o3, le maire fut signifié, par le procureur fiscal , pour qu'il eût à réparer les murailles, que les dernières guerres avaient laissées en triste état. La communauté émet l'avis « que le sieur maire requiert que ledit procureur fiscal montre pouvoir de Madame, et en cas qu'il en apparoisse, demander renvoy devant les juges supérieurs , et contester n'êstre tenu aux dittes réparations prétendues , suplier Madame de les vouloir excuser. »

Après le passage du duc de Vendôme , en 1624, et au milieu de l'agitation qui régnait dans le pays, menacé d'une descente des ennemis sur les côtes, la ville arrêta, le 12 février IÔ25, qu'il serait procédé, sans retard, aux réparations urgentes des murailles et des portes , et qu'on y emploierait le produit de l'octroi, obtenu depuis 1609, et dont les lettres furent renouvelées à cause même de ces réparations.

A peine une année s'était-elle écoulée, que, le 21 juillet 1626, « en la congrégation des habitans de la ville de Guingamp , assemblés , à son de campane , en l'église d'icelle, en la chapelle de Monsieur Saint- Jacques , du comme ndement de Monsieur de La

(1) Archives Départementales des Côtes-du-Nord.

Rochegude , exempt des gardes de Sa Majesté , et commendant pour son service aux châteaux de Lamballe , Guingamp et Moncontour, où étoit présent en personne le dit sieur de La Rochegude : a été par icelui exposé qu'il avoit fait communiquer cy devant à une autre assemblée aux dits habitans , vendredy dernier , les lettres de commission de Sa Majesté pour la démolution du château de cette ville, fortifications, tours, bastions et touttes autres choses servant à la déffense d'une place ; que néanmoins il ne voit que Ton y ait apporté la diligence requise à faire travailler aux outils et instruments nécessaires, comme pioches , pinces, pelles, hôtes ; qu'il avoit même envoyé des mandements pour faire tenir aux parroisses voisines , pour faire venir les sindics et procureurs d'icelles pour procéder à un ordre et règlement qu'il conviendra tenir en ce faisant : sommant de rechef les dits habitans de s'y employer, ayder et tenir main forte , leur accordant huittaine pour tout delay, et pour qu'ils n'en prétendent cause d'ignorance a été fait lecture des lettres du roy, scellées du grand sceau de cire verte , dont il ordonne l'enregistrement , affin qu'un chacun en droit soy y ait à obéir : déclarant aux dits habitans qu'il se rendra dans huit jours dans cette ville pour le lendemain faire travailler aux dittes démolution s , faute de quoy et de fournir les outils nécessaires il proteste de se pourvoir aux périls et fortunes des dits habitans.

» Les dits habitans ont dit n'avoir d'autre désir que d'obéir au commen dément de leur roy, et qu'ils apporteront ce qui leur sera possible à l'exécution d'icelui , et avoir déjà envoyé avertir quelques parroisses voisines ; et, dès à présent, donner charge à leur procureur sindic et à ceux qui font pour eux , n'étant point encore de retour des Etats de cette province, de faire le plus grand nombre de pioches, pelles et outils requis , et qui sont nécessaires , et d'avertir les paroisses voisines et leurs sindics suivant les mandements qu'il à plu au dit sieur de La Rochegude de leur faire délivrer. )>

En exécution de cet ordre, qui se rattachait à la conspiration de Challais , dans laquelle César de Vendôme était impliqué, le château de Pierre II fut démoli , et les tours qui le flanquaient furent démantelées et comblées. Le château était construit dans le style ogival du xve siècle , comme le prouvent quelques débris de fenêtres trouvés en creusant les fondements de la nouvelle maison des Sœurs. La situation était admirablement choisie comme place de guerre et comme maison de plaisance. Ce qui subsiste encore des tours , donne à cette partie de la ville un aspect grandiose qu'elle gardera toujours , car il est impossible de démolir ces vénérables restes sans faire crouler l'établissement des Filles de la Sagesse , constituées ainsi gardiennes du dernier souvenir de la bienheureuse Françoise d'Amboise.

