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la rendre favorable à sa passion. Je n’aurois pas vu avec plaisir un jeune homme obscur, sans parents, sans amis, sans fortune, élever ses prétentions jusqu’à ma fille ; mais cette folle présomption ne m’auroit pas offensé au même degré que le sentiment que je lui supposois. Enfin, je conçus contre lui un ressentiment que rien ne put vaincre.
« Une étincelle suffit pour allumer un incendie quand elle tombe sur des matières inflammable's. Une légère querelle au jeu occasiona un duel entre nous. Nous nous rendîmes un matin hors de la ville dont j’étois gouverneur, et sur les limites de son territoire, afin que Brown pût pourvoir à sa sûreté s’il étoit vainqueur. Plût à Dieu qu’il eût eu ce funeste avantage; mais il tomba au premier feu. J’allois voir si on pouvoit lui donner du secours, quand nous vîmes paroître uue troupe de Marattes qui, dans ce pays, guettent toutes les occasions d’attaquer les militaires écartés. Nous n’eûmes que le temps, Archer et moi, de monter à cheval, et nous nous frayâmes un chemin au milieu d’eux, après un combat opiniâtre , dans lequel il reçut plusieurs blessures dangereuses.
« Pour compléter les malheurs de ce jour affreux, ma femme, ayant eu quelque soupçon du motif qui m’avoit fait sortir „de la ville , s’étoit
GliY MANSEniJNG.
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empressée de me suivre dans son palanquin. Elle fut rencontrée par une autre troupe de ces pillards qui la firent prisonnière. Un détachement de cavalerie anglaise la délivra presque au même instant; mais je ne puis me dissimuler que les événements de cette fatale matinée eurent des suites fâcheuses pour sa santé déjà fort délicate. L’aveu que me fit Archer en mourant des vues dans lesquelles il avoit cherché à m’inspirer des soupçons, l’explication amicale que j’eus avec elle, la pleine et entière réconciliation qui s’ensuivit , rien ne put guérir le coup qu’elle avoit reçu ; elle mourut au bout de quelques mois, ne me laissant qu’une fille, celle dont mistress Mervyn a bien voulu se charger momentanément. Julie fut aussi attaquée d’une maladie si dangereuse , que je me déterminai à donner ma démission et à lui rendre la santé.
« Maintenant que vous connoissez mon histoire , vous “ne me demanderez plus la cause de '■ ma tristesse , vous ne serez plus surpris que je in’y livre souvent, et vous conviendrez que, malgré mes richesses, malgré la réputation que je puis dire avoir acquise, la coupe de ma vie, si elle n’est pas empoisonnée, est au moins bien remplie d’amertume.
. « Je pourrois vous ajouter bien des circonstances que notre vieux précepteur n’auroit pas
l5a GUY MANNERJNG.
manqué de citer comme des preuves de la fatalité qui préside à notre naissance; mais vous ne feriez qu’en rire, et vous savez que moi-même je n’y ajoute aucune foi. Cependant, depuis mon arrivée dans la maison d’où je vous écris , une circonstance bien singulière sembleroit donner une preuve assez forte de l’influence des astres, et quand je l’aurai parfaitement vérifiée, ce sera pour nous l’objet d’une discussion assez curieuse; mais quant à présent, je ne vous en dirai pas davantage. J’attends d’ailleurs un homme de loi à qui j’ai à parler sur un domaine qui est à vendre dans ce pays. J'ai un goût de caprice ' pour ces environs; et si je l’achète, je crois que les propriétaires actuels n’en seront pas fâchés; car il paroît qu’un complot a été formé pour les forcer à vendre ce domaine bien au-dessous de sa valeur. Mes respects à mistress Mervyn, et je vous charge, tout jeune que vous vous vantiez d’être, d’embrasser Julie pour moi. Adieu, mon cher Mervyn ; je suis tout à vous.
• Guy Manhekihg. »
Comme il finissoit sa lettre, M. Mac-Morlan arrivoit ; c’étoit un homme qui joignoit l’intelligence à la probité. La réputation bien établie du colonel Mannering l’avoit disposé à lui parlqf
avec franchise et confiance ; il lui détailla les
avantages et les inconvénients de cette acquisition. — La majeure partie du domaine, lui dit-il, est substituée aux héritiers mâles, et l’acquéreur aura le droit de conserver entre ses mains une très-grande partie de son prix pendant un temps déterminé, pour le payer alors à l’enfant dont on n’a pas de nouvelles , s’il vient à revenir.
— Mais, en ce cas, dit Mannering, pourquoi donc forcer cette vente ?
Mac-Morlan se mit à sourire : — En apparence, répondit-il, c’est pour que les intérêts que produira le prix de la vente servent à payer ceux qui sont dus aux créanciers, et qui sont mal payés; mais dans la réalité c’est pour seconder les vues d’un homme qui a dessein de se rendre acquéreur à vil prix; qui trouve fort agréable d’acheter sans être devenu un des plus forts créanciers; et qui, par des moyens qui lui sont familiers, a trouvé le moyen d’être la cheville ouvrière de cette affaire.
Mannering convint avec M. Mac-Morlan des moyens à employer pour déjouer les projets de cet homme méprisable. Il causa ensuite avec lui assez long-temps de la disparition singulière de Henry Bertram, et apprit que cet événement avoit eu lieu le jour même du cinquième anniversaire de sa naissance , ce qui répondoit exactement à la prédiction de Mannering, qui, comme on le
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croira aisément, se garda bien de s’en vanter •
M. Mac-Morlan n’étoit pas sur les lieux quant «. cetévénement arriva, mais il en connoissoit bien toutes les circonstances, et il promit au colonel que s’il s’établissoit, comme il en avoit le dessein, dans cette partie de l’Écosse, il lui en feroit faire un détail exact par le shérif lui-même. Ils se séparèrent donc aussi satisfaits l’un que l’autre du résultat de leur conférence.
Le lendemain , le colonel Mannering se rendit à l’église paroissiale en grande tenue. Il n’v vit personne de la famille d’Ellangowan. On apprit que le vieux lord étoit encore plus mal. Jack Jabos, qui avoit été envoyé une seconde fois au château avec la chaise de mistress Mac-Candlish , revint encore seul , mais dit que miss Lucy espé- » roit que son père seroit en état d’être transporté le lendemain.
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