‹ Gustave Nadaud et la chanson françaiseChapitre 2 sur 31 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Après avoir conté, l'an dernier, avec une érudition certaine alliée à une charmante simplicité, la vie du « Bonhomme Béranger », voici qu'aujourd'hui Eugène Vaillant, le charmant troubadour normand, nous conte celle de Gustave Nadaud.

Et, comme cette publication est faite au lendemain de la mort d'Ernest Chebroux, le doux poète qui fut l'ami et l'exécuteur testamentaire de l'auteur des Deux Gendarmes, Eugène Vaillant en profite pour associer, dans un suprême hommage, le Maître et le Disciple... et cela rend plus émouvante encore pour nous, Chansonniers, la lecture de ce beau et bon livre.

Nadaud, le fin et spirituel Nadaud, était Flamand d'origine. Et n'est-il pas curieux d'observer que les deux Chansonniers qui personnifié-

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rent le mieux ce qu'il est convenu d'appeler « l'esprit bien parisien », naquirent aux deux confins extrêmes de la France : Désaugiers à Fréjus, Gustave Nadaud à Roubaix ! Tant il est vrai que l'esprit et la gaîté sont bien et restent bien — quoi qu'en disent et pensent les centralisateurs à outrance — les qualités légendaires et indéniables de la race gauloise tout entière.

Mais on ne peut nier cependant l'influence des « Petites patries » sur le génie particulier de leurs enfants : Désaugiers conservera, toute sa vie durant, la gaieté débordante, éclatante, ensoleillée de sa côte d'azur, tandis que Nadaud, entre deux joyeux refrains, nous soupirera tout à coup une romance douloureuse et douce comme le soleil embaumé de sa mélancolique Flandre.

Quel talent complexe et complet fut, en effet, Nadaud! Lisez à haute voix ses chansons (car elles se lisent ; et dire dune chanson « qu'elle se lit » n'est pas en faire un mince éloge!) ; lisez à des auditeur* non prévenus ces joyeuses fantaisies : Bonhomme Les Deux Notaires t Carcas* sonne, Thomas et moi, Boise ntier, Les Boulons, Les Deux Gendarmes, La Lettre à l'Etudiant, Le Roi boiteuxt L'honnête Voleur, et ces petits drames en quelques couplets; Les Trois Hussards,

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La grande Blessée, Chevrette, Le Nid abandonné, L'Anniversaire de V Ouvrier, Le vin de Marsala, et ce chef-d'œuvre méconnu : Le Cœur volant (pour ne citer que ces quelques chansons au hasard parmi deux cents autres), — et vous verrez ensuite vos amis stupéfaits d'apprendre que c'est le même homme qui, une soirée entière, les fit pleurer tour à tour de tristesse et de joie.

J'ai fait cette expérience : essayez !

Et voilà pourquoi je répète ici ce que j'ai déjà dit à notre confrère Varloy au cours d'une récente enquête (1), à savoir que, selon moi, Nadaud est et restera le type représentatif le plus parfait du chansonnier français, plus parfait encore que Béranger peut-être, parce que ce dernier personnifia surtout l'esprit politique et philanthropique d'une époque. Aussi, quoi qu'on en dise, l'œuvre de Béranger vieillit et date, tandis que celle de Gustave Nadaud reste jeune, fraîche, souriante et vibrante comme l'immortelle petite Muse qui l'inspira : la Chanson !

Et nous devons remercier grandement ceux qui se font — comme l'auteur de ce livre — les biographes et les défenseurs de ceux-là qu'avec

(1) Gustave Nadaud, 1. vol. in-18, par H. Varloy.

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un peu de dédain souvent, on appelle les « bons chansonniers ». Je dis défenseurs, car de même que, jadis, il démolit à tout jamais la stupide légende d'un Béranger pensionné par la cour impériale, de même aujourd'hui, Eugène Vaillant démolit, preuves en mains, celle qui nous représentait le noble et délicat Nadaud dédaignant, un soir, l'invitation de Lamartine vieilli et disgracié pour accepter celle d'une princesse toute puissante ; de même que demain il détruira, sans doute, celle d'un Pierre Dupont s'inclinant, par courtisanerie intéressée, devant Napoléon III triomphant.

Que voulez- vous? Le public ne pourra jamais se résigner à applaudir un artiste, sans parti pris, en ne lui demandant que d'être l'exaltaleur de la beauté et le consolateur de nos soucis : il lui faut le cataloguer, l'enchaîner, l'emmurer tout vif dans telle ou telle coterie politique. Lamartine, à qui l'on demandait un jour : « Où iiègerea-vou» à la Chambre? à droite? à

gauche 'au centre?» répondit : « Au plafond ! »

Oh ! qu'il avait bien raison !

Ou chantes-tu, alouette gauloise, avec plus d'allégresse que la-haui, dans les nuages, au plafond bleu du ciel de France?

Planons donc. Amis ( lhansonniers, joyeuses,

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