MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES-ÉDITEURS
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La chronique de Gusmaii, le Cid de Tarifa, est peut-être la plus belle page de Thistoire d’Espague; Gusman estleBrutus chrétien. Plusieurs poètes espaguols ont mis au théâtre le dévouement sublime et les déchirantes angoisses de sa femme dona Maria Coronel. Le Romancero et ses vieilles légendes ont inunoitalisé le nom de Gusman t. Bueno , et rien n’est touchant à lire, dans ces chroniques populaires, comme l’iiistoire du serpent tué en Afrique jtar le héros espagnol pendant son exil.
Après le succès de Gusman le Brave, la picmière expression de gratitude doit s’adresser, au nom de tous, et en mon nom, à son excell<‘o‘'“ M. Achille Fould, ministre d’État, qui , -par sa pui..o«.xie mitiative et les conseils de son goût si éclairé, a transformé la salle de l’Odéon, et a fait de ce théâtre le plus beau monument artistique de Paris.
M. Alphonse Royer, le nouveau ‘directeur, n’a reculé devant aucune dépense pour donner à Gusman une hospitalité scénique digne de ce glorieux nom. Dans les bien sincères remerclmcnts que j’envoie à M. Royer, j’en réserve la moitié pour son ami M. Gustave Vaëz; par ses conseils, son goût et son expérience, M. Vaëz m’a rendu facile le travail de ces cinq actes espagnols, que les exigences de la scène française hérissaient de tant de difficultés.
Maintonant aux artistes qui ont enlevé ce grand succès. Et d’abord à Ligier, ce conni'dable de l’art tragique, à cette liante intelligence qui a rendu tant de services an.x poètes, eu donnant aux vers ce relief, ce erdoris, cet éclat , cette mélodie parlée, qui font de l’alexandrin la langue de, l’aristocratie dramatique et de la suprême distinction à Mélingue, qui a eu la bonne idée de s’arracher aux douceurs de sa délicieuse villa pour remonter sur le théâtre où elle a été reine, et pour faire ■ triompher doua Maria Goronel, avec tant de larmes, tant de sensibilité maternelle, tant d’énergie sublime et de poignante désolation; — à Brésil, qui a créé le réle de José avec une verve, une originalité, une puissance si merveilleuse ; qui a ressuscité, même sous le côté plastique, une de ces colossales figures du moyen âge, un des hommes d'armes du Cid; — à M. Vonoven, ce jeune et brillant lauréat du Conservatoire, qui a délmté, dans le rôle difficile de don Pèdre, avec un éclat plein d’avenir; — à M. Fleuret, le superbe Aliatar, vrai comme un More grenadin oublié vivant dans l’Alhambra' depuis la bataille du Guadalquivir; — à MM. Talbot et Harville, qui , dans des rôles trop courts et trèsdifficiles pourtant, ont rendu un si grand service à l’exécution < de l’ensemble; — ù M"® Roqueville, qui doit retrouver à Paris ses triomphes de Bruxelles , et qui a dormé au personirage historique de dona Sol une grâce, rmc beauté, une poésie, une tristesse si touchantes; — à M“* Bércngère, le plus charmant chembino d’ amore qu’on puisse voir dans l’armée féminine des pages lutins; — à M"® Alix, qui, en se chargeant d’un petit rôle, a prouvé qu’elle était digne d’en jouer uu plus grand; — et, pour finir, encore â Ligier, qui, après plus de cinq siècles , ressuscite avec tant de noblesse et de fierté castillane cet héroïque Gusman , le sublime chrétien de Tarifa , le Brutus baptisé.
GUSMAN