SCÈNE m
M. DE LIMBOURG, en haUt d'offider ( CLARA,
L'EXEMPtv
t'EXEMPT, à Clara.
Voici M. le commandant, (n s'en va.)
OPÉRA-COMIQUE. laS
DE UMBOUBG.
Soyez la bien-arrivée , Madame ; j'avais recommande qu^on vînt m*avertir dès que vous seriez descendue de voiture ; mais les détails de cette maison , le nombre des t)ri5ont)iers dont je suis cbargéb,. pardon... Me voici à vos ordres.
CLARA
Il me semble , Monsieur ^ que c^est moi qui suis aux vôtres ; car j'attends. . .
DE ilMBOURC;.
C'est fini... je suis à présent tout à vous... qu^on monte les effets de Madame à la troisième chambre de la se<^6ndé tour , au-dessus de la poterne , celle dont la fenêtre donne sur les fossés , n® 107 : (A Clara.) elle cst asscz commode.
CLARA
Mais , Monsieur , ma femme de chambre . . .
DE LIMBOURG
On en aura grand soin; l'ordre porte qu'elle sera séparéfe de vous , et qu'on la renverra de suite à Berlin; Il paraît qu'on a quelques reproches à lui faire, et que l'on craint que ses conseils... Madame est mariée ?
CLARA
Hélas ! oui ^ Monsieur.
DE UMBOURG.
T7n mari jeune... aimable , sans douté ?
CLARA
Un taionlstre y Monsieur»
DE UMBOURG,
Madame était donc malheureuse ?
CLARA
Vgus ne pouvez pas vous figurer à quel point...
DE IJMBOt7RG.
Il était infidèle peut-être?... C'est difficile à croire en vous voyant... joueur... de'rangé?. . .
CLARA
Tout , Monsieur , tout ce qu'on peut être ! . . .
DE MMBOURG.
Honnête pourtant.
CLARA
Oh! oui! oh! pour ça... loyal, brave... il n'a jamais eu de torts qu'envers sa femme.
DE MMBOURG.
C'est toujours quelque chose, mais il n'en est pas moins impardonnable i
CIARA»
N'est-ce pas , Monsieur ?
DE LIMBOUR&i
D'autant plus que , d'après ce que vous me dites , et ce qu'on m'a e'crit , tout porte à croire que c'est à sa requête , sur ses pressantes sollicitations que le ministre a délivré l'ordre fatal . . .
CLARA
Quoi! c'est mort mari qui â*.. oui, oui, c'est lui, j'en suis sûre... je le reconnais bien là ; je le détestais déjà... 'mais à présent.
DE TJMBOURG*
Il me semble que vous ne pouve:^ guère faire
OPÉ;R A-COMIQUE. 127
plus pour lui... Je vous plains bien sincèrement ; déjà je m'intéresse à vous... on m'avait trompe : on TOUS avait peinte à moi comme une femme légère , évaporée... et je vois que vous êtes une victime de ^injustice . . .
CLARA
Oui, Monsieur, une victinie..i c'est le mot!
Ah ! quelle indignité ! il faut bien prendre son parti pourtant... Et dites-moi , à quoi passe-t-on le temps ici ? je crains d^ périr d'ennui ...
DE UMBOURG.
Nous ferons tout ce qu'il nous sera possible pour vous distraire de vos chagrins ; d'abord , nous avons la promenade^
CLARA
On se promène ?
DE LIMBOrRG.
Deux fois pat jour.
CLARA , montrant le jardiîi.
Dans le i . .
DE ltMbovrg.
Dans la cour.
Dans la cour I . . .
DE LIMBOURG
En long et en large... au choix du prisortnien
CLARA
C'est bien agréable. Et quel autre {)laisir encore ? • . .
DÉ LIMBOURG
On remonte dans sa chambré : là , on se traD-^ quillise ; on peut lire ou dormir.
CLARA
Comment , on permet tout cela ! mais c'est un lieu de délices.^, et voilà la vie qu'on mène dans le château dont Monsieur est le commandant ?
DE UMBOURG.