La démolition du château satisfît la politique ombrageuse de la cour de France , et Ton ne toucha pas aux autres fortifications. (1). Ce fut chose heureuse, car, dix ans après, en i636, ordre arriva de réparer les parapets des murailles et de tenir les portes et les ponts en bon état , « attendu , disait la lettre de l'archevêque de Bordeaux , Sourdis , que la ditte ville n'est qu'à deux lieues et demi des côtes de la mer, et pour éviter touttes sortes de surprises. »

On dépensa pour ces réparations 2,537 livres 7 sous ; mais il fallut y revenir à plusieurs reprises , en 1649 , en 1662 , en 1666 : les fortifications ne furent réellement rétablies qu'en 1675 : c'était le temps des mutineries si durement réprimées par le duc de Chaulnes.

Les fortifications formaient un réseau complet qui ceignait la ville. « Elles consistaient , dit M. de Fréminville , en un rempart épais , garni d'un fort revêtement en pierres de taille, bordé d'un parapet à crénaux et mâchicoulis , et flanqué de plusieurs tours rondes : le tout était environné d'un fossé. »

Il y avait quatre portes principales et plusieurs barrières ; entr'autres, celle du Quenchi ou de Tout-

(1) M. de La Rochegude voulait démolir le château au raz de terre : les bourgeois firent intervenir le maréchal de Themines , et arrêtèrent la démolition au niveau des autres fortifications de la ville, et au point où l'on voit encore les murailles du château. Aussi la ville de Guingamp fit-elle au maréchal une réception princière, qui coûta i,364 1. 6 s. 8 d. {Archives Municipales.)

quellenic , qui notait qu'une grille de fer entre deux poteaux , et qui fermait la venelle du Moulin , sur le Trieux. «La porte de Rennes, dit encore M. de Fréminville, était une grande arcade ogive, percée dans la courtine qui unissait ses tours de défense , lesquelles étaient rondes et couronnées de créneaux. En avant était un ravelin , ouvrage avancé dont on munissait ordinairement les portes de ville au moyen-âge, et qui a été remplacé, dans la fortification moderne, par ce qu'on nomme une demi-lune. Dans le ravelin de la porte de Rennes de Guingamp, je vis une vieille couleuvrine de fonte , ayant deux tourillons de chaque côté et une volée fort longue : elle pouvait être du calibre de quatre livres de balles et était placée dans une meurtrière. » Le ravelin , qui était plus moderne que la porte et ne datait que du règne de François II (1) , était percé de deux portes , dont la plus petite donnait passage aux piétons. Le donjon de la porte intérieure servait de prison.

(1) On lit dans les premiers comptes du xvie siècle : — « Et ne se charge point de 20 sols de rente par an, qui aultreffois estaient deubs auxd. bourgeois dessus la place Rolland Le Gac ; pour ce que les dits bourgeois ont esté contraincts par les officiers du feu Duc de bailler la dite rente et le droit qu'ils avoient en la dite place pour e6tre convertie en la douffVe et yssue du bolovart de la porte de P.ennes : et en eurent 20 1. monnoie quels furent baillés à Jehan de Quoatgourhedtn, cause ayant de Hervé Gicquei, pour le droit qu'il fttoit es moulin et estang des dits bourgeois. »

(Arch> Munie, Complcs de Jehan Robert et de Jehan Dechou)

Les autres portes étaient celle de la Fontaine ou de Montbareil; celle de Tréguier, flanquée de deux tours surmontées de tourelles ; celle de Brest ou de Saint-Michel , (de Locmicaël, disent les titres du xve siècle,) qui était une voûte ogivale très-basse, percée dans une grosse tour à trois pans. Toutes ces portes étaient fermées de herses et de pont-levis. On distinguait sur quelques-unes le blason des Penthièvre , supporté par des lions.

Je compte sept lustres à peine , et j'ai vu toutes ces murailles , tous ces bastions debout ; maintenant, ces pierres, chargées de souvenirs et de gloire, rougies peut-être du sang de nos plus généreux défenseurs , sont dispersées , brisées sans pitié , ven~ dues sans vergogne !

Les portes se fermaient à huit heures du soir en hiver , et à dix heures en été ; les clefs étaient remises chez le maire , en temps de paix ; chez le capitaine , en temps de guerre. Le couvre-feu tinte chaque nuit encore : c'est un vieux mémorial de la ville enclose , de la place de guerre , et , instinctivement , quand la cloche sonne , les bons bourgeois vont verrouiller l'huis de leur maison.

