SCÈNE V
IMEIIRE, cutenbeuc.
PIERRE
J'en étais certain, vous étiez là...
GUTEKBERG.
Silence !
Oui, j'étais avec eux tenant glaive et balance, Au prétoire sanglant, de lui-même étonné : C'est la première fois qu'il avait pardonné.
PIERRE
Quoi! là, pas un seul cœur ému qui compatisse! Quel tribunal!
Injuste à force de justice.
Aussi, pour l'obliger à se faire clément, Ne fût-ce qu'une fois, j'ai surpris le moment Où j'obtiendrais le droit, juge en ma propre injuic, D'avoir de la pitié sans paraître parjure.
PIERRE
C'est un pardon de plus, qui vous aura vengé. Mais vous, maître, comment avez-vous là siégé?
Tout mystère est visible à qui s'en l'ait le prctic,
Je fus juge, avec eux, afin de les connaître :
A mon œuvre il faut l'iiomme et ses mille secrets,
Je n'ai rien redouté pour les voir, et de [)rès.
J'ai vu : patricien, dans les cours féodales,
Tout, depuis leurs fiertés jusqu'à leurs bas scandales ;
Soldat, gloire et périls par des pleurs achetés ;
Et savant, la science avec ses vanités.
J'ai vu le peuple aussi, dont m'approchait ma mère,
Et chez qui, rien, surtout la douleur, n'est chimère.
Lorsque plus près du sien mon malheur m'eut jeté,
Je le sentis souffrant plutôt que révolté.
Un peu de vrai savoir, domptant son ignorance,
Lui serait pour le reste un appoint d'espérance :
Il l'aura ! — Donc chez tous, et degré par degré,
A mon œuvre pour tous je me suis préparé.
J'allais du peuple aux rois, des palais aux décombres,
Cherchant tous les rayons, sonder toutes les ombres.
PIERRE
Dans ces mondes mêlés, quelques juifs ténébreux Glissent. Sans être pris, ils prennent. Tout pour eux Est bon. Us vont rampant guetter l'or... ou l'idée.
GUTENBERG, à part.
Sait- il...?
PIERRE, insistant.
Plus d'une ainsi sera dépossédée.
Qui t'a dit...?
PIERRE, vivement.
C'est donc sûr! Ils ont votre secret?
Pourquoi non ?
PIERRE
Vous l'avez livré!... Leur piège est prêt.
Je veille... .
PIERRE
Us veillent mieux. Ah ! les voir là !.. .