‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 7 sur 215 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

des affaires publiques; il eut du moins la prudence , ayant de partir avec lord Kenmore, en 1715, de mettre ses revenus en fidéicommi* pour échapper aux châtiments et aux confiscations, si le comte de Mar ne parvenait à renverser la succession protestante. Mais il voguait entre Scylla et Carybde; un mot suffit au juge.... Il ne sauva son bien qu'aux dépens d'un procès qui diminua encore l'héritage paternel. C'était cependant un homme de résolution. Il vendit une partie des terres , évacua le vieux château , où sa famille vivait, dans sa décadence , comme une souris (dit un vieux fermier) sous un boisseau de grain. Abattant une partie de ces vénérables ruines, il en fit bâtir une petite maison haute de trois étages, avec une façade ressemblant à un bonnet de grenadier ou à l'œil d'un cyclope, deux fenêtres de chaque côté, et une porte au milieu conduisant à un parloir et à une antichambre offrant des points de vue pris de tous les côtés.

C'était la nouvelle Place d'Ellangowan dans laquelle nous avons laissé notre héros s'amusant peut-être plus que nos lecteurs. Ce fat là que Lewis Bertram se retira plein de projets pour rétablir la prospérité de sa famille. Il engagea ses propriétés, en loua quelques unes à des propriétaires voisins, acheta et vendit du bétail des Highlands et des moutons de Chenols , courut à cheval les foires et les marchés , fit de bons bénéfices , et tint la nécessité aussi loin de lui qu'il put. Mais ce qu'il gagna en argent il le perdit en considération, car ces occupations rustiques et commerciales étaient très mal vues parles lairds ses confrères, qui ne songeaient qu'aux combats de coqs, à la chasse , aux courses , et à élever des chevaux de race. Les occupations d'Ellangowan nuisaient , dans leur opinion , à sa noblesse, et peu à peu il se trouva forcé de se retirer de leur société et de se réduire à jouer un rôle qui était alors très équivoque | celui d'un gentilhomme fermier. Au milieu de ses projets il paya le tribut à la mort , et les faibles restes d'un domaine autrefois très vaste tombèrent entre les mains de Godefroy Bertram , le possesseur actuel, son fils unique.

Le danger des spéculations de son père se fit bientôt sentir. Privé de cette active et personnelle surveillance , toutes ses entreprises échouèrent ou devinrent dangereuses et impraticables. Dénué de l'énergie nécessaire pour supporter ou repousser ces calamités , Godefroy se confia en l'activité d'un autre. Il ne prit ni , chevaux ni chiens de chasse , ni ce qui devient préliminaire de ruine. Mais, comme c'était la coutume de ses compatriotes, il prit

M G0Y MANNERIKG.

un homme (Taffelres, ce qui le eonduisit au même résultat, Son* Fadmiaistration de «et homme, de petite dette* détinrent fbrte» » lés intérêt! s'accumulèrent atee les capitaux , des rentes à terme détinrent perpétuelles , et les frais de procès furent ajoutés à cela, quoique Ellangowatt eût l'esprit si peu litigieux que deux fois il fut obligé de payer le* dépens d'un long pft>eès dont il n'était jatnatt entendu parler. Gependant ses t oisins prédisaient sa ruine totale \ ceux d'un rang plus élevé , avec quelque malignité , le regardaient déjà comme un frère dégradé. Les basses classes , qui n'avaient rien & hii entier, avaient plus de compassion pour ses malheur*. Il était m quelque sorte leur flktorl. Quand on partageait un bien communal , quand on saisissait un pécheur ou un chasseur en contra* tention contre les lois , ou dans toutes autres semblables oceasione où ih se croyaient opprimés par les nobles , ils ataient l'habitude de se dire l'un à l'autre : « Ah f si le brave homme d'Eliangowan atait tout ce qui appartenait ft ses ancêtres, Il ne voudrait pas voir de pauvres gens vexés de la sorte. » Cependant cette bonne opitoion ne les empêchait pas de prendre leur avantage à son détriment dans toutes les occasions , en frisant paître leurs troupeaux dan* son parc, en tolant son bois, en tuant son gibier; aussi disaient* ils : « Le laird n'en saura jamais rien ; il ne s'inquiète pas de ce que font les pauvres gens. » Les colporteurs, les Égyptiens , les chaudronniers et les vagabonds de toute espèce rôdaient autour de sa maison ou s'encombraient dans sa cuisine ; et le laird , qui n'était pas un garçon fier, mais une parfaite commère comme la plupart des hommes fefbles , se trouvait payé de son hospitalité par le plaisir de les questionner sur les nout elles du pays voisin.

Une circonstance arrêta Ellangowan sur le penchant de sa mine. Ce Art son mariage avec une lady qui lui apporta en dot environ 4,000 titres sterling. Personne dans le voisinage ne pouvait concevoir pourquoi eBe l'épousait et lui apportait cette fortune, sicen'estqu'El* langowan atait une belle et grande taille , des traits agréables , une tournure prétenante et une humeur Joviale. On peut ajouter aussi, comme une autre considération , qu'elle était sur le retour, qu'elle ataft ttagt-hutt ans , et qu'elle n'avait pas de proches parents pour contrôler sea actions et son choix.

C'était pour cette dame , grosse alors de son premier enfant, que l'actif et vigilant exprès dont atait parlé la vieille femme de h cabane, ataft été dépêché à Kippletringanla nuit de farrltée de niannenng*

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