CHAPITRE XLVIIL K
quille , cultiver sans crainte et sans inquiétude ces arts auxquels l'agitation continuelle de ma vie m'a impérieusement arraché: L'imagination peut , dit-on , prêter la voix des tritons et des nymphes aux murmures confus des flots de l'Océan ; pourquoi une sirène ou un Protée , sortant de ces abîmes, ne vient-il pas déchirer à mes yeux le voile épais et mystérieux qui couvre ma destinée!..: Heureux ami! dit-il en regardant le lit sur lequel était couché le robuste Dinmont , tes soucis sont renfermés dans le cercle étroit des occupations qui te donnent et la fortune et la santé ! tu peux t'en débarrasser à volonté pour goûter le repos profond de corps et d'esprit que le travail du jour t'a préparé ! »
Ses réflexions furent interrompues par Wasp qui , s'eflbrçant de grimper à la croisée, se mit tout-à-coup à hurler et à glapir avec une sorte de fureur. Ce bruit parvint aux oreilles de Dinmont, mais sans dissiper l'illusion qui l'avait transporté , loin de ce misérable appartement , au milieu de l'air pur de ses vertes campagnes. « En avant! Yatrow, mon compère... plus loin... plus loin... » murmurait-il entre ses dents, s'imaginant sans doute parler au chien de son troupean pour l'exciter à ramener un mouton qui envahissait un pâturage défendu. Cependant Wasp ne cessait de japer, et bientôt on entendit les aboiements répétés du malin lâché dans la cour. Jusqu'alors celui-ci avait gardé le silence , sauf un hurlement court et perçant qu'il poussait de temps à autre quand la lune sortait tout-à-coup de derrière un nuage.Mais en ce moment il faisait un tapage d'enragé et semblait excité par toute autre chose que les glapissements de Wasp, qui le premier avait donné l'alarme , et que son maître avait enfin réduit, à grand'peine, à un sourd grognement.
Enfin Bertram , qui redoublait d'attention , crut apercevoir une barque sur la mer , et distingua assez clairement un bruit de rames et de voix humaines qui se mêlait au mugissement des flots. « Ce sont, pensa- t-il, quelques pécheurs égarés ou peut-être quelques contrebandiers de l'île de Man; mais ils sont bien hardis de passer si près de la douane, où il y a sans doute des sentinelles. C'est une grande barque , une chaloupe même pleine de monde $ peut-être appartient-elle au service de la douane. » Il fut confirmé dans cette dernière opinion , en voyant la barque s'arrêter auprès d'une petite jetée qui s'avançait dans la mer le long des magasins de la douane , et tous les gens de l'équipage , qui étaient une trentaine environ , sauter à terre les uns après les autres , puis entrer saqs tyrwi, dans
r Sfc GUY MANNERtNG.
un passage étroit qui séparait la douane de la prison. Tous disparurent , deux seulement restèrent pour garder la barque.
La colère dtt vigilant gardien de la prison avait d'abord été excitée par le bruit des rames : mais en ee moment il se reprit à hurler d'une telle force et avec tant de persévérance , qu'il éveilla son maître, aussi sauvage que lui. • Eh bien, Tearum, eh bien, te tairas4u enfin ? > lui cria Mac-Guflbg par sa croisée ; mais Tearum continuait ses rugissements , et empêchait par là son maître d'entendre les sons d'alarme que sa féroce vigilance cherchait à signater. Mais l'épouse du cerbère à deux pieds avait Toréille plus fine que son mari. Elle se mit à la fenêtre : Imbécile ! dit- elle , descendez vite et lâchez le chien ; on force la porte de la douane , et le Vieux laird d'Hazlewood a bit retirer la garde. Mais vous n'avez pas plus de cceur qu'un chat ! • L'amazône se mit aussitôt en devoir d'aller lâcher le mâtin dans la riie , tandis que son époux f redoutant beaucoup plus [une insurrection intérieure qu'une révolte au dehors , s'empressa de Visiter porte à porte tous les cachots , pour S'assurer qu'elles étaient soigneusement fermées.