J'ai écrit , sur la foi de mes devanciers , dans la première édition de ce livre , que , comme les murailles et le château , la Fontaine , le plus gracieux des monuments de Guingamp, doit son origine à l'époux de Françoise d'Amboise : c'est une erreur. On lit dans le plus vieux compte qui soit dans nos

archives , celui de i447 '• <{ Ne se charge pas le dit procureur de certaines rentes que l'on disoit être deues aux dits bourgeois , et qui furent ordonnées autrefois pour maintenir la Plomée pour lors estant en la dite ville ; même se sont faits les précédents procureurs , passés quarante ans , exempter de s'en charger. » Quarante ans, dans le style des Bretons, veulent dire un temps immémorial, parce que citait la plus longue prescription édictée par la Coutume, celle après laquelle tout était couvert et éteint.

Donc, en i447> ^a Plomée, c'est-à-dire la Fontaine de plomb (1), existait depuis un temps immémorial ; par conséquent , elle est de beaucoup antérieure à Pierre II.

Le compte de Jehan Calouart pour Tannée i45o, dont il ne nous reste que des lambeaux , apprend qu'à cette époque la Fontaine , toute ruinée , était hors d'état de servir.

On y fit de notables réparations sous l'administration de Merien Chéro , qui dura deux ans , en 1464 et i465. Le détail de ces réparations , qu'Ogée avait lu , mais très-imparfaitement , nous apprend que les eaux étaient conduites , exactement comme aujourd'hui, par des tuyaux, partie de terre cuite et partie de plomb, du coteau de Montbareil au centre

(1) Les tuyaux de conduite passaient par la rue de Montbareil , et la continuation de cette rue, à l'intérieur des murs, en a pris le nom de rue de la Pompe ; en breton : rû feunteun ar btamen , rue de la Fontaine de plomb.

de la ville , où elles jaillissaient « au bout soubzain de la Cohue , » c'est-à-dire , vers le bas de la Place , et étaient reçues dans une grande auge de pierre. Les bourgeois étaient propriétaires des champs où se trouvaient les sources principales ; ils empêchaient les possesseurs des terres traversées de planter trop près des canaux , en vertu d'une servitude qui ne paraît pas avoir été sérieusement contestée; mais ils indemnisaient les riverains, lorsqu'ils bouleversaient leurs courtils, et les obligeaient à scier leur blé pour chercher la Plomée,

« En i464? dit Ogée, la communauté de ville fut obligée de payer une somme de quinze sous pour la soudure du plomb de la Fontaine et la mise d'un tuyau et demi qui se trouvaient cassés. )> On croirait que ce fut là toute la réparation de i4^4î ahisi que je l'ai dit , cette réparation fut considérable et s'éleva à 8 livres , i3 sous, 2 deniers ; l'année suivante , on y consacra à peu près la même somme. Voici le texte dont Ogée a seul fait inexactement état : « Item se descharge d'avoir poié à Jehan Le Guilcher, le 25 jour d'avril , pour souder la dite Plomée sur la bouette qu'elle estoit cassée et rompue sous le pont de Montbareil, et y mettre un pie et demy de tuau de pion à chacun costé de la dite bouette , et pour ce : i5 sous.» — J'ajoute ces deux autres détails : « Item se descharge d'avoir poié à Rollant Le Quéré , potier , pour deux dozaines de tuaulx de terre pour mettre en icelle Plomée : 10

sous. Item à Jehan Le Luayer pour troys charretées de grosses pierres plattes pour couvrir les tuaulx de la dite Plomée que la charette auroit rompue sur le grand chemin au dessus de la maison Jehan Henry : 2 sous 6 deniers. »

Ogée poursuit : « En i465 , la ville paya encore une autre somme de cinq sous aux propriétaires des courtils , en dédommagement des endroits par où passoient les tuyaux de cette fontaine , aujourd'hui nommé la Pompe. » Encore une grave erreur : ce n'était pas pour les dédommager du passage des tuyaux , mais bien de la destruction accidentelle de leur récolte , qu'une indemnité , tout à fait exceptionnelle , était payée aux riverains.

