TOM. H
36a LÉONCE,
JTTSTIM*
Ah ! ne l'accusez pas , il est charmant!
ufONCE.
Vous le justifiez!... cependant , son devoir... Sa situation est-elle heureuse ?
JUSTIN
Oh l bien heureuse.
LÏONCE.
Il ne vous engage pas à venir la partager f
JUSTIN
II ne sait pas où je suis.
LEONCE.
Il ne sait pas!... Et comment ne cherche-t-il pas a s'informer de votre sort ?
JUSTIN
Je ne désire pas qu'il en soit instruit
Vous ne le désirez pas!... Quoi ! c'est vous! Vous vivez loin de ce fils, sans chercher à le connaître, à vous en rapprocher^ alors il est excusable... et il serait même autorisé à croire que vous ne Taimez pas, que vous ne l'avez jamais aimé...
JUSTIN
Je ne l'aime pas, moi!... Ah! Dieu!
LIÉONCE.
Mais oui, puisque vous n'allez pas le vpir.
JUSTIN
Je l'ai vu! ( A part.) Qu'ai-je dit?
LÉONCE
, Vous l'avez vu ! et vous ne lui avez pa& appris qui vous étiez ? . ; . - ^
JUSTIN
Je ne Tai pas ose.
LEONCE.
Et s^il le sait jamais , combien il en sera affligé!
JUSTIN
Il ne faut pas qu'il le sache.
LEONCE, à{>art.
Chaque mot me surprend, me confond... (Haut.) £t quelle raison peut...
Une terrible ! Ne me la demandez pas.
LIÊONCE.
Du moins , vous pouvez bien me dire. . . Oh ! 4ites-moi seulement si vous lui avez parlé.
JUSTIN
Oh ! oui j je lui ai parlé , mais sans en avoir le projet ; je ne voulais que l'apercevoir.
LEONCE.
Et la nature ne s^est pas fait entendre chez lui?
JUSTIN
Il a paru ému.
LEONCE.
Vous ne Tavez pas serré dans vos bras?
JUSTIN
Ah! si je l'avais pu!
LEONCE.
Yos yeux ne se sont pas mouillés de larmes ?
JUSTIN
J'ai fait tout ce qui m'a été possible pour le lui cacher.
a64 LÉONCE,
Et à voti'e trouble , à votre atten^risaeflieiit... il n*a pas deviné?,..
JUSTIN
Je l'espère... Laissez, laissez-moi sortir, je le
veux. ( Il veut sortir. )
LEONCE , avec force , et le retenant.
Non , non! vous en avez trop dit... vous vous expliquerez..'. ' Ce charme qui nous entraîhe Tun vers l'autre , vos mains qui serrent les miennes!... cette pâleur!... , ce saisissement! ^1^! tu ne paux abuser mon cœur!,., tu es mon père!
iusTiN.
Non! nçn!
LEONCE.
Tu es mon père.
* JUSTIN
Ne le dites pas... ne le dites jamais... Je ne le suis point.
LÉONCE
Et tu sanglottes! et tu m'embrasses... Crois-tuqu'on puisse se méprendre â de pareilles caresses?
JUSTIN
Eh bien ! oui!... oui L. maïs qu'un silence éternel... vous vous perdriez sans retour, et je serais cause, par mon indiscrétion... Oubliez -moi; je vous le demande à genoux... à genoux s'il le faut!... qu'on ne le sa^he, jamais 1
LÉONCE
Et pourquoi ?
JI7STIII*
Je vous en conjure !
OPÉRA-COMfQUE. 366
L^oNcas.
J'aurais Pair de rougir...
JUSTÎN.
Je te le défends.
LÉOKCE.
De grâce , expliquel-votis ?
Ton sort en dépend.
LÉONCE
Que m'impoite!
JUStlN.
Le mien!
lÂùmcÉ.
Le TÔtre ?... Je me taii^ai !... Mais quel mystère inconcevable peut s^opposer à ce qu'un fils...
JUSTIN
JMtais pauvre... malheureux!... je partais... Je ne t'avais pas vu... je n'espe'rais plti^ te revoir... On m'a fait promettre... J'ai juré de ne jamais te révéler ta naissance , j'en ai fait le ^f ment , sans prévoir combien il était difficile de le tenir.
li^ÔNCË.
O mon père! cédons aux sentîniens qui nous animent tous les deux.
FINALE
O Dature ! 6 tet)d^eése !
De votre feu divin venez réttipllt itïon cœur.
Quel mûttieiii ! quelle ivresse !
J'ose à peine, mon fil», 'croire à tant de Bonheur.
"'" LÉONCE
En vous voyant , ntf 'dotix murmure ^
Me parlait en vott*e faWur.
a66 LÉONCE,
JOSTIH.
Par une apparente froideur.
J'essayais , mais en vain , d'étouffer la nature,
LÉONCE
!Ne nous quittons jamais.
JUSTIN
La raison nous^pare.
LÉONCE
La raison est barbare , Et je la méconnais.
JUSTIN
Est-il vrai ? ta tendresse....
LÉONCE
Est prête à tout oser.
Est-ce à moi d'abuser De ta délicatesse?
LÉONCE
Près de toi je vivrai.
JUSTIN
Loin de toi, je saurai
Que toujours mon fils m'aime.
LÉONCE
Mon père, c'est moi-*mtme, Moi , qui te le dirai.
JUSTIN
!Non , non !
LÉONCE
Toujours !
JUSTIN
Mon fils!
V LÉONCE
Mon père !
JUSTIN
C'est là ma volonté.
LÉOIïCE,
C'est ma seule prière , A tes genoux je Fobtiendrai,
£NS£MBL£«
O nature! 6 tendresse!
De votre feu divin, venez remplir mon cœur.
JUSTIN
O doux moment! 6 douce ivresse !
«Pose À peine, mon fils, croire à tant de bonheur!