RUE BASSE , N
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Extrait du Mémoire
De M. le Docteur CONTÉ DE LÉV1CNAC ,
Médecin ordinaire de l'Établissement
DE Mme MASSON DE LA MALMAISON ,
SUR L’UTILITÉ DE LA GYMNASTIQUE ORTHOPÉDIQUE , COMBINÉE AVEC LE TRAITEMENT MEDICAL QUE REQUIERENT LES DEVIATIONS DE LA TAILLE DES JEUNES PERSONNES, ET CERTAINES MALADIES CHRONIQUES AUXQUELLES ELLES SONT SUJETTES.
Les affections chroniques sont de toutes les maladies qui affligent Ihumanité celles qui résistent le plus aux secours de la médecine. Il arrive souvent que la ténacité en est si grande , qu il est impossible de la vaincre. De là 5 le désespoir des malades et des mé-
decins ; aussi ne saurait-on jamais assez louer et recommander l’emploi d’un moyen qui peut en faciliter la guérison. Ce moyen , l’hygiène nous l’offre, ccst la gymnastique ; non cette gymnastique militaire dont la connaissance nous a été transmise par les Grecs et les Romains , et dont la rudesse est empreinte de la sévérité des premières lois qui ont régi ces anciens peuples ; mais cette gymnastique médicale qui meut un malade sans le fatiguer, qui porte sans trouble les molécules nutritives jusques aux dernières limites de l’organisation , qui redonne peu a peu à tous les organes le ton qu’ils ont perdu, et qui rétablit la régularité dans les fonctions de la vie intérieure, comme dans celles de la vie extérieure.
Telle est la gymnastique dont nous
avons vu l’heureuse application, dit monsieur le docteur Conte de Lévignac , dans certains cas de maladies chroniques et de graves déviations de la taille qui en avaient été la suite.
Nous avons observé ces cas dans les établissemens gymnastiques orthopédiques k Passy, rue Basse, n. 4? et à Paris, rue de Cléry, n. 9 (1).
Avant d’entrer dans le détail des maladies qui vont nous occuper, nous sentons, ajoute t-il, la nécessité de fixer les praticiens sur les établissemens de cette dame , afin qu’ils puissent en faire profiter leurs malades.
Ces établissemens , qui datent de 1826, sont spécialement consacrés au traitement des maladies chroniques des jeunes personnes , surtout des maladies qui peuvent vicier ou déformer leur
taille ^ et contrarier le développement de la puberté.
Madame Masson de la Malmaison , qui se livre depuis un grand nombre d’années à l’éducation physique des demoiselles , qui consacre toutes scs forces tous ses soins , tous ses travaux théoriques et pratiques , à la guérison des défauts , des déviations de la taille , et des maladies chroniques qui les produisent, a fondé pour elles trois établissemens orthopédiques gymnastiques :
le premier a Paris , rue de Cléry, n. 9 , le second à St-Denis, dans la mai»
son royale de la Légion-d’Honneur (2), et le troisième à Versailles, rue Saint* Honoré , n. 3 1 . Celui - ci n’existe plus, il a été transporté à Passy.
En dirigeant elle - même ces trois établissemens gymnastiques-orthopédi-
ques , cette dame s'aperçut que, parmi ses nombreuses élèves , les valétudinaires y qui faisaient les exercices d’une manière plus assidue , finissaient par être les mieux portantes, Cette observation la frappa ? et la porta à penser que la médecine pourrait tirer de la gymnastique un avantage immense dans certaines maladies chroniques des jeunes filles , si toutefois elle était appliquée à propos , bien appropriée aux difïérens cas des déviations de la taille , et bien surveillée dans l’application.
Cette pensée l’occupa long-temps ; et, après de mûres réflexions , de sages avis reçus, elle résolut de créer l’établissement de Passy quelle consacre aux pensionnaires seulement.
Madame Masson de la Malmaison n’a voulu recevoir dans sa maison, jus-
qu’a ce jour ? qu une vingtaine de pensionnaires a la fois , afin de pouvoir leur prodiguer des soins plus attentifs.
Le régime de cette maison est on ne peut mieux ordonné, et très-com for table. On n’y épargne rien de ce qui peut améliorer le physique et le moral. L’éducation y est continuée
comme dans les meilleures institutions de la capitale.
