TRIO
OSMIN
Seîd , écoute ma prière !
C'est à moi de sauver un père ; Et je dois m'immoler pour lui.
GULNARE
Seid, écoute ma prière!
A mon amant, pour rendre un père, Je dois m'îmmoler aujourd'hui ; Ah! Seid, daigne m'écouter.
OSMIN
C'est moi seul que tu dois entendre.
TOUS DEUX
A tes genoux je vais rester ; Seid , promets-moi de me vendre.
GULNÀRE.
S'il faut le savoir malheureux.
OSMIN
S'il faut la voir infortunée!...
TOUS DEUX
Ciel , termine ma destinée !
Le trépas vaudrait £ent fois mieux.
SEID, examinant Guinare.
La taille leste, bien tournée! Elle a ma foi de très beaux yeux ; Le bras , la main, le pied au mieux,
gulnâre.
Trouves-tu ma taille élégante ?
Me tiens-je bien ?... je sais un peu danser , Et quelquefois lorsque je chante , Ma voix parah intéresser.
SEID
Oui , je le crois. ( à part) Elle est charmante.
GULNÂRE, le tirant àpart.
Mais , mon cher Seid, tu sens bien
Pourquoi Gnlnare ici se vante?
Tu sais quel motif est le sien?
SEID
Oui , je le sais. ( h part) Elle est charmante.
OSMIN
£coute à ton tour.
SEID , regardant Gtilnare.
Bien , très bien.
OSMIN
Je possède mainte science ; JTai parcouru bien des climats, Je puis être utile aux combats ; J'ai du savoir... de la prudence...
Si je me vante , tu sens bien Pourquoi je veux la préférence?
Tu sais quel motif est le mien.
Oh ! oui... je sens... c'est bien , très bien ; Et les vertus , et la science , Et la valeur , et la prudence...
Ici cela ne se vend rien.
OSMIN
Âh! quel chagrin!
GULNARE
Douce espérance !
Je pourrais adoucir tes mauir.
' OSMIN
Plus de bonheur , plus de repos !
GULNARE , à Seid.
Oh! prends pitié de ma douleur extrême !
Je dois faire cesser ses pleurs.
OSMIN
Faudra-t-il perdre ce que jVme!
C'est le plus grand de mes malheurs.
i8 GULNARE,
OSMIN , GUIiNARE.
Seid , daigne exaucer mes vœox , Ah! c^est moi que ta dois entendre ; Qu^elle soit libre et toujours tendre !
Qu'il soit tranquille et toujours tendre!
^ \ SEIB.
M I Calmez- VOUS, amans généreox;
Non, non, je ne puis m'en défendre, Vous l'emportez sur un cœur tendre , Et... je vous vendrai tous les deux.
SEIB.
A présent; parlons raison... Tenez, mes amis, je ne veux pas vous tromper , ni vous voir perdre le fruit de votre voyage et de votre sacrifice : dans une jeune femme , une jolie femme ! on trouve toujours ce qu'il faut pour séduire les yeux , toucher un cœur , enflammer Timagination , avec cela on va loin ; on charme les connaisseurs ; on ferait même des dupes si cela était nécessaire... (A Osmin.) Mais pour vous, qui êtes un bon fils! un amant tendre , délicat , un savant , un hônmie d'esprit... Ah ! mon cher Osmin , je vous l'ai dit , comment diable voulez-vous que dans une viUe comme celle-ci je trouve le débit d*une pareille marchandise ?
GULNARE
C'est donc moi qui aurai le bonheur...
OSMIN
Quoi ! je souffrirais ?...
GULNARE, à Osmin.
Il faut se soumettre , il le faut... c'est un devoir
OPÉRA-COMIQUE. ig
sacré!... Famour devait bien s'immoler une fois à la reconnaissance.
S£ID f «e parlanL
De mieux en mieux ! une expression dans les traits î une grâce, un son de Toix!.... (Arec joîe, à Osmin. ) Mon chcr Osmin , soyez tranquille.
OSMIN
Comment?
SEIB.
Elle ne tous restera pas , j^en réponds.
OSMIK.
Ah ciel!