‹ Gulnare ou L'Esclave PersanneChapitre 40 sur 203 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. DE LTMBOURG , GASPARD,

M. DE UMBOURG , en redlflgotte d'uniforme.

Voici donc mon vieux château » jusqu^à ce moment le séjour paisible de Tan^itié , le rendez-vous de chasse de pies voisins , Tasile (le Tinnocence et de 1^ pauvreté , transfoiioié , grâce à la fantaisie d^un ministre , en une forteresse , en une prison d'état ; mais les raisons qu^il me donne , le motif honnête qui le fait agir, mon cœur qui! intéresse , me (lécident à remplir ses intentions ; tu m'aidera^ aussi , mon cher Gaspard.

GASPARD

Moi, Monsieur!... et comment ça?

DE UMBOURG.

J*ai besoin de toi , mon vieux camarade ( car nous avons servi ense^ible ) ; je ne puis rien faire sans ton secours... Ce matin encore tu étais mon garde - chasse ; eh bien ! en ce moment , de ma pleine autorité , je t'érige , je te constitue , je te nomme... geôlier de )a prison dont je suis commandante

n8 ADOLPHE ET CLARA,

GASPARD

Ce n'est pas paur de bon, au moins; car ni vous, ni moi ne sommes nés pour. . .

DE UMBOURG.

Non , non ; je t'ai dit aussi que c'était un badinage , et dont le but me plaît , parce qu'il est moral , parce .qu'il tend à rapprocher deux jeunes époux légers, inconsidérés, honnêtes pourtant, que les plaisirs de la capitale , de mauvais conseils, quelques faux amis ont déjà égarés, et qui auraient fini par les perdre tout-à-fait.

GASPARD

Pour un pareil motif, je me chargerai de tous les personnages qu'on voudra ; le nom, l'habit. . . qu'importe ? quand c'est pour faire une bonne action ! • . .

DE LIMBOURG

Je te reconnais bien là ;... mais prends garde , mon ami , tremble que , sous le maintien sévère que tu vas adopter , on ne devine le bon cœur , l'âme sensible de Gaspard.

Je me piéterai.

DfE UMBOURG.

Et puis, cQtte -figure honnête... qtt'il faudra rendre dure , farouche . . . '

GASPARD

Ah, diantre!... c'est difficile, ça... Je leur parlerai sans les regarder... parce que si je les voyais tristes , effrayés , j'aurais eu beau vous le promet-

OPÉRA-COMIQUE. iig

tre d^abord , j'enTetraîs le rôle à toMS les djiables, et je leur sauterais au cou... Blji! qu'attend^^a de nous pour contribuer à leur raccompiodeinç nt ?

Tu Yas le savoir ; écouté Ja lettre ,du ministre , ' je l'ai reçue il y a environ huit jqujts : depuis ce moment , je nie suis pcciipë de chercher le3 moyens les plus propres à faire réys^ir ses projets ; voici donc ce qu*il i»'écrit s

Berfin', çé i.:,

« Mon ami,

» Vous m'avez souvent entendu pjirler de Clara, » ma nièce, charmante petite folle que j'iai ma- » née, à dix-sept ans, au jeune Adolphe de Rpm- » berg , qui à peine en avait vingt-deux ; tous deux » s'aimaient , et je me félicitais de mon choix. Une » vie trop dissipée , des conseils pernicieux , quel- » ques oppositions dans le caractère , de vrais en- » fantillages, ont produit entre eux mille petites » querelles , qui enfin ont amené une rupture se- » rieuse , sans qu'aucun pût repiioche'F à Tautre » un tort réel... Ils sont venus séparément me » porter leurs plaintes, et me prieï" de- les déli- » vrer de la cause de leurs peines ; le mari de- » mandait que je fisse mettre sa femmia dons un » couvent; la femme vpul^it aussi s'éloigner de » son mari, qui la cotitrariait sans cesse... Aucun >» des depx ne dédirait pei|t-éire au fond de son » cœur , ce qu'il flemgndait avec tant d'instapces ;