Tout le monde n'est pas encore aussi bien traité ; nous avons , pour ceux qui refusent d'obéir... mais... avec ies dames. . .
CLARA , avec humeur.
Monsieur , voulez-vous bien me faire conduire dans ma chambre ?
DP LIMBOURé, tirant sa itiontre.
J'y consens... vous avez pourtant la permission de causer encore un quart-d'heure avec moi , si cela peut vous être agréable.
CLARA , îroDÎquement.
Sûrement., ce seràiti.. mais je craindrais de m'amuser trop dès le premier jour, et je veux ménager mes plaisirs . . «
DE LIMBOURG
A votre aise... il faut alors que je fasôe appeler le porte-clefs, le geôlier, les sentinelles... (il fait
signe à un soldat qui approche. ) LcS paSSagCS SOnt-ils bien
gardés ? la garnison sous les armes , le pont-levis , les canons?. . .
CLARA
Est-ce pour moi qu'on fait tout cela P... Eh, mon dieu! Monsieur, traitez -moi avec moins de cérémonie... et, si c'est pour m'effrayer, je vous
OPÉRA-COMIQUE. lag
assure... (Atcc une politesse ironique.) que la figure d^un de ces Messieurs suffît bien.
DE I JMBOURG , au soldat
Remerciez Madame. , et conduisez-la.
( Op en|efi4 le çor. ) CLARA.
Qu'est-ce ceci ?
DE UMBOURG*
C'est un prisonnier que j'attends... et qui arrivera d'ici à un quart-d'heure » ce signal me Tannonce.
Un prisonnier !,.. j^aurais mieux aimé que ce fut une compagne»
DE LIMBOURG
Je le trouve bien à plaindre, si ce que Ton m'a écrit est vrai.
CLARA
Il est malheureux !... vous m'intéressez en sa faveur... peut-on savoir son nom ?
DE UMBOURG.
Il vous le dira lui-même ; vous pourrez vous trouver quelquefois avec lui... aux heures du repas , par exemple ; vous mangerez à la table du commandant ; si le prisonnier mérite cette grâce , dès ce soir je Tin viterai ...
CLARA
Dès ce soir!... mais... puis-je me montrer?. . . je suis si horriblement fatiguée du voyage !... ma figure doit être»... -
i3o ADOLPHE ET CLARA,
DE UMBOURG.
Elle est fort bien , je vous assure... d^ailleurs , (Souriant.) VOUS n'avez pas ici 1^ prétention...
CLARA
Ghi non... non, je vous le proteste... tous les hommes à présent... mais... ( Gaimcnt.) on ne veut pas faire peur... e| je pense bien qu'en quittant cette robe , et mettant un autre chapeau...
D£ UMBOURG , aussi gainrent.
Un autre chapeau... soit.
CLARA
J'en ai un délicieux!... A quelle heure soupet-on ?
DE LIMBOURG
Dans deux^ heures.
CLARA
Oh ! bon !... j'ai le temps de faire un peu de toilette...
DE LIMBOURGf
En deux heures... oui.
CLARA
Mais, qui me servira?...
DE LKMBOURG , appelant.
Sentinelle !
CLARA
Comment, Monsieur!...
DE LIMBOURG , sérieux.
Avertissez la femme qu^on a retenue, pour servir Madame... (A Clara.) Vous en serez contente , et croyez que tout ce qui tient aux égards
OPÉRA-COMIQUE. i3i
qu^on doit à votre sexe , vous sera accordé avec le plus grand plaisir. ^
Vous êtes un homme charmant ; vous prenez part à mes malheurs... je vole à ma toilette. Je vous salue^ Monsieur le commandant... ( Près dt r escalier.) Commieot! c'est pjir Ik?...
DE LIMBOURG
Oui , Madame.
CLAKA.
Quel escalier!... ah! Thorreur! jamais je ne monterai...
DE JJNBOURG.
C^est le seul qui puissp mener à vptre appartement.
CLA9.A
Le seul! allons... (ironiquement.) Si tout répond ici à ce que je vois en ce moment... vous pouvez vous vanter, Monsieur le commandant, d'avoir là une bien jolie habitation.