‹ H. TaineChapitre 140 sur 160 · A M. HATZFELD · texte numérisé non relu

A M. HATZFELD

Paris, 10 juin 1833

Comment se porte Shakespeare, et que dites-vous des Poitevins ^ ? Vous devez commencer à goûter la vie de province, qu'en dites-vous? Je ne sais à Poitiers qu'une ressource, ce sont les bains. Deux mots, je vous prie, pour me dire comment vous vous trouvez de votre nouvelle vie, et que vous vous souvenez de moi.

J'ui fait le saut périlleux, et me voilà docteur. Vous m'avez promis vos critiques et vos conseils ; ne m'épargnez ni les uns, ni les autres. Soyez débiteur fidèle, comme je suis créancier exigeant.

Vous verrez dans les deux livres une méthode littéraire que depuis longtemps j'enseigne, et des traces d'une philosophie qui diffère de la vôtre; mais vous l'excuserez un peu, j'espère, en rencontrant par tout l'ouvrage des souvenirs de vos conférences. J'ai passé

i. Le mariage de Mlle Virginie Taine avec le docteur Hippolyte I.etorsay.

2. M. Hat/fcld avait été nommé professeur de littérature étrangère à la l'acuité de Poitiers.

par bien des mains, mais mon premier maître a laissé sa marque dans ma pensée et dans mes écrits.

Je vous fais là sans doute un mauvais compliment, quand j'ai à vous remercier de tant de choses, et entre autres de la leçon que vous m'avez procurée. Elle est utile, sinon amusante, et la grammaire fournit le pot-aufeu de la philosophie. Du moins, j'espère que vous êtes plus heureux que moi; vous enseignez la philosophie de la littérature, et je fais faire des thèmes grecs.

Croyez, mon cher Monsieur, à l'amitié sincère de votre tout dévoué.

A M. F. GQÎZOT

Paris, 14 juin 1855

Monsieur,

On me dit à la Sorbonne qu'un docteur a le droit d'envoyer ses thèses à un professeur honoraire de la Faculté; mais j'ai bien d'autres raisons pour vous prier d'agréer les miennes. Gornelis ^ vous a raconté sans doute ce que vous avez fait pour moi et pour tant d'autres jeunes gens. Enfermés au collège, et tâtonnant parmi les thèmes latins, les grammaires grecques, les tables de chronologies et de généalogies historiques, nous avons vu pour la première fois la lumière à travers vos livres, et, grâce à vous, nous sommes entrés dans le monde moral, guidés par la méthode exacte des sciences. Le livre que je vous offre est un effort vers ces idées et

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