‹ Guy Patin [par] Pierre PicChapitre 45 sur 76 · DOCUMENTS D ORDRE MEDICAL · texte numérisé non relu

DOCUMENTS D ORDRE MEDICAL

6 mars i65y. — Il y a ici grand nombre de malades a catharro quodam epidemico qui fit per defluxum sert maligni a cerebro infauces sensim de/luentes. Nonnullis etiam répit ad pulmonem

usque, acerbamque tussim commovet. Qaibus singulis summum et saluberrimum est praesidium venœ sectio, per quam mcrum iabum féliciter educitur a pénis. Nullum habui in manibus qui hâc arte non evaserit.

Je ne leur ordonne que de l'eau de casse avec un peu de séné à la fin, et ne les purge que lorsqu'ils sont fort dégagez, mais c'est chose remarquable qu'à tous tant qu'ils sont on ne leur tire pas de sang une goutte, mais de la boue, plutôt de la sanie, une humeur comme gangrenée, si bien que ce mal n'est guère différent de la coqueluche de nos aveux.

<=§~ 25 mars i65y. — On a trouvé dans le corps du premier président le poumon gauche tout pourri, et un abcès dans le foye, avec plus d'une livre de boue. Et au diable le premier de ces Charlatans qui l'ont approché qui ont dit un mot du foye. pas même Guenaut qui fait tout ce qu'il peut afin que l'on croye qu'il en sait plus que les autres.

Aoust i65j. — On vint céans le 6 dece mois à 6 heures du matin de la part de M. l'ambassadeur de Venise me demander si je voulois aller à Venise y exercer la médecine; que j'auroissix mille francs d'apointement du Sénat, sans l'employ qui est de grand gain. Je me suis excusé sur ma santé, et sur

les habitudes que j'avois à Paris et que je ne pouvois honnêtement quitter.

Quoiquel'on m'offre, je n"irai jamais en ce payslà. C'est le pays de .Merlin Coccaïe. patria Diabolorum. L'Italie est un pays de véroles, d'empoisonnements et d'athéisme, de Juifs, de renégats et des plus grandes fourbes de la Chrétienté. Tout v est plein de moineries et d'hypocrites. Tout cela fait que jamais je n'y irai *.

1 6 octobre i65y. — Guenaut est fort embarrassé de son mal, il pisse mieux qu'il ne faisoit par ci-devant, mais ce n'est jamais sans douleur. Inde suspicio calculi in vesicà latentîs.

Et en ce cas qu'il ait la pierre il ne sait s'il doit se faire tailler ni par qui, vu que le Roi des Tailleurs est mort, qui étoit feu M. Colot.

<=§<=■ 26 octobre i658. — Or il est constant que l'inflammation du poumon est toujours mortelle aux rousseaux.

Feu M. de la Vigne, un de nos médecins de la Faculté, étoit fort rousseau. Je le fis un jour appeler en consulte chez un secrétaire du roy nommé Collier, qui avoit j5 ans et qui étoit aussi rousseau. et

1. Il est curieux que Patin fasse ici allusion à l'Histoire macaronique de Merlin Coccaïe. dont l'auteur. Théophile Folengo 149 1 -1044) fournit, dit-on. à Rabelais, par son héros Balde, le prototype de Gargantua et de Pantagruel.

L'art macaronique consiste à entremêler au latin des mots du langage vulgaire latinisés : telle la cérémonie du Malade imaginaire. Molière doit beaucoup à Patin sur ce point, à notre avis.

DOCUMENTS l/ORDRE MÉDICAL 123

malade d'une inflammation de poumon : ce qui fit que je prédis qu'elle lui seroit mortelle.

M. de la Vigne me demanda où j'avais appris de pronostiquer des rousseaux. Je lui dis que je Pavois remarqué toujours très vrai, outre que je Pavois ouï dire à M. Nicolas Piètre, et que la raison de cela étoit que les rousseaux abondent en sérosité acre et maligne. 11 me dit qu'il l'avait remarqué de même. Je l'ai depuis lu dans les Éphémérides de Baillou.

3' janvier i65g. — J'ai rencontré ce matin dans nos Écoles M. Jérôme Colot. lithotomus expertus et périt us. sed nondum tan ta: famœ quantum voluisset. Il m'a dit que vous lui aviez fait tailler plusieurs malades.

<=§~ 20 may i65g. — Il y a autant de différence entre un médecin qui écrit de loin pour le salut d'un malade et celuy qui l'a entre les mains, comme d'Alexandre le Grand qui force les Perses au passage du Granique et un .Monarque qui ne fait la guerre que par ses lieutenans.- Les premiers se peuvent heureusement servir des conjonctures. Medicina est inventio occasionis in Morbo.

<=§~ 20 août iGôo. — Il faut être homme de bien et sçavant pour exceller dans la bonne et pure médecine. Medicus est vir bonus, medendi péri tus. Un habile homme doit être au-dessus du commun qui est fainéant et paresseux.

