‹ Gulnare ou L'Esclave PersanneChapitre 64 sur 203 · LYSANDRE, SCAPIN · texte numérisé non relu

LYSANDRE, SCAPIN

( Tous deux entrent en rèrant , et marchent* pendant la ritournelle

de Tair.)

SCAPII^.

AIR

Promenerons-nous bien long-temps?

Monsieur !... au moins une parole :

A Scapin contez vos tourmens; Parler de ses maux en console :

II vous écoutera , Yous plaindra, Gëmir^ , Pestera, Jurera...

Et, s'il vous prenait quelqu'envie , De terminer le cours de votre vie, A temps il vous arrêtera.

Hein? quoi? rien, votre cœu^ soupire, Le mien répond par un soupir...

Promenons-nous donc sans rien dire , Puisque telle est votre plaisir.

Promenons-nous donc sans rien dire , Puisque tel est votre bon plaisir.

( Gaiment.)

Promenons-nous donc , Promenons-nous donc.

TOH. II. la

i82 L'IRATO,

LT&AKBRE , noblement et en charge.

Assez,

SGAPIN,

Votre oncle, le seigaeur Pimdoi^he, tous a envoyé chercher.

LTSANDRE.

Je le sais.

SCAPIN

Et vous savez aussi que lorsqu'on le fait attendre...

LTSANDEE.

Il attend?

SCAPIN

C'est incontestable. Mais il peut aussi , dans son

impatience, nous...

I4TSANDBE.

Ah ! de grâce , Scapin , respecte ma douleur ! tu la connais , tu la sens , tu la partages ! Vingt fois nous en avons pleure ensemble , et si tu n^as rien de mieux à faire en ce moment , nous confondrons encore nos larmes.

SCAPIN , tirant son mçMcboîr.

Ah, Monsieur! si cela peut vous faire plaisir; me voilà tout prêt , et vous pouvez commencer.

LYSANDRE , après l'avoir regardé en soupirant.

Est-il un mortel plus malheureux que moi !

SCAPIN

Je ne vous ai j;amais dit k contriiire.

IiTSANDRE.

D'abord un oncle qui m^aime , que j'aime!...

SÇAPlN.

Que nous aimons!

OPÉRA-COMIQUE. i83

Maïs dont le caractère , bizarre , colère , emporté !...

SGAPIN.

Contraste merveilleusement avec votre calme , votre sang-froid imperturbable.

LTSANDRE.

Qui, a la moindre contrariété, peste, gronde, jure, bat...

SCAPIN

Il dit que cela est nécessaire à sa santé.

LYSANDRE

Ah ! mon cher Scapin , puisses-tu souvent contribuer à prolonger ses jours!

SCAPIN

Je vous remercie de la préférence !

LYSANDRE , reprepant le ton noble.

De plus 9 ma maîtresse... la charmante Isabelle...

SCAPIN

Nous y voilà !

LYSANDRE

Depuis un mois , je n'ai reçu aucune nouvelle de cette tendre amante.

SCAPIN

Et un mois , c^est un siècle pour des cœurs tels que les nôtres!

LYSANDHE.

Dans le fond de Fltalie! s'il lui était arrivé quelque malheur ! elle était sans fortune ! . . .

SCAPIN

Et par conséquent sans embarras... Les filles

i84 L'IRATO,

jolies ne manquent jamais absolument de ressources. Il y a toujours le chapitre des événemens.

LYSANDRE , avec indignation, et mettant la main sur ton ép<^e.

Scapin !

SCAPIN

Pardon , Seigneur! Oui , je connais romme vous la vertu de la respectable Isabelle , et je sais...

LTSANDRE.

Elle n^a pas répondu à la lettre la plus passionnée , la plus . . .

SCAPIN

Une lettre que j'ai mise moi-même à la poste !

LYSANDRE

Ah , mon cher Scapin !

Ah, mon cher maître! (Voyant que son maître reste appuyé' sur lui, il se dégage.) A mon tOUr , s'il VOUS plsut.

En confident discret, j'ai écouté vos chagrins, qu'il me soit permis à présent d'exiger que vous entendiez le récit lamentable de mon sensible cœur.