Enfin , Ogée dit encore : « En f4^9 » vingt des plus riches bourgeois de Guingamp donnèrent chacun un écu en avance de la mise du conduit des eaux de la Fontaine. » Encore une inexactitude. Voici le texte , dont l'importance pour établir les droits que la seigneurie prétendait sur les bourgeois , en cette matière , n'échappera à personne :

(( Item, dit ce receveur (Yvon de Coatgourheden), qu'à chacun plez il a esté en ajournement vers le procureur de Guingamp es causes d'office touchant le devoir de pavaige et aussi touchant la Plomée , etc. Item pour un procès par lequel fut ordonné que vingt des plus puissants des dits bourgeois eussent avancé chacun ung escu pour faire la mise de la conduite de la Plomée, le dit procès daté le 4 jour

d'août 1469. — Après se décharge d'avoir poié à Frère Yves Kaerh'guillié (1), par l'ordonnance des bourgeois et du consentement de la justice, pour le reste qui lui estoit deu à cause de la mise par lui faite touchant la Plomée , 9 1. g s. 2 d. Item poia ce receveur pour ciment à abiller la Plomée , 20 d., et pour trois charretées de ardille (sic) pour mazsonner environ la masse et les bondes d'icelle Plomée. )> (2).

Je ciÇe Ogée une dernière fois : « L'an 1 588 , Pierre Le GofF, maire de Guingamp , remboursa à l'abbé de Sainte-Croix une somme de cent écus, qu'Olivier Foliard , précédent procureur des bourgeois , avait empruntée de cet ecclésiastique pour la construction de la Pompe , au haut bout de la cohue de cette ville , aujourd'hui nommée la Grande-Place. »

Cette seconde fontaine était, comme la première, un bassin de pierre avec des ornements de plomb ; car nous voyons, dans deux délibérations de 1626, que « les ornemens de plomb de la Pompe seront mis comme ils étoient anciennement, et que le maire rachettera l'auge de pierre étant actuellement chez

(1) Prieur des Frères-Prêcheurs , dont la Plomée traversait l'enclos; pourquoi il y eut procès, ainsi que je crois l'avoir dit. Il semble que les religieux voulaient jouir des eaux au passage : ils firent de grosses réparations, que les bourgeois, maintenus dans la possession des eaux , leur remboursèrent.

(2) Arch. Municip. Comptes de Meryen Chéro et d'Yvon de Goatgourheden.

la veuve René Rocancour. Sera cimenté le bassin de pierres de taille de la Pompe et seront faits des robinets aux quatre gargouilles du dit bassin , et injonction au maire de faire conduire l'eau jusqu'au bout suzain de la halle. »

La halle, qu'on nommait la cohue, était bâtie sur la place triangulaire qui forme aujourd'hui le centre et comme le cœur de la ville.

Ce fut en 1^35 que l'on se décida à reconstruire les aqueducs et la fontaine , que des réparations incessantes et fort onéreuses ne pouvaient plus dès lors entretenir. Les travaux commencèrent l'année suivante , et ne s'achevèrent qu'après une foule de désagréments et de retards. 11 est vrai qu'avec des ressources très-bornées , on entreprenait un véritable monument.

Les eaux qui viennent jaillir au centre de la ville prennent leur source à mi-coteau de Montbareil , et sont conduites par un aqueduc de plus de mille mètres , dont les arches en plein cintre rappellent, en quelques endroits , les constructions hydrauliques des anciens Romains. Sur l'une de ces arches on a écrit la date de 1743.

Le 28 décembre de cette même année 1 743 , fut enregistré le marché passé avec Corlay, le célèbre sculpteur de Châtelaudren , pour les ornements de la Pompe , moyennant une somme de quinze cents livres. Tout le monde sait ce que fut Corlay : un simple menuisier qui , en sculptant quelque orne-

ment , s'avisa , un beau jour, qu^l était né statuaire. La communauté de Guingamp fut certes bien inspirée, quand elle lui confia sa Fontaine ; en échange de nos quinze cents livres , Corlay nous a donné tout simplement un petit chef-d'œuvre de grâce , de fantaisie et d'originalité : rien ne porte là le cachet du xvme siècle ; on dirait le caprice d'un Florentin du temps des Médicis , si le type armoricain, très-prononcé dans toutes les figures , ne venait révéler tout d'abord l'ébauchoir d'un artiste basbreton , sur la dure nature duquel ?n'a pas heureureusement déteint le mauvais goût de son époque.

La fontaine de Corlay se compose de trois valves ou plutôt de trois gracieuses corbeilles superposées et de diamètres inégaux. Le premier bassin est en granit : c'est une vaste coupe toscane couronnée d'un très-élégant balcon en fer forgé ; le second est supporté par quatre chevaux marins 5 le troisième par quatre sirènes qui pressent de leurs mains des mamelles gonflées, dont l'eau s'échappe pour jaillir dans les bassins inférieurs : ce troisième bassin a pour ornement des tètes d'anges et des dauphins entremêlés. Au sommet, la Vierge Marie, les pieds appuyés sur le croissant symbolique , semble prête à s'élancer vers le ciel ; vingt jets d'eau, diamantés par chaque rayon de soleil , lui forment une couronne et une auréole scintillante.

