SAXONNES
GWENDOLINE après un sanglot terrible
Du même coup, père, tu m'as frappée!
Elle se précipite vers Harald, saisit le couteau qu'il a dans la main et se frappe. — Tout ceci s'est passé dans la nuit presque totalement noire. C'est seulement pendant les paroles du vieil Armel et du chœur que l'ombre céleste s'entr'ouvrira, que, peu à peu, une clarté s'épandra sur les deux amants.
40 GVVENDOLINE
LE VIEIL ARMEL stupide d'horreui*
Gwendoline! 0 la joie en fleur de ma maison! Est-ce le châtiment de notre trahison?
Il veut s'élancer vers sa fille et défaille, sanglotant, parmi ses serviteurs.
LES SERVITEURS SAXONS mornes
Est-ce le châtiment de notre trahison?
Ils se groupent à droite, dans la partie obscure du théâtre, considérant avec une admiration épouvantée, Haraldet Gwendoline, mourants, mais debout ; ceux-ci se tiennent embrassés sur le monticule, près de l'arbre. Une lune bleue les enveloppe de caresse et de rêve ; on voit le sang de leurs blessures.
HARALD dans la clarté lunaire
Bien! femme! nous mourons ensemble,
Vaincus plus fiers que le vainqueur !
Vois couler le sang de mon cœur, Sans que mon cœur tremble!
Épouse aux chastes yeux, viens! ma joie est immense. Suis-moi, loin des hymens qui vivent un moment, Vers le monde où l'amour dure éternellement ;
C'est ce soir que Toujours commence !
Harald ! Harald ! mourons ensemble !
Pas plus que ton fier cœur, mon cœur aimant netremble; Montons vers les splendeurs du gouffre aérien !
Ah! je t'aime, mourons ensemble!
Je t'aime tant, Harald, que je n'aime plus rien; Mais j'aimerai le ciel pourvu qu'il te ressemble!