ACTE m, SCÈNE III
Le voilà donc tombé de la dernière cime, Au fond d'une science, où commence l'abîme.
CHRISTINE
Quand tout l'inviterait encore à revenir
Vers cette foi, qui sait mieux aimer que punir.
ENNA
Les Anges le berçaient aux clartés de leurs nimbes, Quant moi, fausse cbrélienne, écbouée en mes limbes, Folle, je résistais à cette loi d'amour. . .
CHRISTINE
Mais elle vous possède à présent?...
ENNA
Sans retour.
Les périls m'ont sauvée. Ah ! lorsque j'énumère Nos jours, depuis un an : tous ont une heure amère. Quelle entreprise aussi I
CHRISTINE
Coupable ?
ENNA
Leur danger.
Enfant, me défend môme ici de les juger. Ce qu'on acquiert ainsi beaucoup trop cher se paye Plus tard : ils l'ont appris.
CHRISTINE
Comme ce qu'on essaye Réussit mieux au loin, au loin ils sont allés Trop sûrs de ce trésor...
ENNA, à part.
Dont ils volaient les clés!
Haut.
Je conseillais en vain. On va jusqu'aux abîmes Par devoir ; fille, épouse ensemble nous suivîmes.
CHRISTINE
Pierre aussi...
ENNA
Par amour, ce fut le plus heureux :
Il trouvait, chère enfant, du courage en tes yeux.
CHRISTINE
Et vous?
Dans sa pensée, à lui, qui la première, En m'éclairant le cœur, me montra la lumière. Par l'admiration, que rien ne peut ternir, II m'a mise en la route où je me veux tenir : Comme s'il était là, je vais, je le suis, prête...
CHRISTINE
A vous sacrifier... , i
ENNA
Toujours. Je ne regrette Que de n'avoir pas su le faire encor mieux voir.
CHRISTINE
PourDrizen, à Paris?...
ENNA
C'eût été mon devoir...
CHRISTINE
C'eût été la prison, comme pour eux ; ensuite
Le supplice peut-être. Ah ! mieux valut la fuite.
Avez-vous oublié les menaces, les cris? 3
Tous ces bourgeois — qui sont fort méchants à Paris —
Vociféraient : A mort ! ces juifs et leur séquelle !
Sans en dire la cause et nous cherchons laquelle.
Le soir, un sergent d'arme était venu saisir
Mon grand-père et Drizcn « par ordre et bon plaisir. »
Nous allions suivre en pleurs : «Non ! leur sort me regarde,»