Les enfans font ordinairement quatre repas ; le premier, a huit heures du matin, se compose de chocolat de santé, ou de chocolat ferré (selon la prescription) , et de vin de Bordeaux très-vieux 5 le second, a onze heures, se fait à la fourchette; on y sert les meilleures viandes et les meilleurs légumes de la saison, du poisson bien frais et un dessert monté. Le troisième,
à trois heures ? se compose de biscuits^ de fruits choisis , et de confitures; et le dîner, à six heures , est presqu’une répétition du second déjeuner , on y ajoute seulement deux plats. La boisson ordinaire est le vin de Bordeaux et l’eau ferrée , a moins de contre-indication (je ferai observer que le second déjeuner et le dîner se font avec la directrice) . )
Dans l’intervalle de ces repas, on consacre quatre heures aux exercices gymnastiques: deux le matin 5 entre le premier déjeuner et le second , et autant le soir, de quatre a six.
Les soins donnés à l’éducation occupent également quatre heures de temps; la religion en fait la base. Les élèves peuvent écrire sans craindre de nuire à leur taille ; madame Masson de la Mai-
maison a imaginé pour cela des moyens ingénieux.
Les arts d’agrément s’y cultivent avec soin; les progrès deviennent rapides. Le reste de la journée est employé aux récréations et aux petits travaux à l’aiguille , tels cpie broderies ? tapisseries ? et fleurs artificielles. Le coucher est a huit heures et demie pour les petites , et neuf et demie pour les grandes. Le lever à sept heures pour les grandes , a huit pour les petites. Il y a une demi-heure de différence pour le lever dans l’hiver.
Quand le temps est beau et sec , on en profite pour la promenade dans les champs , et dans le bois de Boulogne.
Telle est la manière de vivre dans cel établissement. Plusieurs de nos confrères en ont été les témoins comme
nous j puisqu'ils sont venus quelquefois à fimproviste partager les repas et les récréations, qui se font comme en famille. Dès qu’il y a quelque pensionnaire indisposée , nous lui prodiguons aussitôt tous les soins que son nouvel état réclame. Si elle a été envoyée dans la maison par un médecin de la capitale, Mme Masson de la Malmaison , d’après la volonté des parens, le fait avertir à l’instant pour qu’il vienne voir et soigner sa malade jusqu’à parfaite guérison, ou pendant tout le temps qu’il le juge convenable. Ainsi chaque médecin continue à soigner ses clientes , comme si elles n’avaient pas quitté leur famille.
Outre ces précautions prises pendant l’indisposition des pensionnaires , Mme la directrice prend celle d’engager les médecins qui lui envoient des jeunes
malades a venir, une fois tous les mois, leur faire une visite , afin de voir et de constater par eux-mêmes l’état dans lequel elles se trouvent. Cette visite , réclamée à Passy , et dans rétablissement de la rue de Cléry, donne de la sécurité aux familles , et devient pour Mmc Masson de la Malmaison un acquit de conscience ; elle est considérée pour les médecins comme consultation ^ et leur est payée aussi tôt par cette dame.
Les médicamens quels qu’ils soient , les bains, les petits appareils pour les déviations de la taille, les ceintures appropriées à chaque déviation , que les jeunes filles mettent dans les momens de repos , le vêtement indispensable pour les exercices , et qu’on garde toute la journée , les corsets, le coucher,
a Fexceptiou des draps et des couver-
tures^ et tous les autres frais , tels que le blanchissage , papiers, plumes, et livres nécessaires k leur éducation , sont à la charge de la directrice ; ainsi point de compte d'apothicaire.
Après avoir donné une idée de cet établissement, et montré les soins que l’on y prend des pensionnaires , essayons, dit M. le docteur Conté de Lévignac, de faire connaître les gué~ risons des maladies chroniques que nous y avons observées.
Il range en quatre groupes les observations quil a faites à ce sujet.
Dans le premier groupe , il place les chloroses ou pâles couleurs, quil divise en simples et en compliquées ;
Dans le second, les affections rachitiques;
Dans le troisième , les scrofules ;
Enfin dans le quatrième , il parle des accidens de l’onanisme.
Après avoir établi cette division, il entre en matière 5 il cite d’abord les differentes observations qu’il a eu l’occasion de faire sur ces maladies dans les établissemens de Mme Masson de la Malmaison ; il tire ensuite les conséquences pratiques qui en découlent, et à la fin il traite différentes questions médicales cpii s’y rattachent subsidiairement,
A Foccasion des affections rachitiques , il examine si les déviations de la colonne vertébrale , qui surviennent accidentellement a l’époque de la puberté , ou quelques instans après qu’elle s’est montrée , doivent faire considérer comme rachitiques les personnes qui en sont atteintes; et si, en pareille circon-
stance, le mariage peut être permis, avant que la maladie soit dissipée.
Parmi les observations rapportées dans le mémoire deM. le docteur Conté de Lévignac, nous choisissons les quatre suivantes , que nous extrayons de chacun des groupes qui en forment les principales divisions.
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