SCENE X
Les MÊMES, PATOULET, chargé de fialti.
patoulet. Je suis lo plus heureux des hommes. . . je tiens mon uouveau procédé.
Tiens, tu étais là, bobonne?
M"* PATOULET. Oui, mon ami.
patoulet. As-tu fait connaissance avec mon nouveau clerc?
M"* patoulet. Oui, mon ami ! nous avons échangé quelques paroles insignifiantes.
patoulet. Es-tu contente de lui?...
M 1 ** patoulet. Mais dame I s’il vous va !
patoulet. S'il me va... je crois bien!...
eh bien, mon jcuue homme, où eu sommesnous?. ..
rifolet. Je grossole, patron, je grossoie.
patoulet, à son instrument. Bravo t diamant brut enchâssé dans un habit râjié. ..
Est-ce que tu ne sors pas aujourd’hui, Èvaugélinet...
M"** PATOULET. Non, mon ami.
patoulet. Ça se «rouie bien, j’ai hâte d'essayer mon collodion... jo vais faire ton portrait. •
M m ' patoulet. Mais j’en ai déjà douze!
% fatoulet. Ça te fera le demi-quarteron. ..
d’ailleurs, c’est par un nouveau procédé, et puis tu prendras une nouvelle pose... ainsi, fais moi le plaisir de poser cinq mmutes.
cinq petites min mes.
M"" patoulet. Vous savez bien que ça me donne des torticolis.
patouiet. Tu n’as qu’à prendre une pose excessivement naturelle... Tiens, courbe-toi courbe les rems, comme ça... arrondis lé bras... de celte façon... penche la tête et regarde du côté de notre nouveau clerc Rêve à quelque chose de mélancolique et de doux et puis cette main.. . comme ceci. . bien naturellement. (/< la fait poser comiquement.)
patoulet. Vous faites de moi tout ce que vous voulez. {A part.) Ne le contrarions
pa«. (Haut.) Est-re bien comme cela?...
{Elle regard $ Rifolet avec douceur.)
patoulet. Tu es charmante!
rifolet, d part. Quel oeil vaporeux!
patoulet. C’est parfait ! souris encore un peu... souris à mon clerc. A merveille! ne bouge pas, jusqu'il ce que je te dise, fait, ah! fait! {Il te place tous la toile.)
rifolet. Ah ! que vous ôtes belle ainsi!
m- patoulet. Silence, don Juan !
patoulet. Qu’est-ce que tu dis, bichette?
J,»* patoulet. Rien, mon ami, je pose!
rifolet, d part. Ma foi 1 je m’empare de ma lettre de change. . . non pour l’escroqner, fil... mais pour gagner du temps ..
patoulet. Ne bouge pas I rifolet. Mais comment m'en aller, sans exciter les soupçons? (A madame Patoulet.) Oh ! ne me regarder pas ainsi, c’est a me rendre fou.
m"* patoulet. Dame f c’est mon mari qui le veut
patoulet, sortant ta lite de dessous la machine. Prends un sourire plus expressif, si tu peux, cl ne me trouble pas ; je compte les secondes , et pendant ce temps, le grand œuvre s'accomplit. ( Tournant le dos et suivant l'aiguille.) Quinze, reize, dix sept, dixhuit. [Il continue mentalement )
RIFOLET- Mais ce sourire appelle un baiser. {Il s'approche et l'embrasse. ) patoilet. Trente-trois... trente-quatre...
trente-cinq... trente-six... ne bouge pas, ma chérie.
m** patoulet. Vous abusez de ma pu tion... laissez- moi.
rifolet. Remarquez que je ne dérange pas la pose.
patoulet. Quarante-huit... quaranteneuf... cinquante. .. c'est fait ! [Il ta fermrr ton instrument, Rifolet se rejette sur la table.) Je crois que l'épreuve sera bonne!
(Il plonge sa plaque dans un vase.) Laissonsla se fixer... nia» qu'as-lu donc, madame Titoulel? tu es rouge comme une cerise!
M"* patoulet. Pourquoi me faites-vous prendre des positions aussi difficiles!...
patoulet. Elle était très naturelle pourtant. .. Quel malheur que lu n'aies pas eu la rjbc décolletée?
patoulet. Oui 4 il ne manquait que
cela !
patoulet. Voyons!... l’épreuve me paraît confuse... Évangéline, tu auras remué?
M”* patoulet. Mais non.
patoulet. Tu auras remué... c'est impossible autrement. Ah ! voilà que ça se débrouille nu peu... c’est étrange... il y a quelque chose près de ta joue. .. mais ce quelque chose est une bouche !... cette bouclie lient à une téle d'houimeî... et cette tôle... c’est celle... damnatioul... vengeance!!
patoulet. Patoulet , écoute-moi ! il n'en a pris qu'un, mon ami : tu m’avais fait prendre une pose délicate, je n’ai pu medéftmlie, cet homme est atteint d'aliénation mentale, il ma menacée d’un pistolet.
patoulet. Il est donc armé?... c'est un voleur ! le vol au baiser.
RIFOLET. Ëb bien oui ! je suis un délrous- j seur de maris, un voleur de baisers.. . Un bai- 1 ser ou la vie ! voilà ma formule ! et malheur aux Patoulet oui se mettent sur mon passage ! Je voulais un baiser de ta femme, j'en ai pris deux, monsieur; j'emporte là du bonheur pour tonte la semaine.
patoulet. Mais tu n'es qu'un escroc !
Au secours t à moi! Adélaïde! au secours, à la garde t
rifolet. Laisse-moi passer, ou je te mords!
ENSEMBLE