ACTE V
DONA MARIA
Je le sais. Maintenant s’il vous reste dans Tûme Une ombre de pitiés dites, dois-je espérer,
Dois-je mourir? j’attends.
GUSMAN
L’émir... peut différer...
DONA MARIA
Vous ne le croyez pas; la langue embarrassée N’est jamais bien sincère et trahit la pensée.
Je vous demande un mot , un seul , car le temps fuit Qu’avez-vous décidé?
GUSMA«.
Maria , cette nuit
Un message est venu m’annonçant l’arrivée Du roi don Sanche; ainsi , cette ville est sauvée,
Si nous tenôns un jour de plus, si nous gardons Un seul jour Tarifa , si nous la défendons A tout prix , sans peser ce que cela nous coûte.
C’est le cri de l'Espagne, il faut que je l’écoute.
On fait , autour de moi , de solennels serments De refuser tout pacte avec les musulmans.
Peuple, armée, ils ne font qu’une seule famille;
Et , pour donner le temps à leur roi de Castille D’arriver jusqu’à nous, ils mourront , s’il le faut. Soldats sur le rempart, martyrs sur l’échafaud.
DONA MARIA
C’est résolu! ma voix ne peut être écoutée.
Et d’un fils , froidement , la mort est acceptée Par toi ! — Je te connais seulement de ce jour ;
Ta gloire de soldat voilà ton seul amour !
Et voir par l’Africain cette gloire wlipsée Voilà ta senlo crainte ; oui , ton âme est glacée.
Oli ! ces hommes de guerre ils n’dht jamais de pleurs! L’airain qui vous cuirasse est la chair de vos cœurs. Rien d’humain ne palpite au fond de vos entrailles, Vos triomphes sont faits avec des funérailles;
Vous vivez dans la mort , et vous êtes joyeux Quand les mères n’ont plus de larmes dans le£ yeux.
Arec ironio.
Don Sancho ! oui , tu lui dois tout donner, en mémoire Des affronts qu’il t’a faits! Et pour toi quelle gloire, Quel triomphe nouveau! Toute l’armée en chœur,
A tes pieds, chantera tes vertus de vainqueur;
Le roi, te nivelant au sommet de sa taille, T’embrassera domain sur le champ de bataille;
Mais les fleurs de la fête, ô héros triomphant.
Seront rouges, ce soir, du sang de ton en^mt!
(iUSMAX, calme.
Je dois tout respecter, même votre ironie ;
Par la douleur en vous la justice est bannie.
Mais Dieu , qui sait tout lire au fond des cœurs blessés, Voit couler dans le mien les pleurs que vous versez.
— Voulez-vous le sauver votre fils? — J’abandonne La ville aux Africains; dites que je l’ordonne.
Mais réfléchissez bien avant le repentir!...
Voyez tous ces lieux saints que la foi fait bâtir,
Ce n’est pas seulement au roi que je les garde.
Mais au Dieu des chrétiens qui là haut nous regarde.
Montrant la croix élerée sur lo pilier de pierre.
Cette croix , tout un peuple, à ma voix renaissant. L’incrusta dans la pierre où régnait le croissant...