Tout ce mouvement avait lieu sur le devant de la prison : il ne pouvait donc qu'arriver à peine aux oreilles de Bertram , dont la chambre , comme nous l'avons dit , était située sur le derrière et avait vue sur la mer. Il distingua pourtant un bruit , un tumulte peu d'accord avec le morne silence d'une prison à l'heure de minuit. Cette circonstance , jointe à celle de l'arrivée d'une barque pleine de gens armés , à une telle heure de la nuit , lui fit penser qu'il se passait quelque chose d'extraordinaire. Dans cette persuasion il alla seeouerDmmont par les épaules... c Eh!... ah !...oh! Ailie, femme, il n'est pas encore temps de se lever , » murmura tout en dormant l'homme dés montagnes. Mais , après une nouvelle secousse , il se JBit snr son séant , se frotta les oreilles , et .demanda : « Eh bien , au nom du ciel ! qu'y a-t-il donc ? — C'est ce que je ne pourrais êltt , répondit Bertram; mais ou le feu est à la maison, ou il s'j passe quelque événement extraordinaire. Ne sentez-vous pas une fldeur de famée? n'entendez-vous paé ici près un bruit de portes Çu'on enfonce , et dafas la rue des voix d'hommes , des cris , des téeifefation* éloignées ? Sur ma parole , il est arrivé quelque chose tfetttaonlmaire... Levez-vous , pow l'amour de Dieu, et soyons sur nos gardés, f
Att mA mot de péril , Dinmdnt était sur pied , aussi intrépide »
m* émulai qu'wtcutt <fe set ancêtre* quand U* foraient briller
CHÀPITR1 XLYUL
le tn d'atome. • Diable, capitaine , on n'est pas | ion aise tel ! on ne peut en sortir le Jour, on ne peut y dormir la nuit. Eh ! Je n'y tiendrais pas quinze jours. Mais , Dieu me pardonne , qu'estae qu'on fait donc là I... oh ! oh ! il ferait bon d'avoir de la lumière... Wasp» Wasp, paix ! mon chien..» paix, mon bon chien : laisserons don* entendre ee qui se passe... Mais il est mirage ! Eh bien , te tairas* tu?*
Ils cherchèrent vainement dans les cendres les moyens d'allumer leur chandelle , car le brait ne cessait pas. » Dieu me bénisse , capitaine ! venez donc 1 » s'écria Dinmont , qui s'était approché à son tour de la fenêtre : « Ah ! ils ont enfoncé les portes de la douane U
Bertram y courut) et vit distinctement un ramas confus de contrebandiers et autres bandits , quelques uns portant des torches allumées , les autres roulant des ballots et des barils vers la chaloupe qui était amarrée près du quai , et que deux ou trois autres barques de pécheurs étaient venues rejoindre. • Voilà qui s'explique tout seul y dit Bertram $ mais je crains qu'il ne soit arrivé pire encore.», ne sente*-vou» pas une forte odeur de brûlé , ou est-ce mou imagination... ? — Imagination ? il y a de la Aimée comme dans un ftmr 1 Dieu ! s'ils mettent le flou à la douane , il viendra jusqu'ici , et nous flamberons comme un tonneau de goudron. Il n'est pas gai d'être bridé vif comme un sorcier 1 Mac-Guflbg , ah I hé. . , . » s'écriat-il de tontes ses forces ; s si vous avei pour deux liards de raison, ouvrez-nous, l'ami! ouvrez-nous! »
le fou commençait alors à monter, et d'épais nuages de famée dépassaient la fenêtre près de laquelle se tenaient Bertram et Dinmont. Quelquefois , selon le caprice du vent , un sombre voile de vapeur dérobait tout à leurs yeux , ou bien une lueur rouge éclairait le rivage, et leur permettait de distinguer des hommes à figure sinistre qui , avec une promptitude exempte de désordre , char-* goaient les barques. Enfin l'incendie triompha , des jeta de flammes s'élancerait par toutes les fenêtres de l'édifiée embrasé 9 tandis que d'énormes tisons étaient lancés par le vent contre les murs de hr prison et qu'une épaisse fcmée s'étendait siir tout le voisinage. Loi cris d'une canaille furieuse retentissaient de plus fort en plus fort > car les contrebandiers * dana leur triomphe , étaient secondés par lapopntaee de la petite ville et des environs qui s'était mise en ré* voit* complète malgré l'heure avancée > quelques uns pour partie* per an butin, presque tons par cet amour du mal et du tumulte* çrdinaire à la lie du peuple.
M0 GUY MÀMKEMHG.
Bertram commença à concevoir de sérieuses inquiétudes pour lut et pour sou compagnon. Le plus profond silence régnait dans la prison ; on eût dit que le geôlier avait déserté son poste et abandonné la prison et ses malheureux habitants aux flammes qui les menaçaient. Bientôt on entendit frapper avee une violence extrême contre la porte extérieure de la prison , qui céda enfin aux efforts des pioches et des leviers. Mac-Guflfog , aussi lâche qu'insolent , avait pris la fuite avec sa femme plus méchante encore. Leurs valets abandonnèrent facilement les cleft ; les prisonniers , ainsi délivrés , accueillirent avec de féroces acclamations de joie la canaille qui leur avait rendu la liberté et se joignirent à elle.
Au milieu de la confusion qui suivit , trois ou quatre des principaux contrebandiers entrèrent dans la chambre de Bertram , armés de sabres et de pistolets ; ils portaient des torches ardentes. « Par le diable , dit le chef , c'est bien lui ! » et deux hommes saisirent Bertram ; mais l'un d'eux lui dit bas à l'oreille : < Ne faites pas de résistance avant d'être dans là rue. » lie même individu trouva l'occasion de dire à Dinmont ; « Suivez votre ami , et donnez-lui un coup de main quand il en sera temps. >
Dinmont obéit et les suivit. Les deux contrebandiers entraînèrent Bertram , lui firent descendre l'escalier , traverser la cour alors éclairée par l'incendie , puis la rue étroite sur laquelle s'ouvrait la prison. Là régnait la plus grande confusion , et les contrebandiers se trouvaient forcément séparés les uns des autres. Le bruit d'une troupe de cavalerie qui arrivait au galoprfeur donna l'alarme. «Par le diable et l'enfer , qu'y a-t-il? s'écria le chef j serrez vos rangs, mes amis , veillez sur le prisonnier... » Malgré cet ordre, les deux hommes qui tenaient Bertram restaient en arrière.
Le bruit des armes se fit entendre devant eux. La foule devenait de plus en plus agitée , les uns cherchant à se défendre , les autres à s'enfuir. On tirait des coups de fusil ; bientôt même on vit briller au dessus des tètes les larges et longs sabres des dragons. «À présent, » dit à voix basse l'homme qui tenait le bras gauche de Bertram , le même qui lui avait déjà parlé ; « débarrassez-vous de ce drôle-là , et suivez-moi. »
Bertram , déployant tout-à-coup et avec succès sa vigueur, échappa facilement aux mains de celui qui le tenait à droite. Le bandit voulut tirer son pistolet , mais il Ait terrassé par un coup de poing de Dinmont , assez vigoureux popr renverser même un bœuf. « Suivez-moi vite, » lui dit son zélé protecteur, et il prit une petite rue sale non loin de la prison.