( Il recule , et marche en acteur tragique.) Ventre ! té te ! sang !

VOUS souvient-il de la suivante d'Isabelle, compagne et amie de sa maîtresse, plutôt que sa femme de chambre ? Elle était la dépositaire de tous ses secrets ; c'est dans son sein qu'Isabelle avoua qu'elle vous aimait , et sans doute c'est dans le sein d'IsabeUe que Nérine déposa ses tendriessentimens pour Taimable Scapin. Eh bien ! Seigneur , eh bien! le croirez-vous? Depuis un mois séparés, fugitifs, errans, Nérine n'a pas instruit son amant

OPÉRA-COMIQUE. i85

de son sort ; son amant n*a pas reçu une seule lettre de la belle main deNérine. Et, pourquoi n'en a-t-il pas reçu ? Pourquoi ? C'est que Nérine sait aimer et ne sait pas écrire.

LYSANBRE.

As-tu. tout dît?

SGAPIN,

Tout.

LYSANDRE

Tant mieux ! Je reprends : Oui , divine Isabelle » vous m'aimez encore !

SCAPIN

Je continue : Oui , céleste Nérine , vous... Mais pourquoi nous gêner, Monsieur ? Parlons tous les deux à-la-fois, pour qu'aucun des deux ne soit obligé d'écouter Tautre ?

LYSANDRE

Je le veux bien. Parlons à-la-fois-

DUO

ENSEMBLE

Jurons de les aimer toujours ; Promettons-leur les plus tendres amours.

LYSANDRE

Je perdrais mille fois la vie...

SCAPIN

I^ soleil fioii*a son cours...

ENSEMBLE

O maîtresse chérie !

Avant que je t'oublie.

LTSANDHE.

Puisse le ciel et sa vengeance , Me poursuivre jusqu'au tombeau!

i86 L'IRATO,

^ SCAPIN

Puisse mon mâttre et sa prudence Me poursuivre jusqu'au... caveau. •

ETÏSEMELE.

O maîtresse chérie ! Avant que je t'oublie.

LTSÂI9DRE.

Toutes deux méritent un cœur.

SCAPIN

C'est peu qu'un cœurl... une couronne !

LTSANDRE.

Bien plus encor !

SCAPIN

Bien plus , Seigneur.^

LTSANDRE.

Oui, bien plus.

SCAPIN

C'est...

LtSANDRE*

Notre personne !

ENSEMBLE

Jurons de les aimer toujours ; Promettons-leur les plus, tendres amours.

Bonheur et tendresse!

Soupirs et caresse, Transports , allégresse , Trop heureuse ivresse , Doux épanchemens , Doux ravissemens !

Non , jamais sur terre , On n'aura goûté De félicité Plus extraordinaire.

Mais que dites -vous du projet de votre oncle?

On assure qu^il fait venir de je ne sais où , je ne sais quelle parente de sa femme, dont nous n'avons jamais entendu parler.

lysanDre.

Ni lui non plus !

SCAPIN

Et pour la marier à votre ancien précepteur , le docteur Balouard , vénitien de naissafice , pédant de profession , sot par natute , rampafnt paor habitude « et qui se laisse quereller et battre , datis' l'espoif de vous souffler la succe^ioti.

LTSAKDRE , prenant sa tabatière.

Scâpin , sais-tu bien que je <^ains qu'il ii*y réu^ sisse?

SCAPIN

QueUe trancpiillité! peut-on. . •

LYSAKDRE , prensmt dti Uitat,

Moi , tranquille ! Tu t'y connais ! je suis fu* rieux !

SCAPIN

Il y parsdt!

LTSANDRE , frmdement, et tirant sa montre.

Mais à propos , je crois me rappeler que tu m'as dit que mon cher oncle m'attendait depuis une heure... J'y cours, (il reste.) Je te laisse, Scapin, rêve, imagine, trouve surtout, et soutiens -toi que , dans les affaires importantes , rien n'est plus dangereux que de perdre un seul instant

i88 L'IRATO,

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