On peut reprocher à l'artiste de Châtelaudren d'avoir mêlé le sacré au profane , et la vue de ces

belles jeunes filles, dont une queue écaillée termine le corps si gracieusement modelé , réveille tout naturellement le souvenir du classique exorde de Fépître aux Pisons :

Ut turpiter atrum

Desinat in piscem mulier formosa supernè.

Le sculpteur pourrait bien répondre à son tour qu'à tout prendre , ce n'est pas une mauvaise idée de faire ainsi fouler aux pieds les idoles du paganisme par la Mère de Celui qui a détruit dans le monde Fidolâtrie et le paganisme ; mais j'imagine que Corlay ne se piquerait pas de tant de philosophie, et qu'il se contenterait de dire qu'ayant à faire une fontaine , il a choisi , sans plus songer , celles des personnifications aquatiques qui lui allaient le mieux ; qu'il ne faut voir dans la Vierge que la Vierge , dans la fontaine que la fontaine , et dans l'ensemble qu'une élégante et pittoresque fantaisie. Ce qu'il y a de très-certain , c'est que les monstres marins ont sauvé la Vierge du vandalisme révolutionnaire. Il fut tacitement convenu que Ton ne devait voir là-haut que la statue de la Raison ou de la Liberté , et la fontaine fut respectée. Si , au lieu de chevaux marins et de sirènes , Corlay avait groupé des prophètes et des anges, on eût patriotiquement fondu cette masse de plomb pour en faire des balles.

Un ancien plan en élévation de la ville de Guingamp, que M. de Kermartin a bien voulu me corn-

muniquer, nous montre qu'au-dessus de la Fontaine, au point où se bifurquent les deux rues de la Place, existait jadis une croix en granit.

J'ai dit plus haut que les vieilles halles, propriété des Penthièvre, s'élevaient près de la Pompe : c'était un maussade édifice qui encombrait le centre de la ville ; il fut détruit dans la seconde moitié du xvnie siècle , et Ton créa , en 1775 , cette jolie place qui donne , au cœur même de la cité , l'eau , l'air et la verdure.

En 1780, le Vally, qui s'appelait très-anciennement la Motte (1), fut aplani par les soldats du régiment de Rouergue , en garnison à Guingamp : on avait le projet d'en faire une place d'armes et de l'entourer de casernes. Depuis la Révolution , le Vally a servi de champ-de-foire. On achève , en ce moment même , de le planter et de le niveler : ce sera , dans quelques années, une vaste et magnifique promenade.

(1) C'était le nom du château existant en cette place avant celui de Pierre IL — M. de La Borderie a publié , dans la revue des Provinces de COuest , Tom. L, 2° Partie, « l'inventoire fait à Guingamp, .... jour de septembre Tan i3&4, des joaux, ornemenz de chappelle,

vesselles d'argent, ménage qui furent de feu Madame Jehanne

jadis duchesse de Bretaigne et vicomtesse de Lymoges.... le& quelles choses avoient esté apportées de la Roche Deryen où elles estoienl , et livrées au chastel de la Mote de Guingamp, etc.» — Vally el Motte sont, du reste , corrélatifs : la motte était l'élévation de terre sur laquelle était assise la forteresse, et le vallis, le fossé , la circonvallation qui entourait la motte.

Le nouveau champ- de-foire, livré depuis dix ou douze ans , s'étend au nord-est de la ville, et comprend une partie des Cantons , ancien boulevard extérieur, les douves des fortifications que l'on a comblées , et le Champ-au-Roi. Le Champ-au-Roi est une petite place où Ton s'exerçait au papegault ; c'est de là que lui vient son nom : on sait que celui qui abattait le joyau prenait le titre de roi de l'arquebuse.

François II , qui s'appuya si fermement sur les milices bourgeoises dans sa lutte contre la France, du côté de laquelle s'étaient rangés les hauts barons, et qui fut l'instituteur du jeu du papegault en Bretagne, donna, le 3o septembre iZjB3, un mandement touchant « les privilèges des roys des archiers et arbalestriers » de Guingamp.

