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tères, des chiffres, des lettres qui tombent sous les sens ; mais il en sort en même temps de la pensée, du sentiment, de la morale, de la religion, c'està-dire une portion de l’âme du genre humain.

Avant de parler de l'inventeur, examinons le phénomène.

Ce qui constitue l’homme, ce ne sont pas seulement les sens ; car les brutes ont des sens comme nous, et quelques-unes même en ont d’infiniment plus délicats, plus forts, plus infaillibles que les nôtres. Ce qui constitue: surtout l’homme, c’est la pensée ! Mais, tant que celte pensée ne se révèle pas à elle-même et aux autres par la parole , elle est en nous comme si clle n'était pas. La parole n’est pas la pensée, mais elle en est la manifestation nécessaire et simultanée. Tant qu'un homme n’a pas pu dire : « Je pense ! » il n’a pas pensé, il a rêvé ; il a eu des instincts, il n’a pas eu des idées; il a été intelligence sans doute, mais intelligence captive et endormie dans la surdité et dans Ja nuit des sens, semblable au feu qui dort dans la poudre, mais qui n’en sort pas avant que l’étincelle, en s’approchant, lui rende la flamme, la lumière et la liberté. L’'étincelle qui rend à la pensée sa flamme, sa lumière , sa liberté, son activité dans l’homme et dans l'espèce humaine , c’est la parole!

Fa

c'est le verbe, comme l’appelaient les anciens, qui faisaient, sous ce nom, de cette faculté véritablement divine, quelque chose d’intermédiaire entre l’homme et Dieu.

Ils avaient raison : la parole est la révélation de l'âme à l'âme. Or, quel autre que Dieu pouvait faire à l'âme, son ouvrage et son mystère, cette révélation d'elle-même ?

Aussi penchons-nous à croire que la parole n'est pas née d'elle-même sur les lèvres de l’homme primitif comme un balbutiement de hasard, attachant , de siècle en siècle, quelques significations vagues à quelques sons inarticulés, et donnant aux autres, sur le son, sur l’enchaînement, sur la signification de ces vagissements humains, des leçons qu’il n'aurait pas reçues luimême. Pour arriver ainsi de ces vagissements instinctifs à la parole, de la parole à la convention unanime du sens des mots, du sens de quelques mots au verbe et à la phrase, du verbe et de la phrase à la syntaxe logique, de ces syntaxes à la langue de Moïse , de David, de Cicéron, de Confucius, de Racine, il faudrait supposer au genre humain plus de siècles d'existence sur ce globe de boue qu’il n’y a d'étoiles visibles ou invisibles dans la voie lactée; il faudrait lui supposer aussi des siècles sans nombre d’abrutissement, pendant lesquels lui, genre humain, être essentiellement moral et

intellectuel , il aurait vainement cherché, semblable aux brutes, son instrument de moralité et d’intelligence, sans pouvoir le trouver qu'après des my-

-riades de générations sans parole, et par consé-

quent sans intelligence et sans moralité. L’humanité sourde et muette pendant cent mille ans! Je craindrais de blasphémer en croyant à ce mys- 1ère.

Jaime mieux croire à l’autre, c’est-à-dire au mystère paternel du Créateur inspirant lui-même aux lèvres de sa créature enfant la parole, le verbe, le mot, l'expression innée qui nomme les choses, en les voyant, du nom approprié à leur forme et à leur nature ; car nommer les choses de leur vrai nom, c’est véritablement les recréer. Oui, il a dû enseigner la première parole et la première langue , celui qui à fait l'intelligence et le sentiment pour se communiquer , la poitrine pour faire résonner le son de toutes les fibres tendues et émues de nos passions, comme un clavier intérieur, toujours complet, que nous portons en nous ; celui qui a fait la langue pour articuler, les lèvres pour prononcer, la voix pour porter au dehors l’écho de l’âme ! Des débris de cette première langue parfaite , et décomposée par quelques décadences intellectuelles, se seront recomposées les autres langues diverses et imparfaites, comme des pierres d’un temple écroulé se rebâtissent

lentement, dans le désert, quelques abris pour la caravane.

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