‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 195 sur 215 · CHAPITRE LÏI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LÏI

et il aurait travaillé d'après mes avis. Enfin , nous tâcherons de nous passer de lui. Il faut que nous rendions notre ami M. Bertrand sut Jurîs \ Il n'est pour le moment qu'un prisonnier échappé; il estsoas le coup de la Ici : il faut le replacer reclus in curia 9 . C'est là le principal objet. A cet effet, colonel, je me rendrai avec vans dais votre voiture à Hazlewood-House. La distance n'est pas ^grande. Nous offrirons notre caution , et j'espère que je convaincrai monsieur... je lui demande bien pardon.... sir Robert Hazlewood de l'impossibilité de la reftiser. — De tout mon cœur, » dit le colonel. Il sonna , et donna l'ordre de préparer sa voiture. « Que ferons-nous ensuite? — Nous irons trouver Mac-Morlan , et nous tâcherons de recueillir de nouvelles preuves. — De nouvelles preuves ! La chose est claire comme le jour. M. Sampson , miss Bertram , vous-même reconnaissez unanimement le jeune homme comme le portrait vivant de son père ; et lui-même se rappelle en détail toutes les circonstances antérieures à l'époque où il quitta ce pays. Que peut-on demander de plus pour la conviction ? — Pour la conviction morale , rien peut-être ; mais la preuve légale est plus difficile à établir. Les souvenirs de M. Bertram ne sont que des souvenirs à lui ; ils lie peuvent donc être invoqués en sa faveur. Miss Bertram , le docte Sampson, et moi-même , nous ne pourrons attester que ce qu'attestera quiconque a vu le vieux Ellangowan , c'est-à-dire la ressemblance que ce jeune homme a avec lui ; mais tout cela n'établira pas sa qualité de fils de Godefroi Bertram , non plus que ses droits au domaine d'EUangowan. — Et que feudra-t-il donc ? — Des preuves incontestables. Nous avons ces Bohémiens ; mais , par malheur , ils sont infâmes aux yeux de la loi , à peine capables de porter témoignage ; celui de Meg Merrilies aurait encore moins de poids que les autres , à cause de l'impudence avec laquelle elle a nié avoir aucune connaissance de ce qui s'est passé dans les interrogatoires qu'elle a subis. — Que nous reste-t-il donc à faire? — Nous verrons s'il est possible de recueillir des preuves en Hollande, auprès des personnes chez qui notre ami a été élevé. Mais la crainte d'être compromises par suite du meurtre du douanier, les empêchera peut-être de parler ; et d'ailleurs , comme étrangers , comme contrebandiers , quelje valeur pourrait avoir leur témoignage ? En un mot , je vois des difficultés. — Avec votre permission , très docte et honorable monsieur, dit Dominie, j'espère que celui qui a rendu Henri Bertram à ses amis ne laissera pas son ouvrage impariait. — Je l'espère comme vous,

I, Maître de m personne, a. m. — 2. A l'abri 4e» re^rctie» ft la ju»liçe. a, v,

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monsieur Santpson ; mais c'est k nous de trouver les moyens , et je vois avec Inquiétude que nous y aurons plus de peine que je ne l'avais pensé d'abord : mais un faible eœur ne gagna jamais la faveur d'une belle dame. Et , à propos (dit-il à miss Mannering tandis que Be^ ti*m et sa spur causaient ensemble), voilà de quoi rétablir auprès de votfs la réputation de la Hollande. Quels jolis garçons ne doivent pas sortir de Leyde et d'Utreebt , je vous demande, quand un si beau jeune homme, et si bien fait, sort du misérable collège de Middlebourg ! — C'est la vérité ! » dit Sampson jaloux des éloges donnés par M. Pleydell au collège hollandais ; « c'est la vérité» monsieur Pleydell I mais je vous ai dit que c'est moi qui ai jeté les fondements de son éducation. — Vraiment, mon cher Dorainie, voilà pourquoi il a si bonne grâce , sans aucun doute. Mais voici la voiture , colonel... Adieu, jeunes gens. Miss Julia , 'gardez bien votre cœur jusqu'à mon retour. Qu'il ne soit rien fait au préjudice de mes droits pendant que je suis non vaiensûgere \ »

Us forent reçus à Hazlewood-House d'une manière plue froide et plus cérémonieuse qu'à l'ordinaire; carie baronnet témoignait ton- Jours beaucoup de considération au colonel Mannering, et M. PleydeU, né d'une bonne famille et jouissant de l'estime universelle, était un ancien ami. Mais en ce moment les manières de sir Robert .étaient sèches et embarrassées. « Il consentirait volontiers à recevoir la caution 9 dit-il , quoique le délit eût été commis, accompli et consommé sur la personne du jeune Hazlewood d'Hazlewood ; mais le Jeune homme avait pris un faux nom , de fausses qualités , et il était de oes gens qui ne peuvent être libérés , relâchés , rendus à la société ; en conséquence . . . — J'espère , sir Robert , dit le colonel , que vouft ne doutez pas de ma parole , quand je vous assure qu'il a servi sous mes ordres en qualité de cadet dans l'Inde? — En aucune façon, sous aucun rapport; maft vous dites en qualité de cadet , et il dit , déclare et affirme qu'il est capitaine et commande une compagnie dans votre régiment. — Il a eu de l'avancement depuis que j'ai quitté le service. — Mais vous en auriez entendu parier. — Non. Je suis revenu des Indes pour des affaires de famille , et depuis ce temps je ne me suis nullement occupé de ce qui se passait au régiment. B'un antre côté , le nom de Brown est si commun , que j'aurais pu voir sa promotion dans la gazette sans y faire attention : mais d'ici è deux jours au plus nous aurons des lettres de ses cfiders supérieurs. — Mais on m'a dit» on m'a informé, monsieur

