‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 52 sur 215 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

On mit 1 la hâte quelques chambres en ordfre pour y recevoir U jeune dame et le corps de son père. Mannerihg pensa que sa présence était alors inutile et pourrait être mal interprétée. U remar? qua aussi que plusieurs familles alliées à celle d'Ellangowau » et qui appuyaient en grande partie leurs prétentions à la noblesse sur leur parenté, étaient alors disposées à payer à leur arbre généalogique un tribut qu'elles n'avaient point offert à leurs prétendus parents dans l'adversité , et que l'honneur de présider aux funérailles de feu Gûdefroy Bertratfi ( comme dans la mémorable controverse sur le lieu de la naissance d'Homère) allait probablement être disputé par sept gentilshommes de rang et de fortune , dont pas un ne loi avait offert un asile de son vivant. Gomme sa présence était inutile , Mannering résolut de faire un petit voyage dequime jour*» tende auquel était ajournée {a vente du domaine d'Ellangowau.

Avant de partir, il demanda une entrevue à Dominie. En apprenant qu'un gentilhomme voulait lui parler , le pauvre homme laissa voir une expression de surprise sur ses traits maigris , auxquels le chagrin récent avait donné un air encore plus êxtraprdinaire. Il fit deux ou trois profonds saluts à Mannering, et se relevant U attendit en silence qu'il voulût bien lui communiquer ses ordres.

t Vous ne devinez sûrement pas, monsieur Sampson» dit Mannering, ce qu'un étranger peut avoir à vous dire? — A moins que ce ne soit pour me charger d'instruire un jeune homme dans les belles lettres et les connaissances humaines ; mais je ne le puis , je ne le puis , j'ai une autre tâche à remplir. — Non, monsieur Sampson, mes désirs ne sont pal si ambitieux. Je n'ai pas de fils, et, je le suppose , vous ne verriez pas dans ma fille unique une écolier* convenable. — Sûrement non , répondit le simple Dominie; néanmoins c'est moi qui ai donné A miss Luoy toutes les opnnaissanott nécessaires , quoique ce soit la femme de charge qui lui ait apprit ces travaux vulgaires de broderie et de couture. — Eh bien, monsieur, répliqua Mannering, c'est de miss Lucy que jq veux vous parler. Vous n'avez , je présume , aucun souvenir de m'avoir vu. »

Sampson , d'un esprit toujours assez distrait ♦ ne se rappelait m l'astrologue qu'il avait vu anciennement , ni l'étranger qui avait pris là défense de son maître contre Glossin , tant la mort soudaine de son ami avait embrouillé ses idées.

• Eh bien, cela ne fait rien, poursuivit le colonel; je suis une vieille connaissance de feu M. Bertram , j'ai les moyens et la volonté de secourir sa fille dans les circonstances présentes. En outre,

f « GUY MANNERING.

j'ai quelque idée d'acheter ce domaine , et je désirerais que les choses fussent en ordre. Voudriez-vous avoir la bonté d'employer cette petite somme aux dépenses nécessaires de la famille ! > 11 mit entre les mains de Dominie une bourse contenant de l'or.

€ Pro-di-gi-eux! s'écria Dominie Sampson. Mais si Votre Honneur veut attendre.., — Impossible, monsieur, impossible, > dit Mannering en lui échappant.

« Pro-di-gi-eux ! s'écria une seconde fois Sampson en le suivant jusqu'au haut de l'escalier tenant toujours la bourse; « mais cet argent... »

Mannering descendit l'escalier aussi vite qu'il le put.

c Pro-di-gie-ux ! » s'écria Dominie Sampson pour la troisième fois en arrivant à la porte d'entrée ; « mais cet argent. . . »

Mannering était déjà à cheval et ne pouvait plus l'entendre. Dominie, qui n'avait jamais eu en sa possession , soit pour lui, soit comme dépositaire , le quart de cette somme , quoiqu'elle ne dépassât pas vingt guinées , demanda conseil , comme il le disait luimême, sur ce qu'il devait faire de ce bel or ainsi laissé à sa disposition. Heureusement il trouva un conseiller désintéressé dans Mac- Morlan , qui lui indiqua les moyens de l'employer à adoucir le sort de miss Mannering , usage sans doute auquel il avait été destiné par le donateur.

Bon nombre de gentilshommes du voisinage firent alors sincèrement des offres pressantes d'hospitalité et de service à miss Bertram. Elle avait quelque répugnance à entrer d'abord dans une famille qui la recevrait plutôt par compassion que par amitié; elle se décida donc à attendre l'opinion et les avis de la plus proche parente de son père , mistriss Margaret Bertram de Singleside , vieille dame célibataire, à laquelle elle avait fait part de sa malheureuse

situation.

Les obsèques de feu M. Bertram se firent avec une grande décence , et sa malheureuse fille ne pouvait plus se considérer que comme habitant momentanément la maison où elle était née , et où sa douceur et ses attentions avaient si long-temps adouci les chagrins et les infirmités de la vieillesse. Ce que lui avait dit M. Mac- Morlan lui avait fait concevoir l'espérance qu'elle ne serait point obligée de quitter subitement cet asile; mais la fortune en avait ordonné autrement.

Pendant les deux journées qui précédèrent l'époque fixée pour la vente des terres et du domaine d'Ellangowan, Mac-Morlan atten-

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