‹ GUY MANNERING OU L'ASTROLOGUEChapitre 74 sur 215 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

d'Ellangowan avaient quelques rapporte mystérieux , et il éprouvait un désir inexplicable de se voir propriétaire de cette terrasse d'où il avait lu dans tes astres l'événement extraordinaire arrivé à l'unique héritier mile du nom de Bertram , événement qui correspondait d'une manière si surprenante avec les malheurs d'une épouse chérie toujours présente à sa mémoire. D'ailleurs» quand une fois ion esprit fut bien pénétré de cette idée , il ne put sans répugnance supporter la pensée de voir ses plans dérangés par un misérable tel que Glosain. Ainsi , l'amour-propre et l'imagination agirent de concert pour confirmer sa résolution d'acheter ce domaine dis qu'il le pourrait.

Rendons cependant justice à Mannering : le désir de soulager le malheur avait également influé sur sa détermination. Il savait quel avantage sa fille pouvait retirer de la société de Lucy Bertram , sur la prudence et le jugement de laquelle il se reposait entièrement j car Mae-Morlan lui avait confié, sous le sceau du secret} la ma* nière dont elle s'était conduite à l'égard du jeune Hazlewood. Lui proposer de venir se fixer au sein de sa famille , en s'éloignant des lieux où elle avait passé son enfance et du petit nombre de ses amis , eût été peu délicat \ mais à Woodbourne il pouvait engager Lucy tans difficulté à venir passer quelque temps auprès de sa fille , sans qu'une telle proposition eût rien d'humiliant pour elle. Après quelques hésitations , miss Bertram accepta l'invitation de venir passer quelques semaines aveo miss Mannering. Malgré toute la délicatesse des procédés du colonel , elle avait trop d'esprit pour ne pas s'apercevoir qu'en réalité son intention était de lui offrir un asile et sa protection. Vers ce même temps elle reçut une lettre de mistress Bertram, la parente à laquelle elle avait écrit : cette dame lui envoyait de l'argent , lui conseillait de se mettre en pension chez quelque famille honnête, soit à Kippletringan , soit dans les environs, et lui insinuait que , malgré la faiblesse de ses moyens pécu- * maires , elle s'était privée d'une partie de son nécessaire pour ne pas laisser sa parente dans le besoin. Miss Bertram, en lisant cette lettre aussi froide que peu consolante , ne put s'empêcher de répandre quelques larmes : elle se rappela que cette bonne parente avait demeuré quelques années à Ëllangowan, du vivant de sa mère, et y serait probablement restée jusqu'à la mort du propriétaire si elle n'avait été assez heureuse pour recueillir un héritage de 400 livres de rente , ce qui lui avait permis de quitter la maison où elle avait trouvé une hospitalité qui ne se ferait jamais démentie. Lucy fut

fortement tentée de renvoyer à la vieille dame le chétif cadeau que l'avarice aux prises avec l'orgueil lui avait arraché. Mais, après quelques réflexions , elle se détermina à lui écrire qu'elle l'acceptait comme un prêt qu'elle espérait lui rendre un jour . Elle lui demanda en même temps ses conseils sur l'invitation qu'elle avait reçue du colonel Mannering. La réponse arriva par leplus prochain courrier : mistress Bertram craignait qu'un faux jugement et un amour-propre mal entendu, expressions dont elle se servait dans sa lettre, n'engageassent miss Lucy à refuser des offres aussi obligeantes et à préférer d'être à la charge de sa famille. Miss Bertram n'avait donc pas d'autre parti à prendre , à moins qu'elle ne voulût rester auprès du digne Mac-Morlan , qui avait l'àme trop généreuse pour être riche. Les familles qui lui avaient fait des offres de services lors de la mort de son père , paraissaient l'avoir oubliée , soit qu'on fût charmé intérieurement qu'elle ne les eût pas acceptées, soit qu'on fût piqué de la préférence qu'elle avait donnée à celles de Mac- Morlan.

Dominie se serait trouvé dans une bien fâcheuse position , si la personne qui portait de l'intérêt à miss Bertram n'eût été le colonel Mannering, qui aimait tout ce qui avait un air d'originalité. Mais instruit par Mac-Morlan des procédés de Dominie envers la fille de son ancien patron , le colonel avait pris pour lui la plus grande estime, et s'étant informé s'il conservait toujours cette admirable taciturnité qui Faisait à Ellangowanson caractère distinctif , il avait appris qu'il était toujours le même. « Dites , je vous prie , à M . Sampson , manda-t-il à Mac-Morlan dans sa réponse, que j'aurai besoin de son secours pour classer et mettre en ordre la bibliothèque de mon oncle l'évéque , que l'on doit, conformément à mes ordres, m'envoyer par mer; j'aurai aussi quelques écritures à faire, et quelques papiers à ranger. Fixez ses appointements à une somme convenable; faites-le habiller d'une manière propre et décente, et qu'il accompagne sa jeune pupille à Woodbourne. »

L'honnête Mac-Morlan reçut cette nouvelle commission avec un véritable plaisir ; mais la recommandation de faire habiller décemment Dominie ne lui causa pas peu d'embarras. Il l'examina avec attention , et il ne vit que trop clairement que ses habits étaient dans un bien triste état. Lui donner de l'argent et lui dire de s'en faire faire d'autres , c'eût été lui donner les moyens d'attirer sur lui le ridicule ; car lorsque par hasard il arrivait à M. Sampson de renouveler quelques uns de ses vêtements, son goût l'inspirait

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