ACTE I, SCÈNE YIII
Comme l'écho vivant de celle de la croix. Qu'y Irouvai-je? La fourbe...
CIAPPEI.
Enna!
ENNA
La félonie.
Tu m'as fait reculer sur la route bénie, Et j'ai tout renié quand j'allais croire.. .
CIArPEI.
Tout !
ENNA
Oui, la chrétienne est morte et la juive est debout.
CIAPPEI
Tu sais ce qui t'attend.
ENNA
Crois-lu que j'en pâlisse?
Parle-m,oi de la mort, montre-moi le supplice, Va, je les craindrai moins que ce culte où ton fiel Me ferait un poison des paroles du ciel.
CIAPPEI.
Renier notre foi !
ENNA
Dis un mot, je racclame, Si dans ce mot ému je te retrouve une âme. Car tout est là, Ciappei, l'abîme ou le saint Heu : Fais-moi croire à ton cœur, je vais croire à ton Dieu.
CIAPPEI.
Tu te révoltes !
ENNA
Non. Lasse enfln de l'ornière, Je m'essaye à marcher en cherchant la lumière ; Je ne sais d'où viendra le rayon espéré.
46 GUTEINBERG.
Mais je sens qu'il doit luire et que j'en renaîtrai.
CIAPPET.
D'avance, tu te fais bien vaillante et hautaine.
EINNA.
Le courage, chez nous, s'affermit par la haine.
^ CIAPPEI.
iMieux encor par l'amour. N'aimerais-tu pas?
ENNA
Qui?
CIAPPEI.
Ce Gutenberg, peut-être...
EKNA.
Ah ! tu te moques ! . . . Lui !
A peiue l'ai-je vu. Je sais que de Mayence Naguère il vint ici, banni pour sa science. Chassé pour son génie aux trop hardis essais Par des envieux...
CIAPPEI.
Et...?
ENNA
C'est tout ce que je sais.
CIAPPEI.
Mais de qui l'as-tu su ?
ENNA
De Pierre, son élève.
Toi-même dans Mayence étant aux Porte-glaive, Alors, tu dus l'apprendre..', et peut-être...
CIAPPEI, vivement.
Passons.
ENNA
Tu fus de ce complot...
•ACTl:: I, SCÈNE Mil. 17
CIAPPEI.
Réponds à mes soupçons.
ENNA
Réponds d'abord aux miens.
CIAPPEI, avec colère.
Ah!
ENNA
Pourquoi doulerais-je?
Tu t'emportes, c'est sûr. Donc, replaçant ton piège, A Strasbourg tu veux. . .
CIAPPEI.
Non...
ENNA
Tu n'as pu pardonner Au grand homme qui vient jusqu'ici te gêner...
CIAPPEI.
Moil...
ENNA, avec ironie.
Quoique pour vous deux assez beau soit l'espace I Lorsqu'on montant quelqu'un vous gène, on le dépasse.
CIAPPEI.
Ne l'aime pas, du moins ; alors j'en finirais Par un coup violent...
ENNA, à part.
Et lâche!
Haut.
C'est de près Et depuis bien longtemps que ton espionnage Me poursuit. Tu sais donc que toute à mon ménage, Bien plus que le bonheur, j'y connus le devoir. Presque enfant. Je m'y tiens.
18 UTENBERG.
CIAPPEI .
Soit. Pour le mieux savoir Toutefois, je voudrais chasser mon dernier doute Par une épreuve...
'11^^ ENNA
Encor !...
CIAPPEI.
w. Serait-ce qu'il t'en coûte?
ENNA
Nullement. Que faut-il pour qu'il soit éclairci, Ce soupçon?
CIAPPEI.
Gutenberg va revenir ici...
ENNA
Pierre l'y rejoignant, ce retour-là s'explique. Eh bien î
CIAPPEI.
Va droit à lui.
ENNA. *
Moi?
CIAPPEI.
Reprends la suppHque Pour laquelle, à l'instant, ton mari l'assiégeait. Et dont certainement lu sais quel est l'objet...
Non...
CIAPPEI.
N'importe ! ... A l'abord, ta froideur ou ton trouble Me fera voir ou non si tu l'aimes.
ENNA
Jeu double
ACTK 1, SCENE IX. 10
Et digne ainsi de toi ! L'épreuve du sou[)(;on Sera nulle.
Cl APPEL
Crois-tu V
ENNA
Mais d'une autre fa(;on Tu veux en profiter par ce qui pourra suivre, Si Gutenberg, cédant à ma prière, livre Ce secret d'alchimie où va ton vrai désir. Je te connais. Pour toi, tout est bon à saisir : Inquisiteur, ici, pour l'évoque et pour Rome, Puis condottiere ailleurs, tu sais être un autre homme, Et, multiple déjà, te transformer encor, Dès qu'on réveille en toi le vertige de l'or. L'or ! c'est ta soif, ta fièvre, et par un troc infâme, Tu vendrais, pour l'avoir, ce qui te reste d'âme.
CIAPPEI.
Assez ! Refuses-tu !
KNjNA.
Mais...
CIAPPtl.
Il vient.
Accepté.
Tu m* as mise en humeur de curiosité.