I 24 GUÏ PATIN

«=§» 25 août 1660. — Le meilleur opérateur que

nous ayons pour l'extraction de la pierre est le jeune Colot, rue Quinquempoix, fils du dernier mort. Les deux autres du même nom non ila benè audiunl, et principalement le petit de 5o ans que Ton nomme ici Colol de Bordeaux.

*%* 22 février 1661 . — On me vient de dire que le cardinal est fort enflé, et qu'il ne dort point. On lui enveloppe ses pieds œdémateux avec de la iiente de cheval, mais cela ne peut ôter la cause de son mal. Pour moi je n'en ai pas bonne opinion, car si son mal étoit léger il ne feroit point faire tant de consultations qui lui coûtent de Fargent, lui qui l'aime tant.

<=$=» 25 février 1661 . — J'ai disputé ce matin en nos Ecoles et j'ai prouvé qu'il n'y a point d'hermaphrodites en la nature et que tout ce que les autheurs anciens en ont dit ne sont que des chansons, non plus que ce que quelques saints ont dit dans leurs écrits des Néréides, des Sirènes, et des Tritons comme saint Jérôme ou ce que Platon a dit de Tertio hominum génère, nempè de Androginis, in suo Svmposio. Le président et le bachelier en sont demeurés d'accord, si bien que leur thèse est absolument fausse ' et n'est pas plus vraye qu'une .Métamorphose d'Ovide.

1. Fausse au temps de Patin. Prés de 40 ans auparavant, il avait pris comme sufet de thèse quodlibetaire : Estnc femince in virum mutatio aîûvaTo: ?

DOCUMENTS o'oRDI'K MED1 125

^ 1 5 mars 1661. — L 'évoque d'Évreux est mort ici asthmatique avec le vin émétique de Guenaut et de des Foulerais. Le jour avant sa mort, comme on le saignoit de peur qu'il n'étouffât, il sortit avec le sang un ver gros comme une plume et long d'un quartier.

<=§t> i <j avril 1661. — Aujourd'hui j'ai fait tailler par M. Colot un vieux bourgeois dans la rue Saint-Denis, où j'ai mené Noël Falconet, qui a vu à son aise tout le mystère de l'opération.

On lui a tiré en peu de temps une grosse pierre du poids de quatre onces et demie. Elle est plus grosse qu'un gros œuf d'oye. Le bon homme a 78 ans et ainsi est en danger d'en mourir, pourtant j'en ai bonne opinion.

<=£» 4. may i663. — M. Morisset a eu du malheur en son décanat. M. Blondel son prédécesseur avoit rendu ses comptes, par lesquels on reconnoissoit que la Faculté lui devoit 4.160 livres de reste; l'arrêt contre les chirurgiens barbiers et quelques autres dépenses étoient cause de cette grande somme. M. .Morisset ne le paya point, ut morts est, disant qu'il n'avoit point d'argent. Il en devoit pourtant avoir, car on lui montra qu il avoit reçu plus de 6.000 livres depuis qu'il étoit Doyen.

M. Blondel, qui entend la chicane, le mit en procez et enfin le fit arrêter prisonnier, et lui lit trouver de l'argent. Ensuite de quoi ils se sont fort chicanez.

Quand M. Morisseta voulu rendre ses comptes, il a voulu y faire passer beaucoup d'articles auxquels on s'est opposé. Sur quoi il s'en est allé en Savoye, sans avoir terminé cette affaire et sans nous rendre nos registres. C'est pourquoi notre Doyen plaide aujourd'hui contre sa femme et a obtenu arrêt contre elle par lequel elle est obligée de les remettre entre les mains du Doyen.

c$=> 25 décembre i663. — Les petites Universitez manifeste peccant in publiea commoda: ils ne renvoyent jamais personne '. Si le jeune docteur n'est receu à bon marché en un endroit, il s'en va en un autre.

C'est pourquoi ceux de Rheims s'en vont plaider contre ceux d'Angers, d'autant qu'il font meilleur marché de leurs degrez académiques, avec un léger examen, peu de tems et sans thèses s'ils ne veulent, enfin si on ne trouve remède à un tel désordre il sera plus grand nombre de médecins en France qu'il n'y a de pommes en Normandie ou de Frati en Italie et en Espagne.

Ils ne veulent plus même étudier ni avoir de livres, c'est assez pour eux si habeant in manibus diplomata Academica, etiam vili œre redempta et qu'ils soient cousins ou voisins de quelques chirurgiens ou apothicaires. J'en ai vu môme qui

i. On dit qu'il est sans exemple aujourd'hui qu'un étudiant en médecine à Paris n'arrive pas à devenir docteur, quelle que puisse être son insuffisance. Il suffit d'y mettre le temps. Est-ce pure médisance ?

Page 1