Après ce titre, qui n'existe plus, et que je trouve simplement mentionné dans les vieux inventaires , je n'ai plus de documents relatifs au papegault guingampais, qu'en i6o3. (1).

Le tir commençait au mois de mai : on n'y admettait que ceux dont les noms étaient inscrits au

(1) Il y a aux archives départementales des Côtes-du-Nord , un arrêt de la Cour des Comptes, du 5 octobre i55i, duquel il résulterait que le roi avait fait défense de tirer de l'arquebuse, et que les habitants de Guingamp auraient présenté requête pour conserver l'exercice du papegault, qu'ils faisaient souvent ; à la suite de quoi ils auraient été autorisés à s'exercer, une fois l'an, au tir de 1 arquebuse, comme on le verra ci-après.

rôle

rôle des chevaliers de l'arquebuse. La police du jeu appartenait au maire , assisté de quatre prévôts choisis par lui. En tête du rôle figuraient le roi, le connétable , le vieux roi , le procureur des bourgeois, le gouverneur de la ville, messieurs de la justice seigneuriale et de la juridiction des bourgeois ; puis , tous les anciens maires. Parmi les chevaliers, on voit des nobles , des bourgeois , des ouvriers, et même, malgré les ordonnances de i543 , des ecclésiastiques , et , entre eux , proh ! pudor! l'official. Le roi avait de gros privilèges et de petites charges : les privilèges solides consistaient dans l'autorisation de faire vendre , à son profit , cinquante pipes de vin franches de tous droits de billot et d'octroi ; les privilèges honorifiques , à être reconduit solennellement « à son Louvre , » qui était souvent une échoppe de savetier , par tous les chevaliers , le maire , le gouverneur , le sénéchal , au son de la musique • à figurer, entouré des archers et arquebusiers , à la procession de la Fête-Dieu , et à présider le tir du papegault à l'année suivante. Les charges n'étaient que de fournir le papegault au bout de l'an , de faire célébrer une messe à notes , de donner plusieurs collations a tous les chevaliers de l'arc et un dîner aux dignitaires. Quelquefois , on stipulait de plus que des écharpes de ruban bleu et blanc , seraient données par le nouveau roi au vieux roi , au connétable , aux prévôts , sergents et greffier, et même au maire et aux juges de la cour

et de la juridiction des nobles bourgeois , qui devaient les ceindre dans toutes les cérémonies où figuraient les chevaliers de l'arquebuse.

Les règlements du xvme siècle portent uniformément que les tireurs doivent « se présenter en habits décents , c'est-à-dire l'épée au côté , et non en sabots et en tablier. »

Avant l'institution du papegault , le Champ-au- Roi s'appelait le Champ—Maurroy. Ce n'est pas le seul nom de place ou de rue qui se soit modifié ou qui ait disparu depuis le xvc siècle. A cette époque, il y avait , pour aller de Porz-Anquen à Montbareil, deux rues, dont l'une s'appelait le Bourgerel suzain et l'autre le Bourgerel souzain, et qui ont été absorbées par les enclos des Sœurs de l'Hôpital et des Sœurs de Montbareil , naguères limitrophes , aujourd'hui séparés par la nouvelle route de Pontrieux. Je trouve aussi une rue de Frai-Dur ant , .en Saint-Michel ; une rue Guevel , qui est aujourd'hui la rue des Salles, et où était le manoir pres- Jbytéral de Saint-Michel , et une rue Kerdrau , aujourd'hui rue de Saint-Sébastien, La partie supérieure de la rue Saint-Michel , s'appelait la rue de Y Eglise, jusqu'à cette église ; au-delà, c'était, comme aujourd'hui, la rue Gordoc'/i. En entrant dans la ville par la porte de Saint-Michel, on trouvait la rue des Fêlures ou des Forges, qui était principalement habitée par les ouvriers qui travaillent le fer. Une moitié de la rue des Febvres avait été absorbée par