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.Thym, qu'il n'entend pas conserver «on non de Brbwn , mta va prendre celui de Berlram , pour réclamer le domine d'EUangowan — B qui a «fat cela? - N'Unporte qui ! «'«cru le colonel , cela donnée t*il le droit de le retenir en prison? - Mai», colonel, dit l'avocat je suis sûr que s'il était reconnu pour un imposteur , vous ne vmh «Iriez pas plus que moi loi continuer votre protection. En «mi, sir

Bobert , dites-nous qui tous a donné ces renseignements. Mais

monsieur Plerdejl , une personne particulièrement intéressée I es* miner, ecfcureir et approfondir cette aifeire. Vousm'exenserezsijene vous en du pas davantage. — Oh ! bien certainement. Cette personne tous disait donc ?„. - Elle me disait que le plan dont je vous parle a été arrêté entre des Bohémiens, dm caotrebsndii»* , et autrvs Sens sans aveu j et que ee jeune homme, qui est g» M tnrel ou bfe tard du dernier Ejjajigowan, est un imposteur qu'ils mettent en avant, à cause de sa grande ressemblance avec son père. — Et a-t-oo jamais connu un 81s naturel à sir Bertram? — Certainement ! Je l'ai positivement connu moi-même; il l'avait placé comme mousse ou matelot à bord d'un sloop de guerre , ou d'un yacht de la douane, dont un de ses cousin» était capitaine, — Très bien, sir Robert 1 . dit avee une sorte d'emjwessement Havoeat , qui voyait le colonel prêt à perdre patience, « sous m'apprenez des choses tout-à-feit neuves. Je vais les vérifter, et si elles se trouvent exactes, je vous réponds que ni le colonel ni moi ne continuerons de nous intéresser * ce jeune homme. En attendant , comme nous nous obligeons tous ùwx k le représenter peur répondre l toutes les plaintes portées contre lui , vow agiriez très illégalement et compromettriez votre responsabilité en remsant notre eaution : réfléchissez-y. — Mais monsieur Pleydell , vous vous entendez mieux que moi dans ces matières, et puisque vous promettez d'abandonner ce jeune nomme... — S'il est reconnu pour un imposteur! — Cela va de soi-même. Sous cette condition j'accepterai votre eaution, quoique ce matin un de mes voisins, homme, je puis le dire, obligeant, eerviable et «ivil , qui a aussi beaucoup d'expérience des affaires , m'ait donné l'evi* , le conseil de ne pas le mire. C'est lui qui m'a appris que oe jaune nomme avait rompu son ban. Mais où trouverontnous quelqu'un pour rédiger l'acte que vous devez signer ? •

J<e conseiller sonna. * Envoyez-moi , dit-il , mon clora Driver. Je puis, sans vous offenser, sir Robert, ajonta-Ml, dicter moi-même tacau^onnemjent?»

VMtefctdresiéetsjMfi', et le jus* de Dais k» •»«* aoi c

888 GtJY MANJSEMNG.

un warrant en bonne forme pour la mise en liberté de Bertram, autrement dit Brown , ils se retirèrent.

- Entrés dans la voiture , Pleydell et Mânnering se jetèrent chacun f dans un coin, et gardèrent quelque temps le silence. Le colonel prit la parole le premier :

t « Ainsi vous comptez abandonner ce pauvre jeune homme à la .première attaque? — Qui, moi? je n'abandonnerais pas un cheveu de sa tète , quand je devrais, pour le sauver , aller plaider jusque devant la Cour souveraine. Qu'eussîons-nous gagné à entamer une discussion et à découvrir nos projets à <se vieil àne? Il vaut bien mieux qu'il puisse dire à son ami Glossin que nous sommes indifférents ou tièdes sur cette affaire; D'ailleurs je voulais reconnaître les -dispositions de l'ennemi. — Très bien; je vois que le barreau a ses stratagèmes aussi bien que la guerre. Et comment trouvez-vous leur plan de campagne? — Ingénieux j mais H ne réussira pas. Ils prennent trop de précautions : c'est une faute ordinaire. »

Pendant qu'ils causaient ainsi, la voiture roulait rapidement sur la «route de Woodbourne. Rien ne leur arriva dans ce trajet qui puisse intéresser le lecteur ; seulement ils rencontrèrent le jeune Hazlewood, à qui le colonel apprit l'extraordinaire aventure de Bertram : Charles reçut cette heureuse nouvelle a*tfc le plus vif plaisir , et prit les devants afin d'aller féliciter nkiss Bertram sur un événement si heureux et si inattendu.

Retournons maintenant auprès de la société qui était restée à Woodbourne. Après le départ de Mannering, là conversation tomba naturellement sur la famille d'EUangowan , ses domaines , son antique pouvoir. « C'est donc au château de mon père que j'abordai, il y a quelques jours, presque comme un vagabond ! ces tours à demi ruinées ces voûtes sombres éveillaient en moi mille pensées , mille souvenirs que je ne pouvais m'expliquer. Je les visiterai maintenant avec d'autres sentiments , avec de meilleures espérances. — N'y allez pas à présent , lui dit sa sœur ; la demeure de nos ancêtres est devenue celle d'un misérable aussi perfide que redoutable, dont les ruses et la bassesse ont consommé la ruine et brisé le cœur de notre infortuné père. — Vous augmentez , lui répliqua son frère , mon impatience de rencontrer ce misérable. Je crois l'avoir vu. . . — Mais il faut considérer , dit Julia , que vous êtes maintenant sous la garde de Lucy et sous la mienne , et que nous sommes responsables de toutes vos actions. Pensez aussi que ce n'est pas pour rien que depuis douze freures je suis la dame des pensées d'un avocat. Je vous

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