I20 ADOtPHE ET CLARA,

» j^aî voulu leur ^onn^r une leçon. J*ai feint de >> les excuser Turi et Fautre, espérant que, loin )) de îa ville et des causes de leur désunion , sous » les yeux d'un ami sage , éclairé , leur tête pour- » rart se caïmer, et leur cœur se réchauffer en- >» core... Ils partiront à une heure de distance , et » arriveront le dix chez vous (c'est aujourd'hui )ir » Je laisse à votre prudence le soin 4le les guider, » de les rendre à la raison et au bonheur. Vous » déciderez de, leur sort, et vous m'écrirez, dans » quelque temps , si je dois conserver de l'espé- » rance , ou s'il faut les abandonner tout-à-fait à » leur triste destinée. »

GASPARD

Ils vont être bien étonnés d'avoir fait tant ilc chemin pour se retrouver ensemble... Je voudrais qu'ils arrivassent. . .

DE niMlBOîJRGr.

Us ne peuvent tarder. J'ai ordonné à un piqueur de se tenir sur Ja viieille tour pour m'avertir, en donnant du cor, dès qu'U. ks apercevrait; mes autreS) domestiques, instruits de mes intentions, feront les sentinelle;^., les porte-clefs. ,

Ah !... nous en sommes tous-

DE HMBOURG.

Il n^ a pas jusqu*à mes deux petits canons. . . qui , Dieu merci ! n'ont jamais servi , et qui pourront jouer leur rôle ... ' -

GASPARD

Oui , en avanté. aux deux côtéâ du ponl-lcvis ;... foirt bien !..* et moi ?..-

UE LiMBOURG.

Toi , tu es rhomine de confiance , le concierge... Tu seras charge de veiller nos prisonniers, de les observer, de me rendre un compte fidèle de tout ce qui pourra se passer entre eux... mais il faut aller te préparer, 6t moi-même, bientôt... Tu trouveras dans mon cabinet plusieurs babils, avec lesquels nous jouyons jadis la comédie . • .

GASPARD

Et nous allons la jouer encore... et de notre mieux. Ça serait drôle ^ pourtant , si j^allais bien m'en tireré

( On entend une fanfare de cors. )

DUO

(>A5PARJ) , en regardant par la fenêtre.

Bon... J'aperçois une voiture...

Qui s'avance rapidement*

D£ JLIMBOXJRG.

C'est l'un des deux , la chose est sûre ; Est-ce la dame P

Oh! sûrement; Car je vois une caisse énorme...

DE LIMBOURG, regardant.

C'est sa harpe dans son étui*

GASPARD

Des cartons de plus d'une forme...

DE UMBOURG.

Tous les chiffons que l'on porte aujourd'hui

6ASP\RD.

Vous irerrez, monsieur, qu'elle espère Nous séduire par sa beauté...

DE LIMBOÙRG.

Des frais pour nous!... en vérité !

C'est avoir trop de bonté.

ENSEMBLE

i^exe charmant on a beau faire ^

Contre vous un ordre porté ^

Peut vous ôter la liberté ;

Mais jamais le désir de plaire; ,

DE LIMBOURG

Peux-tu distinguer son visage ?

GkSPkKD,

Un voile cache ses attraits..;

DE UMBobRo; Elle descend... joli corsage...

GASPARD

Nous allons voir ça de plus près; Mais, bon Dieu!... Mais quel assemblage Et de livres.... et de paquets !...

ENSEMBLE

Sexe charmant, etci

GASPARD

On va la faire entrer dans la salle... du conseil; hioi je passe les guichets, je me renferme dans mes fonctions, je fais Jouer mesverroux, et je parais quand M. le Coiilmandant nie fera Thontieur de m'appeler.

liE LIMBOURG;

On la conduit ici ; éloignons-nous un peu , pour observer Timpression que lui fera ce séjour, et juger du ton que je dois prendre avec elle.

OÇÉR A- COMIQUE. ia3

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