l'enclos des Carmélites ; l'autre moitié se nomma la rue de Saint-Yves , à cause de la chapelle dédiée à ce saint dans la fin du xive ou dans le commencement du xve siècle. Au carrefour , il y avait une croix -, qui donnait à cette partie de la rue , au bout souzain de la rue des Febvres , le nom de rue de la Croez. Pour venir de la porte de Tréguier à la rivière , à travers la rue des Febvres , il y avait une ruelle qui s'appelait la rue Bihan , et que les Carmélites détruisirent. Près de la porte de Tréguier était la Maison de la Monnoie et du pois de l'argent : la rue en a pris , par corruption , le nom de Potd'Argent) qu'elle porte encore. La venelle qui menait de la rue du Four du Luduec à la Cohue, et qui se nomme aujourd'hui magnifiquement rue Jean- Jacques Rousseau , s'intitulait modestement, au xive siècle , rue Traverse. La rue du Bas de la Place était la rue des Pâtissiers. J'ai parlé du Porlz- Maria et de la rue de la Porte de Rennes. Les Trotrieux se divisaient en Trotrieux- Toulquellenic , aujourd'hui Grand- Trotrieux , et Trotrieux- Lambert 3 aujourd'hui Petit- Tro tr ieux .

Du reste , on se ferait illusion , si l'on pensait qu'aux xive et xve siècles , qui nous occupent maintenant , les plus belles rues fussent alignées et bordées de deux rangs de maisons non interrompues ; chaque maison avait invariablement son courtil ; quelquefois le courtil précédait la maison sur la rue : cela existait môme autour de la cohue , dans

le centre de la ville close. En idio , à Pangle supérieur de la venelle du Moulin , vis-à-vis de la maison de Gouyquet , qui forme l'angle inférieur , je ne sais quel bourgeois reconnaissait devoir à la communauté une rente minime , sur « l'emplacement où il met ordinairement son framboys , » c'est-à-dire, hélas ! son fumier ! (1).

Guingamp, outre un certain nombre de constructions en bois du xve siècle , plus ou moins défigurées et remaniées , a conservé quelques jolies maisons de la lin du xvie et du commencement du xvii9 siècles. Les plus remarquables sont : celle qui fait l'angle de la venelle du presbytère et que distingue un charmante tourelle suspendue à la façade comme un nid d'hirondelle , et celle qui fait l'angle de la Place et de la rue Saint-Yves , où se voient les armes de la famille Jégou. (2).

Quant à la division féodale de notre cité , j'aurais été curieux , je l'avoue , d'en offrir un tableau

(1) Ces détails, ainsi que le noua ancien des rues, sont puisés dans une foule de vieux titres, tant de la municipalité que de la fabrique, et notamment dans le compte des bourgeois pour i5io , qui est un peu plus détaillé que les précédents.

(2) Je ne sais pourquoi ces armes , qui sont d'argent au croissant de gueules, accompagné de trois coquilles de même, ont été prises , par quelques-uns , pour les armes de Guingamp : il paraît même que cette grossière erreur se perpétue , car notre pauvre ville était figurée sous cet obscur blason au Congrès Régional tenu à St-Brieuc, en i858. L'écu qui se voit sur la maison du bas de la Place est parti d'un autre blason que je ne puis déchiffrer.

complet; mais je dois , faute de renseignements plus amples et plus précis, me borner à ce léger crayon : Le quartier Saint-Michel, tout entier, relevait de la chatellenie de ce nom (1); Saint-Sauveur étendait sa juridiction sur la rue de Tréguier et Traou-la- Pic ; le prieur de la Trinité revendiquait , outre le faubourg de ce nom , une partie de la rue de Porz- Anquen ; l'autre moitié de Porz-Anquen , Saint- Martin et une partie du faubourg Saint-Nicolas , appartenaient à Lokmaria ; Pabbé de Sainte-Croix ne s'étendait pas au-delà de son rayon , facile à tracer ; les nobles bourgeois étaient seigneurs de Rustang et d'une portion de Trotrieux-Lambert , peut-êlre de Ruhello ; la ville close , Trotrieux- Toulquelienic et Montbareil relevaient prochement de la seigneurie de Penthièvre. (2).

(1) Saint-Michel partageait avec Lézardrieux le privilège alternatif de faire expédier sa menée, avant toutes les autres , par les juges de Guingamp. Ce privilège de menée , qui était le droit de faire juger, par préférence , ses causes et celles de ses vassaux aux plaids du seigneur supérieur, était, comme le dit fort bien Hévin , la marque de l'importance et de l'ancienneté des fiefs. Après Saint-Michel et Lézardrieux , venait le Vieux-Marché ; puis , le Poirier, etc.

(2) Les nombreux manoirs et lieux nobles des faubourgs et de la banlieue , les Salles, Cadollan, le Penquer, le Roudourou, le Menguevel , Runvarec, Goashamont, Keribo, etc., n'avaient aucun principe de fief , que je sache.

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