‹ Gustave Nadaud et la chanson françaiseChapitre 14 sur 31 · LE NID ABANDONNE · texte numérisé non relu

LE NID ABANDONNE

Dans un jardin du voisinage Deux merles avaient fait leur nid ; Trois reufs furent le témoignage Du doux serment qui les unit.

Je les ai vus sous ma fenêtre, De la pointe à la fin du jour, Couver, trois semaines peut-être, L'espoir tardif de leur amour.

Les petits ont vu la lumière ; J'entends leurs cris ; il faut nourrir Celte jeunesse printanière Qu'on craint toujours de voir mourir

Que de soucis et que de joie !

On ne peut rester endormi :

Sans cesse il faut guetter la proie; Il faut éviter l'ennemi.

9*2 GUSTAVE SADAUD ET LA CttANSON FRANÇAISE

O vertu, tendresse immuable, O soins constants, travaux passés, Par quel amour insatiable Serez-vous donc récompensés T

Ce matin, des cris de détresse Dans le jardin ont résonné :

Les merles voletaient sans cesse Autour du nid abandonné.

Sans doute, un épervier rapide, Une couleuvre aux yeux perçants, Ou des enfants, troupe perfide, Auront surpris les innocents?

Non, dès qu'ils ont senti leurs ailes, Les ingrats ont tui pour toujours, Avides d'amitiés nouvelles, Oublieux des vieilles amours.

Ils vont étaler leur plumage, Voler et chanter dans le ciel, S;ms entendre le cri de rage Qui soit du buisson paternel.

A quelles cruelles épreuves SerOQl soumis les fils ingrats !

L'affection, comme les fleuves, Descend el ne remonte pas,

GUSTAVE n.VDAID El LA CHANSON FRANÇAISE 93

Allez, enfants, douces chimères, Rêves menteurs qui nous charmez, Vous n'aimerez jamais vos mères Autant qu'elles vous ont aimés.

Remarquez ici, comme tout s'enchaîne heureusement et gracieusement, peu à peu l'émotion se fait plus intense et arrive attendrissante dans les derniers quatrains.

« L'affection, comme les fleuves, « Descend et ne remonte pas ! »

Quelle maxime profonde en ces deux vers 1

Nous avons souvent entendu dire ce poème, et toujours il a émotionné jusqu'aux larmes le cœur des mères... cependant qu'une mélancolie passait sur le front des pères !

C'est dans ce genre, que Nadaud n'est pas suffisamment connu, car il écrivit ces poésies, après la guerre ; dans le même ordre, il faut lire :

Grand-père, vous nètes pas vieux, rien de plus exquis, et ce poème doit figurer dans les poésies classiques des écoles du gouvernement.

Nous poursuivons notre étude, dans le jardin des rêves du Chansonnier-Poète et allons nous arrêter un instant à ses Chansons humoristiques.

Cette série se compose de 18 chants.

Nous allons nous rencontrer ici avec l'esprit, la

iinesse d'expression et l'à-propos, qui caractérisent Nadaud.

Nous détachons de cette gerbe : Le Secret du bonheur.

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